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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-21LY02518

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-21LY02518

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-21LY02518
TypeDécision
Recoursfiscal
Formation5ème chambre - formation à 3
Avocat requérantGIROUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A B a demandé au tribunal administratif de Lyon la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2012 et 2013 et de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus au titre de l'année 2012 ainsi que des prélèvements sociaux et des pénalités correspondantes.

Par un jugement n°1906788 du 1er juin 2021, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2021, M. B, représenté par Me Giroud, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement et lui accorder la décharge sollicitée devant le tribunal ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- s'agissant des revenus distribués par la société SC Cadran, le résultat du droit de communication exercé par l'administration auprès de la société Jackson le 17 avril 2014 n'a pas été annexé à la proposition de rectification qui lui a été adressée le 12 octobre 2015 ni à la proposition de rectification du 5 janvier 2015 adressée à la société SC Cadran ; cette omission ne lui a pas permis d'engager un débat contradictoire sur la méthode de calcul retenue par l'administration, en particulier de vérifier l'exactitude du montant des débits constatés de 42 550 euros en 2012 et 43 934,96 euros en 2013 ;

- s'agissant de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, la proposition de rectification du 22 mai 2013 est insuffisamment motivée ; la SCI Dora II exerçait une activité de marchand de biens et était imposable à l'impôt sur les sociétés ;

- il est en droit de majorer, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, le prix d'acquisition du chalet et du terrain en litige de 15 % alors même qu'il ne peut justifier ni de la réalité des travaux, ni de leur montant (Inst. 14-1-2004, 8 M-1-04 fiche 5 n°24) ;

- s'agissant des pénalités, l'ensemble des éléments exposés démontrent que ni la SCI Dora II, ni son gérant, n'ont agi dans le but d'éluder l'impôt ; il a d'ailleurs pris la précaution de faire séquestrer le montant de la plus-value immobilière lors de la cession du bien.

Par un mémoire, enregistré le 30 décembre 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Une ordonnance du 18 juillet 2022 a fixé la clôture de l'instruction au 15 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rémy-Néris, première conseillère,

- et les conclusions de M. Vallecchia, rapporteur public ;

Considérant ce qui suit :

1. Après avoir fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, M. A B, gérant et associé unique de la société SC Cadran, s'est vu notifier une proposition de rectification du 12 octobre 2015 portant sur des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2012 et 2013, assorties des intérêts de retard et de majorations, à raison notamment de revenus réputés distribués par la société SC Cadran et de son assujettissement à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus au titre de l'année 2012. M. B relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à la décharge des sommes ainsi mises à sa charge et restant en litige.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

2. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée. Il en va autrement s'agissant des documents et renseignements qui, à la date de la demande de communication, sont directement et effectivement accessibles au contribuable dans les mêmes conditions qu'à l'administration. Dans cette dernière hypothèse, si le contribuable établit qu'il ne peut avoir effectivement accès aux mêmes documents et renseignements que ceux détenus par l'administration, celle-ci est alors tenue de les lui communiquer.

3. M. B soutient que, s'agissant des revenus considérés par l'administration comme distribués par la société SC Cadran, le résultat du droit de communication exercé par l'administration auprès de la société Jackson le 17 avril 2014 n'a pas été annexé à la proposition de rectification du 12 octobre 2015 qui lui a été adressée ni à celle du 5 janvier 2015 adressée à la société SC Cadran. Toutefois, s'il résulte de l'instruction que les rectifications en cause trouvent leur origine dans les éléments obtenus par l'administration dans le cadre du droit de communication exercé auprès de la société Jackson lors de la vérification de la SC Cadran, il est constant que M. B était gérant de la SC Cadran. Il pouvait ainsi accéder directement et effectivement à ces mêmes documents en cette qualité. Par suite, il n'est pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales.

4. En outre, si, en soutenant qu'il ne lui a pas été possible de vérifier l'exactitude du montant des débits mentionnés par le service au titre de l'année 2012, pour un montant de 42 650 euros, ainsi que l'écriture de débits au cours de l'exercice 2013, pour un montant de 43 934,96 euros dans les écritures comptables de la société SC Cadran et que la méthode de reconstitution des deux écritures d'ajustement comptabilisées dans le bilan de la société SC Cadran " 31/03/2012 OD ajustement JACKSON/CADRAN +266 174,14 euros " et " 31/03//2013 OD ajustement JACKSON/CADRAN + 141 537,53 euros " varie entre l'année 2012 et l'année 2013 ce qui ne lui a pas permis de contester utilement les redressements, M. B invoque l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification du 12 octobre 2015, il en ressort qu'elle comporte la nature de l'impôt concerné ainsi que les années et les bases d'imposition retenues. Elle énonce les motifs de droit et de faits sur lesquels se fondent les rehaussements opérés s'agissant des revenus considérés comme distribués à M. B par la société SC Cadran. A ce titre, il n'est pas contesté que l'administration a annexé à la proposition de rectification en litige la copie de la proposition de rectification adressée à la société SC Cadran laquelle mentionne en pages 7 et 8 les sommes portées au crédit du compte courant d'associé de M. B dans la comptabilité de la société SC Cadran qui sont injustifiées, soit 81 347,44 euros pour 2012 et 102 171,72 euros pour 2013. L'administration a entendu rectifier les écritures passées en " opérations diverses d'ajustement " susvisées figurant au débit du compte courant d'associé de la SARL Jackson dans la comptabilité de la société SC Cadran après avoir obtenu par la voie du droit de communication la copie du compte courant de la société SC Cadran dans la SARL Jackson. La méthode utilisée pour ce faire par l'administration y est clairement exprimée et permettait à M. B de la contester ainsi que de solliciter des précisions sur les sommes mentionnées. Par suite, ce moyen tiré de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification du 12 octobre 2015 doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. B réitère en appel les moyens tirés de ce que la proposition de rectification qui lui a été adressée le 22 mai 2013 à la suite du contrôle sur pièces est insuffisamment motivée et que la SCI Dora II exerçait une activité commerciale de marchand de biens et était imposable à l'impôt sur les sociétés. Il y a lieu, pour la cour, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal aux points 10 et 11 de son jugement.

6. En troisième lieu, le requérant soutient, comme il l'a fait devant le tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, qu'il est en droit de majorer le prix d'acquisition du bien litigieux de 15 % alors même qu'il ne peut justifier ni de la réalité des travaux, ni de leur montant. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs pertinents retenus par les premiers juges au point 12 de leur jugement et alors qu'en outre, l'acte de cession du 18 mai 2012 du bien en litige a porté sur la cession d'un terrain " à bâtir " et non d'un terrain bâti.

7. En dernier lieu, M. B reprend en appel le moyen qu'il avait invoqué en première instance tiré de l'absence de justification de la majoration pour manquement délibéré appliquée aux rectifications en matière de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Lyon au point 15 de son jugement.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Bourrachot, président de chambre,

Mme Dèche, présidente assesseure,

Mme Rémy-Néris, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

V. Rémy-NérisLe président,

F. Bourrachot

La greffière,

A-C. Ponnelle

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

ar

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