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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-25MA02405

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-25MA02405

jeudi 12 février 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-25MA02405
TypeDécision
PublicationC
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantVAN DER BEKEN NAÏMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Nice d’annuler l’arrêté du 24 juin 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prolongé pour une durée de deux ans, l’interdiction de retour sur le territoire français prononcée le 14 décembre 2023 pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2503960 du 31 juillet 2025, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2025, et des mémoires enregistrés les 12 et 29 décembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Van Der Beken, demande à la cour :

1°) d’annuler le jugement du tribunal administratif de Nice du 31 juillet 2025 ;

2°) d’annuler l’arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 24 juin 2025 ;

3°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) de l’admettre provisoirement à l’aide juridictionnelle ;

5°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros à verser à son avocat au titre au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la prolongation de l’interdiction de retour est disproportionnée eu égard aux dispositions de l’article L. 622-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la durée de l’interdiction de retour portée à 4 ans par l’arrêté attaqué est excessive.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. C... a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., de nationalité albanaise, relève appel du jugement du 31 juillet 2025 du tribunal administratif de Nice qui a rejeté sa demande tendant à l’annulation de l’arrêté du 24 juin 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prolongé pour une durée de deux ans l’interdiction de retour sur le territoire français prononcée le 14 décembre 2023 pour une durée de deux ans.


Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 24 octobre 2025, le bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille a rejeté la demande d’aide juridictionnelle de M. A.... Par suite, il n’y a pas lieu de lui accorder le bénéfice d’une admission provisoire à l’aide juridictionnelle.



Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

3. En premier lieu, aux termes de l’article L. 612-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. » Aux termes de l’article L. 612-8 du même code : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. » Aux termes de l’article L. 612-10 : « « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ». L’article L. 612-11 dispose : « L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants :/ 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai / (…) Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. »

4. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l’autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l’encontre de l’étranger soumis à l’obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu’elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l’un ou plusieurs d’entre eux. La décision d’interdiction de retour doit comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l’autorité compétente, au vu de la situation de l’intéressé, de l’ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n’impose que le principe et la durée de l’interdiction de retour fassent l’objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l’importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l’autorité compétente qui prend une décision d’interdiction de retour d’indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l’étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l’intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d’éloignement dont il a fait l’objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l’ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l’intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n’est pas tenue, à peine d’irrégularité, de le préciser expressément.

5. L’arrêté attaqué, qui vise notamment les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont il est fait application, notamment celles de l’article L. 612-11, ainsi que l’arrêté du 14 décembre 2023 obligeant M. A... à quitter le territoire français sans délai, et lui faisant interdiction de retour pour une durée de deux ans, mentionne l’identité, la date de naissance et la nationalité de ce dernier, et indique qu’il a été interpellé le 24 juin 2025 et placé en garde à vue, établissant ainsi sa présence sur le territoire français, sans pouvoir démontrer avoir exécuté cet arrêté. Il indique également qu’il ressort de l’examen de sa situation qu’il déclare être entré en France le 1er janvier 2020 sans démontrer y avoir habituellement résidé jusqu’à cette date, qu’il ne justifie pas de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, qu’il est marié, père de famille et n’est pas dépourvu d’attaches familiales en Albanie, qu’il n’a pas exécuté spontanément la mesure d’éloignement précitée et a fait l’objet d’un placement en garde à vue pour des faits d’acquisition d’offre ou cession, détention et transport non autorisé de stupéfiants et qu’au vu des éléments figurant au dossier, la mesure envisagée n’est pas de nature à comporter pour la situation personnelle ou familiale de l’intéressé des conséquences d’une exceptionnelle gravité. Cet arrêté est ainsi suffisamment motivé, eu égard notamment aux critères énoncés par l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Ce moyen, qui manque en fait, doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

7. Si M. A... soutient être présent sur le territoire depuis l’année 2020, alors qu’il était âgé de 22 ans, et y résider depuis, les pièces qu’il produit à l’instance, notamment les bulletins de salaire pour un emploi de manutentionnaire dans une entreprise de transport pour la période comprise entre les mois de février 2024 et de juin 2025, les certificats de scolarité de son enfant né le 30 mars 2019 en Albanie et l’acte de naissance de son second enfant né à Nice le 7 juin 2022, ne suffisent pas à démontrer qu’il aurait établi en France le centre de sa vie privée et familiale, alors, d’une part, qu’il ne fait état d’aucun autre lien sur le territoire, les attestations sommaires produites à l’appui de son mémoire enregistré le 29 décembre 2025 ne suffisant pas à en établir l’existence, et que sa compagne, mère de ses deux enfants, s’y trouve également en situation irrégulière et, d’autre part, qu’il n’allègue pas même être dépourvu d’attaches familiales en Albanie où, selon son audition par les services de police intervenue le14 décembre 2023 dans le cadre d’une vérification du droit de circulation et de séjour en France, résident ses parents et son frère. Dans ces conditions, l’appelant n’est pas fondé à soutenir qu’en prolongeant de deux années, par l’arrêté attaqué, l’interdiction de retour sur le territoire français de deux années qui a assorti l’obligation de quitter le territoire dont il a fait l’objet à cette même date, le préfet des Alpes-Maritimes aurait méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

8. En troisième lieu, en soutenant uniquement qu’il ne présente pas une menace pour l’ordre public, M. A... n’établit pas que le préfet des Alpes-Maritimes aurait méconnu les dispositions rappelées au point 4 alors que, ainsi qu’il a été dit au point 6, le préfet s’est prononcé au regard des critères fixés par ces dispositions, conformément au principe rappelé au point 5 et, par ailleurs, qu’ainsi qu’il a été dit au point 7, M. A... n’établit pas que la nature et l’ancienneté de ses liens avec la France est tel que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles fondées sur les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.


D É C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A..., au ministre de l’Intérieur et à Me Van Der Beken.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.


Délibéré après l’audience du 29 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

- M. Philippe Portail, président,
- Mme Marie-Laure Hameline, présidente-assesseure,
- M. Arnaud Claudé-Mougel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe 12 février 2026.



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