Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 janvier 2026, M. A... B..., représenté par Me Firat, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de prendre toutes mesures qu’il estimera utiles afin de faire cesser l’inégal accès au service public d’accueil des étrangers souhaitant déposer une première demande de titre de séjour, la rupture de la continuité du service public, les atteintes aux droits élémentaires des étrangers souhaitant déposer une première demande de carte de séjour ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de lui accorder un rendez-vous aux fins d’examen de sa situation administrative et dépôt de sa demande de titre de séjour sur le fondement de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
sa requête est recevable ;
les demandes d’admission exceptionnelle au séjour au titre des métiers en tension n’étant pas au nombre de celles listées par l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pouvant être déposées au moyen d’un téléservice, aucune décision implicite de rejet n’est née sur sa demande ;
la condition d’urgence est remplie dès lors qu’il travaille en qualité de serrurier depuis plus de trente-six mois au sein de la même société et que le délai anormalement long de traitement de sa demande et l’absence de réponse à ses relances l’empêche de régulariser sa situation administrative et l’expose à tout moment à un risque d’éloignement ;
en l’absence d’alternative à la « voie électronique » ouverte par la préfecture de l’Essonne pour obtenir un rendez-vous, il y a un intérêt public évident justifiant l’urgence à prendre des mesures conservatoires nécessaires au rétablissement du fonctionnement normal et continu du service public ;
la mesure sollicitée ne se heurte à l’exécution d’aucune décision administrative.
La requête a été communiquée à la préfète de l’Essonne qui n’a pas produit d’observation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Lellouch pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
M. A... B..., ressortissant turc né en 1974, a déposé le 4 juillet 2025 sur la plateforme « demarche.numerique.gouv.fr » un dossier dématérialisé de demande d’admission exceptionnelle au séjour au titre des « métiers en tension » sur le fondement de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de le convoquer à un rendez-vous afin de déposer sa demande d’admission exceptionnelle au séjour.
Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ». Saisi sur le fondement de ces dispositions d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative.
Sur les conclusions tendant au prononcé de mesures réglementaires :
Eu égard à son objet et aux pouvoirs dévolus au juge des référés, une demande tendant à ce qu’il soit ordonné à l’autorité compétente de prendre des mesures réglementaires, y compris d’organisation des services, n’est pas au nombre de celles qui peuvent être présentées au juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative. Dans ces conditions, les conclusions de M. B..., au demeurant formulées de manière très générale, tendant à ce que soit ordonnée toute mesure utile permettant de remédier à l’inégal accès au service public de l’accueil des étrangers, à la rupture de continuité du service public et des atteintes aux droits élémentaires des étrangers souhaitant déposer une première demande de titre de séjour ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les conclusions tendant à la convocation en préfecture :
Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l’étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d’urgence particulière.
Il résulte de l’instruction que M. B... a déposé le 4 juillet 2025 sur la plateforme numérique « demarche.numerique.gouv.fr » un dossier dématérialisé de demande d’admission exceptionnelle au séjour au titre des métiers en tension afin d’obtenir un rendez-vous pour déposer sa demande à la préfecture de l’Essonne. S’il soutient que sa demande est toujours « en cours de construction » et qu’il n’a pas obtenu de rendez-vous depuis juillet 2025 en dépit de ses relances, cette situation, pour déplorable qu’elle soit, n’est pas spécifique au requérant et concerne l’ensemble des étrangers ayant déposé une première demande en vue d’une admission exceptionnelle au séjour. Elle n’est dès lors pas par elle-même de nature à justifier qu’il soit fait droit prioritairement à sa demande d’injonction de rendez-vous. Or, M. B..., qui est entré en France en 2022 et s’y maintient irrégulièrement depuis, ne se prévaut, pour démontrer l’urgence à prendre la mesure sollicitée d’aucune autre circonstance que la nécessité de régulariser sa situation administrative et n’invoque pas de menace pesant sur la poursuite de l’emploi de serrurier qu’il exerce dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée depuis le 1er décembre 2022. Ainsi, M. B... ne justifie pas de circonstances particulières permettant de caractériser l’urgence à prendre la mesure qu’il sollicite sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, et en particulier que sa demande soit examinée prioritairement à celle d’autres ressortissants étrangers ayant présenté une demande de régularisation sur le même fondement. Dès lors, à la date de la présente ordonnance, la condition d’urgence requise par les dispositions précitées de l’article L. 521-3 du code de justice administrative n’est pas satisfaite.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée, en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l’Essonne.
Fait à Versailles, le 3 août 2026.
La juge des référés,
signé
J. Lellouch
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.