Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mai 2026, Mme B... A... C... épouse D..., représentée par Me Hagege, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant mention « vie privée et familiale », ou, à défaut, de la convoquer afin de lui remettre un récépissé constatant le dépôt de sa demande, dans un délai de quinze jours à compter à compter de la réception de sa requête ;
2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’elle ne parvient pas à obtenir un rendez-vous en dépit de ses relances depuis le 5 décembre 2023, qu’elle est mère de trois enfants scolarisés en France, qu’elle a déployé d’importants efforts d’intégration et qu’elle est exposée à un risque d’être éloignée du territoire ;
- la condition d’utilité est remplie dès lors que la mesure sollicitée permettra le traitement de sa demande dans de plus brefs délais ;
- la demande ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
La requête a été communiquée à la préfète de l’Essonne qui n’a pas présenté d’observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Lellouch pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Mme A... C..., ressortissante tunisienne née en 1993 et entrée en France le 13 décembre 2018 sous couvert d’un visa selon ses déclarations, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale le 5 décembre 2023. Elle demande au juge des référés d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant mention « vie privée et familiale », ou, à défaut, de la convoquer pour lui remettre un récépissé constatant le dépôt de sa demande.
Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ». Saisi sur le fondement de ces dispositions d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. La condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous.
Mme A... C... a déposé le 5 décembre 2023 une demande de rendez-vous en vue du dépôt d’une demande d’admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale sur la plateforme « demarches-simplifiees.fr » et soutient qu’elle n’a pas encore été convoquée par les services préfectoraux malgré ses relances. Toutefois, cette importante durée de traitement, pour déplorable qu’elle soit, n’est pas spécifique à la situation de la requérante, mais concerne tous les étrangers ayant déposé une demande dans le cadre de la même démarche et n’est, par suite, par elle-même, pas de nature à justifier qu’il soit fait droit prioritairement à sa demande d’injonction de rendez-vous. Par ailleurs, il résulte de l’instruction que l’intéressée, qui déclare être entrée en France en 2018, n’a entrepris aucune démarche de régularisation de sa situation pendant plus de cinq ans. A cet égard, si elle se prévaut de la présence en France de son époux et de ses enfants qui sont scolarisés, elle ne justifie pas de la situation régulière sur le territoire français de son époux et il ne résulte pas de l’instruction que l’absence de rendez-vous menacerait sa situation personnelle ou familiale à court terme alors que la requérante justifie que la famille dispose d’un logement pris en location. En outre, la requérante ne fait état d’aucune perspective d’insertion professionnelle qui serait menacée par l’absence de rendez-vous. Dans ces conditions, les éléments mis en avant par la requérante ne suffisent pas à caractériser une situation d’urgence particulière au sens de l’article L. 521-3 du code de justice administrative justifiant qu’il soit fait droit prioritairement à sa demande d’injonction de rendez-vous. Par suite, dans les circonstances de l’espèce, la condition tenant à l’urgence ne peut être regardée comme remplie.
Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A... C... doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A... C... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... C... épouse D... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l’Essonne.
Fait à Versailles, le 03 août 2026.
La juge des référés,
signé
J. Lellouch
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.