Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La SARL Etude Réalisation Service Maintenance a demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d’impôt sur les sociétés mise à sa charge au titre de l’année 2016.
Par un jugement n°2101948 du 6 juillet 2023, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 septembre 2023 et le 22 février 2024, la société Etude Réalisation Service Maintenance, représentée par Me Cusset, demande à la cour :
1°) d’annuler le jugement du 6 juillet 2023 ;
2°) de prononcer la décharge des impositions en litige ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’abandon de créance qu’elle a consenti à sa société sœur, la société Sylviculture Exploitation Energie, le 30 septembre 2016, constitue un abandon de créance à caractère commercial et constitue donc une charge déductible de l’exercice 2016 ; la société Sylviculture Exploitation Energie a rencontré des difficultés financières en 2012 qui ont persisté les années suivantes ; il existe des relations commerciales entre les deux entités qui sont complémentaires au plan économique ; il existe des relations de dépendance économique entre les deux entités dès lors qu’il est fréquent qu’elle et sa société sœur soumissionnent en vue de l’attribution de marchés publics et que, après l’obtention d’un lot, l’une des sociétés sous-traite tout ou partie de son lot à sa société sœur, qui n’a pas le même objet et dispose de moyens humains et matériels spécialisés ; une part importante du chiffre d’affaires réalisé auprès de la SNCF et de Betafence provient du fait qu’elle peut traiter le lot « débroussaillage » de ces deux clients, grâce à la société Sylviculture Exploitation Energie et, en l’absence cette société, l’exécution des marchés serait plus onéreuse et elle ne pourrait répondre de manière compétitive aux appels d’offre de la SNCF ;
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 janvier 2024 et le 14 mai 2024, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SARL Etude Réalisation Service Maintenance ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- les conclusions de Mme Cyrielle Mosser, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cusset, représentant la société Etude Réalisation Service Maintenance.
Considérant ce qui suit :
La SARL Etude Réalisation Service Maintenance (ERSM) a fait l’objet d’une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2017 à l’issue de laquelle l’administration l’a informée, dans le cadre d’une procédure de rectification contradictoire, de ce qu’elle entendait majorer son assiette imposable à l’impôt sur les sociétés dû au titre de l’exercice clos le 30 septembre 2016. au motif que l’abandon de créance qu’elle a consenti en 2016 à la société Sylviculture Exploitation Energie (SEE) ne présenterait pas un caractère déductible. Saisie par la société requérante, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d’affaires a émis un avis favorable aux redressements, le 22 octobre 2020, lesquels ont été mis en recouvrement, le 30 novembre 2020. La société requérante a saisi l’administration d’une réclamation préalable, le 14 janvier 2021, qui a été rejetée le 2 juillet 2021. Par un jugement du 6 juillet 2023 dont la SARL ERSM relève appel, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande tendant à la décharge du supplément d’impôt sur les sociétés auquel elle a été assujettie.
Sur les conclusions à fin de décharge :
Il résulte des articles 38 et 39 du code général des impôts, dont les dispositions sont applicables à l’impôt sur les sociétés en vertu de l’article 209 du même code, que le bénéfice imposable à l’impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l’entreprise, à l’exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l’acte par lequel une entreprise décide de s’appauvrir à des fins étrangères à son intérêt. Les abandons de créances consentis par une entreprise au profit d’un tiers ne relèvent pas, en règle générale, d’une gestion commerciale normale, sauf s’il apparaît qu’en consentant de tels avantages, l’entreprise a agi dans son propre intérêt. S’il appartient à l’administration d’apporter la preuve des faits sur lesquels elle se fonde pour estimer que les avantages octroyés par une entreprise à un tiers constituent un acte anormal de gestion, elle est réputée apporter cette preuve dès lors que cette entreprise n’est pas en mesure de justifier qu’elle a bénéficié en retour de contreparties. Dans l’hypothèse où l’entreprise s’acquitte de cette obligation, il incombe ensuite à l’administration d’apporter la preuve que cet avantage est, contrairement à ce que soutient l’entreprise, dépourvu de contrepartie, qu’il a une contrepartie dépourvue d’intérêt pour l’entreprise ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
La société ERSM, qui a pour activité la pose de clôtures, a consenti, le 30 septembre 2016, un abandon de créance d’un montant de 270 000 euros au profit de sa société sœur SEE, correspondant notamment à des créances de mise à disposition de personnel mais également à des refacturations de dépenses de carburant, d’électricité, de frais postaux et de location de photocopieur. Pour justifier, ainsi qu’il lui incombe, du caractère déductible de cette charge, la société ERSM soutient qu’elle entretient des relations commerciales étroites avec la société SEE. Elle indique que cette dernière, qui a notamment pour activité la réalisation de travaux de débroussaillage, dispose de moyens humains et matériels spécialisés pour réaliser ces tâches ce qui permet à la société ERSM de candidater, dans le cadre d’appel d’offres ouverts notamment par la SNCF, les travaux de débroussaillage étant alors sous-traités à la société SEE. La société ERSM soutient également que les relations commerciales qu’elle entretient avec la société SEE lui permettent d’obtenir des conditions tarifaires et d’intervention privilégiées, augmentant ses chances de se voir octroyer un lot par la SNCF ou Betafence, qui représentent ensemble plus de 85% de son chiffre d’affaires. Toutefois, la société requérante ne saurait, par la seule production d’un contrat annuel de réparation de clôture sur la voie publique faisant mention d’une prestation de débroussaillage, justifier qu’en l’absence de contrat de sous-traitance conclu avec la société SEE elle ne serait pas en mesure de soumissionner à un appel d’offre. Par ailleurs, comme le fait valoir l’administration, les moyens mis à la disposition de la société ERSM par la société n’ont représenté en 2014, 2015 et 2016, respectivement, que 1,6%, 2,3% et 5,8% du chiffre d’affaires généré par les marchés que la société ERSM a conclu avec la SNCF et Betafence et, la part du chiffre d’affaires global de la société ERSM relative à sa relation avec la société SEE s’est limitée, en 2014, 2015 et 2016, respectivement, à 8,2%, 6,2% et 4,3%. Dans ces conditions, en l’absence d’élément de nature à justifier de l’existence de contrepartie à l’abandon de créance litigieux, la société ERSM, qui ne saurait utilement invoquer l’intérêt du groupe constitué avec sa société sœur, n’établit pas l’intérêt qu’elle avait de le consentir. Par suite, l’administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve que cet abandon de créance était étranger à une gestion commerciale normale et qu’elle était en conséquence fondée à réintégrer dans le bénéfice imposable de l’exercice 2016 le montant correspondant.
Il résulte de tout ce qui précède que la société ERSM ne sont pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande.
Sur les frais de l’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de l’Etat qui n’est pas la partie perdante, au titre des frais engagés par la société ERSM et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Etude Réalisation Service Maintenance est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Etude Réalisation Service Maintenance et au ministre de l’économie, des finances, de l’industrie et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Martinez, président,
M. Agnel, président-assesseur,
M. Durand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2025.
Le rapporteur,
Signé : F. Durand
Le président,
Signé : J. MartinezLa greffière,
Signé : C. Schramm
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances, de l’industrie et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Schramm