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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA01974

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA01974

mercredi 8 avril 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA01974
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantTSOUDEROS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Paris de condamner l’Assistance publique–hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme de 22 252,17 euros au titre de l’aggravation de ses préjudices consécutifs à sa prise en charge au sein de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu, à Paris.

Par un jugement n°2209789/6-2 du 1er mars 2024, le tribunal administratif de Paris a condamné l’AP-HP à verser à M. A... une somme de 15 000 euros.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 30 avril 2024, l’Assistance publique–hôpitaux de Paris, représentée par Me Tsouderos, demande à la Cour :

1°) d’infirmer le jugement du tribunal administratif de Paris du 1er mars 2024 ;

2°) de ramener le montant de l’indemnité allouée à M. A... en réparation de son déficit fonctionnel permanent à de plus justes proportions.

L’AP-HP soutient que :
- si elle ne conteste pas le droit à indemnisation du requérant au titre de l’aggravation de son déficit fonctionnel permanent, la somme de 15 000 euros allouée par le tribunal à l’intéressé apparaît excessive alors que l’expert désigné a retenu que le déficit fonctionnel permanent était passé de 55 à 59 %, soit une aggravation de 4 points, de sorte que le déficit fonctionnel permanent global devait être porté de 80 à 84 % ;
- une telle aggravation survenue chez un homme de quarante-neuf ans à la date de consolidation ne justifiait pas l’octroi d’une indemnité excédant la somme de 4 500 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2026, M. A..., représenté par Me Senejean, conclut :

1°) à la confirmation du jugement ;

2°) au rejet de la requête de l’AP-HP ;

3°) et à ce qu’une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l’AP-HP au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Pény,
- les conclusions de Mme Dégardin, rapporteure publique,
- et les observations de Me Senejean, pour M. A....

Une note en délibéré, présentée pour M. A..., a été enregistrée le 17 mars 2026.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... a été admis, alors qu’il était âgé de trente-cinq ans, en consultation au sein du service des urgences ophtalmologiques de l’Hôtel Dieu, établissement qui relève de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), le 6 mai 2007 pour des maux de tête et une altération du champ visuel de l’œil gauche. Un diagnostic de glaucome a été posé et traité par voie médicamenteuse. M. A... a été suivi régulièrement en consultation aux mois de mai, juin et octobre 2007, juin 2008 et janvier 2009. Le 22 décembre 2009, il a de nouveau été admis au sein du service des urgences ophtalmologiques de l’Hôtel Dieu en raison d’une hémianopsie bitemporale majeure. Il a été transféré à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière où une IRM cérébrale a révélé un adénome hypophysaire comprimant les nerfs optiques qui n’avait pas été précédemment diagnostiqué. M. A... a subi deux interventions chirurgicales. Par un protocole d’accord en date du 22 septembre 2016, l’AP-HP a reconnu que M. A... avait été victime d’un retard de diagnostic à l’origine d’un dommage oculaire et s’est engagée à lui verser la somme totale de 491 895 euros au titre de l’indemnisation définitive de ses préjudices. En contrepartie, ce dernier s’est engagé à renoncer à tout recours relatif au retard de diagnostic qu’il a subi, sous réserve d’une aggravation de son état de santé en lien avec ce retard. Invoquant une aggravation de son état de santé en relation avec la faute commise par l’AP-HP, M. A... a sollicité la désignation d’un expert qui a rendu son rapport le 30 décembre 2021. Le 2 février 2022, il a demandé à l’AP-HP d’indemniser les préjudices résultant d’une aggravation de son état de santé. Par une décision du 21 mars 2022, l’AP-HP a rejeté sa demande. M. A... a contesté ce refus devant le tribunal administratif de Paris. Par un jugement n°2209789/6-2 du 1er mars 2024, le tribunal administratif de Paris a condamné l’AP-HP à verser à M. A... une somme de 15 000 euros à raison de l’aggravation de son déficit fonctionnel permanent. L’AP-HP relève appel de ce jugement en tant qu’il a alloué une somme de 15 000 euros à M. A... au titre de son déficit fonctionnel permanent.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes des dispositions l’article L. 1142-1 du code de la santé publique : « I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute.(…) ».

3. Aucune des parties n’entend contester le jugement du tribunal du 1er mars 2024 en tant qu’il porte sur l’engagement de la responsabilité de l’AP-HP à raison d’un retard de diagnostic d’un adénome hypophysaire en dépit des symptômes présentés par M. A..., des résultats du champ visuel réalisé le 16 mai 2007 évocateurs d’une atteinte neurologique et de six consultations de suivi n’ayant pas permis de redresser le diagnostic initial, faute d’examens complémentaires adéquats. Au demeurant, en première instance, l’AP-HP, ne contestait pas avoir commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Il y a lieu, par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges, de retenir que M. A... est fondé à rechercher la responsabilité du centre hospitalier en raison de cette faute et de l’aggravation de son état de santé qui en a résulté.

Sur le déficit fonctionnel permanent lié à l’aggravation de l’état de santé de M. A... :

4. Il résulte de l’instruction, et n’est pas contesté par l’AP-HP, que l’expert désigné a fixé le taux de déficit fonctionnel permanent de M. A... à 84 %, dont 59 % en raison des troubles oculaires et 25 % en raison des autres dommages, soit une hausse de 4 points du déficit fonctionnel permanent de l’intéressé lié à l’aggravation de son état de santé, par rapport au précédent déficit fonctionnel fixé à 80 %, dont 55 % du fait des troubles oculaires et 25 % en raison des autres dommages liés à sa maladie hypophysaire, dans le précédent rapport d’expertise du 20 septembre 2015, intervenu avant le protocole transactionnel conclu le 22 septembre 2016. En outre, l’expert, dans son rapport du 12 octobre 2021, relève que l’aggravation du déficit fonctionnel permanent de M. A... est lié à la fois à un « inévitable processus de vieillissement » ainsi qu’aux séquelles liés au retard de diagnostic. Compte tenu de l’existence d’une cause naturelle, qui n’est pas liée à la faute commise par l’AP-HP, mais à l’évolution de l’état de santé de M. A..., dont il devait être tenu compte dans le cadre de l’évaluation du préjudice de l’intéressé, il y a lieu de réformer le jugement du tribunal sur ce point et d’allouer à M. A... une somme de 10 000 euros au titre de l’aggravation de son préjudice.

5. Il résulte de ce qui précède que l’AP-HP est fondée à demander la réformation du jugement du tribunal en tant qu’il a alloué à M. A... une somme de 15 000 euros à raison de l’aggravation de son déficit fonctionnel permanent.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’AP-HP, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à M. A... la somme qu’il demande au titre des frais de l’instance.


D E C I D E :

Article 1er : L’AP-HP versera à M. A... la somme de 10 000 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 février 2022 et sera capitalisée à compter du 2 février 2023, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette dernière date.

Article 2 : Le jugement n°2209789/6-2 du 1er mars 2024 du tribunal administratif de Paris est réformé en ce qu’il a de contraire au présent arrêt.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A... et à l’Assistance publique-hôpitaux de Paris.

Délibéré après l’audience du 17 mars 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Delage, président de chambre,
- Mme Julliard, présidente assesseure,
- M. Pény, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2026.


Le rapporteur,
A. PENY Le président,
Ph. DELAGE

Le greffier,
E. MOULIN


La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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