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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-25LY00623

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-25LY00623

jeudi 10 juillet 2025

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-25LY00623
TypeDécision
Recoursexécution décision justice adm
Formation5ème chambre - formation à 3
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. D B et Mme A F ont demandé au tribunal administratif de Grenoble, chacun en ce qui les concerne, d'annuler les arrêtés du 18 août 2023 par lesquels le préfet de l'Isère a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n°s 2305692, 2305989 du 10 octobre 2023, rectifié par une ordonnance du 23 octobre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a, après avoir joint ces demandes, annulé ces arrêtés et enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de M. B et Mme E dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement et, dans l'attente et dans le délai de huit jours, de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Par une ordonnance n° 23LY03605 du 23 novembre 2023, le premier vice-président de la cour a rejeté la requête d'appel du préfet de l'Isère, sur le fondement du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Procédure d'exécution devant la cour

Par une ordonnance du 6 mars 2025, le président de la cour a ouvert une procédure juridictionnelle d'exécution.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Michel ayant été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".

2. Aux termes de l'article L. 911-4 du même code : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / () Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte. ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque la décision faisant l'objet de la demande d'exécution prescrit déjà les mesures qu'elle implique nécessairement en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, il appartient le cas échéant au juge, saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 du même code, d'en édicter de nouvelles en se plaçant à la date de sa décision, sans toutefois pouvoir remettre en cause celles qui ont précédemment été prescrites ni méconnaître l'autorité qui s'attache aux motifs qui sont le soutien nécessaire du dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution lui est demandée. Il appartient au juge saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 d'apprécier l'opportunité de compléter les mesures déjà prescrites ou qu'il prescrit lui-même par la fixation d'un délai d'exécution et le prononcé d'une astreinte suivi, le cas échéant, de la liquidation de celle-ci, en tenant compte tant des circonstances de droit et de fait existant à la date de sa décision que des diligences déjà accomplies par les parties tenues de procéder à l'exécution de la chose jugée ainsi que de celles qui sont encore susceptibles de l'être.

3. Par un jugement du 10 octobre 2023, rectifié par une ordonnance du 23 octobre 2023, et contre lequel l'appel formé par le préfet de l'Isère a été rejeté par une ordonnance prise sur le fondement du 4° de l'article R. 222-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble, après avoir constaté que les arrêtés du 18 août 2023 par lesquels le préfet de l'Isère a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, l'a obligé ainsi que son épouse Mme E à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi étaient illégaux en raison du vice de procédure entachant le refus de titre de séjour opposé à M. B et de l'atteinte disproportionnée au droit de Mme E au respect de sa vie privée et familiale aux buts en vue desquels le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a enjoint à ce préfet de réexaminer la situation des intéressés dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement et, dans l'attente et dans le délai de huit jours, de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour.

4. Il résulte de l'instruction qu'à la date de la présente décision, la préfète de l'Isère n'a pas réexaminé la situation de M. B et de Mme E qui ont été autorisés à prolonger provisoirement leur séjour en France jusqu'au 26 août 2024 s'agissant de M. B et jusqu'au 27 septembre 2024 s'agissant de Mme E et n'a, ainsi, pas pris toutes les mesures propres à l'exécution de ce jugement du 10 octobre 2023. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de compléter l'injonction prononcée sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, en assortissant cette prescription d'une astreinte de 100 euros par jour jusqu'à la date à laquelle le jugement du 10 octobre 2023 aura reçu exécution, à défaut pour la préfète de l'Isère de justifier de cette exécution dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt.

DÉCIDE :

Article 1er : Une astreinte est prononcée à l'encontre de la préfète de l'Isère si elle ne justifie pas avoir délivré à M. B et Mme E une autorisation provisoire de séjour et réexaminé leur situation dans, respectivement, les huit jours et le mois suivant la notification du présent arrêt. Le taux de cette astreinte est fixé à 100 euros par jour, à compter de l'expiration du délai, respectivement, de huit jours et d'un mois suivant la notification du présent arrêt.

Article 2 : La préfète de l'Isère communiquera à la cour copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter le jugement du 10 octobre 2023.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. D B, à Mme A F, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à la préfète de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente de chambre,

M. Moya, premier conseiller ;

Mme Soubié, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 juillet 2025.

La présidente rapporteure,

C. Michel

L'assesseur le plus ancien,

P. Moya La greffière,

N. Lecouey

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

kc

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