mardi 14 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1900821 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GASCARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 février 2019 et le 27 juillet 2019 et un mémoire récapitulatif enregistré le 10 octobre 2019, la SCI Auber et la SARL STA, représentées par Me Beurgaud, demandent au tribunal :
1°) de condamner solidairement la métropole Nice Côte d'Azur, la société GRDF, la société ENEDIS, la Régie Eau d'Azur et la société Orange Méditerranée à leur verser la somme de 42 738 euros correspondant au montant des travaux de mise en sécurité provisoire du plafond ;
2°) de condamner solidairement la métropole Nice Côte d'Azur, la société GRDF, la société ENEDIS, la Régie Eau d'Azur et la société Orange Méditerranée à réaliser les travaux préconisés par l'expert dans astreinte de 10 000 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur, de la société GRDF, de la société ENEDIS, de la Régie Eau d'Azur et de la société Orange Méditerranée la somme de 20 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de condamner la métropole Nice Côte d'Azur, de la société GRDF, de la société ENEDIS, de la Régie Eau d'Azur et de la société Orange Méditerranée aux entiers dépens et à leur rembourser la somme de 7 865 euros correspondant aux frais d'expertise.
Elles soutiennent que :
- la requête est recevable ;
- la responsabilité des désordres incombe à la métropole Nice Côte d'Azur et aux sociétés fermières ;
- en raison de l'inertie de la métropole Nice Côte d'Azur et des sociétés fermières, elle a été dans l'obligation de faire procéder à une mise en sécurité du plafond pour un montant de 42 738 euros ;
- la métropole et les sociétés fermières doivent être condamnées à exécuter les travaux préconisés par l'expert afin que les causes des infiltrations soient traitées.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 juillet 2019 et le 4 mars 2020, la métropole Nice Côte d'Azur conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI Auber et de la SARL STA une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en l'absence de demande indemnitaire préalable ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la SCI Auber et la SARL STA ne sont pas fondés ; le rapport de l'expert est inexploitable et contestable ; la responsabilité de la métropole ne peut être retenue s'agissant d'un défaut d'étanchéité des caissons ; la preuve d'un lien de causalité entre le dommage et un défaut d'entretien de l'ouvrage public n'est pas rapportée ; les sociétés requérantes n'ont jamais entretenu l'ouvrage.
Par des mémoires enregistrés le 2 juillet 2019 et le 12 novembre 2019, la société Gaz Réseau Distribution France (GRDF), représentée par Me Banere, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- elle n'est pas en charge de l'entretien des galeries qui accueillent la canalisation de gaz ; l'entretien appartient au propriétaire de la galerie ; le défaut d'entretien des galeries ne lui est pas imputable ;
- la cause principale des dommages trouve son origine dans l'infiltration des eaux pluviales en provenance de la voirie vers les galeries et sont imputables au choix de revêtement des trottoirs et de la chaussée ;
- c'est au propriétaire des galeries d'en assurer l'étanchéité ; la présence de la canalisation de gaz n'a aucune incidence sur les infiltrations d'eau ;
- l'entretien de la canalisation de gaz est conforme aux dispositions de l'arrêté du 13 juillet 2000 ; aucune eau stagnante n'a été constatée à l'intérieur du réseau.
Par un mémoire enregistré le 6 septembre 2019, la société ENEDIS, représentée par Me Gascard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI Auber et de la SARL STA une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'a été précédée d'aucune demande indemnitaire préalable ;
- à titre subsidiaire, le rapport de l'expert est peu objectif et orienté ; la responsabilité de la société ENEDIS n'est pas rapportée par les sociétés requérantes ;
- la demande des sociétés requérantes est imprécise et ne repose sur aucune preuve ;
- il appartenait à la SCI Auber d'entretenir, à ses frais, l'ossature en béton armé, les piliers, les poutres ainsi que la dalle, la métropole n'ayant en charge que l'entretien des revêtements de la chaussée et du trottoir ;
- la société ENEDIS a seulement en charge l'entretien de son réseau et non des galeries ;
- elle ne saurait être tenue à la rénovation de la dalle et des galeries dès lors que ces travaux relèvent de la responsabilité de la SCI Auber conformément à la convention du 15 novembre 1930 ;
- la demande indemnitaire est prescrite ; les désordres allégués sont d'une ancienneté supérieure à quatre ans.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2019, la Régie Eau d'Azur, représentée par Me Morice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI Auber et la SARL STA une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable faute d'avoir été précédée d'une demande indemnitaire préalable ; elle n'a pas été régularisée par une demande adressée postérieurement à l'introduction de la requête ;
- la Régie Eau d'Azur n'est pas propriétaire ni en charge de l'entretien des galeries qui accueille ses réseaux ;
- la cause des dommages trouve son origine dans l'infiltration des eaux pluviales de la voie vers les galeries et dans le choix du revêtement des trottoirs et de la chaussée ;
- le réseau d'eau potable est surélevé et n'est donc pas à l'origine de la stagnation de l'eau dans les galeries ;
- les sociétés requérantes ne justifient pas du bien-fondé de leur demande tant dans son principe que dans son quantum ;
- la SCI Auber a commis une faute en n'entretenant pas l'ouvrage.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2019, la société Orange, représentée par Me Abersano, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI Auber et de la SARL STA la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas fait l'objet d'une demande indemnitaire préalable ;
- le rapport d'expertise a été rendu en l'état et n'a pas abouti à l'ensemble des investigations ;
- la convention du 15 novembre 1930 répartit les charges imputables à la société Auber et à la métropole en terme d'entretien de l'ouvrage ; le défaut d'entretien des galeries ne saurait être imputable à la société Orange qui n'en est pas propriétaire ;
- aucun lien ne peut être établi entre les installations dont la société Orange à la charge et les désordres constatés ; la cause principale des désordres est l'infiltration des eaux pluviales ;
- les travaux préconisés par l'expert ne sauraient être mis à la charge de la société Orange dès lors qu'ils relèvent de la responsabilité de la société Auber.
Par ordonnance du 3 juin 2021 la clôture d'instruction a été fixée au 1er juillet 2021 à 12 heures.
Par un courrier en date du 4 avril 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la SCI Auber et la société STA étant tiers à l'ouvrage, la responsabilité sans faute de la métropole de Nice Côte d'Azur est susceptible d'être engagée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 3 décembre 2018 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. A à la somme de 15 731,90 euros TTC.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 janvier 2023 :
- le rapport de M. Pascal, président,
- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique,
- et les observations de Me Heuzé représentant la Régie Eau Azur.
1. La SCI Auber est propriétaire de biens immobiliers situés en sous-sol des numéro 36 et 38 de l'avenue Auber à Nice, locaux utilisés à usage de parking et exploités par la société STA. Cet ouvrage, qui a été construit dans les années 1930 et est assimilable à un pont ou une passerelle, permet de relier en pente douce l'avenue Auber située en contrebas de l'avenue Thiers. Les locaux ayant fait l'objet d'infiltrations récurrentes, la société Auber a demandé à la métropole Nice Côte d'Azur d'intervenir. Par la présente requête, la SCI Aubert demande à ce que la métropole Nice Côte d'Azur, la société GRDF, la société ENEDIS, la régie Eau d'Azur et la société Orange Méditerranée soient solidairement condamnées à exécuter les travaux préconisés par l'expert sous astreinte de 10 000 euros par jour de retard et à les condamner solidairement à lui rembourser la somme de 42 738 euros correspondant au montant des travaux de mise en sécurité provisoire du plafond.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 15 avril 2019, postérieurement à la saisine du tribunal administratif, la SCI Auber a saisi la métropole Nice Côte d'Azur d'une demande indemnitaire. Cette demande a eu pour effet de régulariser la requête de la SCI Auber. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de l'irrecevabilité de la requête en l'absence de décision administrative préalable, doit être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité sans faute de la métropole Nice Côte d'Azur :
3. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
4. Egalement, le juge apprécie les éléments de preuve apportés par le tiers victime d'un dommage accidentel quant au lien de causalité entre les travaux ou le fonctionnement anormal de l'ouvrage public et les préjudices dont il demande réparation. Il apprécie souverainement dans quelle mesure l'existence d'une faute de la victime est susceptible de limiter la responsabilité de la personne publique. Le juge se prononce sur l'imputation des responsabilités des dommages au vu des faits, éclairé par l'expertise éventuellement ordonnée, notamment en ce qui concerne le respect des règles de l'art dans la réalisation des travaux et l'évaluation du dommage.
5. Enfin, la personne qui subit un préjudice direct et certain du fait du comportement fautif d'une personne publique peut former devant le juge administratif une action en responsabilité tendant à ce que cette personne publique soit condamnée à l'indemniser des conséquences dommageables de ce comportement. Elle peut également, lorsqu'elle établit la persistance du comportement fautif de la personne publique responsable et du préjudice qu'elle lui cause, assortir ses conclusions indemnitaires de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets. De telles conclusions à fin d'injonction ne peuvent être présentées qu'en complément de conclusions indemnitaires. De la même façon, le juge administratif ne peut être saisi, dans le cadre d'une action en responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics, de conclusions tendant à ce qu'il enjoigne à la personne publique de prendre les mesures de nature à mettre fin au dommage ou à en pallier les effets, qu'en complément de conclusions indemnitaires.
6. En l'espèce, il résulte de l'instruction, notamment d'un acte notarié du 10 décembre 1982, que la SCI Auber a acquis les biens et droits immobiliers d'une entité ainsi désignée " Le volume d'une hauteur libre d'environ 6 mètres côté avenue Thiers, et d'une hauteur libre d'environ 2,50 mètres côté sud de l'avenue Auber, sur une longueur de 68,26 mètres, constituant le tréfonds de la partie de l'avenue Auber, situé au-devant des deux immeubles portant les numéros 32,34 et 38 sur l'avenue Auer, et au-devant de ceux portant le numéro 37 sur la même avenue et parties de la Cour de l'école Auber () Et tel que ce tréfonds et les conditions d'utilisation ont été déterminés aux termes d'un échange de parcelle et une convention intervenue entre la mairie de Nice et M. B, ancien propriétaire, en date du 15 novembre 1930 et un décret d'utilité publique rendue par Monsieur le Président de la République le 31 octobre 1931 ( ) ". Cet ouvrage, qualifié d'ouvrage d'art par l'expert, a été construit dans les années 1930 et a permis de relier en pente douce l'avenue Auber située en contrebas de l'avenue Thiers située le long de la gare de Nice Ville. Cette construction est une voie de circulation urbaine, sur ossature béton armé (piliers, poudres et dalle tablier) assimilable à un pont ou à une passerelle et constitué d'une ossature primaire composée de 10 portiques béton à intervalle de 5,70 mètres environ, supportés par des piliers de 50 cm de diamètre. Ces portiques présentent de part et d'autre de la travée centrale un débord en porte-à-faux de 1,20 mètre qui supporte de chaque côté un caisson en décaissé d'une hauteur sous dalle variant de 50 à 70 cm. Cette ossature primaire supporte une ossature secondaire (poutre béton armée) constituée de quatre poutres linéaires sur onze travées de portée 5,20 m maximum. La construction de la partie Nord de la chaussée de l'avenue Auber, sur portiques béton, a permis de dégager un important volume sous chaussée. Cet espace sous chaussée est utilisé comme parking pour les véhicules automobiles, géré par plusieurs sociétés de location de voiture et la SCI Auber est la propriétaire des lieux, la société STA exploitant les parkings. Ainsi, la SCI Auber et la société STA ont la qualité de tiers par rapport à l'ouvrage public constitué. Par suite, il leur incombe d'apporter la preuve de la réalité des préjudices allégués résultant notamment de l'écoulement des eaux pluviales sur cette passerelle dans le sous-sol et de l'existence d'un lien de causalité entre ces préjudices et l'ouvrage public.
7. Au soutien de sa demande de réparation par la métropole Nice Côte d'Azur et les sociétés fermières et de ses conclusions à fin d'injonction, les sociétés requérantes soutiennent que le défaut récurrent d'entretien du revêtement de la chaussée et des trottoirs de l'avenue Auber, la réalisation de travaux anarchiques à l'intérieur des galeries, l'absence totale d'un système de drainage des eaux à l'intérieur des galeries et l'absence totale de maintenance des tubes des galeries sont à l'origine des dégradations constatées sur la structure béton armée de l'ouvrage et les ont conduites à prendre en charge les travaux de mise en sécurité provisoire du plafond. Elles soutiennent que le défaut d'entretien du revêtement de la chaussée engendre des infiltrations d'eau dans les galeries et est à l'origine des désordres subis par la structure en béton armé.
8. Aux termes de l'article 2 de la convention du 15 novembre 1930 établie entre la ville de Nice et M. B : " Afin de rendre l'avenue Auber carrossable et de raccorder ainsi cette voie à l'avenue Thiers, partie comprise entre cette avenue et la rue Georges Clémenceau, Monsieur B s'engage à exécuter à ses frais, risques et périls, pour le compte de la ville de Nice, une rampe en béton armé constituant sur l'avenue Auber une chaussée carrossable présentant une rampe de 5,90%. Monsieur B pourra utiliser le local sous la chaussée offrant vers le nord, côté avenue Thiers une hauteur libre d'environ 6 mètres, et vers le sud une hauteur libre de 2,50 mètres. Ce local sera établi sur une longueur de 68,26 mètres (). Pour accéder à ce local souterrain, Monsieur B établira à ses frais une rampe en courbe à 11% prenant entrée en façade de son immeuble, se retournant vers le nord derrière ladite façade débouchant à mi-hauteur fans la partie haute du local et descendant jusqu'au niveau du sol de cet établissement. Les travaux seront exécutés () aux conditions suivantes : / 1°- l'avenue Auber aura une largeur de 12 m, dont 8 de chaussée et 2 m de trottoir de chaque côté de la chaussée. L'ensemble de la plateforme en béton armé constitué par la chaussée et les trottoirs sera porté par deux fils de piliers en béton armés situés à 10 m l'une de l'autre, le long des immeubles sur lesquels aucun appui ne sera pris, en dehors éventuellement de l'immeuble B. / Monsieur B construira la plateforme en béton armé constituant l'assise de la chaussée dont le revêtement sera établi par la ville. / 2°- De part et d'autre de la chaussée et le long de la chaussée et le long des immeubles sera établi un encaissement d'environ 1,20 m de profondeur et de 1 m de largeur, destiné à recevoir éventuellement les canalisations d'eau, de gaz et d'électricité qui seront donc accessibles par le haut. / Cet encaissement sera soit remblayé, soit recouvert par des plaques amovibles au choix de la ville. () / 6°- Monsieur B devra livrer à la ville des trottoirs en état de recevoir la circulation et la plateforme de la chaussée préparée en vue de l'application du revêtement (). Cette clause ne s'applique pas à la partie basse de la rampe qui sera remblayée et empierrée par la ville. / 7°- Monsieur B devra entretenir en bon état l'ossature en béton armé, piliers et poutres ainsi que la dalle, la ville n'ayant à sa charge que l'entretien des revêtements de la chaussée et du trottoir. S'il devient nécessaire d'enlever le revêtement pour procéder à l'entretien ou à la réfection du béton armé des dalles, poutres ou piliers, le démontage et la réfection dudit revêtement incomberont à M. B ou à ses ayants-droits. () / 8°- La ville s'engage à apporter tous ses soins à l'entretien des revêtements, mais elle ne pourra être recherchée pour des avaries au béton armé éventuellement causées par le mauvais état vrai ou prétendu des revêtements. Elle ne pourra pas davantage être recherchée pour tous dommages qui seraient la conséquence de ces avaries. / Toutefois, la ville devra faire procéder d'urgence à l'exécution des travaux lui incombant dès que Monsieur B le lui aura fait connaître. / 9°- L'entretien du béton armé ; dalle, poutres, piliers, incombant aux propriétaires du local, la ville ne saurait être recherchée à aucun moment pour un accident survenu à des tiers en cas d'avarie localisée ou d'effondrement de la construction ".
9. Il résulte de ces stipulations que si l'entretien de la structure en béton armé était à la charge de M. B, aux droits de qui est venu la SCI Auber, la charge de l'entretien du revêtement était à la charge de la ville de Nice, aux droits de qui est venue la métropole Nice Côte d'Azur. Si les stipulations de la convention prévoient que la responsabilité de la ville ne peut être recherchée pour les avaries causées au béton armé par le mauvais état des revêtements, ces stipulations, qui ont pour effet de mettre à la charge de la ville l'entretien du revêtement sans que sa responsabilité ne puisse être recherchée pour défaut d'entretien, sont illicites et ne peuvent être appliquées en l'espèce.
10. Il résulte également de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les dégâts apparents sur les parois et en sous face des caissons en décaissé dans le sous-sol sont, de toute évidence, liés à des infiltrations d'eau récurrentes provenant de la surface de la chaussée et des trottoirs. Ces infiltrations sont dues à un défaut d'étanchéité des regards, à la vétusté des revêtements de sol et aux scellements anarchiques dans le corps de la chaussée et des trottoirs, qui conduisent en permanence à l'inondation des galeries techniques. Il résulte également du rapport d'expertise que tout a été fait pour emprisonner les eaux d'infiltration provenant de la surface de l'avenue Auber, notamment par des réseaux posés à même le fond, s'opposant ainsi à la libre circulation des eaux, par la réalisation de parois occupantes sans mise en place de barbacane de drainage, ce qui a favorisé la retenue d'eau dans les galeries, par la présence de monticules de gravats ou de tout venant de carrière qui sont des obstacles à la libre circulation des eaux infiltrées dans les galeries et par l'absence de la maitrise et de la canalisation des eaux infiltrées dans les galeries, favorisant ainsi la stagnation des eaux et donc les infiltrations et la destruction des ouvrages. Dans ces conditions, les dommages constatés trouvent leur origine directe et certaine dans le ruissellement des eaux de pluies provenant de l'ouvrage public.. Par suite, la SCI Auber et la société STA sont fondées à rechercher la responsabilité sans faute de la métropole Nice Côte d'Azur pour tous les désordres liés à l'entretien défectueux du revêtement dont elle a la charge.
11. Si la métropole Nice Côte d'Azur se prévaut de ce que la convention empêche de rechercher sa responsabilité pour les avaries causées au béton armé par un mauvais état des revêtements, ces stipulations ne sont pas applicables dès lors que la responsabilité de la métropole est ici engagée sans faute.
En ce qui concerne la responsabilité des sociétés fermières :
12. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que les galeries techniques sont inondées en permanence par les infiltrations d'eau récurrentes provenant de la surface de la chaussée et des trottoirs. Il résulte également du rapport d'expertise que les réseaux sont posés à même le fond des galeries, rendant ainsi impossible la libre circulation des eaux, que la réalisation de parois occultantes sans mise en place de barbacane de drainage a favorisé la retenue des eaux dans les galeries, que la présence de monticules de gravats constitue des obstacles à la libre circulation des eaux et que les eaux infiltrées dans les galeries ne sont ni maitrisées ni canalisées et contribuent aux infiltrations dans la structure et la destruction des ouvrages. Enfin, l'expert a relevé qu'aucune disposition technique n'a été mise en œuvre pour assurer la sérénité des équipements et des ouvrages alors que la taille des galeries permettait de pouvoir faire cheminer les réseaux sur les parois ou sur le plafond, ce qui aurait eu pour avantage de laisser libre le fonde des galeries, facilitant ainsi l'écoulement des éventuelles infiltrations d'eau. Ainsi aucune protection n'a été prise pour éviter, voire limiter les effets néfastes d'éventuelles venues d'eau dans les galeries en provenance de la chaussée. Toutefois, si ces galeries sont utilisées par plusieurs sociétés pour y faire circuler leurs réseaux, ces sociétés ne sont qu'utilisatrices et il ne résulte pas de l'instruction qu'elles aient reçu des consignes sur l'installation des réseaux de la part des responsables des ouvrages.. Par ailleurs, l'absence de système de drainage des eaux à l'intérieur des galeries, qui est une des causes des dommages subis, constitue un défaut de conception. Dans ces conditions, la SCI Auber et la société STA ne sont pas fondées à rechercher la responsabilité des sociétés fermières. Par suite, leurs conclusions indemnitaires dirigées contre la société ENEDIS, la société GRDF, la société Orange et la Régie Eau d'Azur ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les causes exonératoires de responsabilité invoquées par la métropole Nice Côte d'Azur :
13. Pour s'exonérer de sa responsabilité, la métropole Nice Côte d'Azur fait valoir que les sociétés requérantes n'ont jamais entretenu l'ouvrage.
14. Il résulte de l'instruction, notamment des stipulations de l'article 2 alinéa 7 de la convention de 1930, qu'il appartenait à M. B, puis à la SCI Auber, d'assurer l'entretien de l'ossature en béton armé, piliers et autres poutres ainsi que la dalle. Il ne résulte pas de l'instruction que la SCI Auber ait procédé à cet entretien, ni même qu'elle aurait averti la collectivité des désordres dès qu'ils sont apparus afin qu'il puisse être procédé en urgence aux travaux lui incombant, comme le prévoient les stipulations de l'article 2 alinéa 8 de la convention. Cette faute de la SCI Auber dans l'entretien de tous ses ouvrages à sa charge est de nature à exonérer à hauteur de 70 %, la métropole Nice Côte d'Azur de l'engagement de sa responsabilité résultant de l'entretien défectueux du seul revêtement.
En ce qui concerne le préjudice :
15. Il résulte de l'instruction que, sur demande de l'expert, des travaux de mise en sécurité du plafond ont été réalisés pour un montant de 42 738 euros.
16. La SCI Auber et la société STA se prévalent, à ce titre, d'une facture de la société DGPI d'un montant de 42 738 euros correspondant aux travaux de mise en sécurité du plafond conformément aux recommandations de l'expert. Elle justifie ainsi avoir exposé la somme dont elle demande le remboursement. Par suite, il y a lieu de condamner la métropole Nice Côte d'Azur à verser à la SCI Auber et à la société STA une somme de 18 316, 28 euros compte tenu du partage de responsabilité opéré par le présent jugement.
Sur l'abstention fautive de la métropole Nice Côte d'Azur à faire réaliser les travaux demandés par la SCI Auber :
17. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la responsabilité sans faute de la métropole Nice Côte d'Azur est engagée à l'égard de la SCI Auber et de la société STA, du fait des infiltrations d'eaux pluviales sur la passerelle Auber.
18. Il résulte du rapport d'expertise que les travaux nécessaires pour remédier aux désordres sont de deux ordres. D'une part, des travaux d'étanchéité des ouvrages afin de mettre en œuvre une étanchéité sur la chaussée et les trottoirs de l'avenue Auber sur l'emprise de la passerelle Auber et sur le fond des galeries techniques avec une remontée de 20 à 30 cm sur les parois des galeries. D'autre part, des travaux de réparation et de consolidation des structures endommagées par les infiltrations, à savoir des travaux de réfection de l'intérieur et de l'extérieur des galeries.
19. Ainsi qu'il a été dit précédemment au point 8, il résulte des stipulations de la convention de 1930 que si la métropole Nice Côte d'Azur a en charge l'entretien du revêtement de la chaussée et du trottoir, il appartient à la SCI Auber d'assurer l'entretien de l'ossature en béton armé, piliers et poutres ainsi que la dalle. Il résulte par ailleurs de ladite convention que la métropole Nice Côte d'Azur doit faire procéder à l'exécution des travaux lui incombant.
20. Il n'est pas contesté que les infiltrations d'eaux pluviales perdurent à ce jour et qu'aucune mesure n'a été prise par la métropole Nice Côte d'Azur pour procéder aux travaux d'étanchéité prescrits par l'expert. Cette abstention est fautive dès lors qu'il n'est pas allégué et qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'un intérêt général justifierait l'abstention de la collectivité, ni que le coût de ces travaux serait manifestement disproportionné au regard de la gravité des désordres. Il y a donc lieu d'enjoindre à la métropole Nice Côte d'Azur de réaliser les travaux de réfection de la chaussée et du trottoir de l'avenue Auber tels qu'ils sont définis par l'expert, dans un délai de douze mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les dépens :
21. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. "
22. Les frais et honoraires de l'expertise ont été liquidés et taxés, par l'ordonnance du 3 décembre 2018, à la somme de 15 731,90 euros toutes taxes comprises. Il y a lieu de mettre ces frais d'expertise à la charge des sociétés Auber et STA à hauteur de 70 % et à celle de la métropole Nice Côte d'Azur à hauteur de 30 %.
23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre définitivement ces frais et honoraires à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur.
Sur les frais de procédure :
24. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par les sociétés Auber et STA et par la métropole Nice Côte d'Azur.
25. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la SCI Auber et de la SARL STA une somme de 1 000 euros à verser, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à chacune des sociétés Enedis, Orange et à la Régie Eau d'Azur.
D E C I D E :
Article 1er : La métropole Nice Côte d'Azur est condamnée à verser à la SCI Auber et à la société STA la somme de 18 316, 28 euros.
Article 2 : Il est enjoint à la métropole Nice Côte d'Azur de réaliser les travaux de réfection de la chaussée et du trottoir de l'avenue Auber telle qu'ils sont définis par l'expert, dans un délai de douze mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 15 731,90 euros TTC sont mis à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur, à hauteur de 30 %, soit la somme de 4 719, 57 euros et des sociétés Auber et STA à hauteur de 70 %, soit la somme de 11 012,33 euros.
Article 4 : La SCI Auber et la SARL STA verseront à chacune des sociétés ENEDIS, Régie Eau Azur et Orange une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Auber, à la SARL STA, à la métropole Nice Côte d'Azur, à la société GRDF, à la société ENEDIS, à la Régie Eau Azur et à la société Orange.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, conseillère,
M. Holzer, conseiller,
assistés de Mme Gialis, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.
Le président-rapporteur
signé
F. PASCAL
L'assesseur le plus ancien
signé
G. DUROUX La greffière,
signé
E. GIALIS
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026