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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC03808

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC03808

mardi 16 janvier 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC03808
TypeOrdonnance
Recoursautres

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D A et Mme C A ont demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, et des pénalités correspondantes, auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016.

Par un jugement n° 2202092 du 6 juillet 2023, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 27 décembre 2023 sous le n° 23NC03808, M. et Mme A, représentés par la SARL BJT, demandent au juge des référés de la cour d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la mise en recouvrement des impositions et pénalités visées par le jugement n° 2202092 du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne relatives aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et aux contributions sociales dues au titre des années 2015 et 2016.

Ils soutiennent que :

- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors qu'ils ne disposent pas des liquidités nécessaires au paiement des sommes réclamées et mises à leur charge ;

- les sommes regardées par l'administration comme des revenus distribués et imposées comme tels sur le fondement de l'article 111 c. du code général des impôts ont, en réalité, la nature de remboursement de frais ; ces sommes ont pour contrepartie les frais engagés par M. A pour le compte de l'association Les chasses de Champagne en vue, notamment, de l'entretien du domaine de chasse ou l'acquisition de mobilier ; ils n'ont tiré aucun avantage des versements effectués par l'association à leur profit ; le loyer prévu par le bail conclu entre l'association Les chasses de Champagne et la SCI Domaine de Beauregard, détenue par M. A, n'est pas anormalement élevé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée le 1er septembre 2023 sous le n° 23NC02806, présentée pour M. et Mme A par la SARL BJT, qui demandent à la cour l'annulation du jugement susvisé du 6 juillet 2023.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2023, la présidente de la cour a désigné M. B comme juge des référés, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".En application de l'article L. 522-3 du même code, lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les dispositions de l'article L. 522-1 de ce code relatives à la procédure contradictoire et à la tenue d'une audience.

2. Le contribuable qui a saisi le juge de l'impôt de conclusions tendant à la décharge de tout ou partie d'une imposition à laquelle il a été assujetti est recevable à demander au juge des référés, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la mise en recouvrement de l'imposition, dès lors que celle-ci est exigible. Le prononcé de cette suspension est subordonné à la double condition, d'une part, qu'il soit fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la régularité de la procédure d'imposition ou sur le bien-fondé de l'imposition et, d'autre part, que l'urgence, qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, justifie la mesure de suspension sollicitée. Pour vérifier si la condition d'urgence est satisfaite, le juge des référés doit apprécier la gravité des conséquences que pourrait entraîner, à brève échéance, l'obligation de payer sans délai l'imposition ou les mesures mises en œuvre ou susceptibles de l'être pour son recouvrement, eu égard aux capacités des contribuables à acquitter les sommes demandées et compte tenu des autres intérêts en présence.

3. Pour justifier, comme il leur incombe, de la condition d'urgence posée par les dispositions précitées du code de justice administrative, M. et Mme A se bornent à soutenir que leurs ressources actuelles ne leur permettent pas de s'acquitter des impositions litigieuses, lesquelles s'élèvent respectivement au titre des années 2015 et 2016 à 104 491 euros et 55 571 euros. Ils font également valoir qu'ils ont accordé une hypothèque sur une parcelle de vignes située en Champagne pour garantir le Trésor public. Toutefois, ils ne produisent aucun élément permettant d'apprécier la consistance éventuelle ou la valeur réelle de l'ensemble de leur patrimoine, le montant de l'épargne ou des liquidités dont ils pourraient disposer sur leurs comptes bancaires. Il n'y a pas non plus d'indication, au regard de la situation financière réelle de leur foyer, sur les conditions dans lesquelles ils pourraient, le cas échéant, obtenir des garanties ou un emprunt bancaire si le paiement sans délai des impositions en litige était requis par l'administration.

4. Par suite, en l'état de l'instruction et en l'absence du moindre justificatif apporté par les contribuables permettant d'établir la disproportion entre le montant des rehaussements d'impôt litigieux et leur capacité financière, et compte tenu également de ce que le jugement de l'affaire au fond en appel est prévu dans les meilleurs délais, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne saurait être regardée, en l'espèce, comme satisfaite.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans même qu'il soit besoin d'examiner si la condition relative à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur le bien-fondé de l'imposition est en l'espèce remplie, la requête de M. et Mme A doit, en application des dispositions précitées du code de justice administrative, être rejetée.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et à Mme C A.

Copie en sera transmise au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Fait à Nancy, le 16 janvier 2024.

Le premier vice-président de la cour,

juge des référés

Signé : J. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Schramm

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