Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société par actions simplifiée (SAS) Ourry a demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne de prononcer la décharge des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre de l’année 2019 à raison de ses établissements situés sur le territoire des communes de La Chapelle-Saint-Luc, Sainte-Savine, Pont-Sainte-Marie et Saint-Julien-les-Villas, ainsi qu’au titre de l’année 2020, à raison de ses établissements situés sur le territoire des communes de La Chapelle-Saint-Luc, Sainte-Savine, Pont-Sainte-Marie, Saint-Julien-les-Villas et Saint-Lyé.
Par un jugement no 2100262, 2101177 du 8 juin 2023, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté ces demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 1er août 2023, la SAS Ourry, représentée par Me Drouot, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge des impositions contestées ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 5 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est exonérée de cotisation foncière des entreprises en application des dispositions du 1° de l’article 1449 du code général des impôts ;
- elle n’agit que comme un simple prestataire de services pour le compte de la communauté d’agglomération Troyes Champagne Métropole ;
- les énonciations contenues aux paragraphes 240 à 270 de l’instruction BOI-IF-CFE-10-30-10-10 prévoient une exonération de cotisation foncière des entreprises pour les activités exercées par les collectivités territoriales, notamment s’agissant de l’enlèvement et de la destruction des ordures ménagères, à la seule condition qu’elles ne soient pas concédées ou affermées ; l’activité de traitement des ordures ménagères est également exonérée lorsque l’usine de traitement est exploitée par les collectivités territoriales ou leurs régies, seules les entreprises titulaires d’un contrat de concession ou d’affermage pour l’exercice d’une telle activité étant imposables à la cotisation foncière des entreprises ; elle entre dans les prévisions de cette doctrine dès lors qu’elle n’est pas titulaire d’un contrat de concession ou d’affermage mais agit comme un simple prestataire de services.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2023, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SAS Ourry ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Antoniazzi, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Mosser, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
La société Ourry exerce une activité de collecte et de gestion des déchets. Cette dernière a été attributaire d’un marché public conclu le 21 novembre 2017 avec la communauté d’agglomération Troyes Champagne Métropole portant sur la gestion, à compter du 1er février 2018, de cinq déchèteries, situées sur le territoire des communes de Saint-Julien-les-Villas, Sainte-Savine, Pont-Sainte-Marie, La Chapelle-Saint-Luc et Saint-Lyé. A la suite d’une demande de rescrit formée par la société Ourry le 10 septembre 2020, l’administration a, par un courrier du 21 septembre 2020, informé la société Ourry qu’elle était redevable de la cotisation foncière des entreprises à raison de ces établissements. Les réclamations présentées par la société Ourry les 20 novembre 2020 et 19 avril 2021 ayant été rejetées par décisions des 21 décembre 2020 et 28 avril 2021, l’intéressée a demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne de prononcer la décharge des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 à raison des cinq déchèteries qu’elle exploite. La SAS Ourry relève appel du jugement du 8 juin 2023 de ce tribunal qui a rejeté sa demande.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne l’application de la loi fiscale :
D’une part, aux termes du I de l’article 1447 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : « La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales, les sociétés non dotées de la personnalité morale ou les fiduciaires pour leur activité exercée en vertu d'un contrat de fiducie qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée ». Aux termes de l’article 1449 du code général des impôts : « Sont exonérés de la cotisation foncière des entreprises : 1° Les collectivités territoriales, les établissements publics et les organismes de l'Etat, pour leurs activités de caractère essentiellement culturel, éducatif, sanitaire, social, sportif ou touristique, quelle que soit leur situation à l'égard de la taxe sur la valeur ajoutée ; (…) ». Enfin, selon l’article 1473 du même code, dans sa rédaction alors applicable : « La cotisation foncière des entreprises est établie dans chaque commune où le redevable dispose de locaux ou de terrains, en raison de la valeur locative des biens qui y sont situés (…) ».
D’autre part, aux termes de l’article 1467 du code général des impôts : « La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, (…) dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence (…) ». Il résulte de ces dispositions que les immobilisations dont la valeur locative est intégrée dans l'assiette de la cotisation foncière des entreprises sont les biens placés sous le contrôle du redevable et que celui-ci utilise matériellement pour la réalisation des opérations qu'il effectue.
En premier lieu, il est constant que la société Ourry, société de droit privé constituée sous la forme d’une société par actions simplifiée (SAS), exerce à titre habituel une activité professionnelle non salariée et qu’elle est à ce titre légalement redevable de la cotisation foncière des entreprises. En outre, ainsi qu’il résulte de leur lettre même, les dispositions précitées de l’article 1449 réservent le bénéfice de l’exonération de cotisation foncière des entreprises aux personnes publiques qui gèrent et exploitent directement les équipements et installations nécessaires à l’exercice des activités, notamment de caractère sanitaire, que celles-ci organisent. Dès lors que les déchèteries en cause ne sont pas gérées et exploitées directement par la personne publique qui en est propriétaire, mais par la SAS Ourry, dans le cadre du marché public que cette société a conclu avec cette personne publique, ladite société ne saurait utilement se prévaloir du bénéfice de l’exonération ainsi édictée par ces dispositions, dans le champ d’application desquelles elle n’entre pas.
En second lieu, il résulte de l’instruction, et notamment du cahier des clauses techniques particulières définissant les droits et obligations relatifs à la gestion des déchèteries, que la SAS Ourry avait la disposition exclusive des installations des cinq déchèteries, comprenant notamment les terrains, les bâtiments, les quais de déchargement, les voiries, les conteneurs et les matériels de vidéosurveillance et dispositifs de gestion des accès, qu’elle utilisait pour assurer sa mission d’exploitation de ces cinq établissement qui lui avait été confiée par la communauté d’agglomération de Troyes Champagne Métropole. Elle assurait à ce titre, grâce à ses employés, l’accueil et l’accompagnement des usagers, la coordination logistique et la transmission d’informations, la gestion optimisée de l’enlèvement des bennes et autres flux de déchets, l’entretien régulier de ces installations. Elle avait en outre la charge financière du fonctionnement de l’ensemble des installations mises à sa disposition et en assumait la responsabilité vis-à-vis des tiers. Dans ces conditions, alors même que la communauté d’agglomération supportait le financement des gros travaux nécessaires aux installations en cause et versait une rémunération forfaitaire à sa cocontractante, les équipements et installations dont la gestion et l’exploitation ont été confiées à la SAS Ourry doivent, compte tenu de l’ensemble des stipulations contractuelles telles que rappelées ci-dessus, être regardés, pour l’application des règles et principes rappelés au point 3 ci-dessus, comme étant placés sous le contrôle de celle-ci. Dès lors qu’il est constant que cette société utilisait matériellement ces biens, pour l’exercice de l’activité de gestion et d’exploitation qui lui avait été confiée par la communauté d’agglomération de Troyes Champagne Métropole, elle a pu être regardée à bon droit, au sens et pour l’application des dispositions de l’article 1467 du code général des impôts, comme le redevable, à raison de ces équipements et installations, de la cotisation foncière des entreprises.
En ce qui concerne le bénéfice de l’interprétation administrative de la loi fiscale :
Les énonciations des paragraphes 240, 270 et 280 de la doctrine administrative publiée au Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP) - Impôts sous la référence, référencée BOI-IF-CFE-10-30-10-10 prévoient que certaines activités exercées par les collectivités territoriales, énumérées au point 270 parmi lesquelles l’activité d’enlèvement et de destruction des ordures ménagères, sont exonérées de cotisation foncière des entreprises lorsqu’elles ne sont pas, comme l’indique le point 280, concédées ou affermées. Contrairement à ce que la société Ourry soutient, le seul fait qu’elle ne soit pas titulaire d’un contrat de concession ou d’affermage ne lui ouvre pas nécessairement droit à l’exonération prévue au point 240. En outre, cette société, qui n’exerce pas une activité d’enlèvement et de destruction des ordures ménagères, n’est, en tout état de cause, pas fondée à s’en prévaloir sur le fondement de l’article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Ourry n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Ourry est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société Ourry et au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
Délibéré après l’audience du 8 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Martinez, président,
Mme Antoniazzi, première conseillère,
M. Durand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2026.
La rapporteure,
Signé : S. Antoniazzi
Le président,
Signé : J. Martinez
La greffière,
Signé : C. Schramm
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Schramm