Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 juillet 2026, M. F... B... et Mme D... E... épouse B..., représentés par Me Mathieu, demandent au juge des référés :
1°) d’ordonner sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l’exécution de l’arrêté du 20 mai 2026, par lequel la commune de Créteil ne s’est pas opposée à la déclaration préalable de travaux de M. C... A... ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Créteil et de M. A... la somme de 3 000 euros, par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Ils soutiennent que :
leur requête est recevable ;
il existe une présomption d’urgence en application de l’article L. 600-3 du code de l’urbanisme qui ne saurait être renversée en l’espèce ;
il existe un doute sérieux sur la légalité, alors en premier lieu, qu’il n’est pas justifié de la compétence du signataire de l’autorisation ; en deuxième lieu le dossier de demande d’autorisation est insuffisant au regard des articles R. 431-9 et R. 431-36 du code de l’urbanisme, le plan de masse ne faisant apparaître ni les plantations maintenues, supprimées ou créées, ni les modalités de raccordement aux réseaux d’eau, d’électricité et d’assainissement, privant l’autorité administrative de la possibilité de s’assurer que le projet est conforme au règlement de la zone N et nécessiterait un simple raccordement en application de l’article L. 111-11 du code de l’urbanisme ; en troisième lieu, le terrain d’assiette du projet n’est pas directement desservi pas une voie publique ouverte à la circulation en méconnaissance des dispositions communes du règlement du plan local d’urbanisme intercommunal ; en quatrième lieu, le projet porte sur une construction irrégulièrement édifiée et il appartenait au pétitionnaire de faire une demande d’autorisation portant sur l’ensemble de la construction ; en cinquième lieu le projet nécessitant en réalité une demande de permis de construire, le maire était tenu de s’opposer à la déclaration préalable de travaux ; en sixième lieu le terrain d’assiette du projet est situé en zone verte du plan de prévention des risques d’inondation de la Marne et de la Seine dans le département du Val-de-Marne, approuvé par arrêté préfectoral du 7 décembre 2023, dont l’article 1.1.1 du règlement interdit toute construction nouvelle ou extension de bâtiments ; en septième et dernier lieu, le terrain d’assiette du projet est situé en zone N du règlement du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) Grand Paris Sud-Est avenir dans laquelle les constructions à usage de logement ne sont pas admises ;
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2026, la commune de Créteil, représentée par Me Moghrani, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge des requérants la somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
les requérants ne justifient pas d’un intérêt à agir suffisant en application de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme ;
il n’existe pas de doute sérieux sur la légalité de l’arrêté ;
Vu
- la requête enregistrée le 5 juillet 2026 sous le n° 2611218 par laquelle M. et Mme B... demandent l’annulation de l’arrêté dont la suspension est demandée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné Mme Gougot, vice-présidente, pour statuer en tant que juge des référés en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l’audience publique du 29 juillet 2026, tenue en présence de Madame Nodin, greffière d’audience, présenté son rapport et informé les parties, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative que le tribunal était susceptible de se fonder sur un moyen relevé d’office tiré de l’existence d’une compétence liée dans laquelle se trouvait le maire de Créteil pour s’opposer à la déclaration de travaux qui concerne un bâtiment ayant été édifié sans autorisation prévue par le code de l’urbanisme, la demande devant porter sur l’ensemble du bâtiment et non sur les seuls travaux projetés (CE 27 juillet 2012 Mme G... n°316155) et entendu :
- les observations de Me Mathieu représentant M. et Mme B..., requérants, qui soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir, leur terrain étant desservi par l’allée centrale et séparé du terrain d’assiette du projet par le bras de la Guyère de la Marne qui fait moins de 10 mètres et ils doivent donc être regardés comme « voisins immédiats » au sens de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme. La comparaison des plans de l’état existant avec ceux de l’état projeté démontre une surélévation des façades Nord-Est et Nord-Ouest de plus de 80 centimètres au faitage, ce qui entraine une perte de vue, le plan de masse ne comportant aucune végétation qui constituerait une barrière naturelle ; le projet crée une fenêtre sur la façade Nord-Est qui remplace deux ouvertures sur la façade existante ce qui crée une vue et donc une perte d’intimité pour les requérants ; le projet autorise aussi la création de semelles filantes sans toutefois en préciser les caractéristiques alors qu’il se situe en zone naturelle inondable, ce qui crée un risque d’effondrement des berges de la Marne situées à proximité immédiate et peut engendrer un risque sur la sécurité de leur propriété ; le projet sera affecté à la résidence principale alors que l’examen des plans révèle qu’il n’est pas desservi notamment par le réseau d’assainissement et ce qui induira une perte de tranquillité pour les requérants ; l’urgence n’est pas combattue par la commune et le défendeur n’apporte aucun élément pour renverser la présomption d’urgence ; il existe un doute sérieux sur la légalité dès lors que la commune ne justifie pas que la délégation de signature a été régulièrement publiée, que le dossier de demande d’autorisation comporte des insuffisances au regard des articles R. 431-9 et R. 431-36 du code de l’urbanisme, en ce qui concerne le recensement de la végétation présente sur le terrain et les modalités de raccordement aux réseaux alors que les plans du document d’urbanisme révèlent l’absence totale de desserte par les réseaux d’eau, d’assainissement et d’électricité, ce qui ne permet pas de s’assurer du respect du règlement de la zone N sur la desserte par les réseaux et de l’article L. 111-11 du code de l’urbanisme ; le maire est tenu de refuser l’autorisation si le projet n’est pas desservi par les réseaux ; le maire était tenu de demander que le dossier soit complété dans le mois suivant le dépôt de la demande d’autorisation ; la construction initiale est irrégulière au regard de la comparaison des deux titres de propriété de 1974 et de 1996, soit postérieurement à la loi de 1943 généralisant l’obligation de permis de construire et les services de la commune consultés par les requérants n’ont pas communiqué d’autorisation ; la construction existante a une surface de plancher de 70 m2 et une emprise au sol de 77,60 m2 et la prescription décennale n’est donc pas opposable. Il appartient au pétitionnaire et à la commune d’établir la régularité de la construction initiale et qu’un permis de construire a été délivré alors que terrain se situe en zone inondable ; en application des jurisprudences Thalamy et Maresias il appartenait au maire de demander au pétitionnaire de régulariser l’ensemble du bâtiment ; en application de la jurisprudence commune de Chelles le maire était en situation de compétence liée pour s’opposer à la déclaration préalable alors qu’un permis de construire était nécessaire ;
-
les observations de Me Dussault, représentant la commune de Créteil qui fait valoir que la photographie produite par le pétitionnaire est prise depuis chez les voisins de M. et Mme B..., que concernant l’intérêt à agir des requérants, il y a une haie de l’autre côté qui est située sur le terrain de M. et Mme A... et les requérants n’ont pas de visibilité immédiate sur l’essentiel du projet, alors que le toit plat n’est pas modifié, seule la partie de la construction en pente étant rehaussée de 80 centimètres et les rehaussements se trouvent du côté opposé aux requérants ; sur l’urgence, elle n’a pas d’observations à formuler ; sur l’existence d’un doute sérieux, malgré ses recherches la commune n’a pas trouvé de justification d’une autorisation ; les pièces dont se prévalent les requérants ne sont pas suffisantes, l’acte de 1996 comportant seulement une mention manuscrite et les photos aériennes ne sont pas suffisamment parlantes. Il n’existe donc pas de doute sérieux.
- et les observations de M. A... qui fait valoir qu’un obstacle physique à savoir le bras de la Marne sépare les deux propriétés ainsi qu’une haie ; les requérants ont fait le choix de supprimer la haie sur leur propriété ; s’agissant des nuisances sonores l’entrée du projet est opposée à celle des requérants ; il n’y a pas de de vue comme le révèlent les photos qu’il a produites ; sur l’urgence les travaux sont presque terminés ; sur le doute sérieux, l’effondrement allégué n’est pas justifié alors qu’on voit sur les photos une partie du mur où les fondations sont renforcées et il connait très bien l’environnement où il réside depuis vingt ans avec son épouse ; il n’y a pas de création de surface nouvelle ;
les requérants ajoutent sur les pièces produites par M. A... pendant l’audience que pour apprécier l’intérêt à agir il n’est pas nécessaire d’apporter la preuve de l’existence d’un préjudice certain ; sur l’urgence s’il est soutenu que les travaux sont sur le point d’être achevés il n’est pas soutenu qu’ils seraient achevés et la présomption d’urgence ne peut donc pas être renversée ; sur le doute sérieux, c’est au pétitionnaire et à la commune d’apporter la preuve de la régularité de la construction, les requérants ayant de leur côté fait la démarche de s’adresser aux services de la publicité foncière pour obtenir les deux titres de propriété.
La clôture de l’instruction est intervenue à l’issue de l’audience en application du premier alinéa de l’article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Par arrêté du 20 mai 2026, le maire de Créteil ne s’est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par M. C... A... pour des travaux sur une construction existante d’isolation thermique par l’extérieur sur un terrain cadastré S 72 situé allée des coucous, sur l’île de Guyère, sur le territoire communal. M. et Mme B... demandent au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir opposée :
Aux termes de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme : « Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ».
3. Il résulte de ces dispositions qu’il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d’un recours pour excès de pouvoir tendant à l’annulation d’un permis de construire, de démolir ou d’aménager, de préciser l’atteinte qu’il invoque pour justifier d’un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d’affecter directement les conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s’il entend contester l’intérêt à agir du requérant, d’apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l’excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu’il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l’auteur du recours qu’il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu’il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d’un intérêt à agir lorsqu’il fait état devant le juge, qui statue au vu de l’ensemble des pièces du dossier, d’éléments relatifs à la nature, à l’importance ou à la localisation du projet de construction.
4. Il résulte de l’instruction, et notamment d’une vue aérienne que la propriété M. et Mme B... qui se trouve dans une zone naturelle se situe à seulement moins de dix mètres du terrain d’assiette du projet, dont ils ne sont séparés que par le bras de la Guyère de la Marne. Ils doivent donc être regardés comme les voisins immédiats du projet de construction. Les époux B... soutiennent, sans être sérieusement contestés, qu’ils auront des vues sur le projet, qui consiste notamment à surélever la construction existante, ce qui affectera les conditions d’occupation et d’utilisation de leur bien. Dans ces conditions, compte tenu notamment de la configuration des lieux, de leur caractère naturel et de l’objet des travaux, la comparaison des plans d’élévation Nord-Est de l’existant et de l’état projeté révélant en effet qu’une surélévation est projetée, les requérants doivent être regardés comme justifiant d’un intérêt à agir.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : "Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision".
En ce qui concerne l’urgence
Aux termes de l’article L. 600-3 du code de l’urbanisme « Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d’aménager ou de démolir ne peut être assorti d’une requête en référé suspension que jusqu’à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite ».
L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Lorsque la suspension de l’exécution d'un permis de construire ou d’une non opposition à déclaration préalable est demandée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est en principe satisfaite ainsi que le prévoit l’article L. 600-3 du code de l’urbanisme. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où le pétitionnaire ou l’autorité qui a délivré le permis justifie de circonstances particulières. Il appartient alors au juge des référés, pour apprécier si la condition d’urgence est remplie, de procéder à une appréciation globale de l’ensemble des circonstances de l’espèce qui lui est soumise.
La commune ne conteste pas l’existence d’une urgence. Si M. A..., qui n’a pas produit d’écritures, a fait valoir à l’audience que la construction serait achevée, les seules photographies dont il s’est prévalu à l’audience ne sont pas suffisantes pour l’établir alors que les requérants le contestent. Dans ces conditions, en l’absence de circonstances particulières il y a lieu d’admettre l’existence d’une urgence.
En ce qui concerne l’existence d’un doute sérieux :
En l’état de l’instruction, les moyens tirés de l’irrégularité de la construction existante sur laquelle les travaux sont projetés et de l’existence d’une situation de compétence liée dans laquelle se trouvait le maire de Créteil pour s’opposer à la déclaration de travaux qui concerne un bâtiment ayant été édifié sans autorisation prévue par le code de l’urbanisme, la demande devant porter sur l’ensemble du bâtiment et non sur les seuls travaux projetés, sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
En revanche, pour l’application des dispositions de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, les autres moyens soulevés ne sont pas, en l’état de l’instruction, de nature à faire naître un tel doute.
Il résulte de tout ce qui précède que, les deux conditions requises par l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant satisfaites, M. et Mme B... sont fondés à demander la suspension de l’exécution de l’arrêté en litige.
Sur les frais de l’instance :
Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation
D’une part, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. A... et de la commune de Créteil la somme que demandent M. et Mme B... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. D’autre part, les conclusions de la commune de Créteil formées sur le même fondement à l’encontre des requérants qui n’ont pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante ne peuvent qu’être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de l’arrêté du 20 mai 2026 par lequel le maire de Créteil ne s’est pas opposé à la déclaration préalable de travaux de M. A... est suspendue.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F... B... et Mme D... B..., à M. C... A... et à la commune de Créteil.
Fait à Melun le 3 août 2026.
Le juge des référés,
I. Gougot
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière