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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-21BX01164

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-21BX01164

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-21BX01164
TypeDécision
Recourscontentieux répressif
Formation1ère chambre - formation à 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Le préfet de la Charente-Maritime a demandé au tribunal administratif de Poitiers de condamner M. A B à la peine d'amende prévue à l'article L. 2132-2 du code général de la propriété des personnes publiques pour avoir porté atteinte à l'intégrité et à la conservation du domaine public maritime en raison d'un mouillage avec corps mort constitutif d'une occupation irrégulière du domaine public maritime.

Par un jugement n° 2001579 du 17 février 2021, le tribunal administratif de Poitiers a condamné M. B au paiement d'une amende de 1 000 euros, lui a enjoint, d'une part, de procéder sans délai à l'enlèvement du domaine public du dispositif d'amarrage et de son embarcation et, d'autre part, de remettre les lieux dans leur état initial sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé le délai d'un mois suivant la notification du jugement et a autorisé l'Etat à procéder d'office à ces travaux aux frais et risques de l'intéressé.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2021, M. A B relève appel de ce jugement.

Il soutient que :

- les courriers concernant cette contravention ont été envoyés à son ancienne adresse, laquelle n'est plus valable depuis début 2017 ;

- le bateau incriminé immatriculé LR C44525 a été cédé en septembre 2015 au centre nautique d'Angoulins, qui a alors installé un corps mort estival pour y poster ce bateau, corps mort pour lequel il indique disposer d'un accord des autorités ; le président du centre nautique n'a que très récemment entamé les démarches pour actualiser l'inscription de ce navire sur le registre d'immatriculation des navires ;

- dans ces conditions, il n'est pas à l'origine de la dégradation constatée de l'estran et se trouve dans l'incapacité de procéder à sa remise en état.

Par des mémoires en défense enregistrés les 17 et 21 juin 2022, la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des transports ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Christelle Brouard-Lucas, première conseillère ;

- et les conclusions de M. Romain Roussel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Des procès-verbaux de contravention de grande voirie, notifiés par voie postale les

31 juillet et 22 août 2019, ont été dressés les 30 juillet 2019 et 19 août 2019 à l'encontre de M. B, en sa qualité de propriétaire d'un bateau immatriculé LR C44525, l'agent verbalisateur de la direction départementale des territoires ayant constaté la présence sans autorisation de ce navire, au mouillage via un corps-mort, sur le domaine public maritime dans la baie de " La Platère " sur le territoire de la commune d'Angoulins. Le préfet de la Charente-Maritime a déféré, le 7 juillet 2020, M. B devant le tribunal administratif de Poitiers comme prévenu d'une contravention de grande voirie. Par un jugement du 17 février 2021, ce tribunal a condamné M. B au paiement d'une amende de 1 000 euros, lui a enjoint de remettre les lieux en l'état et a autorisé l'Etat à procéder à cette remise en état des lieux à ses frais et risques, le cas échéant sous astreinte. M. B relève appel de ce jugement et doit être regardé comme demandant la relaxe des poursuites engagées pour occupation illicite du domaine public maritime.

2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ". Aux termes de l'article L. 2132-2 du même code : " Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1. / Elles sont constatées, poursuivies et réprimées par voie administrative ". L'article L. 2132-3 du même code dispose que : " Nul ne peut bâtir sur le domaine public maritime ou y réaliser quelque aménagement ou quelque ouvrage que ce soit sous peine de leur démolition, de confiscation des matériaux et d'amende ".

3. La personne qui peut être poursuivie pour contravention de grande voirie est soit celle qui a commis ou pour le compte de laquelle a été commise l'action qui est à l'origine de l'infraction, soit celle sous la garde de laquelle se trouvait l'objet qui a été la cause de la contravention.

4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 4111-2 du code des transports : " Doivent être immatriculés en France les bateaux qui remplissent les deux conditions suivantes :

/ 1° Appartenir pour au moins la moitié à des personnes physiques de nationalité française et ayant leur résidence habituelle en France, ou à des personnes morales ayant leur siège en France et la direction principale de leurs affaires ; / 2° Circuler habituellement en France ". L'article L. 4111-4 du même code prévoit que : " L'immatriculation est effectuée sur un registre tenu par l'autorité administrative compétente de l'Etat, sur lequel figurent les informations relatives aux propriétaires et aux caractéristiques principales du bateau.

Elle donne lieu à la délivrance d'un certificat d'immatriculation par l'autorité compétente ". Enfin, aux termes de l'article L. 4111-7 du même code : " (/) En cas de changement du ou des propriétaires du bateau, le ou les nouveaux propriétaires sont tenus d'en faire la déclaration à la même autorité. Toute modification du registre donne lieu à la modification du certificat d'immatriculation ou, en cas de radiation du bateau, au retrait de ce certificat ".

5. Il ressort des pièces produites pour la première fois en appel par M. B, et non contestées par le ministre, que la vente par M. B, au profit du centre nautique d'Angoulins, du bateau " Nelson " immatriculé LR C44525 est intervenue par un acte du 28 septembre 2015, antérieurement à l'établissement des procès-verbaux de contravention de grande voirie des 30 juillet et 19 août 2019. Dès lors, et alors même que les formalités prescrites par les dispositions citées ci-dessus de l'article L. 4111-7 du code des transports, lesquelles incombent à l'acquéreur, n'avaient pas été accomplies, M. B ne pouvait plus être considéré, à la date de ces procès-verbaux, comme la personne ayant commis les infractions d'occupation sans autorisation du domaine public maritime, ni comme celle pour le compte de laquelle ces faits ont été commis, ni comme la personne ayant la garde du bateau en cause. Par suite, M. B est fondé à demander l'annulation du jugement attaqué dans toutes ses dispositions et doit être relaxé des fins de la poursuite engagée contre lui.

DECIDE :

Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 17 février 2021 est annulé.

Article 2 : M. B est relaxé des fins de la poursuite engagée à son encontre pour contravention de grande voirie.

Article 3 :Le présent arrêt sera notifié à M. A B et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera transmise pour information au préfet de la Charente-Maritime.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Marianne Hardy, présidente,

Mme Fabienne Zuccarello, présidente-assesseure,

Mme Christelle Brouard-Lucas, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juillet 2022.

La rapporteure,

Christelle Brouard-LucasLa présidente,

Marianne HardyLa greffière,

Stéphanie Larrue

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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