jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Conseil d'État |
| Section | Section du Contentieux |
| N° Dossier | 489927 |
| ECLI | ECLI:FR:CEORD:2023:489927.20231221 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | HEBRARD |
Vu la procédure suivante :
Mme F, agissant en son nom propre et en tant que représentante légale de ses enfants mineurs, C, E, A B et D B, a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en premier lieu, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, en deuxième lieu, d'enjoindre à l'Etat, ou à défaut à la commune de Strasbourg, de leur assurer un hébergement d'urgence dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et par personne et, en dernier lieu, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de refus d'octroi de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement la même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par une ordonnance n° 2308199 du 20 novembre 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg a, en premier lieu, admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, en deuxième lieu, enjoint à la préfète du Bas-Rhin d'indiquer à Mme B un lieu d'hébergement pour elle et ses enfants, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de cette ordonnance, sous astreinte de 30 euros par jour de retard et, en dernier lieu, ordonné à l'Etat de verser à Me Hebrard la somme de 1 000 euros hors taxe, sous réserve de l'admission définitive de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Hebrard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, que la somme de 1000 euros soit versée à Mme B.
Par une requête et deux nouveaux mémoires, enregistrés les 5, 14 et 15 décembre 2023 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement (DIHAL) demande au juge des référés du Conseil d'Etat, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'annuler l'ordonnance du 20 novembre 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg ;
2°) de rejeter les conclusions de première instance présentées par Mme B.
Elle soutient que :
- les intéressés se sont eux-mêmes placés dans la situation d'urgence dont ils se prévalent dès lors qu'ils ont pris la décision de quitter le département de la Meuse au profit de celui du Bas-Rhin alors qu'il est saturé ;
- il n'est pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ;
- ils ne justifient pas d'une circonstance exceptionnelle permettant de caractériser une carence de l'Etat dès lors que la vulnérabilité médicale de leur fille peut faire l'objet d'un traitement en dehors d'une structure d'hébergement d'urgence ;
- elle a utilisé tous les moyens dont elle dispose dès lors que le dispositif d'hébergement d'urgence est fortement saturé en dépit des efforts constants de l'Etat pour en augmenter la capacité d'accueil et qu'il existe des personnes dont la demande est plus ancienne ou qui présente une situation de détresse qui les rend prioritaires.
Par un mémoire en défense et un nouveau mémoire, enregistrés les 12 et 14 décembre 2023, Mme B conclut, au rejet de la requête. Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite, et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme B a parallèlement déposé une demande d'aide juridictionnelle provisoire, enregistrée le 13 décembre 2023.
Après avoir convoqué à une audience publique, d'une part, la DIHAL, et d'autre part, Mme B ;
Ont été entendus lors de l'audience publique du 13 décembre 2023, à 11 heures :
- Me Sebagh, avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, avocat de Mme B ;
- la représentante de la DIHAL ;
à l'issue de laquelle la juge des référés a reporté la clôture de l'instruction au 15 décembre 2023 à 18 heures ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".
2. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () " et, aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Enfin, l'article L. 121-7 du même code prévoit que : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".
3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions citées ci-dessus, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi, à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
4. Les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence. Dès lors, une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, qu'en cas de circonstances exceptionnelles. Constitue une telle circonstance, en particulier lorsque, notamment du fait de leur très jeune âge, une solution appropriée ne pourrait être trouvée dans leur prise en charge hors de leur milieu de vie habituel par le service de l'aide sociale à l'enfance, l'existence d'un risque grave pour la santé ou la sécurité d'enfants mineurs, dont l'intérêt supérieur doit être une considération primordiale dans les décisions les concernant.
5. La DIHAL relève appel de l'ordonnance du 20 novembre 2023 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg a fait droit, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à la demande de Mme B tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Bas-Rhin de leur indiquer un hébergement d'urgence pour elle et ses enfants.
6. Il résulte de l'instruction, qui s'est poursuivie à l'audience, que Mme B, ressortissante albanaise, est entrée en France le 6 juillet 2022 avec ses quatre enfants âgés de 17, 14, 8 et 4 ans. Après le rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile, ils ont quitté, en mai 2023, le centre d'accueil pour demandeurs d'asile à Verdun (Meuse) où ils étaient hébergés et se sont rendus à Strasbourg où ils vivent depuis dans la rue. Mme B fait valoir qu'elle s'occupe seule de ses quatre enfants, qui présentent diverses pathologies bénignes susceptibles de s'aggraver dans des conditions de vie dégradées du fait d'un séjour prolongé à la rue, en particulier en période hivernale. Cependant, Mme B a continué de bénéficier avec ses enfants d'un hébergement pendant la période nécessaire à leur départ après le rejet de leur demande d'asile et ne fait état d'aucune démarche à l'issue de cette période en vue de solliciter l'aide au retour. En outre, à la suite de l'injonction prononcée par le juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg, une solution d'hébergement d'urgence, qui n'était pas, contrairement à ce qu'elle soutient, inadaptée à sa situation, lui a été proposée à Geispolsheim dans la banlieue de Strasbourg, qu'elle a refusée. Ainsi, il n'apparaît pas à la date de la présente ordonnance que Mme B et ses enfants seraient placés dans des circonstances exceptionnelles justifiant qu'il soit enjoint à l'Etat de mettre cette famille à l'abri en raison d'une situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Par suite, la DIHAL est fondée à demander l'annulation de l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg du 20 novembre 2023 et de rejeter la demande d'injonction formée par Mme B devant le tribunal administratif de Strasbourg, sans qu'il y ait lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
O R D O N N E :
------------------
Article 1er : L'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg du 20 novembre 2023 est annulée.
Article 2 : La demande présentée par Mme B devant le juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la direction interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement et à Mme F.
Fait à Paris, le 21 décembre 2023
Signé : Célia Vérot
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026