jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1803934 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | NIZOU LESAFFRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 13 septembre 2018, 1er mars 2019 et 22 mars 2022, M. D B, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement la commune de Cannes et l'Etat à lui verser la somme de 141 000 euros sauf à parfaire au titre de dommages et intérêts en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de ses demandes préalables, soit à compter du 2 juillet 2018, et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre solidairement à la charge de la commune de Cannes et de l'Etat la somme de 380 euros au titre des frais d'huissier engagés, sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre solidairement à la charge de la commune de Cannes et de l'Etat une somme de 5 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la commune de Cannes a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en délivrant un permis de construire illégal au regard des dispositions de l'article 10. 2. 2 de la sous-zone UEb du règlement du plan local d'urbanisme (ci-après " PLU ") de la commune de Cannes ;
- le refus du maire de constater, par un procès-verbal, les constructions non autorisées et non conformes au PLU de la commune de Cannes et d'adopter un arrêté interruptif de travaux engage la responsabilité de l'Etat ;
- ces fautes lui ont causé un préjudice résultant de la perte de la valeur vénale de son appartement à hauteur de 121 000 euros et des troubles de jouissance à hauteur de 20 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2021, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens ne sont pas fondés dès lors que l'Etat n'a commis aucune faute.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2021, la commune de Cannes conclut, à titre principal, au rejet de la requête pour irrecevabilité et, à titre subsidiaire à son rejet au fond.
La commune soutient que :
- la requête indemnitaire, en tant qu'elle concerne la prétendue illégalité du permis de construire délivré le 29 juillet 2016, est irrecevable dès lors que ce permis, qui n'a pas été contesté dans les délais de recours contentieux, est devenu définitif ;
- ni l'Etat ni la commune n'ont commis de faute ;
- les préjudices ne sont pas établis ou irrecevables devant le juge administratif dès lors qu'ils sont liés aux troubles de voisinage.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 octobre 2022 :
- le rapport de Mme Le Guennec, conseillère,
- et les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B est propriétaire d'un appartement situé 51 Boulevard du Soleil à Cannes. Par un arrêté du 29 juillet 2016, le maire de la commune de Cannes a délivré à M. C A un permis de construire en vue de travaux de démolition partielle, de modifications diverses et d'une extension d'une maison individuelle situé 38 boulevard du Soleil, à Cannes. Par courrier en date du 29 juin 2018, reçu le 2 juillet 2018, M. B a adressé une réclamation préalable à la commune de Cannes aux fins de réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du 29 juillet 2019. Par un courrier du même jour, reçu le 2 juillet 2018, M. B a adressé une réclamation préalable au maire de la commune de Cannes, en tant que représentant de l'Etat, et au préfet des Alpes-Maritimes aux fins de réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de la carence fautive dans la mise en œuvre de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme. Par la présente requête, le requérant demande la condamnation solidaire de la commune de Cannes et de l'Etat à lui verser la somme de 141 000 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité de la commune de Cannes :
2. Toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. Les tiers à un permis de construire illégal peuvent rechercher la responsabilité de la personne publique au nom de laquelle a été délivré le permis, si le projet de construction est réalisé. Ils ont droit, sous réserve du cas dans lequel le permis a été régularisé, à obtenir réparation de tous les préjudices qui trouvent directement leur cause dans les illégalités entachant la décision.
3. D'une part, aux termes des dispositions de l'article 10 de la zone UE du règlement du plan local d'urbanisme (ci-après " PLU ") de Cannes relatif à la hauteur maximum des constructions : " 10.1 - Conditions générales : a) la hauteur des bâtiments est mesurée au pied du bâtiment au point le plus bas du sol existant avant travaux ou du sol excavé après travaux de l'ensemble du bâtiment hors entrée(s) de garage jusqu'au niveau de l'égout du toit le plus haut, ouvrages techniques, cheminées et autres superstructures exclues.() 10-.2 Hauteurs maximales:/ 10.2.2 Secteurs UEb : La hauteur des bâtiments ne doit pas excéder 9 mètres. ". D'autre part, aux termes de l'article 8 des dispositions générales du règlement du PLU de Cannes : " Les travaux ayant pour objet l'entretien, l'amélioration, la restauration, la rénovation de bâtiments existants non conformes au P.L.U sont interdits s'ils aggravent la non-conformité du bâtiment par rapport aux règles définies par le règlement du P.L.U ".
4. Il est constant que la parcelle d'assiette du projet litigieux est située en sous-zone UEb du PLU de Cannes. Le requérant soutient que le permis litigieux a été délivré en méconnaissance des règles précitées dès lors que le projet, qui prévoit la transformation d'une maison individuelle en immeuble collectif, ne peut être regardé comme ne comportant que des travaux ayant pour objet l'entretien, l'amélioration, la restauration, la rénovation de bâtiments existants et qu'en tout état de cause, les dispositions de l'article 8 du règlement du PLU de la commune de Cannes ne dispensent pas les travaux de rénovation sur les constructions existantes de respecter les dispositions de l'article 10.2.2 de la sous-zone UEb du PLU fixant la hauteur maximale des bâtiments à 9 mètres. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment de la notice du projet et du document Cerfa que les travaux consistent en la modification des façades de la villa existante, de la toiture tuiles existante et de la véranda existante en R + 1 et des extensions modérées en R + 1, en rez-de-jardin et du balcon existant en rez-de-chaussée et la restructuration des cinq logements existants. Ces travaux doivent être regardés comme des travaux ayant pour objet l'entretien, l'amélioration, la restauration ou la rénovation de bâtiments existants au sens des dispositions de l'article 8 des dispositions générales du règlement du PLU de Cannes. Par ailleurs, et dès lors qu'il n'est pas contesté par le requérant que le bâtiment existant présentait une hauteur à l'égout, seule hauteur régie par les dispositions de l'article 10 de la zone UE du règlement du PLU de Cannes, de 12.04 mètres, et que les travaux de rénovation prévus ont pour objet de ramener cette hauteur à l'égout à 11, 50 mètres, les travaux projetés sur le bâtiment existant n'aggravent pas la non-conformité de la construction initiale aux dispositions de l'article 10.2.2 de la sous-zone UEb, conformément aux dispositions de l'article 8 du règlement du PLU de Cannes. Par suite, il résulte de l'instruction que le maire de la commune de Cannes n'a pas commis d'illégalité fautive en délivrant le permis de construire sollicité.
En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme :
5. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétente ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 610-1 et L. 480-4, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal ". Aux termes de l'article L. 480-4 du même code : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application () est puni d'une amende (). Les peines prévues à l'alinéa précédent peuvent être prononcées contre les utilisateurs du sol, les bénéficiaires des travaux, les architectes, les entrepreneurs ou autres personnes responsables de l'exécution desdits travaux ". Aux termes de l'article L. 610-1 du même code : " En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables, les obligations mentionnées à l'article L. 480-4 s'entendant également de celles résultant des plans locaux d'urbanisme. () La commune ainsi que l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière d'urbanisme peuvent exercer les droits reconnus à la partie civile, en ce qui concerne les faits commis sur leur territoire et constituant une infraction aux dispositions du présent article ".
6. Il résulte de ces dispositions que le maire est tenu de dresser un procès-verbal en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 480-4, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées. Si, après établissement d'un procès-verbal, le maire peut, dans le second cas, prescrire par arrêté l'interruption des travaux, il est tenu de le faire dans le premier cas. En outre, le maire est également tenu de dresser un procès-verbal lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 610-1 du même code, résultant de la méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme. Il ne saurait cependant, dans cette hypothèse, prendre un arrêté interruptif pour des travaux exécutés conformément aux autorisations d'urbanisme en vigueur à la date de sa décision, même s'il estime que les travaux en cause méconnaissent les règles d'urbanisme et notamment le plan local d'urbanisme.
7. Il résulte également de ces dispositions que lorsqu'il exerce les attributions qui lui sont confiées par ces dispositions, le maire agit comme autorité de l'Etat. Par suite, les fautes qu'il viendrait à commettre dans l'exercice de ses attributions sont susceptibles d'engager la responsabilité de l'Etat.
8. Le requérant soutient que la construction a été réalisée en méconnaissance du permis de construire délivré le 29 janvier 2016 dès lors qu'elle a une hauteur supérieure au bâtiment initial et que ces travaux méconnaissent les dispositions de l'article 10 de la zone UE du règlement du PLU.
9. Il résulte de l'instruction que, suite à la lettre du 16 octobre 2017 adressée au maire de la commune de Cannes, les agents du service urbanisme de la commune, dont deux topographes, se sont rendus à plusieurs reprises sur la parcelle litigieuse aux fins de vérifier le respect par le projet de la hauteur à l'égout autorisée par le permis de construire en date du 29 janvier 2016 et ont retenu le 20 novembre 2017 que les travaux étaient conformes au permis délivré. Si le requérant produit deux procès-verbaux établis par Mme E en date des 24 juillet 2014 et 27 mars 2018, desquels il ressort qu'une partie de la vue mer dont bénéficiait le requérant depuis son appartement serait obstruée par la construction telle que modifiée et différentes photographies, au demeurant prises de différents points de vue, ces éléments ne présentent pas une précision suffisante pour établir que la hauteur à l'égout de toit aurait été réalisée en méconnaissance du permis de construire délivré le 29 janvier 2016, la hauteur au faîtage étant en tout état de cause sans incidence, et ainsi remettre en cause les constatations effectuées le 20 novembre 2017. De plus, si le requérant produit une lettre de la commune de Cannes en date du 3 novembre 2021, de laquelle il ressort qu'un procès-verbal d'infraction a été dressé et transmis au procureur de la République, il n'est donné aucune précision sur l'identification de la parcelle litigieuse, la nature des travaux objets du procès-verbal d'infraction ou le permis de construire qui aurait été méconnu. Par ailleurs, la circonstance que les travaux seraient contraires au PLU de Cannes est sans incidence dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le maire ne peut légalement prendre un arrêté interruptif pour des travaux exécutés conformément aux autorisations délivrées quand bien même ceux-ci auraient contrevenu à certaines dispositions du PLU de la commune. Ainsi, à supposer même que le requérant doive être regardé comme ayant mis en demeure le maire de la commune de Cannes de faire usage de ses pouvoirs de police dans sa lettre du 16 octobre 2017, il ne résulte pas de l'instruction que des infractions auraient dû être relevées et que le maire, au nom de l'Etat, aurait commis une faute en ne dressant pas un procès-verbal et en prescrivant pas un arrêté d'interruption des travaux.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de caractérisation d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune ou de l'Etat, le requérant n'est pas fondé à réclamer devant le juge administratif une indemnité en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis. Il s'en suit que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Cannes, les conclusions aux fins d'indemnisation doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles présentées au titre des dispositions des articles R. 761-1 et L. 761-1 du code justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D B, à la commune de Cannes et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
Mme Le Guennec, conseillère,
M. Combot, conseiller,
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 17 novembre 2022.
La rapporteure,
signé
B. Le Guennec
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La greffière,
signé
C. Sussen
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026