Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 février et 19 avril 2023, la société BCM, agissant en sa qualité de liquidateur de la société anonyme (SA) John Locke Investments, représentée par Me Goldstein, demande au tribunal :
1°) de prononcer le remboursement de quotes-parts de crédit d’impôt recherche au titre des années 2015 à 2018, représentant un montant total de 186 303 euros ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- la SA John Locke Investments était en droit de se baser, pour le calcul du crédit d’impôt, non pas sur le total des heures payées, mais sur le nombre d’heures travaillées, ainsi que le prévoit la doctrine administrative ;
- il convient de réduire les dépenses exposées auprès de tiers au titre des prestations de conseil prises en compte par l’administration, au niveau du montant de la rémunération de la société Ayming.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 avril et 31 mai 2023, la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés à l’appui de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 21 janvier 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 3 février suivant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Meyrignac ;
- et les conclusions de M. Delmas, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
La SA John Locke Investments qui était spécialisée dans le secteur de gestion de fonds, a bénéficié du crédit d’impôt recherche au titre des exercices 2015, 2016, 2017 et 2018. Elle a sollicité, le 15 octobre 2021, le versement d’une somme supplémentaire de 186 303 euros à ce même titre. Par la requête précitée, la société BMC, agissant en sa qualité de liquidateur de la SA John Locke Investments, demande le remboursement de la totalité des crédits d’impôt recherche que celle-ci a sollicités.
Sur le terrain de la loi fiscale :
Aux termes de l’article 244 quater du code général des impôts, alors en vigueur : « I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles (…) peuvent bénéficier d’un crédit d’impôt au titre des dépenses de recherche qu’elles exposent au cours de l’année. (…) II. - Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d’impôt sont : (…) b) Les dépenses de personnel afférentes aux chercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés à ces opérations. Lorsque ces dépenses se rapportent à des personnes titulaires d’un doctorat, au sens de l’article L. 612-7 du code de l’éducation, ou d’un diplôme équivalent, elles sont prises en compte pour le double de leur montant pendant les vingt-quatre premiers mois suivant leur premier recrutement à condition que le contrat de travail de ces personnes soit à durée indéterminée et que l’effectif du personnel de recherche salarié de l’entreprise ne soit pas inférieur à celui de l’année précédente (…) ». Par ailleurs, aux termes de l’article 49 septies G de l’annexe III à ce même code : « Le personnel de recherche comprend : 1. Les chercheurs qui sont les scientifiques ou les ingénieurs travaillant à la conception ou à la création de connaissances, de produits, de procédés, de méthodes ou de systèmes nouveaux. Sont assimilés aux ingénieurs les salariés qui, sans posséder un diplôme, ont acquis cette qualification au sein de leur entreprise. 2. Les techniciens, qui sont les personnels travaillant en étroite collaboration avec les chercheurs, pour assurer le soutien technique indispensable aux travaux de recherche et de développement expérimental. Notamment : Ils préparent les substances, les matériaux et les appareils pour la réalisation d’expériences ; Ils prêtent leur concours aux chercheurs pendant le déroulement des expériences ou les effectuent sous le contrôle de ceux-ci ; Ils ont la charge de l’entretien et du fonctionnement des appareils et des équipements nécessaires à la recherche et au développement expérimental. Dans le cas des entreprises qui ne disposent pas d’un département de recherche, les rémunérations prises en compte pour le calcul du crédit d’impôt sont exclusivement les rémunérations versées aux chercheurs et techniciens à l’occasion d’opérations de recherche ».
Il appartient au juge de l’impôt d’apprécier, au vu de l’instruction et compte tenu des différents éléments produits par les parties, si le contribuable remplit les conditions auxquelles les dispositions de l’article 49 septies G de l’annexe III au code général des impôts subordonnent l’inclusion de ses dépenses de personnel dans l’assiette des crédits d’impôt qu’elles instituent.
En premier lieu, la requérante soutient que pour le calcul des dépenses de personnel éligibles au crédit d’impôt recherche, il convient de prendre en compte non pas le nombre d’heures payées, mais bien le nombre d’heures réellement travaillées par le personnel de recherche.
Toutefois, d’une part, aucune disposition législative ou réglementaire, et notamment pas celles citées au point 2, ne prévoit que pour le calcul des dépenses de personnel il convient de ne prendre en compte que le nombre d’heures réellement travaillées par le personnel de recherche. D’autre part, la requérante n’ayant produit aucun justificatif du nombre d’heures travaillées, mais seulement des tableaux dénués de justifications, il ne résulte pas de l’instruction que le montant accordé par l’administration au titre des dépenses de personnel éligibles au crédit d’impôt recherche serait, en tout état de cause, erroné.
En second lieu, aux termes du III de l’article 244 quater B du code général des impôts : « (…) Pour le calcul du crédit d’impôt, le montant des dépenses exposées par les entreprises auprès de tiers au titre de prestations de conseil pour l’octroi du bénéfice du crédit d’impôt est déduit des bases de calcul de ce dernier à concurrence : a) Du montant des sommes rémunérant ces prestations fixé en proportion du montant du crédit d’impôt pouvant bénéficier à l’entreprise ; b) Du montant des dépenses ainsi exposées, autres que celles mentionnées au a, qui excède le plus élevé des deux montants suivants : soit la somme de 15 000 € hors taxes, soit 5 % du total des dépenses hors taxes mentionnées au II minoré des subventions publiques mentionnées au III ».
La requérante soutient qu’il convient de réduire le montant pris en compte par le service au titre des dépenses exposées par la SA John Locke Investments auprès de tiers au titre des prestations de conseil pour chacune des années en litige et de le fixer au seul montant de la rémunération de la société Ayming telle que déterminée par l’avenant n° 1 au contrat en date du 7 janvier 2021, de sorte qu’elle aurait droit à un remboursement complémentaire s’élevant à 6 382 euros. Toutefois, les dépenses exposées à ce titre ayant été déterminées conformément aux dispositions précitées du a) et du b) du III de l’article 244 quater B du code général des impôts, la requérante n’est pas fondée à soutenir que le montant des dépenses exposées au titre des prestations de conseil et déduites des bases de calcul du crédit d’impôt recherche devrait être fixé au seul montant des rémunérations déterminées par ledit avenant.
Sur le terrain de la doctrine administrative :
Aux termes de l’article L. 80 A du livre des procédures fiscales : « Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l’interprétation que l’administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu’elle n’avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente (…) ». Aux termes de l’article L. 80 B du même livre : « La garantie prévue au premier alinéa de l’article L. 80 A est applicable : 1° Lorsque l’administration a formellement pris position sur l’appréciation d’une situation de fait au regard d’un texte fiscal (…) ».
Dès lors que la décision refusant de rembourser un crédit d’impôt ne constitue pas un rehaussement d’imposition, la société requérante ne saurait utilement se prévaloir de la doctrine administrative BOI-BIC-RICI-10-10-20-20, n° 300. Par ailleurs, et en tout état de cause, cette doctrine ne comporte aucune interprétation différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.
Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que l’administration a refusé à la SA John Locke Investments, pour les années 2015 à 2018, le bénéfice du crédit d’impôt prévu par les dispositions de l’article 244 quater B du code général des impôts à hauteur des dépenses de personnels précitées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter également ses conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société BCM, liquidateur de la SA John Locke Investments, est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société BCM, en sa qualité de liquidateur de la société anonyme John Locke Investments, et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.
Délibéré après l’audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Meyrignac, premier conseiller,
M. Fanjaud, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
Le rapporteur,
P. MeyrignacLe président,
N. Le Broussois
La greffière,
C. Rouillard
La République mande et ordonne au ministre de l’action et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,