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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY01646

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY01646

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY01646
TypeDécision
Recoursautres
PublicationD
Avocat requérantSEBAN AUVERGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C H, représenté par la SAS Naka Lex agissant par Me Largeron, a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Lyon d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise relative aux conditions de sa prise en charge à compter du 9 octobre 2022 au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne et à l'hôpital Edouard Herriot.

Par une ordonnance n° 2311236 du 31 mai 2024 le juge des référés du tribunal administratif de Lyon a confié au docteur G B la mission d'expertise demandée en indiquant que l'expertise aura lieu en présence de M. H, du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, des hospices civils de Lyon, de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), de Médipôle Hôpital privé, du docteur A F, de la société Korelio mutuelle santé et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 11 juin 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 5 juillet 2024, le docteur A F, représenté par Me Chiffert, demande au juge des référés de la cour :

1°) d'annuler l'ordonnance n° 2311236 du 31 mai 2024 le juge des référés du tribunal administratif de Lyon ;

2°) de le mettre hors de cause ;

3°) de rejeter les conclusions présentées par l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- M. H avait demandé une expertise au contradictoire du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, des hospices civils de Lyon, de l'ONIAM et des tiers payeurs et que les hospices civils de Lyon ont demandé que les opérations d'expertise aient lieu au contradictoire de Médipôle Lyon-Villeurbanne, établissement de santé privé, qui a demandé sa mise hors de cause au motif qu'il n'avait pas à répondre des agissements d'un praticien exerçant à titre libéral, ce qui a conduit les hospices civils de Lyon a demandé sa propre mise en cause ;

- la procédure lui a été communiquée le 21 mai 2024, sans précision sur le délai fixé pour faire valoir ses observations et l'ordonnance litigieuse a été rendue le 31 mai 2024, avant qu'il puisse présenter ses observations ;

- le juge des référés a méconnu le principe du contradictoire en ne respectant pas les dispositions de l'article R. 532-2 du code de justice administrative ;

- la mesure demandée ne présente aucune utilité à son égard puisqu'il n'est jamais intervenu dans la prise en charge de M. H, puisqu'il était remplacé par le docteur D E du 8 octobre 2022 au 10 octobre 2022 à 8 heures ;

- les conclusions présentées par l'ONIAM au titre de l'article L. 761-1 sont infondées.

Par un mémoire, enregistré le 26 juin 2024, l'ONIAM, représenté par la SELARL de la Grange et Fitoussi, agissant par Me Fitoussi :

1°) s'en rapporte à la sagesse de la cour s'agissant du bien fondé des conclusions de M. F ;

2°) sollicite, le cas échéant, la mise en cause du docteur D E ;

3°) demande la condamnation de tout succombant à lui verser la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) conclut au rejet de toute autre demande.

Il soutient qu'il s'en rapporte à la sagesse de la cour sur le bien fondé des demandes du docteur F et qu'il appartiendra à la cour de rendre les opérations d'expertise opposables au docteur D E mais que l'ONIAM ne saurait avoir à assumer les frais de la procédure.

Par un mémoire, enregistré le 8 juillet 2024 et non communiqué, M. H, représenté par Me Largeron, conclut à la confirmation de l'ordonnance litigieuse et s'en remet à la sagesse de la cour si elle devait estimer qu'il convient d'élargir l'expertise au docteur E en lieu de place du docteur F.

Il soutient que :

- le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, les hospices civils de Lyon, l'ONIAM et les tiers payeurs ne se sont pas opposés à la mesure d'expertise demandée ;

- le docteur F n'a été mis en cause qu'à la suite d'une indication d'un établissement privé, lui-même appelé à l'instance à la demande des hospices civils de Lyon, mais qu'il établit qu'il n'est pas la personne ayant émis un avis sur la situation médicale de M. H.

Par un mémoire, enregistré le 15 juillet 2024 et non communiqué, les hospices civils de Lyon, représentés par Me Lantero, s'en remettent à l'appréciation de la cour s'agissant de la régularité de l'ordonnance attaquée et la mise hors de cause du docteur F, et demandent que :

1°) le docteur B soit nommé pour réaliser l'expertise sollicitée ;

2°) le docteur E soit appelé à la cause ;

3°) les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soient rejetées.

Ils soutiennent que :

- l'ordonnance litigieuse a probablement été rendue à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- la mise en cause du docteur F procède d'une erreur sur la personne ;

- l'appel en cause du docteur E, qui a ultérieurement opéré M. H au sein des services des hospices civils de Lyon devrait être convié aux opérations d'expertise.

Par un mémoire, enregistré le 15 juillet 2024 et non communiqué, la société Médipôle Hôpital privé, représentée par la SELARL Mante Saroli avocats associés, agissant par Me Hallé, s'en rapporte à la sagesse de la cour s'agissant de la mise hors de cause du docteur F et demande à la cour :

1°) de déclarer les opérations d'expertise opposables au docteur D E ;

2°) de débouter l'ONIAM de sa demande de condamnation au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- elle s'en rapporte à la sagesse de la cour s'agissant de la régularité de l'ordonnance attaquée et la mise hors de cause du docteur F ;

- si le docteur F est mis hors de cause, les opérations d'expertise seront rendues opposables au docteur D E ;

- les conclusions présentées par l'ONIAM au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont infondées dès lors qu'il n'y a pas de partie perdante.

Par décision du 1er septembre 2023, le président de la cour a désigné M. François Pourny, président de chambre, comme juge des référés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. M. C H, né le 29 février 1996, a été pris en charge le 9 octobre 2022 au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, à la suite d'un accident lui ayant causé une plaie à la main gauche. Le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne aurait alors sollicité l'avis d'un praticien exerçant au service SOS Main de l'établissement privé Médipôle, qui aurait écarté la nécessité d'une prise en charge en urgence, avant que M. H ne soit transféré le 10 octobre 2022 à l'hôpital Edouard Herriot, où il subira plusieurs interventions chirurgicales, dont une ablation de l'index gauche. M. H a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Lyon qu'une expertise soit ordonnée, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue d'apprécier les conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne et l'hôpital Edouard Herriot, appartenant aux hospices civils de Lyon. Les hospices civils de Lyon ont demandé que les opérations d'expertises se déroulent au contradictoire de l'établissement privé Médipôle, qui a demandé sa mise hors de cause, en indiquant que sa responsabilité n'était pas recherchée par M. H et que c'est le docteur F, exerçant à titre libéral qui aurait répondu à la demande d'avis du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne concernant la prise en charge de M. H. Les hospices civils de Lyon ont alors demandé que les opérations d'expertise se déroulent au contradictoire du docteur F, qui conteste l'ordonnance n° 2311236 du 31 mai 2024 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Lyon a ordonné que l'expertise demandée aurait lieu en sa présence.

Sur la régularité de l'ordonnance attaquée :

2. Aux termes de l'article R.532-2 du code de justice administrative : " Sauf dans le cadre de la procédure prévue par l'article R.532-1-1, notification de la requête présentée au juge des référés est immédiatement faite au défendeur éventuel, avec fixation d'un délai de réponse. "

3. Il ressort des pièces du dossier que le juge des référés du tribunal administratif de Lyon n'a pas fixé de délai de réponse lorsqu'il a transmis la demande de M. H et les pièces de la procédure à l'avocat de M. F et qu'il a statué sur la demande de M. H, sans que M. F ait été mis en demeure de produire ses observations. Dès lors, la procédure suivie est irrégulière, dans la mesure où elle concerne M. F, qui est dès lors fondé à soutenir que l'ordonnance attaquée doit, dans cette mesure, être annulée, le surplus de l'ordonnance attaquée n'étant pas contesté.

4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'évoquer et de statuer immédiatement sur les conclusions relatives à la participation du docteur F aux opérations d'expertise.

Sur les conclusions relatives à la mise en cause du docteur F :

5. Selon le premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ". Il ressort de ces dispositions que l'octroi d'une mesure d'expertise est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal apprécié en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

6. Le docteur F fait valoir sans être contesté qu'étant remplacé par le docteur D E du samedi 8 octobre 2022 à 8 heures au lundi 10 octobre 2022 à 8 heures, il n'a aucunement participé à la prise en charge médicale de M. H. Dès lors, la participation du docteur F aux opérations d'expertise ne présente pas une utilité suffisante au sens de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et il est fondé à soutenir que c'est à tort qu'il est mis en cause dans la présente instance.

Sur les conclusions relatives à la mise en cause du docteur D E :

7. Aux termes de l'article R. 532-3 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, à la demande de l'une des parties formée dans le délai de deux mois qui suit la première réunion d'expertise à laquelle elle a été convoquée, ou à la demande de l'expert formée à tout moment, étendre l'expertise à des personnes autres que les parties initialement désignées par l'ordonnance, ou mettre hors de cause une ou plusieurs des parties ainsi désignées. / Il peut, dans les mêmes conditions, étendre la mission de l'expertise à l'examen de questions techniques qui se révélerait utile à la bonne exécution de cette mission, ou, à l'inverse, réduire l'étendue de la mission si certaines des recherches envisagées apparaissent inutiles. "

8. La participation du docteur D E aux opérations d'expertise n'a pas été demandée par les parties en première instance et, en l'absence d'appel sur une ordonnance prise en application de l'article R. 532-3 du code de justice administrative, il n'appartient pas au juge des référés de la cour d'étendre l'expertise à des personnes autres que les parties initialement désignées par l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif. Les conclusions tendant à la mise en cause du docteur D E ne peuvent dès lors qu'être rejetées dans la présente instance.

Sur les conclusions tendant à la désignation du docteur G B pour l'expertise :

9. L'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Lyon n'étant annulée qu'en tant qu'elle prévoit, à l'article 4 de son dispositif, la présence du docteur F à l'expertise et le surplus de cette ordonnance n'étant pas contesté, il n'y a pas lieu de désigner à nouveau comme expert le docteur B, à qui il appartient de poursuivre, sans la présence de M. F, la mission que lui a confiée le juge des référés du tribunal administratif de Lyon.

Sur les frais d'instance :

10. Il n'y a pas de dépens liés à la présente instance et, dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par l'ONIAM au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : L'ordonnance n° 2311236 du 31 mai 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lyon est annulée en tant qu'elle ordonne que l'expertise aura lieu en présence du docteur A F.

Article 2 : Le docteur F est mis hors de cause et les conclusions de première instance et d'appel tendant à ce que l'expertise soit effectuée en sa présence sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées en appel tendant à ce que l'expertise soit effectuée en présence du docteur D E sont rejetées, sans que ce rejet ne fasse obstacle à une éventuelle mise en œuvre ultérieure des dispositions de l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par l'ONIAM au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative pour la présente instance sont rejetées.

Article 5 : La présence ordonnance sera notifiée au docteur A F, à M. C H, au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, aux hospices civils de Lyon, à l'ONIAM, à Médipôle Hôpital privé, à la société Korelio mutuelle santé, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire et au docteur G B.

Fait à Lyon, le 17 juillet 2024.

Le président de la 6ème chambre,

Juge des référés

François Pourny

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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