jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-24NC00217 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | autres |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société à responsabilité limitée (SARL) Garage Est Auto Service a demandé au tribunal administratif de Strasbourg de prononcer la décharge de l'amende de 170 440 euros qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts au titre des exercices clos en 2017 et 2018, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er avril 2016 au 31 mars 2018 ainsi que des pénalités correspondantes.
Par un jugement n° 2206031, 2206032 du 18 décembre 2023, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté ses demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 25 janvier 2024 sous le n° 24NC00217, la SARL Garage Est Auto Service, représentée par Me Aubé, demande au juge des référés de la cour d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la mise en recouvrement des impositions, de l'amende et des pénalités visées par le jugement n° 2206031, 2206032 du tribunal administratif de Strasbourg relatives aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés dues au titre des années 2017 et 2018, aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamées au titre de la période du 1er avril 2016 au 31 mars 2018, aux pénalités correspondantes et à l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts.
Elle soutient que :
- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors que le montant des sommes réclamées et mises à sa charge excède largement ses capacités contributives ; les états financiers produits attestent que la mise en recouvrement d'une telle somme entraînerait son dépôt de bilan ;
- la condition tenant au doute sérieux est remplie ; d'abord, la procédure d'imposition est irrégulière en ce que l'administration ne lui a pas adressé l'ensemble des pièces et informations recueillies dans le cadre des demandes d'assistance administrative ou à l'issue des demandes d'information adressées aux particuliers allemands ; ensuite, dès lors que ces informations n'étaient pas par elles-mêmes de nature à justifier le rejet de la comptabilité et qu'il n'est pas établi de façon certaine et indiscutable par le service que la Sarl aurait participé de manière active et en connaissance de cause, avec des intermédiaires occultes, à l'élaboration de documents falsifiés ou de factures de complaisance, c'est à tort que l'administration a rejeté sa comptabilité comme insincère et non probante ; en outre, l'administration n'a pas davantage apporté d'éléments suffisants permettant de penser que la société savait, ou ne pouvait ignorer, la nature des factures en litige concernant l'achat de véhicules d'occasion en provenance d'Allemagne ; en conséquence, en l'absence d'indices sérieux d'insincérité apportés par le service, celui-ci aurait dû retenir la totalité des montants figurant sur les factures présentées par la société à l'appui de sa comptabilité ; d'ailleurs, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a, à propos d'un nouveau contrôle fiscal portant sur les exercices 2019 et 2020, certes postérieurs aux années en litige, émis un avis défavorable aux redressements portant sur des achats de même nature avec les mêmes intermédiaires ; enfin, dès lors que le vérificateur avait préalablement admis la validité de la désignation des bénéficiaires des revenus distribués, en l'occurrence les deux personnes désignées nominativement et à part égales, l'administration ne pouvait en définitive lui opposer l'imprécision de cette désignation et lui infliger une amende pour non désignation des bénéficiaires des revenus distribués.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête, enregistrée le 25 janvier 2024 sous le n° 24NC00216, présentée pour la SARL Garage Est Auto Service, qui demande à la cour l'annulation du jugement susvisé du 18 décembre 2023.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2023, la présidente de la cour a désigné M. A comme juge des référés, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
2. Le contribuable qui a saisi le juge de l'impôt de conclusions tendant à la décharge de tout ou partie d'une imposition à laquelle il a été assujetti est recevable à demander au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la mise en recouvrement de l'imposition, dès lors que celle-ci est exigible. Le prononcé de cette suspension est subordonné à la double condition, d'une part, que l'urgence justifie la mesure de suspension sollicitée et, d'autre part, qu'il soit fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la régularité de la procédure d'imposition ou sur le bien-fondé de l'imposition. Cependant, en application de l'article L. 522-3 du même code, lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les dispositions de l'article L. 522-1 de ce code relatives à la procédure contradictoire et à la tenue d'une audience.
3.Pour justifier, ainsi qu'il lui incombe, de la condition relative à l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité des impositions et pénalités litigieuses, la SARL Garage Est Auto Service soutient, d'abord, que la procédure d'imposition est irrégulière en ce que l'administration ne lui a pas adressé l'ensemble des pièces et renseignements recueillis dans le cadre des demandes d'assistance administrative ou à l'issue des demandes d'information adressées aux particuliers allemands. Elle soutient, ensuite, que, ces informations n'étant pas par elles-mêmes de nature à justifier le rejet de la comptabilité, l'administration ne prouve pas de façon certaine et indiscutable que la Sarl aurait participé de manière active et en connaissance de cause, avec des intermédiaires occultes, à l'élaboration de documents falsifiés ou de factures de complaisance, en sorte que c'est à tort que l'administration a rejeté sa comptabilité comme insincère et non probante. La société requérante fait valoir, en outre, que l'administration n'a pas davantage apporté d'éléments suffisants permettant de penser que la société savait, ou ne pouvait ignorer, la nature des factures en litige concernant l'achat de véhicules d'occasion en provenance d'Allemagne. Elle en infère qu'en l'absence d'indices sérieux d'insincérité apportés par le service, celui-ci aurait dû retenir la totalité des montants figurant sur les factures présentées par la société à l'appui de sa comptabilité et prononcé la décharge intégrale des rappels en cause, ce qui va d'ailleurs dans le sens d'un avis de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires rendu a, à propos d'un nouveau contrôle fiscal portant sur les exercices 2019 et 2020, certes postérieurs aux années en litige, mais concernant des redressements portant sur des achats de même nature avec les mêmes intermédiaires. La société requérante soutient, enfin, que, dès lors que le vérificateur avait préalablement admis la validité de la désignation des bénéficiaires des revenus distribués, en l'occurrence les deux personnes désignées nominativement et à parts égales, l'administration ne pouvait en définitive lui opposer l'imprécision de cette désignation pour lui infliger une amende sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts. Toutefois, en l'état de l'instruction et eu égard à l'office du juge des référés, juge de l'évidence, ces moyens, tels qu'ils sont articulés, ne paraissent pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des impositions litigieuses et des amendes et pénalités contestées.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de vérifier si la condition d'urgence est en l'espèce remplie, que la requête de la SARL Garage Est Auto Service tendant à la suspension de la mise en recouvrement des impositions et pénalités contestées ne peut, en application des dispositions susvisées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, qu'être rejetée.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de la SARL Garage Est Auto Service est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL Garage Est Auto Service.
Copie en sera transmise au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Fait à Nancy, le 22 février 2024.
Le premier vice-président de la cour,
juge des référés
Signé : J. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Schramm
Cour Administrative d'Appel de Nancy — N° CAA54-24NC00807
09/04/2026
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