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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-21NC03233

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-21NC03233

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-21NC03233
TypeOrdonnance
Recoursautres
Avocat requérantJOANIN-NICOLETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Besançon de prononcer la réduction des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales établies au titre de l'année 2017 à la suite de l'imposition d'une plus-value de cession de parts sociales.

Par un jugement n° 1900377 du 12 octobre 2021, le tribunal administratif de Besançon a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 12 décembre 2021, Mme A, représentée par Me Joanin-Nicoletti, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de prononcer la décharge des impositions contestées ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'esprit du texte de l'article 150-0 B ter du code général des impôts relatif au report d'imposition des plus-values de cession de titres de sociétés est que le contribuable ne soit redevable de l'imposition que dans le cas où il dispose de la trésorerie nécessaire pour le faire ; en l'occurrence, la cession des parts de la société Skinexians par la société B'OP Compagnie ne lui a pas permis de dégager des liquidités suffisantes pour lui permettre d'acquitter l'imposition sur la plus-value en conséquence, l'esprit du texte doit conduire au maintien du report d'imposition ;

- son état de santé ne permettait pas à la société B'OP Compagnie, dont elle était la dirigeante, de réinvestir le produit de la cession des parts dans une des activités éligibles ;

- la doctrine administrative BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60-20160304, n° 420, par laquelle l'administration admet le maintien du report d'imposition en cas de dissolution de la société émettrice des titres apportés suite à une liquidation judiciaire en l'absence de tout boni de liquidation, doit lui être appliquée par analogie avec sa propre situation.

Par un mémoire enregistré le 25 mars 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par Mme A n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Agnel, président assesseur, pour statuer par ordonnance sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a porté sur sa déclaration de revenus de l'année 2017 une plus-value imposable avant abattement de 147 580 euros consécutive à l'apport qu'elle avait effectué le 24 juillet 2013 au profit d'une société B'OP Compagnie des 1 886 parts de la société Skinexians dont elle était propriétaire, la plus-value constatée à cette date ayant alors été placée sous le bénéfice du report d'imposition prévu par les dispositions de l'article 150-0 B ter du code général des impôts. Les cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles a donné lieu cette plus-value ont été contestées par Mme A par une réclamation du 21 août 2018 laquelle a été rejetée le 8 janvier 2019. Mme A relève appel du jugement du 12 octobre 2021 par lequel le tribunal administratif de Besançon a rejeté sa demande tendant à la décharge de ces impositions.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

3. Aux termes de l'article 150-0 B ter du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I.- L'imposition de la plus-value réalisée, directement ou par personne interposée, dans le cadre d'un apport de valeurs mobilières, de droits sociaux, de titres ou de droits s'y rapportant tels que définis à l'article 150-0 A à une société soumise à l'impôt sur les sociétés ou à un impôt équivalent est reportée si les conditions prévues au III du présent article sont remplies. Le contribuable mentionne le montant de la plus-value dans la déclaration prévue à l'article 170. Les apports avec soulte demeurent soumis à l'article 150-0 A lorsque le montant de la soulte reçue excède 10 % de la valeur nominale des titres reçus. Il est mis fin au report d'imposition à l'occasion : 1° De la cession à titre onéreux, du rachat, du remboursement ou de l'annulation des titres reçus en rémunération de l'apport ; 2° De la cession à titre onéreux, du rachat, du remboursement ou de l'annulation des titres apportés, si cet événement intervient dans un délai, décompté de date à date, de trois ans à compter de l'apport des titres. Toutefois, il n'est pas mis fin au report d'imposition lorsque la société bénéficiaire de l'apport cède les titres dans un délai de trois ans à compter de la date de l'apport et prend l'engagement d'investir le produit de leur cession, dans un délai de deux ans à compter de la date de la cession et à hauteur d'au moins 50 % du montant de ce produit, dans le financement d'une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale, agricole ou financière, à l'exception de la gestion d'un patrimoine mobilier ou immobilier, dans l'acquisition d'une fraction du capital d'une société exerçant une telle activité, sous la même exception, et qui a pour effet de lui en conférer le contrôle au sens du 2° du III du présent article, ou dans la souscription en numéraire au capital initial ou à l'augmentation de capital d'une ou plusieurs sociétés répondant aux conditions prévues aux d et e du 3° du 3 du I de l'article 150-0 D ter. Le non-respect de la condition de réinvestissement met fin au report d'imposition au titre de l'année au cours de laquelle le délai de deux ans expire ".

4. Il résulte de l'instruction que les 15 et 22 septembre 2015, la société B'OP Compagnie a cédé 3 759 parts de la société Skinexians à la société Bonneau, dont les 1 886 parts acquises le 24 juillet 2013 auprès de Mme A et ayant entraîné la plus-value sur cession de valeurs mobilières en litige. Il résulte des dispositions précitées que pour que Mme A continue à bénéficier du report d'imposition, la société devait réinvestir au moins 50 % du produit de cette vente dans les activités citées. Même si la société B'OP Compagnie a pris l'engagement de le faire, il est constant qu'elle n'a pas réalisé un tel réinvestissement, la circonstance que la cession des 3 759 parts ait été effectuée pour 1 euro ne faisant pas, à elle seule, obstacle à un réinvestissement. Le report d'imposition prenait donc fin au titre de l'année au cours de laquelle le délai de deux ans pendant lequel ce réinvestissement pouvait être exercé, soit en 2017. Il suit de là que c'est par une exacte application des dispositions précitées que l'administration fiscale a inclus dans le montant imposable des revenus de Mme A pour l'année 2017 la plus-value sur cessions de valeurs mobilières réalisées le 24 juillet 2013.

5. D'abord, il ne résulte pas des dispositions ci-dessus reproduites que l'imposition de la plus-value de cession des valeurs mobilières placées sous le bénéfice du report d'imposition serait subordonnée à la condition que le contribuable dispose de la trésorerie nécessaire pour s'acquitter des cotisations correspondantes. Les circonstances de nature à mettre fin au report d'imposition ressortant clairement du texte applicable, et étant en l'occurrence réunies, Mme A ne saurait utilement faire appel à son esprit ou à la volonté supposée du législateur.

6. Ensuite, il ne ressort pas des dispositions ci-dessus reproduites que le contribuable puisse utilement faire valoir que le non-respect de l'engagement de réinvestissement serait dû à un cas de force majeure et pas davantage que le réinvestissement n'aurait pas été économiquement avantageux. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que l'absence de réinvestissement du produit de la cession des titres par la société BO'P Compagnie serait dû à l'état de santé de sa dirigeante. Par suite, le moyen tiré du cas de force majeure ne peut qu'être écarté.

7. Enfin, Mme A, qui a été imposée selon sa déclaration de revenu, ne saurait utilement demander que lui soit appliquée, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, l'instruction administrative sous référence BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60-20160304, n° 420, dont il est constant qu'elle ne remplit pas les conditions et dont elle n'a pas elle-même fait application.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est manifestement pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Besançon a rejeté sa demande. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Fait à Nancy le 14 décembre 2023.

Le président assesseur désigné,

Signé : M. Agnel

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Schramm

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