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AccueilJurisprudence administrativeN° 499473

Conseil d'État — Décision N° 499473

jeudi 6 février 2025

JuridictionConseil d'État
SectionSection du Contentieux
N° Dossier499473
ECLIECLI:FR:CECHS:2025:499473.20250206
TypeOrdonnance
RecoursRectif. d'erreur matérielle
PublicationZ
Formation7ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédures contentieuses antérieures

M. C B a demandé au Conseil d'Etat statuant au contentieux d'annuler pour excès de pouvoir le décret n° 2024-431 du 14 mai 2024 portant application de l'article L. 211-11-1 du code de la sécurité intérieure à la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques de 2024.

Par une décision n° 495037 du 1er juillet 2024, le Conseil d'Etat statuant au contentieux a rejeté sa requête.

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2024 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, M. B a demandé l'annulation du même décret.

Par une ordonnance n° 496042 du 4 octobre 2024, le président de la 2ème chambre de la Section du contentieux du Conseil d'Etat a rejeté sa requête.

Recours en rectification d'erreur matérielle

Par une requête et deux nouveaux mémoires, enregistrés les 3 décembre 2024, et 30 janvier et 4 février 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, M. B demande au Conseil d'Etat :

1°) de récuser MM. Christophe Chantepy, Olivier Japiot, Nicolas Boulouis, Bertrand Dacosta, Thomas Andrieu, Olivier Yeznikian, Vincent Daumas, Jonathan Bosredon, Nicolas Polge, Didier Ribes, Nicolas Labrune, Hervé Cassara et Sébastien Ferrari, et Mmes A D, Rozen Noguellou, et Sophie Delaporte, pour connaître de sa requête ;

2°) de constater qu'il existe des causes de suspicion légitime de la 7ème chambre de la Section du contentieux du Conseil d'Etat et d'ordonner le renvoi de la cause devant une autre juridiction ;

3°) de rectifier pour erreur matérielle l'ordonnance n° 496042 du 4 octobre 2024 ;

4°) d'annuler pour excès de pouvoir le décret n° 2024-431 du 14 mai 2024 portant application de l'article L. 211-11-1 du code de la sécurité intérieure à la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques de 2024 ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient :

- qu'il y a lieu de faire droit à ses conclusions aux fins de renvoi pour cause de suspicion légitime, de renvoi devant une autre juridiction et de récusation ;

- qu'en s'abstenant de viser et de prendre en compte le mémoire en réplique qu'il avait produit le 28 septembre 2024, le président de la 2ème chambre de la Section du contentieux du Conseil d'Etat a entaché sa décision d'une erreur matérielle qui a eu une influence sur le sens de sa décision dès lors qu'il avait, par ce mémoire, établi que le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'était pas fondé à lui opposer l'autorité de la chose jugée par la décision n° 495037 du 1er juillet 2024 ;

- qu'il y a lieu de faire droit à ses conclusions à fin d'annulation du décret en litige au vu des moyens qu'il avait soulevés à l'appui de sa requête n° 496042 ;

- qu'il y a lieu de renvoyer au Conseil constitutionnel la question de la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution de l'article L. 211-11-1 du code de la sécurité intérieure, dès lors que ces dispositions, telles qu'interprétés par le Conseil d'Etat statuant au contentieux dans sa décision n° 495037 du 1er juillet 2024, méconnaissent la liberté d'aller et venir, la liberté individuelle, le droit au respect de la vie privée et familiale, le droit de propriété et la liberté d'information ainsi que les article 34, 62 et 66 de la Constitution, et qu'ainsi cette question est nouvelle et sérieuse.

Par un mémoire distinct, enregistré le 31 janvier 2025, au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présenté en application de l'article 23-5 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958, M. B demande au Conseil d'Etat, à l'appui de sa requête de renvoyer au Conseil constitutionnel la question de la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution des articles L. 7, L. 131-2 et L. 136-4 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il y a lieu de renvoyer au Conseil constitutionnel la question de la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution des articles L. 7, L. 131-2 et L. 136-4 du code de justice administrative, dès lors que ces dispositions méconnaissent les dispositions du préambule et de l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et des articles 34 et 66 de la Constitution, ainsi que les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République d'indépendance, d'impartialité et d'inamovibilité des juges et du droit au recours, et qu'ainsi cette question est nouvelle et sérieuse.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution, notamment son article 61-1 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le décret n° 2024-431 du 14 mai 2024 ;

- le code de justice administrative, notamment ses articles R. 122-12, R. 611-8 et R. 833-1 ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 122-12 du code de justice administrative : " Le président de la section du contentieux, les présidents adjoints de cette section, les présidents de chambre et les conseillers d'Etat mentionnés au quatrième alinéa de l'article R. 122-7 peuvent, par ordonnance : () 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; / () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. / () ". Cette procédure ne nécessite ni instruction contradictoire préalable, ni audience publique.

Sur les conclusions aux fins de renvoi pour cause de suspicion légitime, de renvoi devant une autre juridiction et de récusation de certains membres du Conseil d'Etat et la question prioritaire de constitutionnalité tirée de la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution des articles L. 7, L. 131-2 et L. 136-4 du code de justice administrative :

2. Les conclusions à fin de renvoi pour cause de suspicion légitime de membres du Conseil d'Etat sont irrecevables. De même, une demande tendant à ce qu'une requête soit attribuée, au sein du Conseil d'Etat, à une autre formation que celle primitivement désignée, est irrecevable. Enfin, les membres du Conseil d'Etat dont le requérant demande la récusation n'étant pas membres de la formation de jugement dans la présente instance, les conclusions tendant à leur récusation sont, dès lors, sans objet. Par suite, et sans qu'il soit besoin pour le Conseil d'Etat de renvoyer au Conseil constitutionnel de la question prioritaire de constitutionnalité tirée de ce que les dispositions des articles L. 7, L. 131-2 et L. 136-4 du code de justice administrative porteraient atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, les conclusions de M. B tendant à ces fins ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la question prioritaire de constitutionnalité tirée de la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution de l'article L. 211-11-1 du code de la sécurité intérieure :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article 23-5 de l'ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel : " Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé () à l'occasion d'une instance devant le Conseil d'Etat () ". Il résulte des dispositions de ce même article que le Conseil constitutionnel est saisi de la question prioritaire de constitutionnalité à la triple condition que la disposition contestée soit applicable au litige ou à la procédure, qu'elle n'ait pas déjà été déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le dispositif d'une décision du Conseil constitutionnel, sauf changement des circonstances, et qu'elle soit nouvelle ou présente un caractère sérieux.

4. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 833-1 du même code : " Lorsqu'une décision d'une cour administrative d'appel ou du Conseil d'Etat est entachée d'une erreur matérielle susceptible d'avoir exercé une influence sur le jugement de l'affaire, la partie intéressée peut introduire devant la juridiction qui a rendu la décision un recours en rectification ". Le recours en rectification d'erreur matérielle prévu par ces dispositions n'est ouvert qu'en vue de corriger des erreurs de caractère matériel qui ne sont pas imputables aux parties et qui ont pu avoir une influence sur le sens de la décision.

5. L'objet du recours en rectification d'erreur matérielle à l'encontre d'une décision du Conseil d'Etat statuant au contentieux n'est pas de remettre en question l'appréciation d'ordre juridique portée par ce dernier sur les mérites de la cause qui lui était soumise. Dès lors, ne peuvent être regardées comme applicables au présent litige les dispositions du code de la sécurité intérieure dont le Conseil d'Etat a fait application pour statuer sur le bien-fondé de la requête n° 496042.

6. Par suite, sans qu'il soit besoin de renvoyer au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité invoquée, présentée au demeurant dans un écrit qui n'était qu'une pièce jointe à la requête, le moyen tiré de ce que les dispositions de l'article L. 211-11-1 du code de la sécurité intérieure, telles qu'interprétées par le Conseil d'Etat statuant au contentieux dans sa décision n° 495037 du 1er juillet 2024, porteraient atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, ne peut qu'être écarté.

Sur le recours en rectification d'erreur matérielle :

7. Si l'ordonnance du 4 octobre 2024 en litige a été rendue au vu d'un dossier qui ne comportait pas le mémoire, enregistré au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat le 28 septembre 2024, par lequel M. B formulait de nouvelles observations complémentaires, ce mémoire ne contenait ni conclusions nouvelles ni moyens nouveaux. Dès lors, cette omission est restée sans influence sur le sens de la décision attaquée.

8. Dans ces conditions, le recours en rectification d'erreur matérielle présenté par M. B ne satisfait pas aux conditions posées par l'article R. 833-1 du code de justice administrative et ne peut qu'être rejeté, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sur le fondement des dispositions de l'article R. 122-12 du code de justice administrative mentionnées au point 1.

O R D O N N E :

---------

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à la récusation de membres du Conseil d'Etat dans la présente instance.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de renvoyer au Conseil constitutionnel les questions prioritaires de constitutionnalité soulevées par M. B.

Article 3 : La requête de M. B est rejetée.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B.

Copie en sera adressée au Premier ministre, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et au Conseil constitutionnel.

Fait à Paris, le 6 février 2025.

Le conseiller d'Etat désigné : G. Pellissier

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le secrétaire du contentieux, par délégation :

N. Pelat

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