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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1803769

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1803769

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1803769
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCIAUDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 31 août 2018, le 27 mars 2019 et le 26 février 2020, M. A B, représenté par Me Ciaudo, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge à hauteur de 34 500 euros des amendes qui lui ont été infligées sur le fondement du IV de l'article 1736 du code général des impôts au titre des années 2013, 2014, 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'était pas tenu de déclarer le compte à Saint-Martin (Antilles néerlandaises) n°1189 9001 5000 0200 6630 189 EUR utilisé au titre de l'année 2013 pour effectuer un virement de l'étranger vers l'étranger ;

- l'amende de 10 000 euros ne peut être appliquée puisque le compte bancaire n° GB11 BOFA 1650 5049 5613 44 ouvert auprès de la société Exelyum Ltd est situé à Londres auprès de la Bank of America de Londres. Dès lors, c'est l'amende de 1 500 euros qui doit être appliquée en raison de la convention d'assistance administrative conclue entre la France et le Royaume-Uni ;

-les placements auprès de la société Exelyum étant fictifs, il a perdu les fonds qu'il a investis en 2013 et n'a donc été titulaire que d'un compte à l'étranger pour la période du 1er janvier au 16 mai 2013 ;

- les comptes en litige ont été clôturés en 2013.

- il a fait l'objet d'un ECSFP qui n'a donné lieu à aucune rectification de sorte que les comptes en cause sont des " comptes passifs ".

Par un mémoire en défense, enregistrés le 16 janvier 2019, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le requérant ne conteste pas l'existence du compte n°1189 9001 5000 0200 6630 189 EUR détenu à Saint-Martin et du virement de 28 000 euros depuis ce compte vers le compte de la société Exelyum Ltd ;

- le requérant ne conteste pas également l'existence du compte n°GB11 BOFA 1650 5049 5613 44 ouvert auprès de la société Exelyum Ltd, société financière dont le siège se trouve aux Seychelles, dans le cadre d'une convention conclue le 16 mai 2013 entre Exelyum Ltd et M. B ;

- le requérant n'établit pas avoir clôturé les comptes en litige en 2013.

- le requérant n'établit pas que le transfert réalisé a été effectué sur un compte financier ouvert en Grande-Bretagne et par suite que le montant de l'amende devrait être ramené de 10 000 euros à 1 500 euros

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mear, rapporteure,

- et les conclusions de M. Herold, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait l'objet d'un contrôle sur pièces portant sur les années 2013, 2014, 2015 et 2016 à l'issue duquel l'administration fiscale a considéré qu'il n'avait pas déclaré deux comptes qu'il détenait à Saint-Martin (Antilles néerlandaises) et aux Seychelles. Par conséquence, l'administration fiscale a mis à sa charge sur le fondement du IV de l'article 1736 du code général des impôts des amendes d'un montant de 1 500 euros par année pour le compte détenu de 2013 à 2016 à Saint-Martin et d'un montant 10 000 euros par année pour le compte détenu de 2014 à 2016 aux Seychelles, soit un montant total de 36 000 euros. Le requérant demande au tribunal la décharge de ces amendes à hauteur de 34 500 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes du IV de l'article 1736 du code général des impôts : " () 2. Les infractions aux dispositions du deuxième alinéa de l'article 1649 A et de l'article 1649 A bis sont passibles d'une amende de 1 500 € par compte ou avance non déclaré. Toutefois, pour l'infraction aux dispositions du deuxième alinéa de l'article 1649 A, ce montant est porté à 10 000 € par compte non déclaré lorsque l'obligation déclarative concerne un Etat ou un territoire qui n'a pas conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales permettant l'accès aux renseignements bancaires. ". L'article 1649 A, alinéa 2, du même code dispose : " Les personnes physiques, les associations, les sociétés n'ayant pas la forme commerciale, domiciliées ou établies en France, sont tenues de déclarer, en même temps que leur déclaration de revenus ou de résultats, les références des comptes ouverts, utilisés ou clos à l'étranger. Les modalités d'application du présent alinéa sont fixées par décret (2). ". Enfin, aux termes du III de l'article 344 A de l'annexe III de ce code : " La déclaration de compte mentionnée au II porte sur le ou les comptes ouverts, utilisés ou clos, au cours de l'année ou de l'exercice par le déclarant, l'un des membres de son foyer fiscal ou une personne rattachée à ce foyer. / Un compte est réputé avoir été utilisé par l'une des personnes visées au premier alinéa dès lors que celle-ci a effectué au moins une opération de crédit ou de débit pendant la période visée par la déclaration, qu'elle soit titulaire du compte ou qu'elle ait agi par procuration, soit pour elle-même, soit au profit d'une personne ayant la qualité de résident. ".

3. Il résulte des travaux préparatoires de la loi de finances pour 1990 dont sont issues les dispositions précédemment citées de l'article 1649 A du code général des impôts que le législateur, en mettant en place une obligation de déclarer les comptes bancaires utilisés à l'étranger, a entendu instaurer une procédure de déclaration des mouvements de fonds sur de tels comptes afin de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales, s'agissant de contribuables qui ne sont pas astreints à la tenue d'une comptabilité et d'opérations bancaires pour lesquelles l'administration ne peut se faire communiquer les relevés en exerçant le droit de communication qui lui est ouvert par l'article L. 83 du livre des procédures fiscales. Eu égard à l'objet des dispositions en cause, un compte bancaire ne peut être regardé comme ayant été utilisé par un contribuable pour une année donnée que si ce dernier a, au cours de cette année, effectué au moins une opération de crédit ou de débit sur le compte. Ne constituent pas de telles opérations, d'une part, des opérations de crédit qui se bornent à inscrire sur le compte les intérêts produits par les sommes déjà déposées au titre des années précédentes, et, d'autre part, des opérations de débit correspondant au paiement des frais de gestion pour la tenue du compte.

4. D'une part, il résulte de l'instruction que le compte bancaire ouvert le 1er avril 2011, par M. B, auprès de la banque BECM Sint Maarten à Saint-Martin a enregistré, au cours de l'année 2012, une opération de crédit, relative, au versement de 28 000 euros correspondant au montant de la cession d'un bien en propriété partagée correspondant à un séjour d'une semaine par an, pour une durée de 99 ans dans une résidence hôtelière sur l'île Saint Martin, selon le système de la propriété partagée, le 24 avril 2012 et, au cours de l'année 2013, une opération de débit, relative, au versement de 28 000 euros à fin de réaliser un placement financier auprès de la société Exelyum Ltd. Il résulte également de l'instruction que le compte ouvert le 27 mai 2013, par M. B, auprès de la société Exelyum Ltd, société financière dont le siège se trouve aux Seychelles, a enregistré, le 27 mai 2013, une opération de crédit, relative, au versement d'une somme de 28 000 euros. Dès lors, M. B était tenu, au titre des années 2013 et 2014, pour le compte détenu à la banque BECM Sint Maarten à Saint-Martin et au titre de l'année 2014, pour le compte détenu dans la société Exelyum Ltd, à l'obligation de déclaration prescrite par les dispositions de l'article 1649 A du code général des impôts. D'autre part, l'administration fait valoir que M. B ne justifie pas avoir clôturé les comptes bancaires en litige et que le compte ouvert auprès de la société Exelyum Ltd est domicilié aux Seychelles. Toutefois, l'administration n'apporte pas la preuve qui lui incombe que ces comptes ont été utilisés postérieurement aux mouvements enregistrés pendant les années 2012 et 2013 et que le compte ouvert auprès de la société Exelyum Ltd est domicilié aux Seychelles. La localisation du siège social sous le certificat n° 082937, au 105, Sham Peng Tong Plaza, Victoria, Mahé, Seychelles de la société Exelyum Ltd mentionné dans la convention d'ouverture du compte du 16 mai 2013 souscrite par le requérant, ne permet pas d'établir que M. B détient un compte bancaire domicilié aux Seychelles et dès lors de porter l'amende à 10 000 euros pour un compte non déclaré dans un État ou un territoire qui n'a pas conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales permettant l'accès aux renseignements bancaires, dès lors que la mention " GB ", présente dans le numéro Iban du compte ouvert par le requérant la société Excelyum Ltd, indique que la domiciliation du compte en litige se situe en Grande-Bretagne. Dans ces conditions, M. B est passible d'une amende d'un montant total de 4 500 euros pour les deux comptes non déclarés, soit 3 000 euros au titre du compte détenu à Saint Martin et 1 500 euros au titre du compte détenu en Grande-Bretagne. Par ailleurs, il ne peut être regardé comme ayant été tenu, au titre des années 2015 et 2016, à l'obligation de déclaration prescrite par les dispositions de l'article 1649 A du code général des impôts. Par suite, l'administration n'était pas fondée à lui infliger, au titre des années 2015 et 2016, l'amende prévue par les dispositions du IV de l'article 1736 du même code.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander une décharge partielle des amendes qui lui ont été infligées sur le fondement du IV de l'article 1736 du code général des impôts, à hauteur de 8 500 euros (10 000-1500) au titre de l'année 2014, à hauteur de 11 500 euros (1500+10 000) au titre de l'année 2015, à hauteur de 11 500 euros (1500+10 000) euros au titre de l'année 2016, soit une décharge d'un montant total de 31 500 euros.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est déchargé à hauteur de 31 500 euros des amendes qui lui ont été infligées en application des dispositions du IV de l'article 1736 du code général des impôts à raison de l'absence de dépôt de la déclaration prescrite par les dispositions de l'article 1649 A de ce code, soit à hauteur de 8 500 euros au titre de l'année 2014, à hauteur de 11 500 euros au titre de l'année 2015 et à hauteur de 11 500 euros au titre de l'année 2016.

Article 2 : L'État versera à M. B une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

Assistés de Mme Suner, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

S. KOLF

La présidente,

signé

J. MEAR La greffière,

signé

V. SUNER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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