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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY01572

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY01572

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY01572
TypeDécision
Recoursfiscal
Formation5ème chambre - formation à 3
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS JURI-DEFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

La société par actions simplifiée (SAS) Le Seyec a demandé au tribunal administratif de Lyon de prononcer la décharge de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019.

Par un jugement n° 2008634 du 22 mars 2022, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 mai 2022 et le 6 mars 2023, la SAS Le Seyec, représentée par Me Batol, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Lyon du 22 mars 2022 ;

2°) de lui accorder la décharge susmentionnée ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que ;

- la décision de rejet n'est pas motivée ;

- dès lors que les activités de logistique et de transport constituaient deux établissements distincts au sens de l'article 310 HA de l'annexe II au code général des impôts, il y a lieu d'appliquer un dégrèvement prorata temporis au titre de la cotisation foncière des entreprises de l'année 2018 pour l'activité de logistique et il y a lieu de dégrever la cotisation foncière des entreprises de l'année 2019 de la portion correspondant aux locaux affectés à l'activité de logistique.

Par un mémoire enregistré le 12 décembre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requérante ne peut pas prétendre à un dégrèvement prorata temporis pour la cotisation foncière des entreprises de l'année 2018 relative à l'établissement de Corbas, pour laquelle le délai de réclamation était expiré au jour du dépôt de la réclamation, conformément aux dispositions de l'article R 196-2 du livre des procédures fiscales ;

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Dèche, présidente assesseure et les conclusions de Mme Le Frapper, rapporteure publique ;

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Le Seyec qui exerce une activité de transport et de logistique a demandé à l'administration fiscale la décharge de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019, au titre de son établissement situé sur le territoire de la commune de Saint-Priest. Elle relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à la décharge de cette imposition.

Sur les conclusions relatives à la cotisation foncière des entreprises de l'année 2018 :

2. Selon les dispositions de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes doivent, pour être recevables, être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant la mise en recouvrement du rôle ou la notification d'un avis de mise en recouvrement.

3. Il résulte de l'instruction que la réclamation de la SAS Le Seyec présentée le 27 mars 2020 est intervenue alors que le délai permettant de contester la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie pour l'année 2018, au titre de son établissement de Corbas était expiré. Par suite, et ainsi que le fait valoir le ministre en défense, la demande de l'intéressée tendant à obtenir " un dégrèvement prorata temporis au titre de la cotisation foncière des entreprises de l'année 2018 " est irrecevable.

Sur les conclusions relatives à la cotisation foncière des entreprises de l'année 2019 :

4. En premier lieu, l'insuffisance de la motivation de la décision de rejet de la réclamation contentieuse est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition suivie à l'égard du contribuable comme sur le bien-fondé des impositions mises à sa charge. Par suite, la requérante ne peut utilement se prévaloir de l'insuffisante motivation de la décision de rejet de sa réclamation édictée le 1er octobre 2020 par l'administration.

5. En second lieu, aux termes de l'article 1447 du code général des impôts : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales, les sociétés non dotées de la personnalité morale ou les fiduciaires pour leur activité exercée en vertu d'un contrat de fiducie qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée. () ". Aux termes de l'article 1467 du même code : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11°, 12° et 13° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période. () La valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière est calculée suivant les règles fixées pour l'établissement de cette taxe. () ". Aux termes de l'article 1467 A de ce code : " Sous réserve des II, III IV et VI de l'article 1478, la période de référence retenue pour déterminer les bases de cotisation foncière des entreprises est l'avant-dernière année précédant celle de l'imposition ou le dernier exercice de douze mois clos au cours de cette même année lorsque cet exercice ne coïncide pas avec l'année civile. ". Aux termes de l'article 1478 de ce code : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due pour l'année entière par le redevable qui exerce l'activité le 1er janvier. / Toutefois le contribuable qui cesse toute activité dans un établissement n'est pas redevable de la cotisation foncière des entreprises pour les mois restant à courir, sauf en cas de cession de l'activité exercée dans l'établissement ou en cas de transfert d'activité. () II. - En cas de création d'un établissement autre que ceux mentionnés au III, la cotisation foncière des entreprises n'est pas due pour l'année de la création. / Pour les deux années suivant celle de la création, la base d'imposition est calculée d'après les biens passibles de taxe foncière dont le redevable a disposé au 31 décembre de la première année d'activité. / En cas de création d'établissement, la base du nouvel exploitant est réduite de moitié pour la première année d'imposition. ". Enfin, aux termes de l'article 310 HA de l'annexe II au code général des impôts : " Pour l'application de la cotisation foncière des entreprises et des taxes additionnelles : () l'établissement s'entend de toute installation utilisée par une entreprise en un lieu déterminé, ou d'une unité de production intégrée dans un ensemble industriel ou commercial lorsqu'elle peut faire l'objet d'une exploitation autonome. ".

6. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, lorsque la fermeture d'un établissement s'accompagne de l'ouverture, par le même contribuable, d'un nouvel établissement dans une commune différente, il y a lieu de distinguer selon qu'il s'agit de la poursuite de la même activité professionnelle dans des locaux différents, le cas échéant avec des moyens différents, ou de la fermeture définitive de l'établissement dans le cadre d'une cessation d'activité sans cession. Dans ce second cas, alors même que le contribuable poursuit une activité professionnelle de même nature, l'opération ne peut être regardée comme un transfert d'activité au sens des dispositions précitées de l'article 1478 du code général des impôts lorsque des modifications substantielles interviennent dans l'organisation et les moyens de l'exploitation ou lorsque la clientèle à laquelle celle-ci s'adresse est entièrement nouvelle.

7. Il résulte de l'instruction que la SAS Le Seyec a cessé d'exploiter son établissement de Corbas, le 1er octobre 2018 et a ouvert un nouvel établissement sur la commune de Saint-Priest, le 2 octobre 2018. La requérante fait valoir que la fermeture du site de Corbas est directement liée à la fin du contrat qui la liait à la société Barilla France pour le compte de laquelle elle exerçait une activité de logistique et que la suppression de cette activité s'est accompagnée du licenciement de dix-sept salariés, pour motif économique. Toutefois, il résulte de l'instruction que la requérante a poursuivi, sur le site Saint-Priest, l'activité de transport qu'elle exerçait également sur le site de Corbas, en y affectant près de la moitié du personnel qu'elle employait à Corbas. Il ne résulte pas de l'instruction que des modifications substantielles seraient intervenues dans l'organisation et les moyens de l'exploitation de la société concernant son activité de transport ou qu'elle se serait adressée à une clientèle nouvelle. Dans ces conditions, la fermeture de l'établissement de Corbas, suivie de la reprise de l'activité de transport au sein de l'établissement situé à Saint-Priest, doit être regardée comme un transfert d'activité au sens de l'article 1478 du code général des impôts.

8. Pour le calcul de la base d'imposition de l'imposition en litige, la requérante soutient qu'il convient d'exclure les moyens d'exploitation liés à son activité de logistique qu'elle n'a pas reprise sur le site de Saint-Priest et qui pouvait être exercée indépendamment de l'activité de transport assurée sur le site de Corbas. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment des écritures de l'intéressée elle-même, que cette activité de logistique était associée à l'activité de transport qu'elle exerçait pour le compte de son client Barilla France. Dans ces conditions, et alors qu'aucun élément du dossier ne permet d'établir que l'activité de logistique faisait l'objet d'une exploitation autonome, cette activité exercée par la SAS Le Seyec sur le site de Corbas ne peut être regardée comme constituant un établissement distinct au sens de l'article 310 HA de l'annexe II au code général des impôts, comprenant des surfaces dont la valeur locative ne pouvait être prise en compte dans le calcul de la cotisation foncière des entreprises due par la requérante pour l'année 2019, au titre de son établissement situé à Saint-Priest. C'est donc à bon droit que l'administration a estimé que la société requérante devait être imposée, conformément aux dispositions précitées de l'article 1467 A du code général des impôts, d'après la valeur locative des locaux, dont elle disposait au cours de l'avant dernière année précédant l'année d'imposition, au titre de l'établissement de Corbas, laquelle comprenait également des surfaces affectées à son activité de logistique. Par suite, la SAS Le Seyec ne peut prétendre, sur le fondement des dispositions de l'article 1478 du code général des impôts, à la réduction de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Le Seyec n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la SAS Le Seyec est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la SAS Le Seyec et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Bourrachot, président de chambre,

Mme Dèche, présidente assesseure,

Mme Rémy-Néris, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La rapporteure,

P. Dèche

Le président,

F. Bourrachot,

La greffière,

A-C. Ponnelle

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

kc

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