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AccueilJurisprudence administrativeN° 449226

Conseil d'État — Décision N° 449226

jeudi 10 mars 2022

JuridictionConseil d'État
SectionSection du Contentieux
N° Dossier449226
ECLIECLI:FR:CECHR:2022:449226.20220310
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème et 8ème chambres réunies
Avocat requérantSCP LYON-CAEN, THIRIEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

La société coopérative agricole (SCA) Cave de l'Ormarine a demandé au tribunal administratif de Montpellier de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018 dans les rôles de la commune de Pinet (Hérault), ainsi que des pénalités correspondantes. Par un jugement nos 1900640, 1901780 du 30 novembre 2020, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté ses demandes.

Par un pourvoi sommaire, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés les 1er février et 28 avril 2021 et 25 janvier 2022 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la SCA Cave de l'Ormarine demande au Conseil d'Etat :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) réglant l'affaire au fond, de faire droit à sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Après avoir entendu en séance publique :

- le rapport de M. Martin Guesdon, auditeur,

- les conclusions de M. Laurent Cytermann, rapporteur public ;

La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Lyon-Caen, Thiriez, avocat de la société coopérative agricole (SCA) Cave de l'Ormarine ;

Vu la note en délibéré, enregistrée le 14 février 2022, présentée par la société coopérative agricole Cave de l'Ormarine ;

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que la société coopérative agricole (SCA) Cave de l'Ormarine, qui exerce l'activité de vinification des produits de la récolte du raisin provenant des exploitants agricoles de la coopérative, détient 99,9 % des parts de la société anonyme par actions simplifiée (SAS) Cave de l'Ormarine, qui exerce l'activité de conditionnement, d'embouteillage et de commercialisation de la production viticole de la SCA dans des locaux dont cette dernière est propriétaire. A la suite d'une vérification de comptabilité, l'administration fiscale a mis à la charge de la SCA des cotisations supplémentaires de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2017 à raison des locaux donnés en location à la SAS Cave de l'Ormarine. La SCA se pourvoit en cassation contre le jugement du 30 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à la décharge des cotisations auxquelles elle a été assujettie.

2. Aux termes de l'article 1382 du code général des impôts : " Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties : / () 6° a. Les bâtiments qui servent aux exploitations rurales tels que granges, écuries, greniers, caves, celliers, pressoirs et autres, destinés, soit à loger les bestiaux des fermes et métairies ainsi que le gardien de ces bestiaux, soit à serrer les récoltes. / () b. Dans les mêmes conditions qu'au premier alinéa du a, les bâtiments affectés à un usage agricole par les sociétés coopératives agricoles, () constituées et fonctionnant conformément aux dispositions légales qui les régissent () ". N'entrent pas dans le champ de l'exonération prévue au b du 6° de l'article 1382 du code général des impôts les bâtiments qu'une société coopérative agricole décide de louer ou de mettre à la disposition d'une personne tierce, quand bien même les opérations réalisées au sein de ces bâtiments le seraient à partir des seuls produits issus de cultures ou d'élevages des membres de la société coopérative agricole.

3. En premier lieu, le tribunal administratif de Montpellier, qui était saisi d'un moyen tiré de ce que les bâtiments litigieux entraient dans le champ des dispositions du a du 6° de l'article 1382, n'a pas commis d'erreur de droit en examinant si les conditions prévues par ces dispositions étaient remplies.

4. En deuxième lieu, il ressort des énonciations non contestées sur ce point du jugement attaqué que les bâtiments litigieux étaient mis en location par la SCA Cave de l'Ormarine à la SAS Cave de l'Ormarine afin que cette dernière exerce une activité d'embouteillage et de commercialisation de vins. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que ces bâtiments n'entrent pas dans le champ de l'exonération prévue au b du 6° de l'article 1382 du code général des impôts et que la SCA Cave de l'Ormarine ne peut, dès lors, en bénéficier. Ce motif, qui résulte de faits constants n'appelant aucune appréciation et qui justifie le dispositif du jugement attaqué, doit être substitué à celui retenu par le tribunal administratif, tiré de ce que les locaux de la SCA ne pouvaient être regardés comme affectés à un usage agricole dès lors que la SAS exerçait une activité ne comprenant ni la culture de la vigne ni l'exploitation d'un domaine viticole. Les moyens dirigés contre ces motifs sont, par suite, inopérants.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que la SCA Cave de l'Ormarine, qui exerçait elle-même l'activité d'embouteillage et de commercialisation des vins produits par ses membres adhérents au sein du bâtiment litigieux avant qu'il ne soit loué à la SAS Cave de l'Ormarine nouvellement créée, ne relevait pas, à cette période, de l'exonération prévue au a du 6° de l'article 1382 du code général des impôts. Dès lors, en jugeant que la société requérante n'était pas fondée à se prévaloir des énonciations de l'instruction du 15 décembre 1988 référencée 6 C-1221, reprises au BOI-IF-TFB-10-50, selon lesquelles les bâtiments servant aux exploitations rurales en application du a du 6° de l'article 1382 du code général des impôts continuent, en cas de location, à bénéficier de l'exonération à condition qu'ils conservent leur affectation précédente, le tribunal administratif, qui n'a pas méconnu la portée des écritures de la société requérante, n'a pas commis d'erreur de droit.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la SCA Cave de l'Ormarine n'est pas fondée à demander l'annulation du jugement qu'elle attaque. Ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

D E C I D E :

--------------

Article 1er : Le pourvoi de la SCA Cave de l'Ormarine est rejeté.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société coopérative agricole Cave de l'Ormarine et au ministre de l'économie, des finances et de la relance. 449226

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