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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA01289

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA01289

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA01289
TypeDécision
PublicationC
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantPIAZZESI CATTENATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler la délibération du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal du Rouret a approuvé son plan local d'urbanisme.

Par un jugement n° 2001023 du 22 mars 2023, le tribunal administratif de Nice a rejeté cette demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 24 mai 2023, M. A B, représenté par la SCP Fabiani Luc-Thaler Pinatel, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Nice du 22 mars 2023 ;

2°) d'annuler la délibération du 19 décembre 2019 approuvant le plan local d'urbanisme de la commune du Rouret ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Rouret la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tribunal a insuffisamment motivé son jugement et dénaturé ses écritures de première instance en n'explicitant pas les motifs de droit et de fait qui l'ont conduit à écarter le moyen tiré du détournement de pouvoir et en distinguant ce moyen de celui tiré de la méconnaissance de l'autorité de chose jugée de son jugement du 17 janvier 2019 ;

- la délibération litigieuse est entachée d'irrégularité faute d'être signée par tous les membres présents du conseil municipal ;

- cette délibération est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elle ne vise qu'à exclure sa parcelle de la zone d'assainissement collectif de la commune et à faire obstacle à l'exécution du jugement du tribunal administratif de Nice du 17 janvier 2019 ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 2224-10 et R. 2224-10 du code général des collectivités territoriales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, la commune du Rouret, représentée par Me Piazzesi, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le PLU soit annulé en tant seulement qu'il porte sur la parcelle de M. B et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de ce dernier en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Claudé-Mougel,

- et les conclusions de M. Quenette, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, propriétaire d'une habitation située sur le territoire de la commune du Rouret, a, le 29 octobre 2015, demandé que soient réalisés des travaux d'extension du réseau d'assainissement collectif de la commune jusqu'à son habitation. A la suite de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune sur cette demande, M. B a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler cette décision et d'enjoindre à la commune, sous astreinte, de procéder aux travaux d'extension demandés. Par un jugement n° 1600852 du 17 janvier 2019, le tribunal administratif de Nice a annulé la décision de rejet du maire et enjoint à la commune de procéder aux travaux d'extension demandés dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement. La cour administrative d'appel de Marseille a toutefois annulé ce jugement par un arrêt n° 19MA01393 du 26 mai 2021. Par une décision n° 454945 du 13 juillet 2023, le Conseil d'État a rejeté le pourvoi de M. B à l'encontre de cet arrêt. Parallèlement, M. B a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler la délibération du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal du Rouret a approuvé son plan local d'urbanisme. Il relève appel du jugement du 22 mars 2023 par lequel tribunal administratif de Nice a rejeté cette demande.

Sur la régularité du jugement :

2. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés."

3. Contrairement à ce que soutient M. B, le tribunal administratif de Nice n'a pas insuffisamment motivé son jugement en y mentionnant que le détournement de pouvoir qu'il alléguait n'était pas établi, en considérant ainsi qu'aucun élément ne venait étayer ce moyen. Il n'a pas davantage dénaturé les écritures du requérant en se prononçant de façon distincte sur le moyen tiré du non-respect du jugement de ce tribunal du 17 janvier 2019 qui, au demeurant, n'enjoignait pas à la commune de modifier la zone d'assainissement collectif sur son territoire mais, ainsi qu'il a été dit au point 1, de procéder aux travaux d'extension du réseau d'assainissement collectif en vue de permettre le raccordement de la propriété de M. B à ce réseau. Ces moyens relatifs à la régularité du jugement attaqué ne peuvent qu'être écartés.

Sur le bien-fondé du jugement :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-23 du code général des collectivités territoriales : " Les délibérations sont inscrites par ordre de date. / Elles sont signées par tous les membres présents à la séance, ou mention est faite de la cause qui les a empêchés de signer. " Ces dispositions, qui prévoient la signature des délibérations du conseil municipal par tous les membres présents à la séance, ne sont pas prescrites à peine de nullité de ces délibérations. M. B ne peut donc utilement s'en prévaloir. Par ailleurs, la circonstance que cette délibération est signée uniquement par le maire de la commune du Rouret n'établit pas davantage qu'elle serait inexistante.

5. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 2224-10 du code général des collectivités territoriales : " Les communes ou leurs établissements publics de coopération délimitent, après enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement : / 1° Les zones d'assainissement collectif où elles sont tenues d'assurer la collecte des eaux usées domestiques et le stockage, l'épuration et le rejet ou la réutilisation de l'ensemble des eaux collectées ; / 2° Les zones relevant de l'assainissement non collectif où elles sont tenues d'assurer le contrôle de ces installations et, si elles le décident, le traitement des matières de vidange et, à la demande des propriétaires, l'entretien et les travaux de réalisation et de réhabilitation des installations d'assainissement non collectif ; () ". Aux termes de l'article R. 2224-6 du même code : " Les dispositions de la présente section s'appliquent aux eaux usées mentionnées aux articles L. 2224-8 et L. 2224-10. / Pour l'application de la présente section, on entend par : / - "agglomération d'assainissement" une zone dans laquelle la population et les activités économiques sont suffisamment concentrées pour qu'il soit possible de collecter les eaux usées pour les acheminer vers une station d'épuration ou un point de rejet final ; / - "charge brute de pollution organique" le poids d'oxygène correspondant à la demande biochimique en oxygène sur cinq jours (DBO5) calculé sur la base de la charge journalière moyenne de la semaine au cours de laquelle est produite la plus forte charge de substances polluantes dans l'année ; / - "équivalent habitant (EH)" la charge organique biodégradable ayant une demande biochimique d'oxygène en cinq jours (DBO5) de 60 grammes d'oxygène par jour ". Aux termes de l'article R. 2224-7 du même code : " Peuvent être placées en zones d'assainissement non collectif les parties du territoire d'une commune dans lesquelles l'installation d'un système de collecte des eaux usées ne se justifie pas, soit parce qu'elle ne présente pas d'intérêt pour l'environnement et la salubrité publique, soit parce que son coût serait excessif ". Enfin, aux termes de l'article R. 2224-10 du même code : " Les communes dont tout ou partie du territoire est compris dans une agglomération d'assainissement dont les populations et les activités économiques produisent des eaux usées dont la charge brute de pollution organique est supérieure à 120 kg par jour doivent être équipées, pour la partie concernée de leur territoire, d'un système de collecte des eaux usées. / () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : / () / 4° Un règlement ; / 5° Des annexes. / Chacun de ces éléments peut comprendre un ou plusieurs documents graphiques. () ". Aux termes de l'article L. 151-24 du même code : " Le règlement peut délimiter les zones mentionnées à l'article L. 2224-10 du code général des collectivités territoriales concernant l'assainissement et les eaux pluviales ". L'article R. 151-53 de ce code dispose : " Figurent également en annexe au plan local d'urbanisme, s'il y a lieu, les éléments suivants : / () / 8° Les zones délimitées en application de l'article L. 2224-10 du code général des collectivités territoriales et les schémas des réseaux d'eau et d'assainissement et des systèmes d'élimination des déchets, existants ou en cours de réalisation, en précisant les emplacements retenus pour le captage, le traitement et le stockage des eaux destinées à la consommation, les stations d'épuration des eaux usées et le stockage et le traitement des déchets ; / () ".

7. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la délibération litigieuse aurait eu pour objet exclusif ou principal d'exclure la parcelle de M. B la zone d'assainissement collectif de la commune du Rouret ou de faire obstacle à l'exécution du jugement du tribunal administratif de Nice du 17 janvier 2019 qui, ainsi qu'il a été dit au point 1, a enjoint à cette dernière de procéder aux travaux d'extension du réseau d'assainissement collectif en vue de permettre le raccordement de la propriété de M. B à ce réseau dès lors que le territoire de la commune était inclus dans une agglomération d'assainissement au sens de l'article R. 2224-6 du code général des collectivités territoriales, et non d'étendre la zone d'assainissement collectif. Cette zone a d'ailleurs été fixée en application des dispositions distinctes de l'article L. 2224-10 du code de l'urbanisme par le plan de zonage de l'assainissement adopté par une délibération du conseil municipal de la commune du 12 décembre 2005, qui n'y incluait pas la parcelle de M. B. La délibération litigieuse, adoptée plus de 14 ans plus tard, n'a donc pas modifié, contrairement à ce que soutient le requérant, le plan de zonage d'assainissement. Le détournement de pouvoir allégué n'est donc pas établi.

8. En troisième lieu, il résulte des dispositions rappelées au point 5, d'une part, qu'il appartient aux communes, ou aux établissements publics de coopération intercommunale compétents, qui disposent sur ce point d'un large pouvoir d'appréciation, de délimiter les zones d'assainissement collectif et d'assainissement non collectif en tenant compte de la concentration de la population et des activités économiques productrices d'eaux usées sur leur territoire, de la charge brute de pollution organique présente dans les eaux usées, ainsi que des coûts respectifs des systèmes d'assainissement collectif et non collectif et de leurs effets sur l'environnement et la salubrité publique. D'autre part, en vertu de l'article R. 2224-10 du code général des collectivités territoriales, lorsque tout ou partie du territoire d'une commune est compris dans une agglomération d'assainissement, au sens de l'article R. 2224-6 du même code, dont les populations et les activités économiques produisent des eaux usées dont la charge brute de pollution organique est supérieure à 120 kg par jour, la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale est en principe tenu d'équiper cette partie du territoire d'un système de collecte des eaux usées. Toutefois, les dispositions de l'article R. 2224-7 du même code permettent aux communes et établissements publics de coopération intercommunale de placer en zones d'assainissement non collectif les parties de leur territoire dans lesquelles l'installation d'un système de collecte des eaux usées ne se justifie pas, soit parce qu'elle ne présente pas d'intérêt pour l'environnement et la salubrité publique, soit parce que son coût serait excessif, y compris, par exception aux obligations résultant de l'article R. 2224-10 du même code, si ces parties de territoire sont comprises dans une agglomération d'assainissement au sein de laquelle les populations et les activités économiques produisent des eaux usées dont la charge brute de pollution organique est supérieure à 120 kg par jour.

9. Il ressort d'une estimation adressée le 2 avril 2009 à la commune du Rouret par la société Lyonnaise des eaux, alors gestionnaire du réseau d'assainissement, que le coût de raccordement au réseau d'assainissement collectif de la propriété de M. B s'établit, selon les solutions envisagées, entre 63 000 et 64 500 euros hors taxes, selon la taille de mètre linéaire de canalisation envisagé, ces solutions impliquant cependant d'emprunter des emprises privées. Selon un document daté d'août 2009 produit par la commune en première instance, fondé sur ces estimations de la société Lyonnaise des eaux dont résulte un coût de mètre linéaire de canalisation compris entre 350 et 370 euros hors taxes, le coût de ce raccordement via les voies publiques s'établirait à un montant de près de 270 000 euros hors taxes, sans compter les ouvrages techniques nombreux et couteux nécessaires pour le fonctionnement du réseau, tels que les postes de refoulement. Compte tenu de ce coût manifestement excessif, qui n'est pas contesté par M. B, c'est, en tout état de cause, sans méconnaître les dispositions des articles L. 2224-10 du code général des collectivités territoriales, ni celles de l'article R. 2224-10 du même code, que la délibération litigieuse a pu adopter le plan local d'urbanisme de la commune, en y annexant le plan de zonage de l'assainissement adopté, ainsi qu'il a été dit au point 7, par une délibération du 12 décembre 2005.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la délibération du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal du Rouret a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune.

Sur les frais liés au litige :

11. La commune du Rouret n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. B la somme de 2 000 euros à verser à la commune du Rouret sur ce même fondement.

D É C I D E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune du Rouret la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et à la commune du Rouret.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, où siégeaient :

- M. Portail, président,

- M. D, vice-président,

- M. Claudé-Mougel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 juillet 2024.

N°23MA01289 nb

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