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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1901149

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1901149

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1901149
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL ALPIJURIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mars 2019, la société à responsabilité limitée H. MVMA, représentée par la Selarl Alpijuris, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de taxe sur les véhicules de société auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 à 2016 et du rappel de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de l'année 2014, en droits et pénalités ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les deux véhicules litigieux, classés dans la catégorie N1, bien qu'ils aient été conçus et construits pour le transport de voyageurs et de leurs bagages ou leurs biens, n'étaient pas destinés à cet usage du fait des transformations qu'ils ont subies, les réservant à l'usage exclusif de transport de matériaux, matériels ou marchandises ; le certificat d'immatriculation de ces véhicules fait apparaître la mention CTTE correspondant aux utilitaires de la catégorie N1 ; il s'ensuit que l'administration a, en s'attachant à la conception et la construction des véhicules plutôt qu'à leur destination, méconnu les dispositions de l'article 1010 du code général des impôts ; les rehaussements en matière de taxe sur les véhicules de société doivent être abandonnés ;

- les amortissements ont été remis en cause sur le fondement du 4 de l'article 39 du code général des impôts qui renvoie aux dispositions de l'article 1010 du code général des impôts ; dès lors, les véhicules ne pouvant être qualifiés de véhicules de tourisme au sens de ces dispositions, les rectifications en matière d'impôt sur les sociétés doivent être abandonnées ;

- s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible, elle est fondée à se prévaloir de la doctrine administrative, le BOFIP, dans sa version du 9 septembre 2013, précisait que " l'appréciation des caractéristiques du véhicule doit s'opérer pour chaque véhicule au cas par cas " et " qu'il y a lieu non pas de se référer aux conditions d'utilisation du véhicule mais de rechercher, compte tenu de ses caractéristiques lors de l'acquisition, l'usage auquel il est normalement destiné " ; au moment de leur acquisition, les véhicules étaient un dérivé de voiture particulière et ne comportaient que deux places, étant de ce fait destinés à l'usage exclusif de transports de matériaux, matériels ou marchandises.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2019, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2007/46/CE du Parlement européen et du Conseil du 5 septembre 2007 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société H. MVMA, qui exerce une activité d'administration d'entreprises, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, à l'issue de laquelle l'administration fiscale a procédé, dans le cadre de la procédure de rectification contradictoire, à des rectifications en matière d'impôt sur les sociétés et à son assujettissement à la taxe sur les véhicules des sociétés pour les années 2014 à 2016, et a mis à sa charge un rappel de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2014. La société demande la décharge de ces impositions, en droits et pénalités.

Sur l'assujettissement à la taxe sur les véhicules des sociétés :

2. D'une part, aux termes de l'article 1010 du code général des impôts, alors applicable : " I. - Les sociétés sont soumises à une taxe annuelle à raison des véhicules de tourisme qu'elles utilisent en France, quel que soit l'Etat dans lequel ils sont immatriculés, ou qu'elles possèdent et qui sont immatriculés en France. Sont considérés comme véhicules de tourisme les voitures particulières au sens du 1 du C de l'annexe II à la directive 2007/46/CE du Parlement européen et du Conseil, du 5 septembre 2007, établissant un cadre pour la réception des véhicules à moteur, de leurs remorques et des systèmes, des composants et des entités techniques destinés à ces véhicules, ainsi que les véhicules à usages multiples qui, tout en étant classés en catégorie N1 au sens de cette même annexe, sont destinés au transport de voyageurs et de leurs bagages ou de leurs biens. () II. - La taxe est acquittée sur déclaration dans des conditions fixées par décret () ". D'autre part, aux termes de l'annexe II à la directive 2007/46/CE du Parlement européen et du Conseil du 5 septembre 2007 établissant un cadre pour la réception des véhicules à moteur : " A. DÉFINITION DES CATÉGORIES DE VÉHICULES / Les catégories de véhicules sont définies d'après la classification suivante () 2. Catégorie N : Véhicules à moteur conçus et construits pour le transport de marchandises et ayant au moins quatre roues. / Catégorie N1 : Véhicules conçus et construits pour le transport de marchandises ayant un poids maximal ne dépassant pas 3,5 tonnes () ".

3. Il résulte de ces dispositions que sont soumis à la taxe sur les véhicules des sociétés, d'une part, les véhicules à moteur ayant au moins quatre roues conçus et construits pour le transport de passagers et comportant, outre le siège du conducteur, huit places assises au maximum, d'autre part, les véhicules dont le poids maximal ne dépasse pas 3,5 tonnes et qui, tout en ayant été à l'origine conçus et construits pour le transport de marchandises, sont destinés au transport de voyageurs et de leurs bagages ou de leurs biens.

4. Il résulte de l'instruction que les deux véhicules Audi Q5 et SQ 5 acquis en 2013 et 2014 par la société requérante, qui sont immatriculés dans la catégorie N1 de type CTTE correspondant aux véhicules utilitaires, sont des voitures particulières comprenant un siège de conducteur et moins de huit places pour le transport de voyageurs qui ont subi une transformation, et que le seul enlèvement des sièges et des ceintures équipant la partie arrière de ces véhicules, dont le caractère irréversible n'est ni établi ni même allégué, n'a pas pour effet de les rendre incompatibles avec le transport de voyageurs. Ainsi et, quel que soit l'usage auquel la société requérante les a affectés, ces véhicules doivent être regardés comme des véhicules à usage multiple destinés au transport de voyageurs et de leurs bagages ou de leurs biens soumis, contrairement à ce que la société requérante soutient, à la taxe sur les véhicules de société au sens de l'article 1010 du code général des impôts.

Sur la déduction des amortissements :

5. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " () 4. Qu'elles soient supportées directement par l'entreprise ou sous forme d'allocations forfaitaires ou de remboursements de frais, sont exclues des charges déductibles pour l'établissement de l'impôt, d'une part, les dépenses et charges de toute nature ayant trait à l'exercice de la chasse ainsi qu'à l'exercice non professionnel de la pêche et, d'autre part, les charges, à l'exception de celles ayant un caractère social, résultant de l'achat, de la location ou de toute autre opération faite en vue d'obtenir la disposition de résidences de plaisance ou d'agrément, ainsi que de l'entretien de ces résidences ; les dépenses et charges ainsi définies comprennent notamment les amortissements. / Sauf justifications, les dispositions du premier alinéa sont applicables :/ a. à l'amortissement des véhicules de tourisme au sens de l'article 1010 pour la fraction de leur prix d'acquisition qui dépasse 18 300 €. Lorsque ces véhicules ont un taux d'émission de dioxyde de carbone supérieur à 200 grammes par kilomètre, cette somme est ramenée à 9 900 € () ".

6. L'administration a partiellement remis en cause la déduction des amortissements comptabilisés au titre des deux véhicules acquis en 2013 et 2014. S'il résulte de l'instruction que le certificat d'immatriculation classe les véhicules non à usage mixte mais en catégorie N 1, soit la catégorie des véhicules utilitaires, il s'agit toutefois, comme cela a été dit au point 4, de véhicules de tourisme à usage mixte c'est-à-dire de véhicules particuliers destinés au transport de passagers et de leurs biens au sens de l'article 1010 du code général des impôts. Compte tenu de ce que leur usage n'est pas exclusivement professionnel, les véhicules ne peuvent pas faire l'objet d'un amortissement déductible pour l'établissement de l'impôt sur les sociétés pour la part de leur prix qui excède le montant de 18 300 euros mentionné au a du 4 de l'article 39 du code général des impôts. C'est donc à bon droit que l'administration a remis en cause, pour chacun des deux véhicules, la déduction des amortissements pour la part excédant 18 300 euros.

Sur la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

7. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. - 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () ". Aux termes de l'article 205 de l'annexe II au code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction ". Enfin, selon l'article 206 de cette même annexe dans sa rédaction applicable : " I. - Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission. / II. - Le coefficient d'assujettissement d'un bien ou d'un service est égal à sa proportion d'utilisation pour la réalisation d'opérations imposables. Les opérations imposables s'entendent des opérations situées dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée en vertu des articles 256 et suivants du code général des impôts, qu'elles soient imposées ou légalement exonérées. / III. - 1. Le coefficient de taxation d'un bien ou d'un service est égal à l'unité lorsque les opérations imposables auxquelles il est utilisé ouvrent droit à déduction () / IV. () / 2. Le coefficient d'admission est nul dans les cas suivants : () / 6° Pour les véhicules ou engins, quelle que soit leur nature, conçus pour transporter des personnes ou à usages mixtes () ".

8. Pour apprécier si un véhicule ou un engin a été conçu pour le transport des personnes ou pour un usage mixte au sens de ces dispositions, il y a lieu non pas de se référer aux conditions d'utilisation du véhicule mais de rechercher, compte tenu de ses caractéristiques lors de l'acquisition, l'usage auquel il est normalement destiné.

9. En l'espèce, l'administration fiscale a refusé la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée grevant la facture d'acquisition du véhicule Audi SQ5 V6 3.0, au motif que le coefficient d'admission est nul s'agissant d'un véhicule conçu pour le transport de personnes ou à usage mixte, ce qu'admet la requérante dans sa requête introductive d'instance, qui reconnaît que le véhicule litigieux a été conçu pour le transport de personnes, et ce qui résulte également de l'instruction. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a remis en cause la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée.

En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :

10. En revanche, la requérante entend se prévaloir, sur le fondement du premier paragraphe de l'article L. 80 A du livre de procédure fiscale, du § 40 de la doctrine de l'administration fiscale référencée BOI-TVA-DED-30-30-20, aux termes duquel : " Pour apprécier si un véhicule ou un engin a été conçu pour le transport des personnes ou pour un usage mixte, au sens des dispositions de l'article 206-IV-2-6° de l'annexe II au CGI, le Conseil d'Etat a jugé, par un arrêt du 25 novembre 2009, qu'il y a lieu non pas de se référer aux conditions d'utilisation du véhicule mais de rechercher, compte tenu de ses caractéristiques lors de l'acquisition, l'usage auquel il est normalement destiné ". Toutefois, cette instruction ne comporte pas d'interprétation différente de la loi fiscale de celle dont il a été fait application dans le présent jugement. Il s'ensuit que le moyen ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la société H. MVMA doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société H. MVMA est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société H. MVMA et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

Assistés de Mme Suner, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

signé

S. KOLF

La présidente,

signé

J. MEARLa greffière,

signé

V. SUNER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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