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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL21496

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL21496

mardi 9 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL21496
TypeDécision
Formation3ème chambre
Avocat requérantADONNE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société anonyme Arcadi Pla a saisi le tribunal administratif de Montpellier d'une demande tendant, d'une part, à contester la validité de la décision de l'office public de l'habitat de la communauté d'agglomération de Montpellier, dénommé ACM Habitat, du 12 octobre 2016, de résilier à ses frais et risques un marché de travaux les liant et à ordonner la reprise des relations contractuelles, d'autre part, à la décharger du règlement des sommes inscrites à son débit au décompte de liquidation de ce marché correspondant, notamment, au coût du marché de substitution conclu par le pouvoir adjudicateur, aux préjudices subis par ce dernier, aux pénalités de retard et aux sommes à régler aux sous-traitants et, enfin, à condamner cet établissement public à lui verser une somme de 267 189,80 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de cette mesure de résiliation.

Par un jugement n° 2001581 du 12 mai 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté ses demandes et mis à sa charge définitive les frais et honoraires de l'expertise taxés et liquidés à la somme de 30 149,22 euros toutes taxes comprises.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er juillet 2022 et les 13 et 19 juin 2024, la société Arcadi Pla, représentée par la SCP Levy - Balzarini - Sagnes - Serre - Lefebvre, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 12 mai 2022 du tribunal administratif de Montpellier ;

2°) d'ordonner la reprise des relations contractuelles ;

3°) d'une part, de la décharger du règlement des sommes inscrites à son débit au décompte de liquidation de ce marché correspondant, au coût du marché de substitution conclu par l'office public de l'habitat de la communauté d'agglomération de Montpellier, ACM Habitat, aux préjudices subis par ce dernier, aux pénalités de retard et aux sommes à régler aux sous-traitants et, d'autre part, de condamner cet établissement public à lui verser une somme de 267 189,80 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la mesure de résiliation du 12 octobre 2016 précitée ;

4°) de mettre à la charge de l'office public de l'habitat de la communauté d'agglomération de Montpellier, ACM Habitat, les dépens de l'instance ainsi qu'une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- contrairement à ce qu'a jugé le tribunal, le périmètre du litige se limite aux seuls manquements expressément formulés dans la décision de résiliation, ce qui exclut, en principe, les fissures affectant les poteaux P1 et P2, découvertes en cours d'expertise, lesquelles sont, en tout état de cause, de faible importance ;

- les manquements contractuels qui lui sont reprochés, et ne sont, pour la plupart, pas établis, ne lui sont pas intégralement imputables et ne présentent pas une gravité suffisante pour justifier une mesure de résiliation à ses frais ;

- les retards pris dans l'exécution du marché ne lui sont pas imputables mais sont liés aux carences de la société d'équipement de la région montpelliéraine à évacuer les déchets présents sur la parcelle, ce qui a retardé le commencement des travaux, à la décision, prise avec l'aval de l'architecte et du bureau d'études structures, de mettre en œuvre puis d'abandonner la variante concernant le système de fondations à l'origine d'un retard de deux mois selon l'expert, en réalité trois mois, aux défaillances de la société titulaire du lot plomberie à l'origine d'un retard d'un mois et demi et aux manquements de la maîtrise d'œuvre dans le suivi du chantier, notamment dans le cadre de la mission ordonnancement, pilotage et coordination ;

- le délai contractuel d'exécution du marché est de seize mois impliquant une date de réception prévisible au 25 juin 2016 et ne pouvait être réduit unilatéralement de quatre mois pour imposer une réception des travaux au 25 janvier 2016 ;

- la plupart des malfaçons apparues en cours de chantier susceptibles de lui être imputées sont de faible importance au regard du prix du marché et n'appelaient que des travaux de reprise de faible ampleur représentant un coût modeste ;

- les autres malfaçons qualifiées dans la décision de résiliation en litige de prestations non réalisées et de prestations non achevées ne sont pas justifiées dès lors que certaines n'ont pu être réalisées en raison des retards de chantier liés au choix de la variante sur le système de fondation et des fautes des autres intervenants dont la maîtrise d'œuvre et la société titulaire du lot plomberie, d'autres étaient en attente de validation ou d'un ordre de service de la maîtrise d'œuvre et, enfin, certaines étaient impossibles à réaliser en raison de l'absence de coordination et de phasage des travaux ;

- le grief portant sur la non-conformité des planchers et des voiles n'est pas établi ; le risque d'effondrement des étages supérieurs ne l'est pas davantage ;

- les griefs portant sur le nettoyage et l'évacuation des gravats et sur les installations de chantiers sont liés au retards pris dans l'exécution des travaux, au choix puis à l'abandon de la variante concernant le système de fondations, aux fautes commises par les autres intervenants et à la résiliation prématurée du marché ;

- la décision du maître de l'ouvrage de recourir à une mesure de résiliation à ses frais est disproportionnée dès lors que ses manquements, qui ne présentent aucune complexité technique ni caractère de gravité suffisant, relevaient tout au plus de simples pénalités de retard et de rappels à l'ordre sous la forme d'ordres de service et ne rendaient pas impossible la poursuite du marché ;

- c'est à tort que le maître d'ouvrage a mis à sa charge une somme de 659 763,85 euros au titre du coût des marchés de substitution alors que la mesure de résiliation à ses frais n'est pas justifiée et que le prononcé d'une mesure de résiliation unilatérale et prématurée a entravé le bon déroulement du marché en la privant de la possibilité de réaliser les travaux de reprise qui présentaient un coût et un caractère mineurs ;

- pour les mêmes motifs, il n'y pas lieu de mettre à sa charge le règlement de la somme de 8 563,58 euros au titre des sommes dues aux sous-traitants ;

- elle n'a jamais été destinataire de ces marchés de substitution ni été associée au suivi des travaux de reprise en dépit de ses demandes en méconnaissance des articles 48.4 et 48.5 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ; le maître d'ouvrage n'établit pas que ces marchés lui ont été notifiés, l'accusé d'envoi ne pouvant tenir lieu de preuve de notification ;

- les préjudices allégués par le maître d'ouvrage ne sont pas établis ; le cumul entre les pénalités de retard et l'indemnisation des préjudices liés au retard de livraison de l'ouvrage étant interdit ;

- les pénalités appliquées ne sont pas justifiées dès lors que le retard ne lui est pas imputable ; à titre subsidiaire, le montant de ces pénalités devra être modulé ;

- elle est fondée à obtenir l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis du fait de la résiliation unilatérale du marché dans les conditions suivantes :

* 19 546,53 euros au titre de son manque à gagner ;

* 29 224 euros toutes taxes comprises au titre des frais d'études qu'elle a engagés pour réaliser une étude technique et une étude de sol en vue de la mise en œuvre de la variante portant le système de fondations ;

* 94 452,14 euros au titre des frais d'arrêt de chantier ;

* 44 361,91 euros au titre des pertes financières liées à l'embauche de salariés affectés sur le chantier ;

* 29 605,22 euros toutes taxes comprises au titre du montant de l'expertise judiciaire et des frais d'avocats pour l'assister lors des opérations d'expertise et la représenter en justice ;

* 50 000 euros au titre de son préjudice d'image.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 9 février 2023 et le 13 juin 2024, et une production de pièces, enregistrée le 28 mai 2024, l'office public de l'habitat de Montpellier Méditerranée Métropole, ACM Habitat, représenté par Me Bézard, conclut au rejet de la requête et, à titre incident, à ce que la cour condamne la société Arcadi Pla à lui verser la somme de 786 316,72 euros au titre du règlement du marché ou, à titre subsidiaire, le solde du marché tel qu'elle l'aura fixé. Il demande, en outre, qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Arcadi Pla au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

En ce qui concerne le bien-fondé de la résiliation du marché aux frais et risques du titulaire :

- la décision de résilier le marché en litige n'est pas uniquement fondée sur la présence de microfissures sur les murs faisant craindre un risque d'effondrement de l'immeuble et l'existence de malfaçons anecdotiques mais repose sur les nombreux manquements graves et répétés de la société appelante à ses obligations contractuelles en dépit de l'envoi de mises en demeure détaillant précisément ces obligations restées infructueuses ;

- les manquements de la société Arcadi Pla à ses obligations contractuelles, le non-respect des délais contractuels d'exécution et son refus de procéder à la reprise des désordres et malfaçons constituent, chacun pris isolément, des fautes d'une gravité suffisante pour justifier la résiliation du marché laquelle ne présente pas de caractère disproportionné et n'est pas intervenue prématurément ;

- les désordres et malfaçons affectant les poteaux P1 et P2 révélés et qualifiés par l'expert judiciaire de défaut structurel de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage résultent de la violation, par la société appelante, de ses obligations contractuelles ;

- le délai d'exécution du contrat est de quinze mois et non de seize comme le soutient la société Arcadi Pla et c'est à bon droit que le tribunal a jugé que cette société était principalement à l'origine du délai de retard de huit mois dans l'exécution des travaux dont le point de départ a été fixé au 9 février 2015, date de commencement des travaux fixée par ordre de service ;

- contrairement à ce que soutient la société appelante, la parcelle sur laquelle elle devait intervenir a été réceptionnée le 5 février 2015 de sorte qu'aucun retard d'exécution ne peut être imputé à la SERM ;

- contrairement à ce que soutient la société appelante, l'étude et l'abandon de la solution alternative portant sur le type de fondations ne constitue pas l'un des motifs de résiliation du marché ;

- les sommes inscrites au débit de la société appelante au titre du coût du marché de substitution, des pénalités de retard, des sommes à régler aux sous-traitants de la société Arcadi Pla et des préjudices qu'il a subis sont pleinement justifiées ; les pertes de loyers ne sont pas sérieusement contestées et aucune règle ni aucun principe ne fait obstacle au cumul des pénalités de retard et de l'indemnité due au titre de la perte de loyers ;

En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices liés au retard de livraison de l'ouvrage : à titre subsidiaire, si la cour devait opérer un partage de responsabilité entre la société Arcadi Pla et la société Septinergie concernant le retard de chantier constaté entre le 2 février et le 14 octobre 2016 et imputer une part du retard d'exécution des travaux à cette dernière société titulaire du lot plomberie à l'origine d'un retard se limitant à une période d'un mois et demi allant du 2 février au 15 mars 2016, il y aurait lieu de ramener la condamnation de la société appelante de la somme de 106 002,03 euros à celle de 102 944,28 euros au titre de l'indemnisation des préjudices subis sur cette période globale ; à titre subsidiaire également, si la cour devait opérer un partage de responsabilité entre la maîtrise d'œuvre et la société appelante, il y aurait lieu de mettre à la charge de cette dernière une part de responsabilité de 90 % dans la survenance du retard et de ramener sa condamnation de la somme de 106 002,03 euros à celle de 95 401,83 euros au titre des préjudices qu'il a subis ;

En ce qui concerne le choix puis l'abandon de la solution technique alternative portant sur les fondations : il appartient à la société appelante, si elle s'y croit fondée, de rechercher la responsabilité des autres participants à l'opération de construction ;

En ce qui concerne les pénalités de retard :

- la société appelante ne conteste pas le montant des pénalités de retard mais leur imputabilité ; il y a lieu de retenir le montant des pénalités tel que calculé par l'expert désigné par le tribunal ;

- la société Arcadi Pla est en partie fondée à soutenir qu'une part de responsabilité de 50 % peut être imputée à la société Septinergie, titulaire du lot plomberie, au titre des retards constatés sur la période allant du 2 février au 15 mars 2016 ; dans l'hypothèse où la cour mettrait une part de responsabilité à la charge de cette dernière société, il y aurait lieu de fixer le montant des pénalités à la somme de 35 340 euros, conformément à l'évaluation faite par l'expert ;

- le retard lié au choix puis à l'abandon de la solution technique proposée par la société Arcadi Pla concernant les fondations n'est pas de nature à réduire le montant des pénalités ;

- si la cour décidait d'imputer une part des retards aux carences de la maîtrise d'œuvre dans l'accomplissement de ses missions, il y aurait lieu de la limiter à 10 % du montant des pénalités de sorte que la société Arcadi Pla resterait redevable de la somme de 34 610,40 euros ;

En ce qui concerne la notification des marchés de substitution : il doit être tenu pour établi que la société Arcadi Pla a bien reçu la copie des marchés de substitution en litige lors des opérations d'expertise ;

En ce qui concerne les sommes à régler aux sous-traitants : c'est à bon droit que la somme de 8 563,58 euros a été intégrée au décompte de liquidation du marché, cette somme correspondant aux prestations que la société appelante a elle-même sous-traitées et non à des prestations sous-traitées dans le cadre du marché de substitution ;

En ce qui concerne la condamnation de la société Arcadi Pla au paiement des sommes inscrites au décompte final de liquidation : dès lors qu'elle aura confirmé le jugement attaqué, il appartiendra à la cour d'ordonner, sur le fondement des articles L. 911-4 et R. 921-2 du code de justice administrative, l'exécution de ce jugement en condamnant cette société à lui verser la somme de 786 316,72 euros ; à titre subsidiaire, il lui appartiendra de condamner la société Arcadi Pla à régler le solde du marché tel qu'elle l'aura arrêté ;

En ce qui concerne les différentes indemnités réclamées par la société appelante :

- aucune indemnité ne peut être versée à la société Arcadi Pla au titre du manque à gagner dès lors qu'elle s'est abstenue de réaliser les travaux restants en dépit de l'envoi de sept lettres de mise en demeure ; en tout état de cause, les tableaux qu'elle produit pour justifier son manque à gagner sont dépourvus de valeur probante dès lors qu'ils ne sont ni signés ou certifiés par un comptable agréé ni accompagnés de pièces justificatives ;

- il ne lui appartient pas de supporter les frais d'études engagés à la seule initiative de la société Arcadi Pla au titre de la solution technique alternative portant sur les fondations alors que cette prestation constitue une modification unilatérale du marché qui n'aurait pas dû être envisagée et n'aurait pas dû donner lieu à une dépense ;

- aucune indemnité ne peut être versée au titre des frais d'arrêt de chantier dès lors que le chantier n'a jamais été arrêté et que ces frais ne sont pas justifiés ; il en est de même pour les frais liés à l'embauche de salariés sur le chantier lesquels ne sont pas établis ;

- aucune indemnité ne saurait être mise à sa charge au titre des frais d'expertise et des honoraires d'avocat dès lors qu'elle n'a pas la qualité de partie perdante et que les frais d'avocat ne sont, en tout état de cause, pas justifiés ;

- le préjudice d'image allégué n'est pas établi et le montant de l'indemnité réclamée à ce titre est disproportionné au regard du préjudice invoqué ;

En ce qui concerne ses préjudices financiers : leur réalité est établie à hauteur de 106 002,03 euros par l'ensemble des justificatifs produits.

Par un courrier du 21 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions incidentes par lesquelles l'office public de l'habitat de Montpellier Méditerranée Métropole, ACM Habitat, demande à la cour, en partie conclusive de son mémoire en défense, de condamner la société Arcadi Pla à lui verser la somme de 786 316,72 euros toutes taxes comprises, de telles conclusions présentant un caractère nouveau en appel et l'administration n'étant pas recevable à demander au juge d'ordonner des mesures qu'elle peut prendre elle-même lorsqu'elle n'a pas fait usage de la possibilité qui lui est offerte, en présence d'une créance trouvant son origine dans un contrat, de saisir le juge d'administratif d'une demande tendant à son recouvrement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- l'ordonnance n° 2005-649 du 6 juin 2005 ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme El Gani-Laclautre ;

- les conclusions de Mme Perrin, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Bézard, représentant l'office public de l'habitat de Montpellier Méditerranée Métropole, ACM Habitat.

Une note en délibéré, présentée par l'office public de l'habitat de Montpellier Métropole, ACM habitat, a été enregistrée le 27 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. En 2015, l'office public de l'habitat de Montpellier Méditerranée Métropole, ci-après ACM Habitat, a entrepris de construire une résidence dénommée Ella Fitzgerald composée de 38 logements collectifs au sein de la zone d'aménagement concerté de Port-Marianne à Montpellier (Hérault). Les travaux ont été allotis en treize lots. Par un acte d'engagement du 20 janvier 2015, le lot n° 1 " terrassement - gros œuvre " a été attribué à la société Arcadi Pla, pour un montant de 1 702 601,62 euros toutes taxes comprises. Les travaux ont débuté le 9 février 2015. Par une décision du 12 octobre 2016, l'office public de l'habitat de Montpellier Méditerranée Métropole a prononcé la résiliation du marché aux frais et risques de la société Arcadi Pla à compter du 19 octobre suivant motif pris de ce que, premièrement, certaines prestations n'ont pas été réalisées, deuxièmement, des prestations sont inachevées, troisièmement, il existe des non-conformités sur les planchers et les voiles, quatrièmement, la prestation de nettoyage et d'évacuation des gravats n'a pas été réalisée, cinquièmement, les installations de chantier ont été retirées avant la fin du chantier et, enfin, sixièmement, il existe un retard d'exécution des prestations qui auraient dû être achevées au mois de janvier 2016. Saisi par la société Arcadi Pla, le tribunal administratif de Montpellier a, par une ordonnance n°s 1605739 - 1701651, désigné un expert, lequel a remis son rapport, le 14 mars 2019. Par une lettre du 26 décembre 2019, ACM Habitat a adressé à la société Arcadi Pla un décompte final de liquidation faisant apparaître un solde négatif de 786 316,72 euros toutes taxes comprises au débit de cette société, cette somme correspondant, notamment, au coût du marché de substitution conclu par le pouvoir adjudicateur, aux préjudices subis par ce dernier, aux pénalités de retard et aux sommes à régler aux sous-traitants. Par une lettre du 24 janvier 2020, la société Arcadi Pla a saisi le maître d'ouvrage d'un mémoire en réclamation tendant, d'une part, à contester ce décompte et, d'autre part, à ce que ce dernier lui verse une indemnité totale de 608 095,05 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la mesure de résiliation précitée. La société Arcadi Pla relève appel du jugement du 12 mai 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant, d'une part, à ordonner la reprise des relations contractuelles et, d'autre part, à la décharger du règlement des sommes inscrites à son débit au décompte de liquidation de ce marché et, enfin, à la condamnation de cet établissement public à lui verser une somme de 267 189,80 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur l'irrecevabilité des conclusions incidentes tendant à la condamnation au règlement du solde du marché :

2. Lorsque la créance trouve son origine dans un contrat, la faculté d'émettre un titre exécutoire dont dispose une personne publique ne fait pas obstacle à ce que celle-ci saisisse le juge d'administratif d'une demande tendant à son recouvrement.

3. Il ne résulte pas de la procédure suivie devant le tribunal que l'office public de l'habitat de Montpellier Méditerranée Métropole, ACM Habitat, ait entendu saisir le tribunal d'une demande reconventionnelle, présentée sur le fondement contractuel, tendant à la condamnation de la société Arcadi Pla à lui régler le solde du marché, ce dernier s'étant borné à conclure au rejet de la demande. Dès lors qu'il dispose, en tout état de cause, de la faculté d'émettre un titre exécutoire en vue d'obtenir le règlement du solde du marché, les conclusions par lesquelles l'établissement public intimé demande à la cour de condamner la société appelante à lui verser la somme de 786 316,72 euros sont nouvelles en appel ce qui les rend, par suite, irrecevables.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable au litige :

4. Le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles. Elle doit exercer ce recours, y compris si le contrat en cause est relatif à des travaux publics, dans un délai de deux mois à compter de la date à laquelle elle a été informée de la mesure de résiliation. De telles conclusions peuvent être assorties d'une demande tendant, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à la suspension de l'exécution de la résiliation, afin que les relations contractuelles soient provisoirement reprises. Eu égard aux particularités de ce recours contentieux, à l'étendue des pouvoirs de pleine juridiction dont le juge du contrat dispose et qui peut le conduire, si les conditions en sont satisfaites, à ordonner la reprise des relations contractuelles ainsi qu'à l'intervention du juge des référés pour prendre des mesures provisoires en ce sens, l'exercice d'un recours administratif pour contester cette mesure, s'il est toujours loisible au cocontractant d'y recourir, ne peut avoir pour effet d'interrompre le délai de recours contentieux. Il en va ainsi quel que soit le motif de résiliation du contrat et notamment lorsque cette résiliation est intervenue en raison des fautes commises par le cocontractant. Au demeurant, dans cette dernière hypothèse, la personne publique est toujours dans l'obligation de mettre le cocontractant en mesure de faire valoir ses observations avant l'intervention de cette décision.

En ce qui concerne la résiliation pour faute du contrat et ses conséquences sur l'établissement du décompte de liquidation :

5. Aux termes de l'article 46.3.1. du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, approuvé par l'arrêté du 8 septembre 2009 : " Le représentant du pouvoir adjudicateur peut résilier le marché pour faute du titulaire dans les cas suivants : () / c) Le titulaire, dans les conditions prévues à l'article 48, ne s'est pas acquitté de ses obligations dans les délais contractuels, après que le manquement a fait l'objet d'une constatation contradictoire et d'un avis du maître d'œuvre, et si le titulaire n'a pas été autorisé par ordre de service à reprendre l'exécution des travaux ; dans ce cas, la résiliation du marché décidée peut être soit simple, soit aux frais et risques du titulaire et, dans ce dernier cas, les dispositions des articles 48. 4 à 48. 7 s'appliquent () ".

6. Aux termes de l'article 48 de ce même cahier : " 48.1 () lorsque le titulaire ne se conforme pas aux dispositions du marché ou aux ordres de service, le représentant du pouvoir adjudicateur le met en demeure d'y satisfaire, dans un délai déterminé, par une décision qui lui est notifiée par écrit. / Ce délai, sauf pour les marchés intéressant la défense ou en cas d'urgence, n'est pas inférieur à quinze jours à compter de la date de notification de la mise en demeure. / 48.2. Si le titulaire n'a pas déféré à la mise en demeure, la poursuite des travaux peut être ordonnée, à ses frais et risques, ou la résiliation du marché peut être décidée. / 48.3. Pour assurer la poursuite des travaux, en lieu et place du titulaire, il est procédé, le titulaire étant présent ou ayant été dûment convoqué, à la constatation des travaux exécutés et des approvisionnements existants ainsi qu'à l'inventaire descriptif du matériel du titulaire et à la remise à celui-ci de la partie de ce matériel qui n'est pas utile à l'achèvement des travaux. / Dans le délai d'un mois suivant la notification de la décision de poursuite des travaux, en lieu et place du titulaire, ce dernier peut être autorisé par ordre de service à reprendre l'exécution des travaux s'il justifie des moyens nécessaires pour les mener à bonne fin. / Après l'expiration de ce délai, la résiliation du marché est prononcée par le représentant du pouvoir adjudicateur. / 48.4. En cas de résiliation aux frais et risques du titulaire, les mesures prises en application de l'article 48.3 sont à la charge de celui-ci. / Pour l'achèvement des travaux conformément à la réglementation en vigueur, il est passé un marché avec un autre entrepreneur. Ce marché de substitution est transmis pour information au titulaire défaillant. Par exception aux dispositions de l'article 13.4.2, le décompte général du marché résilié ne sera notifié au titulaire qu'après règlement définitif du nouveau marché passé pour l'achèvement des travaux. () ".

7. Enfin, aux termes de l'article 47.2 de ce même cahier : " 47.2.1. En cas de résiliation du marché, une liquidation des comptes est effectuée. Le décompte de liquidation du marché, qui se substitue au décompte général prévu à l'article 13.4.2, est arrêté par décision du représentant du pouvoir adjudicateur et notifié au titulaire. / 47.2.2. Le décompte de liquidation comprend : / a) Au débit du titulaire : / - le montant des sommes versées à titre d'avance et d'acompte ; / - la valeur, fixée par le marché et ses avenants éventuels, des moyens confiés au titulaire que celui-ci ne peut restituer ainsi que la valeur de reprise des moyens que le pouvoir adjudicateur cède à l'amiable au titulaire ; / - le montant des pénalités ; / - le cas échéant, le supplément des dépenses résultant de la passation d'un marché aux frais et risques du titulaire dans les conditions fixées à l'article 48. / b) Au crédit du titulaire : / - la valeur contractuelle des travaux exécutés, y compris, s'il y a lieu, les intérêts moratoires ; / - le montant des rachats ou locations résultant de l'application de l'article 47.1.3 ; / - le cas échéant, le montant des indemnités résultant de l'application des articles 46.2 et 46.4. / 47.2.3. Le décompte de liquidation est notifié au titulaire par le pouvoir adjudicateur, au plus tard deux mois suivant la date de signature du procès-verbal prévu à l'article 47.1.1. Cependant, lorsque le marché est résilié aux frais et risques du titulaire, le décompte de liquidation du marché résilié ne sera notifié au titulaire qu'après règlement définitif du nouveau marché passé pour l'achèvement des travaux. Dans ce cas, il peut être procédé à une liquidation provisoire du marché, dans le respect de la règlementation en vigueur ".

S'agissant de la gravité des manquements contractuels en litige :

8. En premier lieu, en application de l'article C5 de l'acte d'engagement et de l'article 4.1 du cahier des clauses administratives particulières, la société Arcadi Pla disposait d'un délai de quinze mois, période de préparation incluse, pour exécuter ses travaux à compter du 9 février 2015, date de l'ordre de service prescrivant le démarrage des travaux contenu dans la notification de l'acte d'engagement, ce qui porte le terme du contrat au 9 mai 2016. Or, il résulte de l'instruction, éclairée par le rapport d'expertise et les lettres de mise en demeure adressées à la société appelante, qu'au 12 octobre 2016, date de la décision de résiliation du marché, cette dernière s'est abstenue d'exécuter quinze prestations auxquelles elle était contractuellement tenue au rang desquelles figurent le traitement des joints de dilations, la réalisation des seuils et des appuis de baies, le terrassement des abords du bâtiment, la pose d'une protection hydrofuge, les bacs à sable, le cuvelage étanche de la cuvette de l'ascenseur, l'isolation thermique du sous-plancher, la réalisation de bandes podotactiles, la réalisation du joint de dilatation en façade, le traitement du trop-plein des pissettes situées en façade, la réalisation de caniveaux, la pose d'un massif antenne/parabole télévision, la pose de plots en béton, la réalisation d'un conduit de désenfumage en rez-de-chaussée et, enfin, la réalisation de voiles de rebouchage par cône béton et le fractionnement des voiles.

9. En deuxième lieu, il résulte également de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, qu'à la même date, la société Arcadi Pla n'avait toujours pas achevé dans les règles de l'art seize prestations contractuelles portant sur les escaliers extérieurs menant au sous-sol et l'escalier extérieur, l'escalier intérieur droit, l'escalier intérieur hélicoïdal, l'appui de fenêtre en R+1, les planchers et les voies qui présentent des défauts de relief et des balèvres, la réalisation d'un garde-corps muret séparatif, le carottage nécessaire aux conduites d'eau de pluie situées sur les terrasses, les réservations dans les planchers, les finitions de surface des planchers et les ferrailles en attente laissées sur les casquettes, les réservations dans les voiles, l'obturation des fonds de gaines, les joints étanches, le ragréage des voiles intérieurs et extérieurs, l'étanchéité des conduits de désenfumage, la reprise de la gaine d'ascenseur trop large ainsi que le seuil et la feuillure non réalisés au R-1 et, enfin, la finition des voiles en béton architectonique.

10. En troisième lieu, il résulte tout autant de l'instruction que les planchers et les voiles présentaient des non-conformités tenant respectivement à des défauts d'altimétrie et d'épaisseur sur les planchers du R+1 au R+8, au caractère inadapté du plancher pour recevoir un résiliant phonique, à des fissures sur les planchers et les voiles des niveaux R+6 et R+7, à des fissures sur les linteaux, les voiles et les débords de plancher du rez-de-chaussée et, enfin, à la non-conformité du béton utilisé pour les voiles du rez-de-chaussée, des niveaux R+4, R+5, R+6 et R+7 et les planchers hauts des niveaux R+4, R+5, R+6 et R+7, la société appelante ayant mis en œuvre un béton à la texture trop élastique à la suite d'ajouts d'eau qui a donné lieu à un phénomène de retrait à l'origine de fissures verticales et obliques affectant les murs en béton et de fissures horizontales et obliques affectant les dalles en plafond et en sol.

11. En quatrième et dernier lieu, il résulte de l'instruction, d'une part, que la société Arcadi Pla s'est, en dépit d'une lettre de mise en demeure du 17 juin 2016 des architectes, abstenue de procéder au nettoyage et à l'évacuation des gravats ainsi qu'elle y était tenue en application de l'article 10.4.2 du cahier des clauses techniques particulières commun à l'ensemble des lots et, d'autre part, qu'elle a retiré prématurément les installations de chantier, notamment les installations et équipements relatifs à l'hygiène, à la santé et au confort, alors qu'elle était tenue de maintenir les locaux et équipements jusqu'à la fin du chantier.

12. Dans ces conditions, la société Arcadi Pla a, en s'abstenant, par principe et sans motif valable, de réaliser quinze prestations contractuelles, d'en achever seize autres dans les règles de l'art, de maintenir les installations de chantier jusqu'à la fin des travaux, de livrer des planchers et des voiles conformes aux stipulations du marché et, enfin, de nettoyer le chantier et d'évacuer les gravats, commis des manquements contractuels d'un degré de gravité suffisant justifiant, en tout état de cause, ainsi que l'a jugé le tribunal, la décision de résiliation du marché prise le 12 octobre 2016 par le maître de l'ouvrage.

S'agissant de la communication des marchés de substitution, du droit de suivi de ces marchés et des excédents de dépenses en résultant :

13. Aux termes de l'article 47.1.2 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, dans sa rédaction applicable au litige : " Dans les dix jours suivant la date de signature de ce procès-verbal [procès-verbal de réception des ouvrages et parties d'ouvrages exécutés à la suite d'une mesure de résiliation], le représentant du pouvoir adjudicateur fixe les mesures qui doivent être prises avant la fermeture du chantier pour assurer la conservation et la sécurité des ouvrages ou parties d'ouvrages exécutés. Ces mesures peuvent comporter la démolition de certaines parties d'ouvrages. / À défaut d'exécution de ces mesures par le titulaire dans le délai imparti par le représentant du pouvoir adjudicateur, le maître d'œuvre les fait exécuter d'office. / Sauf dans les cas de résiliation ouvrant droit à indemnité, ces mesures sont à la charge du titulaire ".

14. Aux termes de l'article 48.4 de ce cahier : " En cas de résiliation aux frais et risques du titulaire, les mesures prises en application de l'article 48.3 sont à la charge de celui-ci. Pour l'achèvement des travaux conformément à la réglementation en vigueur, il est passé un marché avec un autre entrepreneur. Ce marché de substitution est transmis pour information au titulaire défaillant. () ". Aux termes de l'article 48.5 de ce même cahier : " Le titulaire, dont les travaux font l'objet des stipulations des articles 48.2 et 48.3, est autorisé à en suivre l'exécution sans pouvoir entraver les ordres du maître d'œuvre et de ses représentants. / Il en est de même en cas de nouveau marché passé à ses frais et risques ". L'article 48.6 de ce même cahier précise que : " Les excédents de dépenses qui résultent du nouveau marché, passé après la décision de résiliation prévue aux articles 48.2 ou 48.3, sont à la charge du titulaire. () ".

15. Il résulte des règles générales applicables aux contrats administratifs que l'administration contractante peut, après avoir vainement mis en demeure son cocontractant de poursuivre l'exécution des prestations qu'il s'est engagé à réaliser conformément aux stipulations du contrat, décider de confier l'achèvement des prestations à une autre entreprise aux frais et risques de son cocontractant. Le cocontractant défaillant doit être mis à même de suivre l'exécution du marché de substitution ainsi conclu afin de lui permettre de veiller à la sauvegarde de ses intérêts, les montants découlant des surcoûts supportés par l'administration en raison de l'achèvement des prestations par un nouvel entrepreneur étant à sa charge. À cet effet, si l'administration doit dans tous les cas notifier le marché de substitution au titulaire du marché résilié, elle n'est tenue de lui communiquer les pièces justifiant de la réalité des prestations effectuées en exécution du nouveau contrat qu'à la condition d'être saisie d'une demande en ce sens.

16. Si les contrats passés par le maître d'ouvrage avec d'autres entrepreneurs pour la seule reprise de malfaçons auxquelles le titulaire du marché n'a pas remédié ne constituent pas, en principe, des marchés de substitution soumis aux règles énoncées au point précédent et, en particulier, au droit de suivi de leur exécution, il est loisible au maître d'ouvrage qui, après avoir mis en régie le marché, confie la poursuite de l'exécution du contrat à un autre entrepreneur, d'inclure dans ce marché de substitution des prestations tendant à la reprise de malfaçons sur des parties du marché déjà exécutées. Dans ce cas, le droit de suivi du titulaire initial du marché s'exerce sur l'ensemble des prestations du marché de substitution, sans qu'il y ait lieu de distinguer celles de ces prestations qui auraient pu faire l'objet de contrats conclus sans mise en régie préalable.

17. Il résulte de l'instruction que par une lettre du 22 novembre 2017, l'office public de l'habitat Montpellier Méditerranée Métropole a informé la société Arcadi Pla de la conclusion, avec la société Eiffage Construction Languedoc-Roussillon, de deux marchés de substitution, l'un, dénommé lot n° 14, portant sur l'achèvement des travaux de gros-œuvre et les reprises diverses et l'autre, dénommé lot n° 15, portant sur le traitement des désordres de gros-œuvre en rez-de-chaussée. Il résulte des pièces contractuelles afférentes à ces deux marchés qu'ils ne portent ni sur des mesures conservatoires devant être prises avant la fermeture du chantier pour assurer la conservation et la sécurité des ouvrage ou parties d'ouvrages exécutés au sens des stipulations précitées de l'article 47.1.2 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ni de manière exclusive sur des travaux de reprises destinés à remédier à des malfaçons mais comportent également des mesures destinées à assurer l'achèvement des travaux au sens de l'article 48.4 de ce même cahier. Par suite, la société Arcadi Pla disposait bien, en application des stipulations des articles 48.4 et 48.5 du même cahier, d'un droit d'information et de suivi sur deux marchés qui ont le caractère de marchés de substitution.

18. Il est constant que seule la preuve d'envoi de la lettre du 22 novembre 2017 destinée à notifier les marchés de substitution à la société appelante est produite au dossier. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier du dire à expert n° 11 établi le 8 novembre 2017 dans les intérêts du maître d'ouvrage, du courrier de l'expert du 8 novembre 2017 invitant les parties à se prononcer sur la teneur des marchés de substitution et du dire à expert n° 4 du 19 avril 2018, que la société Arcadi Pla a non seulement été informée de la conclusion des marchés de substitution en litige mais qu'elle les a contestés, poste par poste, lors des opérations d'expertise, ce dernier point attestant qu'elle en a reçu la communication effective contrairement à ce qu'elle soutient. La société Arcadi Pla devant être regardée comme ayant reçu la notification des marchés de substitution telle que prévue à l'article 48.4 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, le maître de l'ouvrage était, dès lors, fondé à lui réclamer les suppléments de dépenses qui résultent de l'exécution des nouveaux marchés. En outre, si la société Arcadi Pla soutient avoir vainement demandé à être associée au suivi des marchés de substitution, elle ne l'établit pas. Par suite, ainsi que l'a jugé le tribunal et sans qu'il y ait lieu pour la cour de faire usage de ses pouvoirs d'instruction pour demander au maître de l'ouvrage de produire les marchés de substitution en litige afin de pouvoir en contrôler le contenu, c'est à bon droit que le maître d'ouvrage a inscrit la somme de 659 763,85 euros au débit de la société appelante au titre des excédents de dépenses liés à la conclusion de ces deux marchés de substitution.

S'agissant des préjudices subis par la société Arcadi Pla :

19. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point 12, la décision de résiliation en litige est justifiée au regard de la gravité des manquements contractuels constatés par le maître d'ouvrage, les conclusions par lesquelles la société Arcadi Pla demande l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de cette mesure doivent, par voie de conséquence, être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions tendant à l'indemnisation du montant des frais d'expertise judiciaire et des frais d'avocats exposés lors des opérations d'expertise et pour la représenter en justice lesquels relèvent, en tout état de cause, de la catégorie des dépens et des frais exposés et non compris dans les dépens au sens des articles R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative.

S'agissant des sommes dues aux sous-traitants :

20. Contrairement à ce que soutient la société Arcadi Pla, la somme de 8 563,58 euros inscrite à son débit dans la rubrique " reste à régler aux sous-traitants " du décompte de liquidation du marché ne correspond pas au montant dû aux sous-traitants mobilisés dans le cadre des deux marchés de substitution mais aux sommes dues à ses propres sous-traitants, en particulier aux sociétés Milhaud, Bellmas, Néosol et SRB que la société appelante mentionne elle-même comme étant ses sous-traitantes dans le projet de décompte général qu'elle produit. Par suite, la société Arcadi Pla n'est pas fondée à demander à être déchargée du règlement de cette somme.

S'agissant des préjudices subis par le maître d'ouvrage du fait de la résiliation du marché :

21. D'une part, conformément aux stipulations précitées des articles 47.2, 48.4 et 48.6 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, approuvé par l'arrêté du 8 septembre 2009, c'est à bon droit que le maître de l'ouvrage a mis à la charge de la société Arcadi Pla la somme de 5 684,49 euros au titre des suppléments de dépenses relatifs au règlement d'une facture d'eau liée au chantier, à l'établissement de constats d'huissier et, enfin, aux frais de publication et de reprographie, ces frais, attestés par les factures produites en défense, ayant été rendus nécessaires par la résiliation en litige et la conclusion subséquente de marchés de substitution.

22. D'autre part, en se bornant à se prévaloir d'un préjudice financier de 100 317,34 euros, correspondant initialement à des pertes de loyer et, dans le dernier état de ses écritures, à l'immobilisation de fonds propres pendant une période correspondant aux deux premières annuités de prêt, lesquelles étaient, en tout état de cause, dues, l'office public de l'habitat de Montpellier Méditerranée Métropole n'établit pas la réalité de ce préjudice, en l'absence de production, notamment d'éléments comptables probants et d'éléments relatifs à la date de mise en location de ces logements collectifs, aux loyers mensuels pratiqués, aux décisions d'attribution de ces logements ou aux demandes de logement social non honorées. Par suite, indépendamment de la possibilité pour le maître de l'ouvrage de cumuler des pénalités de retard et l'indemnisation de son préjudice financier résultant des manquements contractuels de son cocontractant, la société appelante est fondée à demander à être déchargée du règlement de la somme de 100 317,34 euros correspondant à des pertes financières dont la réalité n'est pas établie.

En ce qui concerne les pénalités de retard :

23. Les pénalités prévues par les clauses d'un contrat de la commande publique ont pour objet de réparer forfaitairement le préjudice qu'est susceptible de causer à l'acheteur le non-respect, par son cocontractant, de ses obligations contractuelles. Elles sont applicables au seul motif qu'une inexécution des obligations contractuelles est constatée et alors même que la personne publique n'aurait subi aucun préjudice ou que le montant des pénalités mises à la charge de son cocontractant qui résulte de leur application serait supérieur au préjudice subi.

24. Lorsqu'il est saisi d'un litige entre les parties à un contrat de la commande publique, le juge du contrat doit, en principe, appliquer les clauses relatives aux pénalités dont sont convenues les parties en signant le contrat. Il peut, à titre exceptionnel, saisi de conclusions en ce sens par une partie, modérer ou augmenter les pénalités résultant du contrat si elles atteignent un montant manifestement excessif ou dérisoire, eu égard au montant du marché ou aux recettes prévisionnelles de la concession, y inclus les subventions versées par l'autorité concédante, et compte tenu de la gravité de l'inexécution constatée.

25. Il résulte de ce qui précède que lorsque le titulaire du contrat saisit le juge de conclusions tendant à ce qu'il modère les pénalités mises à sa charge, il ne saurait utilement soutenir que le pouvoir adjudicateur n'a subi aucun préjudice ou que le préjudice qu'il a subi est inférieur au montant des pénalités mises à sa charge. Il lui appartient de fournir aux juges tous éléments, relatifs notamment aux pratiques observées pour des contrats comparables ou aux caractéristiques particulières du contrat en litige, de nature à établir dans quelle mesure ces pénalités présentent selon lui un caractère manifestement excessif. Au vu de l'argumentation des parties, il incombe au juge soit de rejeter les conclusions dont il est saisi en faisant application des clauses du contrat relatives aux pénalités, soit de rectifier le montant des pénalités mises à la charge du titulaire du contrat dans la seule mesure qu'impose la correction de leur caractère manifestement excessif.

26. En application de l'article C5 de l'acte d'engagement et de l'article 4.1 du cahier des clauses administratives particulières, le marché a été conclu pour une durée totale de quinze mois, incluant la période de préparation et le repliement des installations, à compter de l'ordre de service prescrivant le démarrage des travaux au 9 février 2015, ce qui porte le terme du contrat au 9 mai 2016 et non au mois de janvier 2016 comme le soutient le maître d'ouvrage. Aux termes de l'article 4.3.1.2 du cahier des clauses administratives particulières du marché : " () tout retard constaté sur un délai global ou partiel donne lieu à application, sans mise en demeure préalable, d'une pénalité fixée comme suit, par jour de retard : - pour tous les lots : 152 € par jour de retard ".

27. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société appelante, qui devait achever ses travaux au 9 mai 2016 et non au mois de juin 2016 comme elle soutient, cumulait, au 19 octobre 2016, date du constat d'huissier dressé lors des opérations de constatation des travaux exécutés valant réception du lot gros-œuvre, un retard d'exécution de 163 jours, ce qui conduit à ramener le montant des pénalités en litige de la somme de 38 456 euros, telle qu'admise par le maître de l'ouvrage dans le décompte de liquidation, correspondant à 253 jours de retard à celle de 24 776 euros, soit une réformation de 13 680 euros.

28. En deuxième lieu, si la société Arcadi Pla soutient avoir été contrainte de reporter le démarrage de ses travaux en raison du retard de la SERM à évacuer la parcelle sur laquelle elle devait opérer, il résulte toutefois de l'instruction, en particulier du compte-rendu de la réunion destinée à préparer le démarrage des travaux du 5 février 2015 qu'à cette date, la société appelante devait se charger de faire une visite pour constater le nettoyage de la parcelle par la SERM. Il résulte également du procès-verbal de la réunion de chantier n° 3 organisée le 26 février 2015, lequel mentionne au demeurant une date contractuelle de fin de travaux au 8 mai 2016 et un délai d'exécution de quinze mois incluant un mois de préparation des travaux, que les entreprises étaient tenues de communiquer pour le 2 mars au plus tard leur calendrier détaillé des travaux et qu'un simple nettoyage complémentaire du terrain devait être fait par l'aménageur mais que la réception de la parcelle avait été effectuée. Par suite, la société appelante n'établit pas avoir été dans l'impossibilité totale d'accéder à la parcelle à l'issue de la période de préparation du chantier d'un mois pour y démarrer au moins pour partie ses travaux.

29. En troisième lieu, il est constant qu'une solution alternative destinée à optimiser le système de fondations en remplaçant le système de fondations par pieux forés initialement prévu par des fondations superficielles de type semelles filantes a été proposée dès la phase de préparation du chantier. Cette solution technique a donné lieu à des études géotechniques avant d'être abandonnée. Toutefois, ainsi que cela résulte des mentions contenues dans le compte-rendu de la réunion de préparation du démarrage du chantier du 5 février 2015 et du procès-verbal de la réunion de chantier n° 3 du 26 février suivant, réunions auxquelles n'a pas assisté le maître d'ouvrage, cette solution alternative résulte d'une initiative des constructeurs, en particulier de la maîtrise d'œuvre et de la société Arcadi Pla, cette dernière s'étant engagée à fournir une étude de sols établie par un géotechnicien et à communiquer une proposition d'optimisation pour le 9 mars 2015, qui n'a pas été validée par la maîtrise d'ouvrage. À l'inverse, il résulte de l'article 2.4 du règlement de la consultation que les variantes n'étaient pas autorisées tandis que l'article 6.3 du cahier des clauses techniques particulières afférent au lot en litige prévoyait expressément des fondations spéciales par pieux forés. Par suite, la société appelante n'est pas fondée à demander à ce que le retard de deux mois lié à l'étude puis à l'abandon de cette solution technique soit déduit du retard dans l'exécution de ses prestations.

30. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la société Arcadi Pla a été confrontée aux carences de la société Septinergie, société en charge du lot plomberie, sur la période allant du 2 février au 15 mars 2016 et aux manquements subséquents de la maîtrise d'œuvre dans le suivi du chantier, notamment dans le cadre de la mission ordonnancement, pilotage et coordination sur cette même période en vue de remédier aux défaillances de ce prestataire. Toutefois, dès lors que les carences de ces deux constructeurs ont, en tout état de cause, porté sur une période antérieure au retard d'exécution constaté au point 27, il n'y a pas lieu d'en tenir compte en vue de minorer le montant des pénalités.

31. En cinquième et dernier lieu, le montant des pénalités qui découle des stipulations contractuelles, fixé à 24 776 euros au point 27, alors même qu'il représente en l'espèce 1,45 % du montant du marché, conclu pour un prix forfaitaire de 1 702 601,62 euros toutes taxes comprises, ne peut être regardé comme manifestement excessif pour un retard cumulé de 163 jours sur une période d'exécution de quinze mois. En se bornant à demander à la cour d'exercer son pouvoir de modulation des pénalités en litige, la société Arcadi Pla ne produit aucun élément circonstancié, relatif notamment à l'existence de pratiques sensiblement différentes observées pour des marchés comparables ou aux caractéristiques particulières du marché en litige, pourtant nécessaires à l'appréciation du caractère manifestement excessif du montant des pénalités mises à sa charge. Par suite, la société Arcadi Pla n'est pas fondée à obtenir la modulation des pénalités en litige.

32. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 18, 19, 20, 21, 22 et 27, le solde du marché portant sur le lot n° 1 " terrassement - gros-œuvre " doit être ramené de la somme de 786 316,72 euros à la somme de 672 319,38 euros (786 316,72 - 13 680 - 100 317,34) à inscrire au débit de la société Arcadi Pla, soit une réformation de 113 997,34 euros.

33. Il résulte de tout ce qui précède que la société Arcadi Pla est seulement fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à être déchargée du paiement de pénalités de retard à hauteur de la somme de 13 680 euros et de l'indemnisation des préjudices subis par le maître d'ouvrage à hauteur de 100 317,34 euros. La société Arcadi Pla est, dès lors, seulement fondée à ce que le solde du marché en litige soit fixé à la somme de 672 319,38 euros à inscrire à son débit.

Sur les frais liés aux litiges de première instance et d'appel :

34. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ". Compte tenu de ce qui a été dit au point 33 et dès lors que la société appelante avait bien la qualité de partie perdante en première instance, il n'y a pas lieu de modifier la dévolution des frais d'expertise opérée à bon droit par les premiers juges.

35. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'office public de l'habitat de Montpellier Méditerranée Métropole, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans le cadre de la présente instance, la somme demandée par la société Arcadi Pla au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

36. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Arcadi Pla une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'office public de l'habitat de Montpellier Méditerranée Métropole et non compris dans les dépens.

DÉCIDE:

Article 1 : Le solde du marché de travaux portant sur le lot n° 1 " terrassement - gros-œuvre " conclu entre la société Arcadi Pla et l'office public de l'habitat de Montpellier Méditerranée Métropole est fixé à la somme de 672 319,38 euros à inscrire au débit de cette société.

Article 2 : Le jugement du tribunal administratif de Montpellier n° 2001581 du 12 mai 2022 est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.

Article 3 : La société Arcadi Pla versera à l'Office public de l'habitat de Montpellier Méditerranée Métropole une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à la société par actions simplifiée Arcadi Pla et à l'office public de l'habitat de Montpellier Méditerranée Métropole, ACM Habitat.

Copie en sera adressée, pour information, à M. B A, expert

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rey-Bèthbéder, président,

M. Bentolila, président-assesseur,

Mme El Gani-Laclautre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La rapporteure,

N. El Gani-LaclautreLe président,

É. Rey-Bèthbéder

La greffière,

C. Lanoux

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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