Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juillet 2026, la société GA Immobilier résidentiel, représentée par Me Vaz, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d’ordonner la suspension de l’arrêté du 22 mai 2026 par lequel le maire de Joinville-le-Pont a retiré le permis de construire qui avait été accordé le 23 mars 2026 à la société GA immobilier résidentiel ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Joinville-le-Pont, la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
il existe une présomption d’urgence en application de l’article L. 600-1-3 du code de l’urbanisme et en tout état de cause la décision dont la suspension est demandée préjudice gravement et immédiatement à ses intérêts ;
il existe un doute sérieux sur la légalité dès lors que le retrait est intervenu sans qu’il ait été donné suite à sa demande d’audition, en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par l’article L. 122-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
Par un mémoire en défense enregistré le 27 juillet 2026 la commune de Joinville-le-Pont, représentée par Me Saint-Supery, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de la société requérante la somme de 4 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
la présomption d’urgence doit être renversée ;
il n’existe pas de doute sérieux sur la légalité, alors qu’elle se trouvait en situation de compétence liée pour retirer l’autorisation accordée.
Vu
- la requête enregistrée le 13 juillet 2026 sous le n° 2611813 par laquelle la société GA Immobilier résidentiel demande l’annulation de la décision dont la suspension est demandée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné Mme Gougot, vice-présidente, pour statuer en tant que juge des référés en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l’audience publique du 29 juillet 2026, tenue en présence de Madame Nodin, greffière d’audience, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Marcelin représentant la SAS GA immobilier résidentiel, requérante, qui soutient que ce projet est porté par la société requérante depuis six ans, il existe une présomption d’urgence, la commune ne justifiant d’aucune circonstance particulière de nature à la remettre en cause ; il existe un doute sérieux sur la légalité, la procédure contradictoire ayant été méconnue, la commune, qui n’était pas en situation de compétence liée, n’ayant pas donné suite à la demande d’observations orales formulée clairement par la société pétitionnaire dans son courrier du 11 mai 2026, demande qui n’était ni inutile ni tardive, la privant ainsi effectivement d’une garantie ;
- les observations de Me Lucas représentant la commune de Joinville-le-Pont qui fait valoir que la présomption d’urgence qui est réfragable doit être renversée compte tenu du risque d’atteinte à la sécurité publique et à la tranquillité publique car le projet n’est pas raccordé aux eaux pluviales et présente des débits susceptibles de créer des inondations dans une zone à risque et car la suppression de places de stationnement induira un trafic supplémentaire ; si le retrait était suspendu, le permis ne pourrait pas être exécuté alors qu’il est aussi attaqué par des tiers et l’urgence n’est donc pas établie ; il existe un doute sérieux sur la légalité alors qu’elle était en situation de compétence liée pour retirer ce permis qui est entaché de plusieurs illégalités, que la société pétitionnaire ne conteste pas sérieusement et qu’elle n’a pas été privée d’une garantie alors que sa demande d’observations orales présentée au dernier moment n’était pas claire
La clôture de l’instruction a été différée au 29 juillet 2026 à 15h00, en application de l’article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Par arrêté du 22 mai 2026, le maire de Joinville-le-Pont a retiré le permis de construire qui avait été accordé le 23 mars 2026 à la société GA immobilier résidentiel pour la construction d’un immeuble collectif de quarante-trois logements sur un terrain cadastré R18, R67 à R69, R86, R88 et R90 situé 7 quai Gabriel Péri et 12 rue Hugedé sur le territoire communal. La société GA immobilier résidentiel demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
En ce qui concerne l’urgence
3. Aux termes de l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme : « Lorsqu'un recours formé contre une décision (…) de refus de permis de construire (…) est assorti d'un référé introduit sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est présumée satisfaite ». Il résulte de ces dispositions que, compte tenu de leur objet même, elles s’appliquent également aux référés introduits contre les décisions par lesquelles l’administration procède au retrait d’une décision de permis de construire préalablement accordé, la présomption d’urgence qu’elles instituent ne pouvant être écartée par le juge des référés que si l’autorité administrative justifie de circonstances particulières, et en procédant à une appréciation globale de l’ensemble des circonstances de l’espèce.
4. La commune se borne à se prévaloir de « l’intérêt public » justifiant que l’autorisation soit retirée au motif qu’elle serait, selon elle entachée « de plusieurs illégalités substantielles ». Elle allègue aussi de l’existence d’un prétendu risque d’atteinte à la sécurité publique et à la tranquillité publique au motif que le projet ne serait pas raccordé aux eaux pluviales et présenterait des débits susceptibles de créer des inondations dans une zone à risque et que la suppression de places de stationnement induirait un trafic supplémentaire. Elle conteste aussi le préjudice économique de la société pétitionnaire. Enfin, elle souligne que le permis de construire accordé a été contesté par des tiers et ne pourra pas être exécuté. Ce faisant, la commune de Joinville-le-Pont ne démontre pas l’existence de circonstances particulières suffisantes justifiant de remettre en cause la présomption d’urgence énoncée au point précédent.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité :
5. Contrairement à ce que fait valoir la commune de Joinville-le-Pont, il ne résulte pas de l’instruction qu’elle se trouvait en situation de compétence liée pour retirer l’autorisation qui avait été accordée à la société GA immobilier résidentiel le 23 mars 2026. En l’état de l’instruction, le moyen selon lequel le retrait est intervenu sans qu’il ait été donné suite à la demande d’audition, formulée clairement par la société pétitionnaire dans son courrier du 11 mai 2026, demande qui n’était ni inutile ni tardive, en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par l’article L. 122-1 du code des relations entre le public et l’administration, ce qui l’a privée d’une garantie, est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l’arrêté de retrait du 22 mai 2026.
6. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de suspendre l’exécution de l’arrêté du 22 mai 2026, jusqu’à ce qu’il soit statué sur la légalité de cette décision.
Sur les frais de l’instance :
7. Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation ».
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la commune de Joinville-le-Pont une somme de 2 000 euros à verser à la société GA immobilier résidentiel en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions présentées par la commune de Joinville-le-Pont à l’encontre de la société requérante qui n’a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante ne peuvent qu’être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de l’arrêté du 22 mai 2026 par lequel le maire de Joinville-le-Pont a retiré l’arrêté de permis de construire qui avait été accordé le 23 mars 2026 à la société GA Immobilier résidentiel est suspendue.
Article 2 : La commune de Joinville-le-Pont versera une somme de 2 000 euros à la société GA Immobilier résidentiel en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Joinville-le-Pont formées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS GA immobilier résidentiel et à la commune de Joinville-le-Pont.
Fait à Melun le 3 août 2026.
Le juge des référés,
I. Gougot
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière