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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL20816

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL20816

mardi 25 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL20816
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A C a demandé au tribunal administratif de Montpellier de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et l'a interdite de retour pour une durée de quatre mois.

Par un jugement n° 2105795 du 16 décembre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2022, Mme C, représentée par Me Ruffel, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 16 décembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination et en lui interdisant le retour pour une durée de quatre mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

4°) de condamner l'Etat au versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation et méconnaît les dispositions de l'article L.542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le jugement mentionne à tort l'examen par le préfet des conséquences d'un refus de titre de séjour au regard de son droit à la vie privée et familiale alors qu'elle n'a pas formé de demande de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des risques encourus en cas de retour en Géorgie et ne tient pas compte de son état de santé ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est privée de sa base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle a dû fuir son pays où elle a subi des violences en qualité de témoin de Jéhovah ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

- elle est dépourvue de base légale au regard de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

Par une décision du 21 février 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille a admis Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dernier alinéa de l'article R.222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A C, ressortissante géorgienne née le 30 août 1971 à Terjola (URSS), déclare être entrée en France 14 avril 2021. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision rendue le 31 août 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides statuant en procédure accélérée. Par un arrêté du 12 octobre 2021, le préfet de l'Hérault l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de quatre mois. Mme C relève appel du jugement n°2105795 en date du 16 décembre 2021 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. Le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'un défaut de motivation doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier au point 7 du jugement attaqué.

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, () et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". L'article L. 541-1 de ce code précise que : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". L'article L. 541-2 du même code dispose que " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". L'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que par dérogation aux dispositions de l'article L. 541-1 précitées " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin :1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ".

5. Il ressort de l'arrêté du 12 octobre 2021 que l'obligation de quitter le territoire français a été prise à l'encontre de Mme C sur le fondement du 4 de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant l'adoption de cette mesure d'éloignement lorsque l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 de ce code. Dès lors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile de Mme C le 31 août 2021, le préfet de l'Hérault, sans avoir à prendre connaissance des éléments contenus dans cette demande d'asile, pouvait obliger cette dernière à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen complet et réel de sa situation au regard de l'article L.542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

6. Si le jugement mentionne que le préfet " a notamment examiné les conséquences d'un refus de séjour à l'encontre de la requérante au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale " alors qu'elle n'avait déposée aucune demande de titre de séjour, cette mention est, par elle-même, sans incidence sur l'appréciation portée par le premier juge de la régularité de l'arrêté du préfet de l'Hérault obligeant Mme C à quitter le territoire suite au rejet de sa demande d'asile et n'implique pas qu'il aurait statué à tort sur une décision de refus de séjour. Dès lors, le jugement n'est pas entaché d'irrégularité.

Sur la fixation du pays de destination :

7. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. Le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a considéré que " Mme C soutient qu'en cas de retour en Géorgie, elle risque des traitements inhumains et dégradants. Toutefois, elle ne produit au soutien de ses allégations aucun élément permettant de regarder comme établie la réalité des risques qu'elle pourrait effectivement et personnellement encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides au motif que les faits allégués et les craintes énoncées ne sont pas établis. Par suite, le préfet de l'Hérault a pu désigner la Géorgie comme pays de renvoi sans commettre d'erreur de droit ni méconnaitre les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Mme C, qui se borne en appel à reprendre dans les même termes son argumentation développée en première instance, ne se prévaut d'aucun élément de fait ou de droit utile de nature à remettre en cause l'appréciation du premier juge. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, par adoption des motifs pertinemment retenus par le magistrat désigné du tribunal administratif de Montpellier tels qu'ils viennent d'être rappelés.

10. L'appelante fait valoir que son état de santé nécessite un suivi médical sur le territoire français, où réside son fils M. B C, né le 13 juillet 1989 à Tkibulli (URSS). Elle fournit en appel un certificat médical daté du 20 décembre 2021 qui fait état d'une hypertension artérielle traitée, de céphalées, de troubles associés à la ménopause et de l'existence d'antécédents familiaux de cancer colorectal. Ce certificat médical n'est toutefois pas de nature à établir que l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé en Géorgie ne lui permettraient pas de bénéficier d'un suivi adapté dans son pays d'origine. La circonstance que son fils majeur, né en 1989, soit présent sur le territoire français, est sans incidence sur la situation de l'appelante, dès lors qu'il fait également l'objet d'un arrêté du préfet de l'Hérault du 1er octobre 2021 devenu définitif portant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour consécutif au rejet de sa demande d'asile. Par suite, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressée.

Sur la décision portant interdiction de retour pour une durée de quatre mois :

11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet. Par suite elle n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français.

12. Il y a lieu d'écarter le moyen tiré du défaut de motivation par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge au point 15 du jugement attaqué.

13. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

14. Pour interdire à Mme C de revenir sur le territoire français et fixer à quatre mois la durée de cette interdiction, le préfet de l'Hérault après avoir relevé que l'intéressée n'avait pas fait l'objet de mesure d'éloignement et que son comportement ne constituait pas une menace à l'ordre public, s'est fondé sur la circonstance que ses liens familiaux en France ne sont pas établis et qu'elle ne justifie pas être démunie d'attaches dans son pays d'origine. Ainsi qu'il a été dit au point 10, si elle se prévaut de la présence de son fils sur le territoire français et de son état de santé, ces éléments ne sont pas de nature à lui ouvrir un droit au retour sur le territoire français. Dans ces circonstances, le préfet de l'Hérault a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, assortir la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre mois qui n'apparaît pas excessive. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme C, qui est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées par son avocat au titre de l'article L. 761-1 et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et à Me Ruffel.

Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 25 octobre 2022.

La présidente de la 2ème chambre,

A. Geslan-Demaret

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°22TL20816

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