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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1901244

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1901244

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1901244
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMARY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- A une requête n° 1901244 et des mémoires, enregistrés le 19 mars 2019, le 28 juin 2021 et le 21 juillet 2021, le syndicat mixte d'élimination des déchets (SMED) - CVO Azureo, représenté A Me Manaigo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner la société Antéa Group à lui verser une somme de 8 741 383,95 euros HT en réparation du préjudice financier causé A ses fautes contractuelles dans le cadre du marché public de maîtrise d'œuvre de réalisation d'une installation de stockage de déchets non dangereux (ISDND) sur le site du Vescorn situé sur la commune de Massoins ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner la société Antéa Group à hauteur de sa part d'imputabilité de 50% du préjudice subi A D, soit une somme de 4 370 691,97 euros ;

3°) de mettre à la charge de la société Antéa Group une somme de 30 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à la condamner aux entiers dépens.

Il soutient que :

- le bureau d'étude Antéa a été missionné A le Conseil général des Alpes-Maritimes en 2005 afin de rechercher un site de stockage de déchets non dangereux et réaliser une étude des potentialités d'un site identifié pour l'implantation d'un centre de stockage des déchets ultimes (SDU) ; la société Antéa Group a identifié le site du Vescorn sur la commune de Massoins ; le 9 janvier 2008, D a confié à Antéa Group le marché public de maîtrise d'œuvre ayant pour objet l'étude puis la réalisation éventuelle d'une installation de stockage de déchets non dangereux sur le site du Vescorn ;

- de 2002 à 2012 Antéa Group a prodigué des conseils et rendu des avis géologiques conduisant l'administration à autoriser l'implantation d'un centre de stockage de déchets non dangereux sur le territoire de la commune de Massoins ;

- le 9 juin 2011 un marché de construction et d'exploitation a été signé A D avec le groupement d'entreprises SITA/Garelli/SPADA pour un montant de travaux de 7 126 648 euros ; le groupement a sous-traité une partie de ce marché à la SARL Sage, chargée d'une mission géologique de type mission G3 ;

- en janvier 2013, les services du conseil général des Alpes-Maritimes constatent des effondrements très importants sur la piste DFCI située en amont du versant ; de mai à octobre 2013, les entreprises réalisent les principaux terrassements sous le contrôle et la direction d'Antéa Group ; un rapport du 1er août 2013 préconise la fermeture immédiate de la piste DFCI et une étude géologique complémentaire avec suivi des déformations ; Antéa Group a rendu un nouveau rapport en octobre 2013 ; en février 2014, compte tenu de l'évolution visible des désordres, D chargeait Antéa Group de mettre en place un suivi topo métrique mensuel à l'échelle du versant ; le 27 mars 2014, suite à des gonflements du terrain et à une fissuration, apparus sur les parois inférieures du site, les travaux étaient temporairement arrêtés à l'initiative du maître de l'ouvrage ; en mai 2014, compte tenu de l'aggravation des désordres constitués A des mouvements importants de sol, le chantier a été définitivement arrêté avec mise en sécurité du site, rupture du marché avec les entreprises et règlement financier des travaux accomplis ;

- Antéa Group engage sa responsabilité contractuelle pour faute en sa qualité de maître d'œuvre, spécialiste en géologique ; Antéa Group a manqué à ses obligations contractuelles et à son devoir de conseil ;

- Antéa Group n'a pas rempli ses obligations contractuelles dès lors qu'elle n'a pas mis en œuvre tous les moyens nécessaires pour la parfaite exécution du marché, notamment en n'effectuant aucune mesure géophysique ;

- Antéa Group a manqué à son devoir de conseil en phase avant travaux en ne remplissant pas la première mission consistant à réaliser une campagne de caractérisation du site ; elle a manqué à son devoir de conseil lors de la conduite des opérations en phase travaux dès lors que le site a été affecté A d'importants mouvements de terrain dès janvier 2013 et qu'elle n'a pas alerté le maître d'ouvrage sur le danger de la situation ;

- Antéa Group est responsable en totalité du préjudice subi A D se décomposant comme suit :

* travaux effectués en pure perte au 31 janvier 2015 : 7 722 291,75 euros HT ;

* dépenses surveillance du chantier : 18 000 euros HT ;

* loyer annuel réglé à la commune de Massoins : 315 000 euros HT ;

* travaux prescrits A l'expert judiciaire de réalisation d'une tranchée pour évacuer les eaux de l'affouillement : 34 125 euros HT ;

* frais de relogement des habitants du Vescorn : 5 250 euros HT ;

* coût de remise en état des lieux : 600 000 euros HT ;

* frais de surveillance géologique du site du 6 décembre 2018 au 18 juin 2021 : 90 227 euros HT ;

* frais de surveillance géologique du site à compter du 19 juin 2021 : 113 400 euros HT ;

* frais au titre de la surveillance de la molinie tardive : 1 325 euros HT.

A des mémoires en défense et un mémoire récapitulatif, enregistrés le 20 octobre 2020, le 30 juin 2021, le 17 décembre 2021 et le 13 juin 2022, la société Antéa Group, représentée A Me El Fadl, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, sur le fondement de la responsabilité extra contractuelle, à la condamnation solidaire du SMED, de l'Etat, du département des Alpes-Maritimes, de la société Alpine de Géotechniques (SAGE) et de la société Bermont et Fils à la garantir et à la relever de toutes les éventuelles condamnations qui seraient prononcées à son encontre ;

3°) à titre très subsidiaire, à limiter l'imputabilité de la société Antéa Group à un pourcentage de responsabilité n'excédant pas 10% ;

4°) à ce qu'il soit mis à la charge solidaire des parties succombantes une somme de 15 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le glissement de terrain est un cas de force majeure ; la responsabilité de la société Antéa ne peut dès lors pas être recherchée pour faute ;

- D a résilié le marché de travaux pour force majeure ;

- l'expert judiciaire a été dans l'incapacité de déterminer la cause du glissement de terrain dont le caractère exceptionnel n'est pas contesté ; c'est à tort que l'expert a considéré que l'activité d'extraction de la société Brémont et Fils n'avait joué aucun rôle dans le glissement de terrain ;

- l'expert a imputé à la société Antéa Group une part de responsabilité de 50% sans qu'aucun élément technique ne vienne le justifier ;

- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ; les travaux sous maîtrise d'œuvre d'Antéa Group n'ont joué aucun rôle causal dans la survenance du glissement de terrain ; il était impossible de prévenir la survenance d'un évènement de cette ampleur dès lors qu'il était imprévisible et que les acteurs du projet ont privé Antéa Group de l'accès à de nombreuses informations nécessaires à l'accomplissement de sa mission ;

- le site litigieux a été choisi A le conseil départemental des Alpes-Maritimes ; c'est lui qui a demandé à Antéa Group d'évaluer la faisabilité du projet sur le site litigieux ;

- le rapport établi A Antéa en mars 2006 correspondant à l'analyse multicritères exigée A la règlementation et les règles de l'art ; il a été établi sur la base de la documentation disponible ; le conseil départemental des Alpes-Maritimes et la DREAL n'ont pas communiqué les informations qu'ils avaient en leur possession ;

- lors de la remise du rapport et au jour du démarrage des travaux, il n'y avait aucun indice de déformation identifiable ni aucun mouvement ; les glissements étaient anciens et stabilisés ;

- le site était connu défavorablement de l'administration française pour tout aménagement ; l'Etat n'aurait pas dû autoriser l'exploitation d'une carrière et d'un ISDND, la commune de Massoins aurait dû réagir et le conseil départemental n'aurait pas dû recommander d'investiguer sur ce site pour le projet ;

- la carence de l'administration est seule à l'origine de l'échec du projet ; Antéa a rempli sa mission ; la responsabilité repose sur l'Etat et le conseil départemental des Alpes-Maritimes qui disposaient de l'intégralité des informations ;

-la demande indemnitaire du SMED n'est pas fondée ; le projet d'ISDND n'était pas viable dès l'origine ; sans le glissement de terrain, D aurait engagé le coût des travaux en pure perte ; il n'appartient pas à la société Antéa Group de supporter le coût des travaux pour un projet qui présentait des dysfonctionnements majeurs ;

- un projet de reconversion du site en ISDI est envisageable et permettrait de réduire sensiblement le coût de réhabilitation du site.

- si la société Antéa Group venait à être condamnée, elle doit être garantie intégralement A l'ensemble des parties dès lors que des fautes ont été commises A le conseil départemental des Alpes-Maritimes, A l'Etat, A la société Bermont et Fils, A D et A la société Sage ;

- si une faute engageant sa responsabilité doit être reprochée à la société Antéa Group, la part de responsabilité d'Antéa Group doit être ramenée à de plus justes proportions ; l'expert a augmenté la part de responsabilité de la société de 35% à 50 % entre le pré-rapport et le rapport d'expertise final sans qu'aucun élément technique nouveau ne soit venu le justifier ; elle a identifié précocement l'aléa et n'a commis aucune erreur de calcul ou de diagnostic ;

A des mémoires en défense, enregistrés le 29 juin 2021 et le 29 septembre 2021, le préfet de la région Provence Alpes Côte d'Azur, représenté A Me Gaspar, conclut :

1°) au rejet des conclusions d'appel en garantie formées A la société Antéa Group ;

2°) à la condamnation de la société Antéa Group, de la société Alpine de Géotechnique (SAGE) et du département des Alpes-Maritimes à garantir l'Etat de toute condamnation prononcée à son encontre ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge solidaire de la société Antéa Group, de la société SAGE et du département des Alpes-Maritimes une somme de 3 000 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

-les conclusions de la société Antéa Group tendant à la condamnation de l'Etat à la relever et la garantir de toute condamnation sont irrecevables dès lors que la requête ne contient pas l'exposé des moyens, notamment le fondement juridique de la demande ;

- la DREAL n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ; elle n'a aucune obligation légale ou règlementaire de transmettre aux maîtres d'ouvrage une quelconque base de données ; si l'expert a relevé qu'elle aurait dû transmettre des données à la société Antéa Group, il n'a pas précisé lesquelles ; ainsi, les allégations de l'expert ne sont pas fondées ; elle ne joue pas un rôle de conseil vis-à-vis des maîtres d'ouvrage ; ni D, ni la société Antéa Group n'ont entamé un quelconque dialogue avec la DREAL ; si la DREAL intervient dans l'instruction des demandes d'ICPE, c'est la direction départementale des territoires et de la mer des Alpes-Maritimes qui est chargée des missions de prévention des risques naturels ;

- la société Antéa Group avait identifié des mouvements du sol mais avait conclu que le glissement était ancien et stabilisé ;

- les arrêtés du 29 mai 2012 ne sont entachés d'aucune illégalité ;

- si la responsabilité de l'Etat était retenue dans l'origine des préjudices subis A D, la société Antéa Group, la société SAGE et le département des Alpes-Maritimes devront être condamnés à garantir l'Etat dès lors qu'ils ont engagé leur responsabilité délictuelle ; la société Antéa Group a commis une faute dans l'exécution des missions contractuelles envers D en ne l'alertant pas de la possibilité que le glissement de terrain puisse se réactiver et en ne l'informant pas qu'un tel glissement de terrain était incompatible avec l'ISDND ; la société SAGE était tenue d'interroger les intervenants à l'acte de construire sur la question de l'appréhension des conséquences de la réactivation du glissement, ce qu'elle n'a pas fait, et aurait dû alerter la société Antéa Group et le maître d'ouvrage sur l'incompatibilité entre un site ayant subi un glissement de sol et l'installation en cause ; le département des Alpes-Maritimes a assisté techniquement D et n'a pas été en mesure d'expliquer son choix de sélectionner le site du Vescorn.

A un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2021, la société Bermont et Fils, représentée A E, conclut au rejet de la demande de la société Antéa Group tendant à la relever et la garantir des condamnations prononcées contre elle et demande au tribunal de mettre à la charge de la société Antéa Group une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'exploitation de la carrière n'est pas à l'origine du glissement de terrain ; la carrière participe à la sécurisation de la zone d'instabilité en allégeant le poids du massif A le haut ; le site litigieux est dans une cinétique de glissement général alors que la cinétique du site de la carrière est un tassement lent et général ;

- le site du SMED et celui de la carrière sont indépendants ; ils font partie de compartiments géologiques différents, séparés A des réseaux de fissuration.

A un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2021, le département des Alpes-Maritimes, conclut au rejet des conclusions d'appel en garantie formées A la société Antéa Group à son encontre.

Il fait valoir que :

- les conclusions tendant à la condamnation du département à relever et garantir la société Antéa Group de toute condamnation sont irrecevables dès lors que celle-ci n'a pas précisé le fondement juridique de cette demande et qu'elle n'expose aucun moyen ;

- si ces conclusions étaient considérées comme recevables, elles ne pourront qu'être rejetées dès lors que le département n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité dans l'opération litigieuse ; il n'a pas joué un rôle central de coordinateur administratif ni de sachant technique, il n'a pas choisi ni imposé le site de construction et il n'a pas conduit D, dont il est membre, dans des erreurs techniques et administratives, notamment en concluant un contrat inadapté ;

- le département n'est pas le maître d'ouvrage ; la circonstance qu'il soit membre du SMED ne saurait lui conférer cette qualification juridique de maître d'ouvrage ;

- les compétences du département en matière de déchets, avant la loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République, étaient codifiées à l'article L. 541-1 du code de l'environnement ; le département n'avait pas vocation à être maître d'ouvrage de l'aménagement d'un site mais était fondé à confier des études préalables dans le cadre de la recherche d'un site adéquat destiné à accueillir l'implantation de nouvelles installations ; c'est ce qu'il a fait sur la période de 2004 à 2006, laquelle a conduit à l'étude confiée à Antéa Group le 31 mars 2006 ; au terme de cette étude, Antéa Group a retenu que le site apparaissait comme une solution viable pour le projet ;

- les données pertinentes connues du département étaient également détenues ou connues A l'ensemble des acteurs en charge de l'opération ; aucun lien de causalité direct ne peut être établi entre l'action du département et les dommages subis.

A ordonnance du 14 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 juin 2022 à 12 heures.

II- A une requête n° 1901962 et un mémoire, enregistrés le 24 avril 2019, le 21 juillet 2021, le syndicat mixte d'élimination des déchets (SMED) - CVO Azuréo, représenté A Me Manaigo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner solidairement la société " Société Alpine Géotechnique " (SAGE) à lui verser une somme de 8 741 383,95 euros HT à titre des dommages et intérêts en réparation de son préjudice financier causé A ses fautes extra contractuelles, à savoir la méconnaissance des dispositions légales et règlementaires applicables à la mise en œuvre de sa mission de type G3 et la violation des règles de l'art régissant l'exercice de sa profession, dans le cadre du marché public de maîtrise d'œuvre de réalisation d'une installation de stockage de déchets non dangereux (ISDND) sur le site du Vescorn situé sur la commune de Massoins ;

2°) à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où le tribunal jugerait que la responsabilité extra contractuelle de la société SAGE ne peut pas être engagée, de condamner solidairement la société Suez RV Méditerranée, anciennement société SITA SUD, la SAS Garelli et la société TP Spada à lui verser une somme de 8 741 383,95 euros HT à titre des dommages et intérêts en réparation de son préjudice financier causé A les fautes du sous-traitant, la société SAGE, dans le cadre de l'exécution de sa mission dans le cadre du marché public de maîtrise d'œuvre de réalisation d'une ISDND sur le site du Vescorn situé sur la commune de Massoins ;

3°) à titre très subsidiaire, si le tribunal estimait ne retenir que la part d'imputabilité de 0,5% de responsabilité concernant la société SAGE, de condamner solidairement la société SAGE à lui verser la somme de 43 707 euros HT à titre de dommages et intérêts en réparation de son préjudice financier causé A les fautes extra contractuelles de cette société ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, si le tribunal estimait que la responsabilité extra contractuelle de la société SAGE ne peut pas être engagée, de condamner solidairement la société Suez RV Méditerranée, la SAS Garelli et la société TP Spada à lui verser une somme de 43 707 euros HT au titre des dommages et intérêts en réparation de son préjudice financier causé A les fautes de leur sous-traitant, la société SAGE ;

5°) de mettre à la charge de la partie perdante une somme de 30 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à la condamner aux entiers dépens.

Il soutient que :

- un marché de construction et d'exploitation a été signé le 9 juin 2011 pour cinq ans entre D et le groupement d'entreprises composés des sociétés SITA, Garelli et Spada pour un montant de travaux de 7 126 648 euros ; le groupement d'entreprise a sous-traité une partie de ce marché de travaux à la SARL SAGE, chargée d'une mission géologique de type mission G3 ;

- aucune responsabilité contractuelle ne peut être recherchée A D à l'encontre des entreprises cocontractantes car la situation litigieuse ne découle pas de l'exécution des travaux et que celles-ci n'ont aucune compétence en matière de géologie ; la société SAGE est un sous-traitant agréé A D et a bénéficié d'un paiement direct ; D est donc recevable à se prévaloir d'une inexécution fautive de la société SAGE aux règles de l'art de sa profession dans le cadre de l'exécution du contrat ; la responsabilité extra contractuelle de la société SAGE est engagée vis-à-vis du maître d'ouvrage ; D est fondé à demander la condamnation de la société SAGE à réparer, solidairement avec la société Antéa Group, l'intégralité de ses préjudices financiers ;

- la responsabilité extra contractuelle de la société SAGE est engagée, solidairement avec la responsabilité de la société Antéa Group ;

- la faute commise A la société Antéa Group et A la société SAGE est une faute commune et indivisible ; les entreprises n'ont pas tenu compte de la situation géologique du site de Massoins qui révélait la présence de zones de glissement sur le versant élu pour effectuer les travaux ;

- la société SAGE engage également sa responsabilité dans la survenance du dommage en raison du manquement à ses obligations contractuelles en phase de travaux ; elle a manqué à son devoir d'alerte du groupement d'entreprises et du maître d'ouvrage en s'abstenant de formuler la moindre observation sur la poursuite des travaux au cours des réunions de chantier ;

- si ces fautes n'avaient pas été commises aucun préjudice financier n'aurait été subi A D dès lors que les protagonistes auraient été en mesure de stopper la mise en œuvre du projet ;

- le préjudice du SMED est constitué A l'ensemble des dépenses engagées en pure perte dans le cadre du projet qui ne peut pas aboutir ; l'expert a considéré que le site était impropre à sa destination et le préfet a pris un arrêté mettant en demeure D de procéder à la mise à l'arrêt définitif du site d'ISDND au regard de l'existence du glissement de terrain continu affectant le terrain d'assiette du projet du SMED ;

- les préjudices subis A D se décomposent comme suit :

* travaux effectués en pure perte au 31 janvier 2015 : 7 722 291,75 euros HT ;

* dépenses surveillance du chantier : 18 000 euros HT ;

* loyer annuel réglé à la commune de Massoins : 245 000 euros HT ;

* travaux prescrits A l'expert judiciaire de réalisation d'une tranchée pour évacuer les eaux de l'affouillement : 34 125 euros HT ;

* frais de relogement des habitants du Vescorn : 5 250 euros HT ;

* coût de remise en état des lieux : 600 000 euros HT ;

* marché pour le suivi de l'évolution géologique des fissures affectant la digue : 90 227 euros HT.

A un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2020, et des mémoires récapitulatifs, enregistrés le 25 juin et le 31 août 2021, la société Garelli, représentée A Me Pujol, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que la société Antéa Group, la société SAGE, l'Etat et le conseil départemental des Alpes-Maritimes soient condamnés à la relever et à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge du SMED une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce qu'il soit condamné aux entiers dépens.

Elle fait valoir que :

- à la suite de l'arrêt définitif du chantier, D a notifié au groupement SITA Sud, Garelli et TP Spada, le 28 avril 2014, une décision de résiliation du marché de construction et de travaux, ce qui a mis fin aux relations contractuelles entre le maître d'ouvrage et le groupement ;

- la responsabilité de la société Garelli n'est pas susceptible d'être engagée ;

- la société Antéa Group, la société SAGE, l'Etat et le conseil départemental des Alpes-Maritimes sont les seuls responsables dès lors qu'ils ont décidé de réaliser les travaux sur un massif instable ;

- si elle devait être condamnée, elle est fondée à solliciter, sur le fondement de la responsabilité quasi délictuelle, que la société Antéa Group, la société SAGE, l'Etat et le conseil départemental des Alpes-Maritimes soient condamnés à la relever et à la garantir en raison des fautes qu'ils ont commises.

A des mémoires en défense, enregistrés le 7 août 2020, le 14 décembre 2020, le 29 juin 2021, le 9 août 2021 et le 20 avril 2022, la société Suez RV Méditerranée, venant aux droits de la société SITA Sud, représentée A Me Michau, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet de la demande de condamnation in solidum du groupement d'entreprises et à limiter la condamnation de la société RV Méditerranée à 0,5% des préjudices alloués au SMED ;

3°) à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum du SMED, de la société Antéa Group, de la société Garelli, de la société TP Spada, de la société SAGE, de l'Etat et du département des Alpes-Maritimes à la relever et à la garantir de l'ensemble des condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre ;

4°) à ce qu'il soit mis à la charge de chaque partie succombante le paiement d'une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et aux entiers dépens.

Elle fait valoir que :

- aucune faute ne peut lui être reprochée ; elle n'avait aucun rôle dans la réalisation des travaux qui étaient à la charge de la société TP Spada et de la société Garelli ; elle avait seulement en charge l'exploitation du futur ISDND ;

- elle a elle-même subi un préjudice du fait de l'abandon du projet ;

- le marché de travaux a été résilié pour cause de force majeure à la demande du SMED lui-même ; D ne peut aujourd'hui reprocher aux membres du groupement une faute ; cette résiliation ne peut pas être remise en cause ; D n'est pas fondé à rechercher la responsabilité du groupement sur le fondement contractuel ;

- l'expert n'a retenu aucune faute contre la société SITA Sud ; la part de responsabilité imputée à la société SAGE, sous-traitant des sociétés Garelli et TP Spada, est quasi nulle ;

- seules les responsabilités de la société Antéa Group, de l'Etat et du conseil départemental des Alpes-Maritimes peuvent être recherchées ;

- aucune faute ne peut être reprochée à la société SAGE ; elle a été missionnée au commencement des travaux, après la réalisation des études, et ne devait identifier que les risques afférents à l'ouvrage lui-même et non ceux résultant du terrain ;

- les désordres n'ont aucun lien avec les travaux réalisés mais avec le choix du terrain et avec l'absence de prise en compte des risques de glissement ;

- les fautes reprochées aux intervenants étant diverses et leur participation aux préjudices étant ventilée selon l'imputabilité, aucune condamnation in solidum ne peut intervenir ;

- si elle devait être condamnée, elle est fondée à réclamer la garantie des autres intervenants ;

- le montant des postes de préjudices réclamés A la SMED n'est pas justifié.

A des mémoires en défense, enregistrés le 29 juin 2021 et le 8 août 2021, et un mémoire, enregistré le 20 décembre 2022, non communiqué, la société TP Spada, représentée A Me Hamdi, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum de la société Antéa Group, de l'Etat, du conseil départemental des Alpes-Maritimes, sur le fondement de la responsabilité contractuelle, et à la condamnation de la société SAGE, sur le fondement de la responsabilité extra contractuelle, à la relever et garantir de toute condamnation pouvant être prononcée à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de tout succombant une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et aux entiers dépens.

Elle fait valoir que :

- D a résilié le marché de travaux et de construction pour une cause de force majeure à compter du 15 mai 2014 ; cette décision est devenue définitive ;

- aucune responsabilité ne peut être imputée à la société TP Spada.

A un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2021, le département des Alpes-Maritimes conclut :

1°) à titre principal, au rejet des conclusions en appel en garantie formées A les sociétés TP Spada et Garelli comme irrecevables ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet des conclusions en appel en garantie formées A les sociétés TP Spada et Garelli comme infondées.

Il fait valoir que :

- les demandes d'appel en garantie des sociétés Garelli et TP Spada sont irrecevables ; elles ne font pas état des moyens de fait et de droit sur lesquels ces sociétés fondent leurs demandes ; elles se bornent à reprendre les conclusions du rapport d'expertise sans indiquer quelles fautes aurait commis le département ;

- les fautes que la collectivité aurait commises ne sont ni établies ni caractérisées ;

- à supposer ces conclusions recevables, le département n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;

- la circonstance que le département soit membre du SMED ne saurait lui donner la qualité de maître d'ouvrage ;

- le département n'avait pas vocation à être maître d'ouvrage de l'aménagement d'un site mais était tout à fait fondé à confier des études préalables pour permettre d'en rechercher un destiné à accueillir l'implantation de nouvelles installations ;

- le département a confié à Antéa Group une mission afin de trouver un site adéquat entre 2004 et 2006 ; ce n'est pas le département qui a décidé de retenir le site de Massoins ; c'est le seul SMED qui a passé les commandes publiques nécessaires à la réalisation du centre de stockage ;

- c'est en sa qualité de planificateur de l'élimination des déchets que le département était membre du SMED et qu'il lui a apporté à ce titre un conseil technique ; il ne s'agissait pas d'une assistance à maîtrise d'ouvrage.

A des mémoires en défense, enregistrés le 18 mai 2022, le 19 mai 2022 et le 20 mai 2022, la société Alpine Géotechnique (SAGE), représentée A Me Rabhi, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à la condamnation de la société Antéa Group, de l'Etat et du département des Alpes-Maritimes, et toute autre partie déclarée responsable, à la relever et garantir des condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge de la société Antéa Group, de l'Etat et du département des Alpes-Maritimes, et de toute autre partie déclarée responsable, une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- il existe une incohérence entre l'origine du sinistre, qui a été identifiée comme étant exclusivement imputable au contexte naturel du site, et l'imputabilité résiduelle à la société SAGE qui n'est intervenue qu'au titre de la mission C3 partielle sur une période très limitée ;

- elle est intervenue avec la validation d'Antéa Group et de la DREAL et elle n'a pas participé au choix du site ; elle est intervenue en marge d'un projet bien avancé pour une mission très spécifique sans lien de causalité avec la survenance du sinistre qui est lié à la localisation du site ;

- elle n'a pas participé au choix du site ; elle est intervenue comme concepteur final des ouvrages ;

- aucune faute ne peut lui être reprochée au titre de la mission qui lui a été confiée ;

- elle est intervenue comme sous-traitant du groupement ; les actions du titulaire du lot contre son sous-traitant relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire ;

- la société Antéa Group a commis une faute grave ; dès l'origine du choix du site en 2006, elle aurait dû conclure à l'impossibilité d'y réaliser l'ouvrage ;

- la société Antéa Group doit la relever et la garantir des éventuelles condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre ;

- la DREAL a commis une faute dès lors qu'elle disposait des éléments techniques, qu'elle a tardé à fournir des éléments d'information et qu'elle n'a pas pris en considération les évolutions probables du site ;

- le département des Alpes-Maritimes disposait de l'ensemble des informations qui aurait dû conduire à l'arrêt de l'aménagement du site ; il n'a jamais décidé d'interrompre le projet ; il a été porté préjudice à la société SAGE qui a pris en considération son analyse quant à l'absence de risque sur le chantier ; les mauvaises analyses d'Antéa ont causé un préjudice à la société SAGE ;

- elle est fondée à demander à ce que la société Antéa Group, le département des Alpes-Maritimes et l'Etat la relèvent et la garantissent en cas de condamnation prononcée à son encontre.

A un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, le préfet de la région Provence Alpes Côte d'Azur, représenté A Me Gaspar, conclut :

1°) au rejet des conclusions d'appel en garantie dirigées contre l'Etat ;

2°) à la condamnation de la société Antéa, de la société Alpine de Géotechnique (SAGE) et du département des Alpes-Maritimes à garantir l'Etat de toute condamnation prononcée à son encontre ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge solidaire de la société Antéa, de la société SAGE et du département des Alpes-Maritimes une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la société Suez RV Méditerranée, la société Garelli, la société TP Spada et la société SAGE se contentent de renvoyer aux conclusions du rapport d'expertise pour rechercher la responsabilité de l'Etat ;

- les conclusions de la société Antéa Group tendant à la condamnation de l'Etat à le relever et le garantir de toute condamnation sont irrecevables dès lors que la requête ne contient pas l'exposé des moyens, notamment le fondement juridique de la demande ;

- la DREAL n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ; elle n'a aucune obligation légale ou règlementaire de transmettre aux maîtres d'ouvrage une quelconque base de données ; si l'expert a relevé qu'elle aurait dû transmettre des données à la société Antéa Group, il n'a pas précisé lesquelles ; ainsi, les allégations de l'expert ne sont pas fondées ; elle ne joue pas un rôle de conseil vis-à-vis des maitres d'ouvrage ; ni D, ni la société Antéa Group n'ont entamé un quelconque dialogue avec la DREAL ; si la DREAL intervient dans l'instruction des demandes d'ICPE, c'est la direction départementale des territoires et de la mer des Alpes-Maritimes qui chargée des missions de prévention des risques naturels ;

- la société Antéa Group avait identifié des mouvements du sol mais avait conclu que le glissement était ancien et stabilisé ;

- les arrêtés du 29 mai 2012 ne sont entachés d'aucune illégalité ;

- si la responsabilité de l'Etat était retenue dans l'origine des préjudices subis A D, la société Antéa Group, la société SAGE et le département des Alpes-Maritimes devront être condamnés à garantir l'Etat dès lors qu'ils ont engagé leur responsabilité délictuelle ; la société Antéa Group a commis une faute dans l'exécution des missions contractuelles envers D en ne l'alertant pas de la possibilité que le glissement de terrain puisse se réactiver et en ne l'informant pas qu'un tel glissement de terrain était incompatible avec l'ISDND ; la société SAGE était tenue d'interroger les intervenants à l'acte de construire sur la question de l'appréhension des conséquences de la réactivation du glissement, ce qu'elle n'a pas fait, et aurait dû alerter la société Antéa Group et le maître d'ouvrage sur l'incompatibilité entre un site ayant subi un glissement de sol et l'installation en cause ; le département des Alpes-Maritimes a assisté techniquement D et n'a pas été en mesure d'expliquer son choix de sélectionner le site du Vescorn.

A ordonnance du 29 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 décembre 2022 à 12 heures.

Un mémoire présenté A le département des Alpes-Maritimes a été enregistré le 26 décembre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- l'ordonnance de liquidation et taxation des frais et honoraires d'expertise du 3 décembre 2020 ;

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 janvier 2023 :

- le rapport de Mme Chaumont, conseillère,

- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public,

- et les observations de :

* Me Manaigo, représentant le syndicat mixte d'élimination des déchets ;

* Me Jolly, représentant le préfet de la région Provence Alpes Côte d'Azur ;

* Me Michau, représentant la société Suez ;

* Me Pujol, représentant la société Garelli ;

* Me Hamdi, représentant la société TP Spada ;

* Me Rabhi, représentant la société SAGE ;

* M. B, représentant le département des Alpes-Maritimes.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de la construction d'une installation de stockage de déchets non dangereux (ISDND) sur le site du Vescorn, situé sur le territoire de la commune de Massoins, le syndicat mixte d'élimination des déchets du moyen pays (SMED) a confié le marché de maîtrise d'assistance à maîtrise d'ouvrage et de maîtrise d'œuvre à la société Antéa Group SA A un acte d'engagement du 28 décembre 2007. Le marché relatif à la création, la mise en route et l'exploitation sur une durée de cinq ans d'une ISDND a été attribué, A acte d'engagement du 9 juin 2011, au groupement solidaire d'entreprises constitué de la société SITA Sud, au droit de laquelle est venue la société Suez Méditerranée, de la SAS Garelli et de la SAS TP Spada. Le 29 mai 2012, le préfet des Alpes-Maritimes a autorisé les travaux d'affouillement et d'aménagement préalables à la création de l'installation de stockage de déchets non dangereux au lieu-dit Vescorn sur la commune de Massoins. A compter du mois de mai 2013, les travaux de terrassement principaux ont été réalisés sous le contrôle et la direction de la société Antéa Group. Le 27 mars 2014, suite à des gonflements du terrain et à une fissuration, apparus sur les parois inférieures du site, les travaux ont été temporairement arrêtés. En mai 2014, compte tenu de l'aggravation des désordres affectant le site d'enfouissement, le chantier a été définitivement arrêté A D. Suite à l'arrêt définitif du chantier, D a notifié au groupement SITA Sud, Garelli et TP Spada, le 28 avril 2014, une décision de résiliation du marché relatif à la création, la mise en route et l'exploitation de l'ISDND.

2. A une requête du 6 janvier 2016, D a saisi le juge des référés sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative afin qu'il ordonne une expertise en vue d'identifier la cause des désordres, leur origine, les modalités de leur réparation, les responsabilités qui en découlent et d'évaluer la capacité du site à accueillir un centre de stockage des déchets ultimes (CSDU) et ses possibilités d'exploitation de la gestion des déchets. A une ordonnance n° 1600168 du 8 avril 2016, M. C a été désigné en qualité d'expert. Les opérations de cette expertise, initialement en présence du SMED, de la commune de Massoins et de la société Antéa Group, ont été étendues, A ordonnances n° 1603435 du 14 décembre 2016 et n° 1905571 du 24 janvier 2020, à la société Suez RV Méditerranée, venant aux droits de la société SITA Sud, à la société Garelli SAS et son assureur, la SMABTP, à la société TP Spada, à la société Alpine de Géotechnique (SAGE) et à son assureur Zurich Insurance PLC, à la société TECS et son assureur Axa France Iard, à la société Bermont et Fils, à la société Axa Corporate Solutions et au préfet de la région Provence Alpes Côte d'Azur (DREAL).

3. Un rapport d'expertise a été rendu le 2 septembre 2020 A M. C.

4. A la requête n° 1901244, D demande au tribunal, sur le fondement de la responsabilité contractuelle, de condamner la société Antéa Group à lui verser la somme totale de 9 254 666,75 euros en réparation du préjudice financier causé A ses fautes dans le cadre du marché de maîtrise d'œuvre de réalisation d'une ISDND sur le site du Vescorn.

5. A la requête n° 1901962, D demande au tribunal, à titre principal, sur le fondement de la responsabilité extra contractuelle, de condamner la société SAGE à lui verser la somme totale de 8 741 383,95 euros HT en réparation de son préjudice financier causé A les fautes commises dans le cadre de sa mission de type G3, à titre subsidiaire, de condamner solidairement la société Suez RV Méditerranée, la SAS Garelli et la société TP Spada à lui verser la somme totale de 8 741 383,95 euros HT en réparation du préjudice financier causé A les fautes de la société SAGE dans le cadre de l'exécution de sa mission, à titre très subsidiaire, sur le fondement de la responsabilité extra contractuelle, de condamner la société SAGE à lui verser la somme de 43 707 euros HT en réparation du préjudice financier causé A ses fautes dans l'exécution de sa mission dans la cadre du marché de travaux et, à titre infiniment subsidiaire, de condamner solidairement la société Suez RV Méditerranée, la SAS Garelli et la société TP Spada à lui verser la somme de 43 707 euros HT en réparation du préjudice financier causé A les fautes de la société SAGE, sous-traitant du groupement d'entreprises.

Sur la demande de jonction :

6. La société Suez RV Méditerranée, la société Garelli et la société TP Spada demandent à ce qu'il soit procédé à la jonction de la requête 1901244 avec la requête enregistrée le 24 avril 2019 au greffe du tribunal sous le numéro 1901962, A laquelle D a sollicité la condamnation de la société SAGE à l'indemniser du préjudice financier subi dans le cadre du marché de construction de l'ISDND. Les requêtes enregistrées sous les numéros 1901244 et 1901962 concernent le même requérant et présentent à juger de questions analogues. A suite, il y a lieu de faire droit à cette demande de jonction.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne la responsabilité contractuelle de la société Antéa Group, maître d'œuvre :

S'agissant du manquement aux obligations contractuelles :

7. La responsabilité contractuelle du maître d'œuvre ne peut plus être recherchée au titre de la faute commise A celui-ci dans l'accomplissement de ses obligations contractuelles lors de la conception ou de la réalisation des travaux après la réception de l'ouvrage, alors même que la réception du marché de maîtrise d'œuvre ne serait pas intervenue.

8. En l'espèce, il est constant que le marché de travaux a été résilié pour un cas de force majeure A D le 28 avril 2014. Cette résiliation ne fait pas obstacle à ce que D recherche la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre.

9. D reproche à la société Antéa Group de ne pas avoir exécuté ses obligations contractuelles en manquant à son devoir de conseil en phase avant travaux et après travaux et de ne pas avoir exécuté correctement ses prestations dans le cadre des opérations de conception.

10. Il résulte de l'instruction que la société Antéa Group, spécialiste en géologie, a été missionnée A le conseil général des Alpes-Maritimes en 2006 afin de lancer une étude de pré faisabilité d'un CSDU, ce site devant offrir une capacité permettant de stocker environ 25 000 tonnes A an de déchets pendant au minimum 20 ans. Dans ce rapport, remis au département en 2006, la société Antéa Group relevait une sensibilité du site aux glissements de la couverture colluvionnaire et éluvionnaire mais concluait à la viabilité du projet sur ce site. La société Antéa Group s'est alors vue confier une mission de maîtrise d'œuvre A D afin de l'accompagner dans son projet de construction d'un ISDND. Elle devait ainsi réaliser notamment, les études d'avant-projet, les études de projet, la réalisation du dossier de demande d'autorisation d'exploiter (DDAE) au titre de la législation des installations classées pour la protection de l'environnement et autres autorisations. Les conclusions de l'étude réalisée en 2006 ont été réitérées dans le rapport élaboré A la société Antéa Group en 2009 ainsi que dans l'étude d'impact annexée au dossier de demande d'autorisation environnementale (DDAE) établi A le maitre d'œuvre.

11. Il résulte également de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la société Antéa Group a réalisé les études conformément aux missions qui lui avaient été confiées. L'expert relève d'ailleurs sur ce point que la société a effectué la mission de maîtrise d'œuvre conformément aux dispositions du CCAP.. Toutefois, il résulte de l'expertise que, alors qu'elle avait identifié, tout au long du projet, un diagnostic de glissement ancien, la société Antéa Group n'a pour autant pas doublé ce constat d'un pronostic d'absence d'instabilité en cours, alors que le versant du Vescorn présentait des instabilités générales, lesquelles instabilités avaient été signalées à plusieurs reprises dès la construction de la piste au 19ème siècle et que, dans les années 1990, l'administration avait estimé que " tout ce versant de la rive gauche devra être évité en raison de son instabilité ancienne et de la possibilité de réactivation du glissement ". A ailleurs, il résulte également du rapport d'expertise qu'il est d'usage primordial en géologie de considérer tout glissement ancien comme pouvant se réactiver à tout moment. Ainsi, la question géologique élémentaire d'une remobilisation de ce glissement n'a jamais été évoquée A la société Antéa Group, qu'elle intervienne du fait de travaux ou du fait de causes naturelles. Ce faisant, cette dernière a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

S'agissant du lien de causalité :

12. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise que les faits dommageables sont exclusivement imputables au contexte naturel du site, ces désordres trouvant leur origine dans la réactivation d'un grand glissement ancien. En effet, les désordres affectant le versant avaient été identifiés dès le 19ème siècle et avaient été répertoriés en 1999 après l'ouverture de la carrière exploitée A la société Bermont et Fils, conduisant à une mise sous surveillance du secteur à partir de 2002 à la demande de la DREAL, le haut du versant du Vescorn étant alors identifié comme étant en mouvement régulier. La société Antéa Group, spécialiste en géologie et missionnée pour accompagner les démarches du SMED, si elle a tout au long du projet réitéré le diagnostic de glissement ancien, a toutefois estimé qu'il ne présentait pas d'instabilité et a choisi de considérer comme faible le risque de survenue d'un aléa. Ainsi, la faute commise A la société Antéa Group dans sa mission de conseil au maître d'ouvrage est à l'origine directe et certaine des désordres constatés et de l'arrêt du projet d'ISDND.

S'agissant de la cause exonératoire de responsabilité :

13. La société Antéa Group fait valoir que le glissement de terrain est dû à un cas de force majeure. Si l'expert a indiqué que les faits dommageables sont exclusivement imputables au contexte naturel du site, que le glissement est irrésistible et que ses causes sont extérieures aux intervenants, il résulte toutefois de l'instruction et de ce qui a été dit aux points précédents que la stabilité précaire du versant était prévisible et diagnostiquée, seul le déclenchement du glissement ne pouvant l'être. Enfin, ainsi qu'il a été dit précédemment et comme l'a relevé l'expert dans son rapport, il est d'usage primordial en géologie de considérer tout glissement ancien comme pouvant se réactiver à tout moment. Dans ces conditions, le glissement survenu qui a conduit à l'interruption définitive des travaux ne peut être regardé comme constitutif d'un cas de force majeure de nature à exonérer la société Antéa Group de sa responsabilité.

14. Il résulte de tout ce qui précède que D est fondé à rechercher la responsabilité contractuelle de la société Antéa Group pour les fautes commises dans sa mission de maîtrise d'œuvre.

En ce qui concerne la responsabilité quasi-délictuelle de la société SAGE, sous-traitant et la responsabilité du groupement d'entreprises :

15. S'il appartient, en principe, au maître d'ouvrage qui entend obtenir la réparation des conséquences dommageables d'un vice imputable à la conception ou à l'exécution d'un ouvrage de diriger son action contre le ou les constructeurs avec lesquels il a conclu un contrat de louage d'ouvrage, il lui est toutefois loisible, dans le cas où la responsabilité du ou des cocontractants ne pourrait pas être utilement recherchée, de mettre en cause, sur le terrain quasi-délictuel, la responsabilité des participants à une opération de construction avec lesquels il n'a pas conclu de contrat de louage d'ouvrage, mais qui sont intervenus sur le fondement d'un contrat conclu avec l'un des constructeurs. Il peut, à ce titre, invoquer, notamment, la violation des règles de l'art ou la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires mais ne saurait se prévaloir de fautes résultant de la seule inexécution, A les personnes intéressées, de leurs propres obligations contractuelles.

16. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les dommages subis sont le résultat du choix du site et de la décision de construire l'ISDND à cet endroit. En effet, l'expert relève, dans son rapport, que ce ne sont pas les travaux projetés qui sont à l'origine du dommage mais le versant encaissant lui-même, autrement dit le site projeté pour les travaux. Il résulte également du rapport d'expertise que si la société SAGE, intervenue en qualité de sous-traitant du groupement d'entreprises titulaire du marché de construction et d'exploitation, avait une mission de type G3, elle est intervenue très tard dans le projet, bien après que le choix du site a été retenu A D, sur un temps très court et très en marge des questions des instabilités générales du versant. Enfin, si la société SAGE devait procéder à une identification des risques résiduels, cela doit s'entendre, d'après l'expert, comme afférent à l'ouvrage lui-même. Ainsi, les travaux réalisés n'ont eu aucune incidence sur les dommages et seule la décision de construire l'ISDND sur le site du Vescorn est à l'origine des dommages subis. Dans ces conditions, aucune faute ne peut être reprochée aux entreprises Suez, Garelli et Spada, ni à leur sous-traitant, la société SAGE.

17. Ainsi, D n'est pas fondé à rechercher la responsabilité quasi délictuelle de la société SAGE, sous-traitant du groupement d'entreprise, ni la responsabilité du groupement d'entreprises titulaire du marché de construction et d'exploitation. A suite, les conclusions du SMED tendant à la condamnation de la société SAGE, la société Suez, la société Garelli et la société Spada ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les préjudices subis A D :

En ce qui concerne les travaux effectués en pure perte :

18. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport du sapiteur, que, en raison de l'arrêt du projet de construction de l'ISNDN, D a engagé des travaux en pure perte et que ces dépenses n'auraient pas eu lieu si le chantier n'avait pas été engagé. D soutient que le montant des travaux exposés en pure perte A D s'élève à la somme de 7 722 291,75 euros. Cette somme a été validée A le sapiteur dans le cadre de l'expertise ordonnée A le tribunal. Ainsi, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en condamnant la société Antéa Group à verser au SMED une somme de 7 722 291,75 euros HT au titre des travaux effectués en pure perte.

En ce qui concerne les dépenses de surveillance du chantier :

19. Il résulte de l'instruction que depuis la désinstallation du chantier, la société Toposud, qui exerce une activité de géomètre, prend des mesures de contrôle. Le sapiteur a également estimé que si les travaux n'avaient pas été engagés, ces dépenses n'auraient pas été nécessaires. Ainsi, il y a lieu de faire droit à la demande présentée A D pour la surveillance du chantier et de condamner la société Antéa Group à lui verser la somme de 18 000 euros HT à ce titre.

En ce qui concerne les travaux de réalisation d'une tranchée pour évacuer les eaux de l'affouillement :

20. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport du sapiteur, que ces travaux ont été validés, réalisés et réglés A D. Ce dernier produit notamment une facture de l'entreprise Cozzi d'un montant de 34 140 euros HT ayant pour objet " échancrure de la digue pour l'évacuation des eaux pluviales à la carrière Vescorn ". Ainsi, il y a lieu de faire droit à la demande présentée à ce titre A D et de condamner la société Antéa Group à lui verser une somme de 34 140 euros HT à ce titre.

En ce qui concerne le bail emphytéotique conclut avec la commune de Massoins :

21. Il résulte de l'instruction que, pour installer l'ISDND sur le site du Vescorn situé sur la commune de Massoins, D a conclu avec cette dernière un bail emphytéotique au terme duquel D devait lui verser un loyer annuel de 35 000 euros. Le projet d'ISDND ayant été abandonné, les loyers versés à la commune ont été engagés en pure perte. Il résulte A ailleurs de l'instruction que D a déjà versé à la commune l'équivalent de 9 loyers au total, soit une somme de 315 000 euros. A suite, il y a lieu de condamner la société Antéa Group à verser au SMED une somme de 315 000 euros à ce titre.

En ce qui concerne les frais de relogement des habitants du Vescorn :

22. Si D sollicite l'octroi d'une somme d'un montant de 5 250 euros au titre des frais exposés pour le relogement des habitants du Vescorn, il ne justifie toutefois pas de la réalité de cette dépense. En effet, il résulte de l'instruction que cette dépense aurait été assumée A la commune de Massoins et réimputée au SMED. A ailleurs D n'indique pas les raisons pour lesquelles les habitants ont été déplacés et relogés. Enfin, le seul document qui a été produit lors de l'expertise est un livre comptable intitulé " locations immobilières " ayant enregistré des dépenses pour un gîte d'un montant de 5 250 euros, pour les mois de mai à septembre 2014, sans toutefois qu'il ne soit justifié d'un lien entre cette dépense et les travaux de construction de l'ISDND. Dans ces conditions, D, qui ne justifie pas du caractère certain de ce chef de préjudice, n'est pas fondé à demander l'indemnisation de ce chef de préjudice.

En ce qui concerne les frais de remise en état des lieux :

23. D sollicite une somme de 600 000 euros HT au titre des frais de remise en état des lieux. Toutefois, il résulte de l'instruction que, si l'expert a sollicité, à ce titre, l'organisation d'un réseau hydrographique sans stagnation, l'organisation d'un réseau de draînage des eaux souterraines et des zones humides, la végétalisation et la plantation des terres de la fouille, la création de terrassettes, de végétalisation et l'effacement du fossé périmétrique passant au nord de la fouille ainsi que la révision, modification et intégration des autres fossés et chéneaux créés lors du projet, il n'est pas établi que cette remise en état ait été réalisée A D, ce dernier ne produisant, A ailleurs, au dossier qu'un devis de l'entreprise Cozzi d'un montant de 600 000 euros. En outre, il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert, que le devis proposé porte sur de simples mouvements de terre et que les chiffrages sont techniquement insuffisants. Il résulte également du rapport de l'expert que les modalités de remise en état passent d'abord A des autorisations préfectorales et que, si des travaux devaient être effectués, au vu de la surface des terres à nue concernées, les opérations de remise en état représenteraient un montant d'environ 536 400 euros. D n'établissant pas avoir obtenu l'autorisation de la préfecture des Alpes-Maritimes pour réaliser les travaux de remise en état des lieux ni avoir engagé de dépenses pour la remise en état des lieux, la demande d'indemnisation présentée à ce titre doit être écartée.

En ce qui concerne les frais de surveillance géologique du site :

24. D'une part, D soutient que A un arrêté du 16 juillet 2018, le préfet des Alpes-Maritimes a imposé une surveillance géologique du site et que cette surveillance a été assurée A la société Toposud du 6 décembre 2018 au 18 juin 2021 ainsi que A la société Ginger, suivant un acte d'engagement de décembre 2018 pour un coût de 90 227 euros HT. Il résulte de l'instruction, notamment de l'arrêté préfectoral précité, que les obligations qui s'imposent au SMED au titre de la surveillance géologique du site consistent à mettre en place une surveillance de toutes les fissures signalées dans le compte rendu de la direction départementale des territoires et de la mer des Alpes-Maritimes, à poursuivre le suivi topographique A Toposud et à assurer un suivi du niveau hydrostatique et des analyses physico chimiques des piézomètres. Toutefois, D ne justifie pas des dépenses exposées à ce titre. En effet, s'il produit l'acte d'engagement avec la société Ginger, celui-ci ne fait apparaître que le coût de chaque prestation, sans que ces éléments ne permettent de chiffrer le coût global de la prestation réalisée.

25. D'autre part, D sollicite également une somme de 113 400 euros HT correspondant au marché passé avec la société DGEOTECH pour assurer le suivi de la nouvelle fissure affectant la digue. Il résulte de l'instruction que ce marché contient une tranche ferme d'un montant de 63 600 euros HT pour les prestations de bases et des prestations supplémentaires d'un montant de 33 400 euros HT auxquelles peuvent s'associer une tranche optionnelle pour l'élaboration du dossier de travaux dans le cadre de la cessation d'activité d'un montant de 16 400 euros HT. Toutefois, si D produit au dossier le marché susvisé, il ne résulte pas de l'instruction que les prestations supplémentaires et la tranche optionnelle aient été réalisées. Dans ces conditions, D est seulement fondé à demander la condamnation de la société Antéa Group à lui verser une somme de 63 600 euros HT au titre des frais de surveillance géologique du site.

En ce qui concerne les frais liés au suivi de l'évolution de la plante molinie tardive :

26. D sollicite une somme de 1 325 euros HT à ce titre, sans toutefois justifier du lien entre la faute commise A la société Antéa Group et le préjudice subi. En effet, s'il produit une facture d'un montant de 1 325 euros HT lié au suivi de l'évolution de cette plante, il n'indique pas en quoi cette prestation est liée au glissement survenu et à l'abandon du projet d'ISDND. Dans ces conditions, la demande présentée à ce titre A D doit être écartée.

27. Il résulte de tout ce qui précède que la société Antéa Group doit être condamnée à verser au SMED une somme totale de 8 153 031,75 euros HT.

Sur les appels en garantie :

28. Le recours entre constructeurs, non contractuellement liés, ne peut avoir qu'un fondement quasi-délictuel. Coauteurs obligés in solidum à la réparation d'un même dommage, ces constructeurs ne sont tenus entre eux que pour la part déterminée à proportion du degré de gravité des fautes respectives qu'ils ont personnellement commises. A ailleurs, le responsable d'un dommage condamné à indemniser la victime n'est fondé à demander à être garanti A un tiers que si et dans la mesure où les condamnations qu'il supporte correspondent à un dommage également imputable à ce tiers.

En ce qui concerne l'appel en garantie de la société Antéa Group dirigé contre D :

29. La société Antéa Group n'est pas fondée à rechercher la garantie du SMED, demandeur dans la présente instance. A suite, l'appel en garantie formé à ce titre doit être rejeté.

En ce qui concerne l'appel en garantie de la société Antéa Group dirigé contre la société Bermont et Fils :

30. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que si la société Bermont et Fils connaissait les instabilités du secteur du Vescorn, elle n'a toutefois pas participé à la décision de créer un ISDND à cet endroit et n'est aucunement impliquée dans la survenue du glissement de terrain. Dans ces conditions, l'appel en garantie formé à son encontre doit être rejeté.

En ce qui concerne l'appel en garantie de la société Antéa Group dirigé contre la société SAGE :

31. Il résulte de ce qui a été dit aux points 16 et 17 que la société SAGE n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité et que le dommage subi A D ne peut pas lui être imputé, même en partie. A suite, l'appel en garantie formé A la société Antéa Group à l'encontre de la société SAGE doit être rejeté.

En ce qui concerne l'appel en garantie de la société Antéa Group dirigé contre l'Etat :

32. Il résulte de l'instruction que l'expert a relevé dans son rapport que la DREAL/DRIRE disposait d'archives et de données étendues sur le site du Vescorn, que la stabilité des lieux lui était précisément connue A son suivi de l'exploitation de la carrière Bermont et qu'au titre de sa mission d'instruction des demandes d'autorisation, il a été omis de demander à la société Antéa Group d'expliquer son choix de ne pas tenir compte du glissement pourtant précisé dans l'étude d'impact. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'étude d'impact a été rédigée A la société Antéa Group et que si celle-ci a indiqué, comme dans les rapports qu'elle avait précédemment élaborés dans le cadre de ce projet, que le site présentait des risques de glissement, elle a pourtant conclu à la faisabilité du projet sur le site du Vescorn. En outre, la société Antéa Group n'établit pas qu'il appartenait à l'Etat, dans le cadre de l'instruction de la demande d'autorisation d'exploitation, de remettre en question le choix du site. En effet, lors de l'examen de la demande d'autorisation d'exploiter, les services de l'Etat ont examiné l'état initial du site et de son environnement ainsi que l'impact du projet sur celui-ci. A ailleurs, dès lors que D avait fait le choix de s'adjoindre les services d'un bureau d'études spécialisé en géologie pour étudier, notamment, la capacité du site à accueillir un ISDND, il n'appartenait pas à l'Etat de remettre en cause ce choix. Enfin, à supposer même que les services de l'Etat dans le département des Alpes-Maritimes détenaient des informations sur le site du Vescorn, il ne résulte pas de l'instruction que la société Antéa Group a demandé la communication de ces informations. Dans ces conditions, l'Etat n'a commis aucune faute dans l'instruction de la demande d'autorisation d'exploiter. A suite, l'appel en garantie formé A la société Antéa Group à l'encontre de l'Etat doit être rejeté.

En ce qui concerne l'appel en garantie de la société Antéa Group dirigé contre le département des Alpes-Maritimes :

33. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que le département a accompagné et initié le projet depuis le début, avant même que D n'existe ou ne soit doté de la compétence de stockage des déchets et qu'il disposait de données historiques sur le long terme s'agissant du site du Vescorn, notamment s'agissant des glissements. Toutefois, si D et le département ont conclu des conventions de conseil technique en vertu desquelles le département apportait une assistance technique au SMED dans le cadre de ce projet, il ne résulte pas de l'instruction que le département ait joué un quelconque rôle dans le marché de maîtrise d'œuvre. Seule la société Antéa Group a conclu à la faisabilité du projet malgré les glissements existants. Enfin, et à supposer même que les informations détenues A le département aient pu conduire à une analyse différente, il ne résulte pas de l'instruction que ces informations n'étaient pas connues de la société Antéa Group, ni qu'elle ait sollicité leur communication à un quelconque moment lors de l'élaboration de son étude. Dans ces conditions, le département n'a commis aucune faute. A suite, l'appel en garantie formé A la société Antéa Group à l'encontre du département des Alpes-Maritimes doit être rejeté.

34. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les appels en garantie formés A la société Antéa Group doivent être rejetés.

Sur les dépens :

35. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. "

36. Les frais et honoraires de l'expertise ont été liquidés et taxés, A l'ordonnance du 3 décembre 2020, à la somme de 235 588,40 euros toutes taxes comprises qui comprend les montants des allocations prévisionnelles accordées A ordonnances des 15 septembre 2016, 2 octobre 2017, 7 février 2019 et 25 novembre 2019.

37. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre ces frais et honoraires à la charge de la société Antéa Group dans leur totalité.

Sur les frais liés au litige :

38. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Antéa Group une somme de 1 500 euros chacun à verser, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au SMED, à la société Bermont et Fils, à l'Etat et à la société SAGE.

39. Il y a également lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du SMED une somme de 1 500 euros chacun à verser, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à la société Suez Méditerranée, à la société Garelli et à la société TP Spada.

40. En revanche, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative A la société Antéa Group, partie perdante à l'instance,ne peuvent qu'être rejetées.

41. Les conclusions présentées A la société SAGE au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à l'encontre de l'Etat et du département des Alpes-Maritimes, doivent être rejetées dans les circonstances de l'espèce. Enfin, Il y a lieu également, , de rejeter les conclusions présentées à ce titre A l'Etat à l'encontre de la société SAGE et du département des Alpes-Maritimes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 1901962 est rejetée.

Article 2 : La société Antéa Group est condamnée à payer au SMED la somme de 8 153 031,75 euros HT.

Article 3 : Les conclusions d'appel en garantie présentées A la société Antéa Group contre D, la société SAGE, la société Bermont et Fils, l'Etat et le département des Alpes-Maritimes sont rejetées.

Article 4 : Les conclusions d'appel en garantie présentées A la DREAL Provence Alpes Côte d'Azur contre la société SAGE et le département des Alpes-Maritimes sont rejetées.

Article 5 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 235 588,40 euros TTC sont mis à la charge de la société Antéa Group.

Article 6 : La société Antéa Group versera une somme de 1 500 euros chacun au SMED, à la société Bermont et Fils, à la société SAGE et à l'Etat (préfet de la région Provence Alpes Côte d'Azur) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : D versera une somme de 1 500 euros chacun à la société Suez Méditerranée, à la société Garelli et à la société TP Spada au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié au syndicat mixte d'élimination des déchets - CVO Azureo, à la société Antéa Group, à la société SAGE, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, au département des Alpes-Maritimes, à la société Bermont et Fils, à la société Garelli, à la société Suez RV Méditerranée et à la société TP Spada.

Copie sera adressée au préfet de la région Provence Alpes Côte d'Azur et à la direction régionale de l'environnement.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Chaumont, conseillère,

Mme Duroux, conseillère,

assistés de Mme Génovèse, greffière.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

A-C. CHAUMONT

Le président,

signé

F. PASCAL La greffière,

signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou A délégation la greffière.

2 - 190196

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