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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1900375

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1900375

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1900375
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP BERLINER DUTERTRE LACROUTS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 janvier 2019 et 28 janvier 2022, la société Image Media Sud (IMS), représentée par Me Lacrouts, demande au tribunal :

A titre principal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande du 26 novembre 2018 tendant à obtenir le paiement de la somme de 62 710,05 euros arrêtée à la date du 30 septembre 2017 ;

2°) de condamner le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes à lui verser la somme de 62 710,05 euros arrêtée au 30 septembre 2017 et assortie des intérêts au taux légal à compter de cette date ;

3°) de juger que les sommes dues pour une année entière seront capitalisées et que les intérêts moratoires seront dus jusqu'à parfait règlement ;

4°) de mettre à la charge du conseil départemental des Alpes-Maritimes la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

A titre subsidiaire :

5°) d'ordonner la désignation d'un expert aux frais avancés du département des Alpes-Maritimes aux fins de déterminer le préjudice financier s'agissant des intérêts moratoires dus par la personne publique responsable du marché en exécution du marché public n° 2013/834.

La société requérante soutient que :

- sa requête est recevable ;

- elle a droit au versement des intérêts moratoires compte tenu du non-respect des délais de paiement des factures par le département.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2020, le département des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

A titre principal, la requête est irrecevable :

- en ce que, à titre principal, elle n'a pas été précédée d'un mémoire en réclamation ;

- en ce que, à titre subsidiaire, elle est tardive ;

- en ce que, à titre infiniment subsidiaire, la décision par laquelle la requérante a entendu lier le contentieux est une décision confirmative qui ne fait pas grief et n'est donc pas susceptible de recours.

A titre subsidiaire, la société requérante n'est pas fondée à demander le versement d'intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire de recouvrement.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions d'annulation de la décision implicite de rejet née sur la demande de versement des intérêts moratoires formulée le 26 novembre 2018 eu égard à l'objet du litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;

- l'arrêté du 19 janvier 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services ;

- le cahier des clauses particulières marchés publics de fournitures courantes et services ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 décembre 2022 :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lacrouts, représentant la société Image Media Sud, et de M. B, représentant le département des Alpes-Maritimes.

Une note en délibéré présentée par le département des Alpes-Maritimes a été enregistrée le 14 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement notifié le 30 avril 2013, le département des Alpes-Maritimes a attribué à la société Image Media Sud (IMS) un marché public de fournitures courantes et services portant sur la réalisation et la pose de structures, panneaux et autres relatifs à la signalétique de communication du conseil général des Alpes-Maritimes, sous forme d'un marché à bons de commande, conclu pour une période initiale d'une année à compter de la date de notification, reconductible expressément trois fois dans les mêmes conditions. Ce marché a été exécuté jusqu'à son terme, le 29 avril 2017. Certaines factures n'ayant pas été acquittées par le département des Alpes-Maritimes, la société IMS en a demandé le règlement par courrier électronique du 10 juillet 2017, puis a demandé de nouveau leur règlement ainsi que le versement d'intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement par lettre recommandée avec accusé de réception du 6 novembre 2017. Par courrier électronique du 22 décembre 2017, le département des Alpes-Maritimes a informé la société IMS du règlement en cours des factures listées dans un bordereau joint. La société IMS a renouvelé sa demande de versement des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement par lettre recommandée avec accusé de réception du 11 janvier 2018, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par le pouvoir adjudicateur. Par une nouvelle demande en date du 26 novembre 2018, la société IMS a sollicité le règlement de ces intérêts et de l'indemnité précités, à laquelle le département n'a pas davantage répondu expressément. Par la présente requête, la société IMS demande l'annulation de la décision ayant implicitement rejetée sa demande du 26 novembre 2018 ainsi que la condamnation du département des Alpes-Maritimes à lui verser la somme de 62 710,05 euros correspondant aux intérêts moratoires pour la période du 31 mai 2013 au 30 septembre 2017 et à l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement.

Sur les conclusions d'annulation de la décision implicite de rejet née sur la demande du 26 novembre 2018 :

2. La décision implicite de rejet née sur la demande de la société requérante du 26 novembre 2018 tendant au règlement de la somme de 62 710,05 euros arrêtée à la date du 30 septembre 2017 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de sa demande qui, en formulant ses conclusions, a donné à sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de la société requérante à percevoir les sommes auxquelles elle prétend, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions de la société Image Media Sud tendant à l'annulation d'une telle décision ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin de versement des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire de recouvrement :

3. Aux termes de l'article 98 du code des marchés publics, alors applicable : " Le délai global de paiement d'un marché public ne peut excéder : / 1° 30 jours pour les services de l'Etat et ses établissements publics autres que ceux ayant un caractère industriel et commercial, à l'exception de ceux mentionnés au 2°, pour les collectivités territoriales et les établissements publics locaux ; () / Le dépassement du délai de paiement ouvre de plein droit et sans autre formalité, pour le titulaire du marché ou le sous-traitant, le bénéfice d'intérêts moratoires, à compter du jour suivant l'expiration du délai. / Un décret précise les modalités d'application du présent article ". Aux termes de l'article 1er du décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique, dans sa version applicable au contrat passé entre le département des Alpes-Maritimes et la société IMS : " Le délai de paiement prévu au premier alinéa de l'article 37 de la loi du 28 janvier 2013 susvisée est fixé à : / 1° Trente jours pour : () / b) Les collectivités territoriales et les établissements publics locaux ; () ". Aux termes de l'article 7 de ce décret, dans sa version applicable : " Lorsque les sommes dues en principal ne sont pas mises en paiement à l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement, le créancier a droit, sans qu'il ait à les demander, au versement des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement prévus aux articles 39 et 40 de la loi du 28 janvier 2013 susvisée ". Et l'article 12-3 du cahier des clauses particulières applicable au marché dont s'agit précise que : " le défaut de paiement dans les délais prévus selon les dispositions de l'article 98 du code des marchés publics fait courir de plein droit, et sans autre formalité, des intérêts moratoires au bénéfice du titulaire ou du sous-traitant payé directement ". Enfin, le point 3-3 du règlement de consultation du marché en cause prévoit que : " le règlement des dépenses se fera par mandat administratif suivi d'un virement selon les règles de la comptabilité publique et dans un délai de 30 jours ".

4. D'une part, en vertu des dispositions citées au point précédent, dans l'hypothèse où le titulaire du marché n'est pas payé dans le délai global de paiement réglementaire, il bénéficie automatiquement du versement des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire de règlement.

5. D'autre part, aux termes de l'article 2 du décret du 29 mars 2013 : " I. ' Le délai de paiement court à compter de la date de réception de la demande de paiement par le pouvoir adjudicateur (). / II. ' La date de réception de la demande de paiement ne peut faire l'objet d'un accord contractuel entre le pouvoir adjudicateur et son créancier. / La date de réception de la demande de paiement et la date d'exécution des prestations sont constatées par les services du pouvoir adjudicateur ou, le cas échéant, par le maître d'œuvre ou la personne habilitée à cet effet. A défaut, c'est la date de la demande de paiement augmentée de deux jours qui fait foi. En cas de litige, il appartient au créancier d'apporter la preuve de cette date () ".

6. Enfin, l'article 12-2 du cahier des clauses techniques particulières du marché précise que " le paiement s'effectuera selon les règles de la compatibilité publique et la règlementation en vigueur ".

7. Pour soutenir que le département des Alpes-Maritimes est redevable à son égard des sommes demandées par le présent recours, la société IMS a produit l'ensemble des factures émises dans le cadre du marché ainsi qu'un décompte établi année par année et facture par facture par son expert-comptable le 9 avril 2018, calculant, pour chacune des factures, le montant des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour recouvrement dus. Toutefois, aucune de ces pièces ne permet d'établir la date de réception des factures par le pouvoir adjudicateur ni la date de décaissement des sommes par le comptable public et, partant les retards de paiement, ainsi que le fait valoir le département des Alpes-Maritimes en défense.

8. Par une demande en date du 23 septembre 2022, le tribunal administratif de Nice, faisant usage de ses pouvoirs d'instruction, a sollicité de la part de la société requérante la communication, d'une part, d'un explicatif du mémoire de l'expert-comptable établi le 9 avril 2018 indiquant à quoi correspondent les intitulés " date pièce " et " date règlement " au regard des dispositions et stipulations applicables au marché, d'autre part, d'un document récapitulatif indiquant, pour les seules factures réglées avec retard, les dates de réception de la demande de paiement, les dates de mise en paiement et le nombre de jours de retard de paiement en découlant, ainsi que les preuves de réception des factures et des règlements, dans l'hypothèse où elle serait en possession de tels documents.

9. En réponse à cette demande d'instruction, la société IMS a, d'une part, produit les factures et avis d'écritures de son établissement bancaire pour l'année 2013. La société requérante a, d'autre part, produit un document explicatif de son expert-comptable du décompte établi le 9 avril 2018, aux termes duquel l'expert-comptable a déclaré que " dans la colonne "date pièce", j'ai indiqué la date mentionnée sur la facture " et " dans la colonne "date règlement", " j'ai indiqué la date d'encaissement de la facture qui figure sur le relevé de banque ". Par ce document, l'expert-comptable a également communiqué 5 factures accompagnées des relevés bancaires à titre d'illustration.

10. Toutefois, aucun de ces documents communiqués à la juridiction en réponse à la demande de pièces pour compléter l'instruction ne fait mention de la date de réception des factures par le pouvoir adjudicateur ni de la date de décaissement des fonds par le comptable public, conformément aux dispositions précitées aux points 4 à 7. Par suite, et alors que la charge de la preuve incombe à la société IMS, les pièces transmises par cette dernière ne permettent pas d'établir la réalité des retards de paiement qu'elle invoque, de sorte qu'elle n'est ainsi pas fondée à solliciter le versement de la somme de 62 710,05 euros arrêtée à la date du 30 septembre 2017 au titre des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire de recouvrement.

11. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin ni de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense par le département des Alpes-Maritimes ni qu'il y ait lieu d'ordonner l'expertise sollicitée par la requérante à titre subsidiaire, que les conclusions de la société IMS tendant à obtenir la condamnation du département des Alpes-Maritimes au paiement de la somme de 62 710,05 euros au titre des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire de recouvrement, assorties des intérêts au taux légal et des intérêts capitalisés, ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Alpes-Maritimes qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la société Image Media Sud au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Image Media Sud est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Image Media Sud et au département des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

D. A

La présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert La greffière,

signé

B-P. Antoine

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

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