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AccueilJurisprudence administrativeN° 452446

Conseil d'État — Décision N° 452446

vendredi 22 avril 2022

JuridictionConseil d'État
SectionSection du Contentieux
N° Dossier452446
ECLIECLI:FR:CECHS:2022:452446.20220422
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation8ème chambre jugeant seule
Avocat requérantCABINET BRIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

M. B D et Mme A D ont demandé au tribunal administratif de Toulon de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2009 à 2012. Par cinq jugements nos 1702254, 1702255, 1702257, 1702259 et 1702260 du 14 octobre 2019, ce tribunal a rejeté leurs demandes.

Par un arrêt n° 19MA05468 du 9 mars 2021, la cour administrative d'appel de Marseille a rejeté l'appel formé par M. et Mme D contre ces jugements.

Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 mai et 10 août 2021 au secrétariat du contentieux du Conseil d'État, M. et Mme D demandent au Conseil d'État :

1°) d'annuler cet arrêt ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution, notamment son article 61-1 ;

- l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Après avoir entendu en séance publique :

- le rapport de M. Alexandre Lapierre, maître des requêtes en service extraordinaire,

- les conclusions de M. Romain Victor, rapporteur public ;

La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SARL cabinet Briard, avocat de M. et de Mme D ;

Considérant ce qui suit :

Sur la question prioritaire de constitutionnalité :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article 23-5 de l'ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel : " Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé () à l'occasion d'une instance devant le Conseil d'État () ". Il résulte des dispositions de ce même article que le Conseil constitutionnel est saisi de la question prioritaire de constitutionnalité à la triple condition que la disposition contestée soit applicable au litige ou à la procédure, qu'elle n'ait pas déjà été déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le dispositif d'une décision du Conseil constitutionnel, sauf changement des circonstances, et que la question soit nouvelle ou présente un caractère sérieux.

2. Aux termes de l'article 79 du code général des impôts, dans sa rédaction issue de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 : " Les traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu. / Il en est de même des prestations de retraite servies sous forme de capital ". Aux termes de l'article 120 du même code, dans sa rédaction issue de la même loi : " Sont considérés comme revenus au sens du présent article : / () 6° bis Les produits attachés aux prestations de retraite versées sous forme de capital et perçues en exécution d'un contrat souscrit auprès d'une entreprise établie hors de France, lorsque le bénéficiaire justifie que les sommes versées durant la phase de constitution des droits, y compris le cas échéant par l'employeur, n'étaient pas déductibles du revenu imposable et n'étaient pas afférentes à un revenu exonéré dans l'État auquel était attribué le droit d'imposer celui-ci ".

3. M. et Mme D soutiennent en premier lieu que ces dispositions, en tant qu'elles subordonnent la taxation selon le régime prévu à l'article 120 du code général des impôts plutôt que selon celui prévu à l'article 79 du même code des produits attachés aux prestations de retraite versées sous forme de capital et perçues en exécution d'un contrat souscrit auprès d'une entreprise établie hors de France à la condition que le contribuable apporte la preuve de ce que les sommes versées durant la phase de constitution des droits n'étaient pas déductibles du revenu imposable, institueraient entre les contribuables qui sont en mesure de prouver cette absence de déductibilité et ceux qui ne le sont pas une différence de traitement méconnaissant le principe d'égalité devant la loi fiscale et le principe d'égalité devant les charges publiques, garantis par les articles 6 et 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.

4. Toutefois, la condition ainsi posée par la loi au bénéfice du régime de l'article 120 du code général des impôts s'applique de manière identique à l'ensemble des contribuables percevant des prestations de retraite versées sous forme de capital en exécution d'un contrat souscrit auprès d'une entreprise établie hors de France. S'il en résulte que les contribuables qui ne se trouvent pas en mesure de réunir les éléments de preuve nécessaires à cette fin sont taxés, à raison de ces prestations, selon le régime des traitements, salaires, pensions et rentes viagères tandis que ceux qui apportent la preuve requise sont taxés selon le régime des revenus de valeurs mobilières émises hors de France et revenus assimilés, une telle différence de traitement, qui affecte des contribuables placés dans une situation différente, est en rapport direct avec l'objet de la loi qui l'établit. En outre, en subordonnant le régime de taxation des prestations en cause à la déductibilité des sommes versées durant la phase de constitution des droits, le législateur a fondé son appréciation sur des critères objectifs et rationnels en fonction de l'objectif de rendement poursuivi, sans que cette appréciation entraîne de rupture caractérisée de l'égalité devant les charges publiques.

5. M. et Mme D soutiennent en second lieu que ces mêmes dispositions, en tant qu'elles font reposer sur les contribuables la charge d'établir que les sommes versées durant la phase de constitution des droits n'étaient pas déductibles du revenu imposable, feraient peser sur les intéressés une charge probatoire excessive et méconnaîtraient le droit au recours et les droits de la défense, qui découlent de la garantie des droits proclamée par l'article 16 de Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.

6. Toutefois, en subordonnant la qualification de revenu au sens de l'article 120 du code général des impôts des produits attachés aux prestations de retraite versées sous forme de capital et perçues en exécution d'un contrat souscrit auprès d'une entreprise établie hors de France à la condition que le bénéficiaire justifie que les sommes versées durant la phase de constitution des droits, y compris le cas échéant par l'employeur, n'étaient pas déductibles du revenu imposable, le législateur s'est borné à requérir du contribuable des éléments de preuve que lui seul est en mesure de détenir ou de demander à son ancien employeur. Il n'a ce faisant porté atteinte ni au droit au recours, ni au respect des droits de la défense.

7. Il résulte de ce qui précède que la question soulevée ne présente pas un caractère sérieux. Par suite, il n'y a pas lieu de la renvoyer au Conseil constitutionnel.

Sur les autres moyens du pourvoi :

8. Aux termes de l'article L. 822-1 du code de justice administrative : " Le pourvoi en cassation devant le Conseil d'État fait l'objet d'une procédure préalable d'admission. L'admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n'est fondé sur aucun moyen sérieux ".

9. Pour demander l'annulation de l'arrêt qu'ils attaquent, M. et Mme D soutiennent que la cour administrative d'appel de Marseille :

- a commis une erreur de droit en jugeant que les sommes qui leur ont été versées en capital par les organismes danois Nordea Pension et Sydbank au titre des années 2009 et 2010 devaient être regardées comme des pensions de retraite au sens de l'article 79 du code général des impôts, alors que ces dispositions ne mentionnent expressément les prestations de retraite servies sous forme de capital que depuis leur modification par la dernière loi de finances rectificative pour 2010 ;

- s'agissant des mêmes sommes, a dénaturé l'attestation de l'organisme Nordea Pension du 20 août 2012 en estimant que le contrat avec cet organisme avait été conclu dans le cadre de l'activité professionnelle de M. D et inexactement qualifié les faits et commis une erreur de droit en jugeant que ces sommes devaient être regardées comme des pensions de retraite au sens de l'article 79 du code général des impôts ;

- s'agissant des sommes correspondant à des versements effectués en exécution de contrats conclus avec d'autres organismes danois, a dénaturé les attestations de la société Deloitte des 11 octobre 2005 et 14 décembre 2012 en estimant qu'elles ne permettaient pas de considérer que le versement des sommes en cause aurait été dépourvu de tout lien avec les fonctions exercées par M. D au sein de cette société et inexactement qualifié les faits et commis une erreur de droit en jugeant que les sommes en cause devaient être regardées comme des pensions de retraite au sens de l'article 79 du code général des impôts ;

10. Aucun de ces moyens n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi.

D E C I D E :

--------------

Article 1er : Le pourvoi de M. et Mme D n'est pas admis.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B D et Mme A D.

Copie en sera adressée au ministre de l'économie, des finances et de la relance.

Délibéré à l'issue de la séance du 17 mars 2022 où siégeaient : M. Pierre Collin, président de chambre, présidant ; M. Mathieu Herondart, conseiller d'Etat et M. Alexandre Lapierre, maître des requêtes en service extraordinaire-rapporteur.

Rendu le 22 avril 2022.

Le président :

Signé : M. Pierre Collin

Le rapporteur :

Signé : M. Alexandre Lapierre

La secrétaire :

Signé : Mme E C

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