mardi 13 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1800863 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CINERSY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 février 2018, le 1er février 2022, le 8 juillet 2022 et le 27 septembre 2022, la société Triverio construction et la SAS Garelli, représentées par Me Deplano, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de fixer le décompte final du marché à la somme de 2 406 977,22 euros HT et de condamner la métropole Nice Côte d'Azur à leur verser une somme de 450 607,81 euros hors taxe, assortie des intérêts au taux de 8,05% à compter du 22 octobre 2015, ainsi que la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur une somme de 10 000 euros au titre des frais liés à l'instance ;
3°) à titre subsidiaire, de fixer le décompte du marché à la somme de 1 968 444,26 euros hors taxe, condamner la métropole Nice Côte d'Azur à lui verser une somme de 12 074, 85 euros hors taxe, condamner solidairement les membres du groupement de maîtrise d'œuvre et leurs assureurs respectifs, soit les sociétés Christine et Michel Pena, Coup d'éclat, RVA, Egis bâtiments méditerranée, Egis villes et transports, Hop architecture, société d'ingénierie ETA, Zekton hydraudesign, Smabtp, et MAF, au versement de la somme de 438 532,96 euros hors taxe ; d'assortir ces sommes des intérêts moratoires au taux de 8,05% à compter du 22 octobre 2015 et la capitalisation de ces intérêts ;
4°) à titre subsidiaire, de mettre à la charge solidaire des sociétés Christine et Michel Pena, Coup d'éclat, RVA, Egis bâtiments méditerranée, Egis villes et transports, Hop architecture, société d'ingénierie ETA, Zekton hydraudesign, Smabtp, et MAF une somme de 10 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
-la requête est recevable, faute pour le pouvoir adjudicateur de leur avoir notifié le décompte du marché dans le délai de trente jours à compter de la mise en demeure d'y procéder ; si le maître d'ouvrage se prévaut de leur avoir notifié le décompte général du marché le 13 février 2018, il n'est pas établi que le document transmis à ce titre, qui ne présente pas les caractéristiques d'un décompte au sens des articles 13-4-1 et 13-4-2 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de travaux, l'ait été avant l'enregistrement de la requête ; elles ont contesté ce décompte par courriel du 28 février 2018 ;
-la responsabilité quasi-délictuelle de la maîtrise d'œuvre est engagée, celle-ci n'ayant pas joué son rôle de fédérateur ; elle est également engagée à raison des modifications du projet en cours de chantier, des validations tardives des plans d'exécution ;
-la responsabilité de la maîtrise d'ouvrage est également engagée à raison des défaillances rencontrées dans l'exercice de son pouvoir de direction et de gestion du marché, dans la mesure où les plans d'exécution n'ont reçu les visas de la maîtrise d'œuvre qu'avec beaucoup de retard, le contrat ne pouvant dès lors être exécuté, où le projet a connu des évolutions sans que la maîtrise d'ouvrage ne sanctionne l'inaction de sa maîtrise d'œuvre, et où il a rompu le dialogue par l'application de pénalités de retard sans justification préalable ;
-la société Egis ville et transports, sous-traitant du maître d'œuvre au titre de l'ordonnancement pilotage coordination, a manqué à ses obligations de contrôle et de suivi ;
-la responsabilité des sociétés Coup d'éclat et RVA doit être retenue dès lors qu'elles appartenaient au groupement de maîtrise d'œuvre, la société Péna et Péna étant plus particulièrement citée par l'expert en sa qualité de mandataire ; les membres du groupement sont solidairement responsables ;
-l'agrément de sous-traitants susceptibles de bénéficier d'un paiement direct ne s'oppose pas à ce que l'entreprise principale recherche, auprès du maître de l'ouvrage, le règlement de l'intégralité des sommes dues au titre du marché, y compris celles correspondant au règlement des prestations réalisées pas ces sous-traitants ;
-les pénalités de retard appliquées sont infondées ;
-elles ont subi un préjudice financier à hauteur de 438 352,96 euros hors taxes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2022, la métropole Nice Côte d'Azur, représentée par Me Hourcabie, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête du groupement Triverio construction et Garelli ;
2°) à titre subsidiaire, de confirmer le décompte établi à la somme de 2 204 307,65 euros TTC et rejeter les conclusions dirigées contre elle ;
3°) à titre subsidiaire, de limiter le montant d'une éventuelle condamnation à 299 047,84 euros et condamner les membres du groupement de maîtrise d'œuvre à la garantir de toute éventuelle condamnation ;
4°) de mettre à la charge des requérantes une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
-la requête est irrecevable dans la mesure où le décompte général qu'elle a notifié au groupement n'a pas été contesté dans les formes et délais prévus aux articles 13 et 50 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de travaux de 2009 ;
-à titre subsidiaire, sa responsabilité ne saurait être recherchée à raison des fautes de la maîtrise d'œuvre ; le visa des plans incombait à la maîtrise d'œuvre ; les conséquences du retard allégué à ce titre ne sont pas précisément déterminées ;
-de même, la notification des ordres de service incombait à la maîtrise d'œuvre ; la notification tardive de l'ordre de démarrage des travaux, le 12 juillet 2013, n'a induit aucun retard dès lors que dans les faits, les travaux ont démarré le 5 avril 2013 ;
-l'ensemble des modifications intervenues sur le projet résulte des ordres de service émis par le maître d'œuvre face à la nécessité d'adapter les études PRO établies par ses soins ;
-le groupement n'établit pas le montant du préjudice résultant des sujétions imprévues découlant de la différence d'altimétrie de la structure de couverture du Paillon et de la libération tardive de l'emprise de construction du local espace vert n° 2 et des accès au chantier du pavillon 5 ;
-l'accélération des travaux invoquée ne constitue pas une prouesse de la part du groupement, qui s'est seulement employé à respecter ses obligations contractuelles, la fin du chantier ayant finalement été reportée de quatre mois pour tenir compte du nombre de jours d'intempéries, de la réorganisation du chantier pour tenir compte du Tour de France et des jeux de la francophonie, de l'occupation du chantier pour le festival jazz pendant quatre semaines ; ce report a été notifié au titulaire dès le mois d'août, de sorte qu'il était en mesure d'adapter son planning d'exécution ;
-les carences du groupement ont quant à elles généré divers retards;
-à titre encore subsidiaire, alors que ses sous-traitants bénéficiaient du paiement direct de leurs prestations, le groupement ne saurait solliciter le règlement d'une somme excédant 299 047, 84 euros ; faute d'avoir formulé une demande de règlement dans les délais requis, les sociétés Asten, Ghini, MAVB, Turchi, Au bois dormant, Pinto, Jaison, Marbrerie azuréenne ou MC3R se verraient, en cas de demande à venir, opposer la prescription de leur créance ;
-en cas de condamnation, elle serait fondée à demander la condamnation du groupement de maîtrise d'œuvre à la garantir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, la société Christine et Michel Péna, représentée par la SCP Assus-Juttner, demande au tribunal :
1°) de rejeter l'ensemble des conclusions dirigées contre elle ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement les sociétés Coup d'Eclat, RVA, Egis bâtiments méditerranée, Egis villes et transports, Hop architectures, société d'ingénierie ETA, Zekton Hydraudesign, la SMABTP et la mutuelle des architectes français (MAF) à la garantir des éventuelles condamnations prononcées à son encontre ;
3°) de mettre à la charge de la partie perdante la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
-les parties n'ont déposé aucun mémoire après communication du rapport d'expertise ;
-le litige présente un caractère exclusivement contractuel et oppose en réalité les sociétés Triverio et Garelli à la métropole Nice Côte d'Azur ;
-les conclusions du rapport d'expertise sont contradictoires ; Sage ingénierie, qui n'a commis aucune faute, devrait être mise hors de cause ;
-elle n'a commis aucune faute dès lors que les missions de maîtrise d'œuvre relatives au lot litigieux ont été confiées par sous-traitance aux sociétés Hop architecture et ETA en ce qui concerne les missions VISA, DET AOR, Egis en ce qui concerne les missions OPC ;
-elle ne saurait être tenue responsable des retenues opérées par le maître d'ouvrage sur le montant du marché au titre des désordres et réserves ;
-elle a bien accompli ses missions en relançant ses sous-traitants lorsque nécessaire et en mettant en demeure l'entreprise de réaliser les travaux nécessaires à la levée des réserves ; des travaux de reprise ont été réalisés sans qu'elle en soit avisée ;
-elle est fondée à demander la condamnation de la société Egis Villes et Transports, de la société Hop architectes et de son assureur et du bureau d'études ETA à la garantir des éventuelles condamnations mises à sa charge.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), représentée par Me Belfiore, demande au tribunal :
1°) de rejeter les conclusions dirigées contre elle pour incompétence ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner la métropole Nice Côte d'Azur, les sociétés Coup d'Eclat, RVA, Egis bâtiments méditerranée, Egis Villes et transports, HOP architectes, Zekton Hydraudesign, et MAF, à la garantir des éventuelles condamnations mises à sa charge ;
3°) de mettre à la charge de tout succombant une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
-le juge administratif est incompétent pour connaitre des conclusions dirigées contre l'assureur d'un constructeur ; il en va de même des conclusions dirigées contre les sous-traitants de ces constructeurs, tels que la société ETA ; les conclusions dirigées contre elle en sa qualité d'assureur de la société ETA doivent dès lors être rejetées pour incompétence ;
-la société ETA était en charge d'une mission d'assistance aux opérations de réception au titre du seul suivi technique des structures et fluides, et a donc exécuté des missions étrangères à l'objet du présent litige ; l'expert judiciaire ne retient d'ailleurs aucune responsabilité à son encontre ;
-toute éventuelle condamnation ne pourrait survenir qu'après déduction de ses franchises contractuelles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2022, la société Coup d'Eclat, la société RVA et la mutuelle des architectes français, représentées par Me Dersy, demandent au tribunal :
1°) de rejeter les conclusions des parties à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement les sociétés Christine et Michel Pena, Egis villes et transports, ainsi que la métropole de Nice Côte d'Azur à la garantir des éventuelles condamnations prononcées à son encontre ;
3°) de mettre à la charge de toute partie perdante une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
-le juge administratif est incompétent pour se prononcer sur les conclusions dirigées par les requérantes contre la MAF, assureur des sociétés Coup d'Eclat et RVA ;
-aucune faute de nature à fonder leur responsabilité quasi-délictuelle n'est invoquée ni par les requérantes, ni par la métropole Nice Côte d'Azur ou la société Christine et Michel Pena au titre de leurs appels en garantie ;
Un mémoire, présenté par la société Coup d'Eclat, la société RVA et la mutuelle des architectes français, a été enregistré le 3 octobre 2022, mais n'a pas été communiqué.
Par une ordonnance du 28 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 octobre 2022 à 12h00.
Deux mémoires, présentés respectivement par la société Hop architectes, d'une part et par les sociétés Coup d'Eclat, RVA et la mutuelle des architectes français, d'autre part, ont été enregistrés le 17 novembre 2022 et le 18 novembre 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction et n'ont pas été communiqués.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 10 juin 2021, par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. B.
Vu :
- le cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de travaux publics du 8 septembre 2009 ;
- le cahier des clauses administratives particulières applicable au marché ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Belgueche, rapporteure publique,
- et les observations de Me Salomon, représentant les société Triverio Construction et Garelli, de Me Gauthier, représentant la métropole Nice Côte d'Azur, et de Me Belfiore, représentant la SMABTP.
Considérant ce qui suit :
1. La métropole Nice Côte d'Azur a lancé un appel d'offres relatif à l'aménagement de la coulée verte à Nice. Le marché était divisé en trois lots, relatifs au gros-oeuvre, à l'étanchéité-isolation des terrasses-toitures végétales, à la charpente métallique et aux menuiseries extérieures. Elle a attribué le lot 1 au groupement Triverio-Garelli pour un prix forfaitaire de 1 895 000 euros hors taxe et une durée de six mois, intégrant une période de préparation d'un mois. Le marché a été notifié le 6 mars 2013, et devait donc se terminer le 6 septembre 2013. Les opérations préalables à réception ont fait l'objet d'un procès-verbal daté du 24 janvier 2014 puis la réception d'un procès-verbal du 18 août 2014. Le groupement a notifié au maître d'œuvre son projet de décompte le 11 septembre 2015 pour un montant de 2 832 168,69 euros hors taxe, incluant une demande de règlement complémentaire au titre des difficultés d'exécution pour un montant de 754 975, 26 euros. Par courrier du 8 novembre 2017, il a mis en demeure le maître d'ouvrage de lui notifier le décompte général. Les requérantes soutiennent que le maître d'ouvrage n'ayant pas adressé son décompte dans le délai de trente jours suivant la mise en demeure, elles ont introduit la présente requête sur le fondement de l'article 13-4-2 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de travaux. Par une requête en référé, le groupement a sollicité la désignation d'un expert, qui a rendu son rapport le 31 mars 2021. Par la présente requête, les sociétés Triverio construction et Garelli demandent au tribunal de fixer le décompte final du marché à la somme de 2 406 977,22 euros HT et de condamner la métropole Nice Côte d'Azur à leur verser une somme de 450 607,81 euros hors taxe, assortie des intérêts au taux de 8,05% à compter du 22 octobre 2015, ainsi que de la capitalisation des intérêts.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la métropole Nice Côte d'Azur :
2. Aux termes des stipulations de l'article 13 du cahier des clauses administratives générales relatif aux marchés de travaux de 2009 applicable au présent litige : " 13.4.2. Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. / Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général avant la plus tardive des deux dates ci-après ; / ' quarante jours après la date de remise au maître d'œuvre du projet de décompte final par le titulaire ; / ' douze jours après la publication de l'index de référence permettant la révision du solde. / Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire, dans les délais stipulés ci-dessus, le décompte général signé, celui-ci lui adresse une mise en demeure d'y procéder. L'absence de notification au titulaire du décompte général signé par le représentant du pouvoir adjudicateur, dans un délai de trente jours à compter de la réception de la mise en demeure, autorise le titulaire à saisir le tribunal administratif compétent en cas de désaccord. / Si le décompte général est notifié au titulaire postérieurement à la saisine du tribunal administratif, le titulaire n'est pas tenu, en cas de désaccord, de présenter le mémoire en réclamation mentionné à l'article 50.1.1./ 13.4.3. A compter de la date d'acceptation du décompte général par le titulaire, selon les modalités fixées par l'article 13.4.4, ce document devient le décompte général et définitif, et ouvre droit à paiement du solde. / 13.4.4. Dans un délai de quarante-cinq jours compté à partir de la notification du décompte général, le titulaire renvoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, le décompte général revêtu de sa signature, sans ou avec réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. / Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. /Ce décompte lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne le montant des intérêts moratoires afférents au solde. () 13.4.5. Dans le cas où le titulaire n'a pas renvoyé le décompte général signé au représentant du pouvoir adjudicateur, dans le délai de quarante-cinq jours fixé à l'article 13.4.4, ou encore, dans le cas où, l'ayant renvoyé dans ce délai, il n'a pas motivé son refus ou n'a pas exposé en détail les motifs de ses réserves, en précisant le montant de ses réclamations comme indiqué à l'article 50.1.1, ce décompte général est réputé être accepté par lui ; il devient alors le décompte général et définitif du marché. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 50 de ce cahier des clauses administratives générales : " 50.1. Mémoire en réclamation : / 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de quarante-cinq jours à compter de la notification du décompte général. / Le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement à la notification du décompte général et qui n'ont pas fait l'objet d'un règlement définitif ".
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le groupement requérant a mis en demeure le maître de l'ouvrage de lui notifier le décompte du marché le 8 novembre 2017. La métropole soutient en défense avoir procédé, le 13 février 2018, à la notification du décompte et que les requérantes n'ont pas, postérieurement à cette notification, introduit de mémoire en réclamation. Les documents transmis au tribunal au titre de ce décompte, ne sont toutefois revêtus d'aucune date d'émission ou de notification, et ne sauraient, alors qu'ils retracent la comptabilisation d'un certificat de paiement n° 12 au 1er décembre 2018, attester d'une notification au 13 février 2018, ni même à une autre date antérieure à l'enregistrement de la présente requête, le 26 février 2018. Dans ces conditions, la recevabilité de la présente requête n'était pas conditionnée à l'introduction préalable d'un mémoire en réclamation et la fin de non-recevoir opposée par la Métropole Nice-Côte d'Azur ne peut qu'être écartée.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la SMABTP et la mutuelle des architectes de France :
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les assureurs des constructeurs :
4. L'action directe ouverte à la victime d'un dommage contre l'assureur de l'auteur responsable dudit dommage est distincte de son action en responsabilité contre ce dernier. Si ces deux actions sont fondées l'une et l'autre sur le droit de la victime à la réparation du préjudice qu'elle a subi, l'action directe ne poursuit que l'exécution de l'obligation de l'assureur à cette réparation, laquelle est une obligation de droit privé. Il s'ensuit qu'elle relève de la compétence des tribunaux de l'ordre judiciaire, que ceux-ci aient été compétents pour statuer sur l'action en responsabilité de la victime contre l'auteur du dommage ou que la compétence à l'égard de cette dernière action ait, comme en l'espèce, appartenu aux tribunaux de l'ordre administratif. Dès lors, les conclusions présentées par les sociétés Triverio construction et Garelli contre la SMABTP et la MAF, assureurs liés aux sociétés ETA, Coup d'éclat et RVA par un contrat de droit privé, doivent être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les sous-traitants :
5. Le litige né de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux relève de la juridiction administrative sauf si les parties en cause sont unies par un contrat de droit privé. Les sociétés sous-traitantes des entreprises titulaires du marché en litige ne sont liées aux sociétés requérantes par aucun contrat. Elles ont néanmoins participé à l'exécution du travail public constitué par l'aménagement de la coulée verte. Par suite, les conclusions présentées par les requérantes à l'encontre de ces sous-traitants ressortissent à la compétence des juridictions administratives. La fin de non-recevoir opposée à ce titre par les sociétés ETA, RVA et Coup d'éclat doit dès lors être écartée.
Sur la responsabilité contractuelle pour faute du maître de l'ouvrage dans l'exercice de son pouvoir de contrôle et de direction :
6. Les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché que dans la mesure où celle-ci justifie soit que ces difficultés ont eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique.
7. En l'espèce, les sociétés Triverio et Garelli soutiennent que les plans d'exécution qu'elle ont soumis au maître d'œuvre n'ont reçu les visas requis qu'avec retard, que le projet a évolué en cours d'exécution, que le maître de l'ouvrage n'a pas réagi face à l'inaction du maître d'œuvre, et qu'il a rompu la communication par l'application de pénalités de retard sans préavis. Toutefois, il résulte de l'instruction que pour l'ensemble de ses échanges concernant l'exécution du marché, la société Triverio, mandataire du groupement requérant, s'est adressée exclusivement au maître d'œuvre. Les requérantes n'établissent pas ni même n'allèguent que la maîtrise d'ouvrage ait été informée d'une quelconque difficulté ou insatisfaction. En outre, les éléments de l'instruction ne permettent pas de caractériser une faute du maître d'ouvrage dans l'exercice de son pouvoir de direction et de contrôle du chantier.
Sur la responsabilité quasi-délictuelle du maître d'œuvre :
En ce qui concerne le caractère solidaire du groupement :
8. Si les sociétés Triverio et Garelli entendent mettre en cause l'intégralité du groupement de maîtrise d'œuvre au titre des manquements imputés par l'expert à la société Pena et Pena, la solidarité d'un groupement ne peut être invoquée par un tiers au contrat. Les requérantes ne peuvent donc utilement s'en prévaloir. En tout état de cause, il ne ressort pas de l'acte d'engagement du groupement, qui organise la répartition financière des tâches dévolues à chacun de ses membres, que ce groupement ait présenté un caractère solidaire.
9. Les conclusions présentées par les requérantes à l'encontre des membres du groupement de maîtrise d'œuvre au titre de leur solidarité avec la société Péna et Péna doivent dès lors être rejetées.
En ce qui concerne la responsabilité de la société Péna et Péna :
10. En premier lieu, les requérantes font grief à la société Pena et Pena, maître d'œuvre, d'avoir modifié le projet à plusieurs reprises en cours de chantier, démontrant une conception initiale inaboutie et occasionnant un retard dans l'achèvement du chantier. Toutefois, ni les écritures des parties ni l'expertise ne permettent de démontrer une insuffisance initiale du projet. Il n'est pas contesté qu'ont été successivement demandés la suppression de la section du chêneau dans les PRS, la suppression de l'habillage supérieur, la modification des habillages de sous-face, le percement des structures métalliques pour le passage des câbles, l'isolation thermique intérieure au lieu d'extérieure, la découpe du voile béton du local espace vert n°1, la suppression du bardage bois et des toitures végétalisées sur les locaux espaces vert 1 et 2, puis finalement leur végétalisation. Toutefois, les requérantes ne démontrent pas que l'ampleur de ces modifications, effectuées sur des structures légères et dont certaines constituaient une simplification des modalités d'exécution, ni leur échelonnement, s'opposaient à un réajustement de leurs approvisionnements ou à une réadaptation de leur planning d'exécution de nature à permettre l'achèvement des travaux dans les délais requis. Elles ne démontrent pas davantage qu'un préjudice d'une quelconque nature en serait découlé.
11. Si les requérantes invoquent en deuxième lieu la validation tardive des plans d'exécution, elles reconnaissent avoir engagé les travaux sans attendre cette validation et ne démontrent pas dans quelle mesure cette circonstance aurait généré des retards qu'elles n'auraient pu compenser par une réorganisation de leurs équipes. Dans ces conditions, à supposer établie la validation tardive des plans d'exécution, elles n'établissent pas qu'un préjudice en serait résulté.
12. Enfin, si aux termes des conclusions de l'expert, reprises par les requérantes, la société Pena et Pena n'a pas répondu à leurs demandes de délais et courriers, cette allégation ne permet pas d'établir l'existence d'un préjudice en lien avec une faute du maître d'œuvre.
En ce qui concerne la responsabilité de la société Egis villes et transports :
13. Il ressort des termes du rapport d'expertise repris par les requérantes que la société Egis villes et transports, en charge de l'ordonnancement pilotage coordination, ne s'est pas assurée que le planning tous corps d'état indice E ait été signé par les entreprises et qu'aucun planning actualisé suivant la fréquence des réunions d'ordonnancement pilotage coordination n'a été transmis à l'expert. Il n'est toutefois pas allégué que cette société n'ait pas assuré sa mission par d'autres moyens tels que des messages directs aux entreprises, ou à l'occasion de la diffusion de comptes rendus des réunions d'ordonnancement pilotage coordination qu'elle a tenues. La circonstance qu'elle n'ait pas retracé le nombre de jours de retard par entreprise dans ses comptes rendus de réunions n'est par ailleurs pas de nature à démontrer une défaillance significative dans l'exercice de ses missions. Dans ces conditions, en dépit des imperfections relevées par l'expert, il n'est pas établi que la société Egis villes et transports ait pris une part quelconque dans la survenue des retards invoqués.
En ce qui concerne la responsabilité des autres sociétés mises en cause :
14. Si les sociétés Triverio et Garelli sollicitent la condamnation solidaire des sociétés Coup d'éclat, RVA, Egis bâtiments méditerranée, Hop architecture, société d'ingénierie ETA, Zekton hydraudesign à l'indemniser du préjudice allégué, elles n'assortissent leurs prétentions d'aucun élément propre à établir une quelconque responsabilité de ces sociétés.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par les requérantes, tant au titre de la responsabilité contractuelle du maître de l'ouvrage qu'au titre de la responsabilité quasi-délictuelle des autres intervenants au marché, doivent être rejetées.
Sur les pénalités de retard :
16. Les sociétés Triverio et Garelli contestent les pénalités de retard mises à leur charge au motif que ces pénalités ne sont retracées par aucun document de suivi du chantier et que le maître d'ouvrage ne les en a pas informé préalablement. Toutefois, l'application des pénalités n'est pas soumise à mise en demeure ou à information préalable si le contrat ne le prévoit pas. En l'espèce, le maître d'ouvrage a appliqué des pénalités de 150 000 euros, correspondant, en application de l'article 3-3-1 du cahier des clauses administratives particulières applicable au marché, à 100 jours de retard, soit 30 jours de moins que le délai de retard à la livraison du chantier. Or, ainsi qu'il a été dit précédemment, les requérantes ne démontrent pas l'imputabilité des retards de livraison du chantier à d'autres intervenants. Dans ces conditions, les conclusions présentées par les requérantes tendant à ce que ne leur soient pas appliquées les pénalités de retard doivent être écartées.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions des sociétés Triverio construction et Garelli doivent être rejetées.
Sur les appels en garantie :
18. Compte-tenu du rejet des prétentions des requérantes, il n'y a pas lieu de statuer sur les appels en garanties formés en défense par les parties.
Sur les intérêts moratoires :
19. Pour les mêmes raisons, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions des requérantes au titre des intérêts moratoires.
Sur les frais d'expertise :
20. Par une ordonnance du 10 juin 2021, la présidente du tribunal a mis à la charge des sociétés Triverio et Garelli une somme de 19 990, 03 euros au titre des frais d'expertise. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser ces frais à la charge des parties requérantes.
Sur les frais liés à l'instance :
21. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la métropole Nice Cote d'Azur, de la société Péna et Péna, de la SMABTP, de la société Coup d'éclat, de la société RVA et de la MAF au titre des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Triverio construction et de la société Garelli est rejetée.
Article 2 : Les frais d'expertise sont laissés à la charge des sociétés Triverio construction et Garelli.
Article 3 : Les conclusions présentées par la métropole Nice Cote d'Azur, la société Péna et Péna, la SMABTP, la société Coup d'éclat, la société RVA et la MAF en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Triverio construction, à la société Garelli, à la métropole Nice Côte d'Azur, à la société Christine et Michel Pena, à l'Eurl Egis bâtiments méditerranée, à la société coup d'éclat, à la société RVA, à la société Zekton Hydraudesign, à la Mutuelle des architectes français, à la société Egis villes et transports, à la société Hop architectes, à la SMABTP et à la société d'ingénierie ETA.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
L. A
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
S. Génovèse
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026