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AccueilJurisprudence administrativeN° 452894

Conseil d'État — Décision N° 452894

mercredi 29 décembre 2021

JuridictionConseil d'État
SectionSection du Contentieux
N° Dossier452894
ECLIECLI:FR:CECHS:2021:452894.20211229
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation7ème chambre jugeant seule
Avocat requérantSCP MELKA-PRIGENT-DRUSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

La société Agence du bâtiment (ADB), la Société de travaux publics et privés (STPP) et la Société caribéenne de revêtement d'étanchéité (SOCARE) ont demandé au tribunal administratif de la Martinique, d'une part, que soit constatée la prolongation au 20 mars 2012 du délai d'exécution du marché de travaux de restructuration des services urgence, bloc opératoire, stérilisation et morgue du centre hospitalier universitaire (CHU) de Martinique et de prononcer la réception judiciaire des travaux ainsi que la résiliation aux torts exclusifs du CHU à cette même date, d'autre part, la condamnation du CHU à payer à la société ADB la somme de 17 440,55 euros, à la STPP, la somme de 130 699,09 euros et à la société SOCARE la somme de 5 958,84 euros, majorées des intérêts moratoires au titre du solde du marché établi provisoirement dans le projet de décompte final et, enfin, d'enjoindre au CHU de communiquer l'analyse des réclamations faites par le maître d'œuvre et de le condamner à l'indemnisation des préjudices subis correspondant aux sommes figurant dans les réclamations des entreprises accompagnant le projet de décompte final, soit 1 204 172,62 euros pour l'ADB, 270 699,37 euros pour la STPP et 35 648,85 euros pour la SOCARE, après application de la révision de prix prévue par le marché, majorées des intérêts moratoires courant à compter du 6 octobre 2015, ainsi qu'aux intérêts complémentaires majorés et à la capitalisation de ces derniers. Par un jugement n° 1600326 du 17 mai 2018, le tribunal administratif de la Martinique a condamné le CHU de Martinique à payer à la société Agence du bâtiment la somme de 86 238,50 euros, majorée des intérêts de retard courant à compter du 6 octobre 2015, capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts à compter du 27 mai 2016, et à chaque échéance annuelle à compter de cette date et a rejeté le surplus des conclusions des parties.

Par un arrêt n° 18BX02919 du 25 février 2021, la cour administrative d'appel de Bordeaux a, sur appel de la société Agence du bâtiment, la STPP et la SOCARE, réformé ce jugement en portant la somme que le CHU de Martinique est condamné à verser à cette société à la somme de 94 193,73 euros et rejeté le surplus des conclusions des autres parties.

Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 mai et 13 août 2021 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la société Agence du bâtiment demande au Conseil d'Etat :

1°) d'annuler cet arrêt ;

2°) de mettre à la charge du CHU de Martinique la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des marchés publics ;

- le décret n° 76-87 du 21 janvier 1976 ;

- le code de justice administrative ;

Après avoir entendu en séance publique :

- le rapport de M. Alexis Goin, auditeur,

- les conclusions de Mme Mireille Le Corre, rapporteure publique ;

La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Melka-Prigent-Drusch, avocat de la société Agence du bâtiment ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 822-1 du code de justice administrative : " Le pourvoi en cassation devant le Conseil d'Etat fait l'objet d'une procédure préalable d'admission. L'admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n'est fondé sur aucun moyen sérieux ".

2. Pour demander l'annulation de l'arrêt qu'elle attaque, la société Agence du bâtiment soutient que la cour administrative d'appel de Bordeaux a :

- commis une erreur de droit en jugeant que l'article 48.2 du CCAG ne peut valablement être invoqué par l'entrepreneur attributaire du marché qu'en cas de décision expresse et formalisée d'ajournement des travaux prise par le maître d'ouvrage ;

- inexactement qualifié les faits en jugeant qu'une décision d'ajournement des travaux n'avait pas été implicitement prise par le CHU du fait de son comportement ;

- commis une erreur de droit en ne recherchant pas si le chantier devait être regardé comme abandonné et le marché implicitement résilié du fait de l'inertie du CHU ;

- commis une erreur de droit en jugeant que la demande contentieuse relevait d'une cause juridique distincte de celle invoquée dans son mémoire en réclamation ;

- commis une erreur de droit en se bornant à examiner la situation à la date du 20 mars 2012, sans rechercher si, à une date ultérieure, le chantier n'avait pas été abandonné par le CHU ;

- commis une erreur de droit en jugeant qu'elle n'était pas fondée à demander la réception des travaux faute d'achèvement, alors qu'il lui appartenait de prononcer la réception partielle de ces derniers ;

- commis une erreur de droit et inversé la charge de la preuve en rejetant les demandes figurant au décompte final au motif qu'elles n'étaient pas suffisamment justifiées, en l'absence de contestation du maître d'ouvrage ;

- méconnu son office et entaché son arrêt de dénaturation en rejetant les demandes sans avoir enjoint au maître d'ouvrage de produire l'analyse faite par le maître d'œuvre de ces demandes ;

- dénaturé les pièces du dossier en estimant que les montants sollicités au titre des intérêts moratoires du fait des retards de paiement n'étaient pas justifiés ;

- dénaturé les pièces du dossier en estimant qu'il n'y avait pas lieu de prendre en compte certains travaux supplémentaires aux motifs qu'ils ne résultaient pas d'un ordre de service ou d'une demande du maître d'ouvrage, qu'ils étaient déjà prévus au marché et inclus dans le forfait ou qu'ils ne présentaient pas un caractère indispensable ;

- commis une erreur de droit en écartant certains travaux supplémentaires alors qu'il appartenait au maître d'ouvrage d'apporter la preuve qu'ils étaient déjà prévus au marché ;

- insuffisamment motivé son arrêt en ne se prononçant pas sur la demande portant sur les travaux relatifs à la climatisation de l'accueil des urgences ;

- commis une erreur de droit en ne retenant pas la responsabilité du maître d'ouvrage du fait des retards qui lui étaient partiellement imputables ou des prolongations de travaux ;

- insuffisamment motivé son arrêt quant aux contestations émises à l'encontre des notes produites par les sociétés SODEM et Guez Caraïbes ;

- méconnu son office, commis une erreur de droit et dénaturé les pièces du dossier en n'exigeant pas la production par le maître d'ouvrage de l'analyse par le maître d'œuvre du décompte final et du mémoire en réclamation ;

- dénaturé les pièces du dossier en estimant qu'elle n'avait pas apporté pas la preuve de la sous-évaluation des retards par le tribunal et en estimant le retard imputable au maître d'ouvrage à 46 semaines.

3. Aucun de ces moyens n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi.

D E C I D E :

--------------

Article 1er : Le pourvoi de la société Agence du bâtiment n'est pas admis.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société Agence du bâtiment.

Copie en sera adressée au centre hospitalier universitaire de Martinique, à la Société de travaux publics et privés et à la Société caribéenne de revêtement d'étanchéité.

Délibéré à l'issue de la séance du 15 décembre 2021 où siégeaient : M. Gilles Pellissier, assesseur, présidant ; M. Benoît Bohnert, conseiller d'Etat et M. Alexis Goin, auditeur-rapporteur.

Rendu le 29 décembre 2021.

Le président :

Signé : M. Gilles Pellissier

Le rapporteur :

Signé : M. Alexis Goin

La secrétaire :

Signé : Mme B A

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