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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1901774

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1901774

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1901774
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHUET & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 avril 2019, M. B A, représenté par Me Huet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des droits de mutation à titre gratuit mis à sa charge au titre des années 2008 et 2010, en droits et pénalités ;

2°) de prononcer la décharge des amendes fiscales pour non déclaration de comptes bancaires détenus à l'étranger mises à sa charge au titre des années 2010, 2011, 2012 et 2013, pour un montant total de 10 500 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les impositions litigieuses ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été informé de la procédure d'imposition mise en œuvre ;

- le droit de reprise de l'administration fiscale était prescrit, en vertu des dispositions de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales ;

- l'article L. 23 C du livre des procédures fiscales méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'administration fiscale a fait une application rétroactive des dispositions de l'article L. 23 C du livre des procédures fiscales, ce qui est anticonstitutionnel ;

- il a fait l'objet d'une double imposition, en méconnaissance du principe de non bis in idem dès lors que les sommes qu'il détenait sur ses comptes monégasques et luxembourgeois ont été taxées deux fois, une première fois en tant que mutation à titre gratuit et une seconde en tant que revenus d'origine indéterminée ;

- l'administration a fait une application erronée de la procédure prévue à l'article L. 23 C du livre des procédures fiscales ;

- en tout état de cause, il justifie du solde de 150 106,95 euros de son compte monégasque ainsi que du solde de 220 352 euros de son compte luxembourgeois ;

- il y a lieu, par voie de conséquence, de le décharger des pénalités mises à sa charge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2019, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.

Par un courrier du 7 décembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur les moyens d'ordre public relevés d'office suivants, tirés de :

- l'incompétence du juge administratif pour se prononcer sur les conclusions tendant à la décharge des droits de mutation à titre gratuit mis à la charge du requérant sur le fondement des dispositions de l'article 755 du code général des impôts, s'agissant d'un litige relatif à des droits d'enregistrement relevant de la compétence de la juridiction judiciaire en vertu des dispositions de l'article L. 199 du livre des procédures fiscales ;

- l'irrecevabilité des conclusions tendant à la décharge des amendes fiscales mises à la charge de M. A en l'absence de moyen développé à leur soutien en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance en date du 6 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,

- et les conclusions de M. Herold, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par des courriers en date des 16 mars, 1er avril et 18 juin 2015, l'administration fiscale a adressé à M. B A, sur le fondement des dispositions de l'article L. 23 C du livre des procédures fiscales, des demandes d'information concernant des avoirs détenus ou utilisés au Luxembourg et à Monaco et non déclarés au titre des années 2008 et 2010. En l'absence de réponse, M. A a été, en application des dispositions de l'article L. 71 du livre des procédures fiscales, taxé d'office dans les conditions prévues à l'article 755 du code général des impôts. L'administration fiscale a mis à sa charge des droits de mutation à titre gratuit correspondant à cette taxation d'office d'avoirs figurant sur des comptes étrangers et lui a infligé, sur le fondement du IV de l'article 1736 du code général des impôts, des amendes fiscales pour un montant total de 10 500 euros au titre des années 2010 à 2013. Par la présente requête, M. A demande la décharge des droits de mutation à titre gratuit ainsi que des amendes mises à sa charge.

Sur les conclusions tendant à la décharge des droits de mutation à titre gratuit :

2. Aux termes de l'article L. 199 du livre des procédures fiscales : " () En matière de droits d'enregistrement () et de taxes assimilées à ces droits, (), le tribunal compétent est le tribunal judiciaire () ".

3. Les conclusions présentées par M. A tendant à ce que le tribunal prononce la décharge des droits de mutation à titre gratuit mis à sa charge sur le fondement des dispositions de l'article 755 du code général des impôts, figurant au chapitre I du titre IV de la première partie du livre premier de ce code relatif aux droits d'enregistrement, concerne un litige relatif aux droits d'enregistrement. En application des dispositions précitées de l'article L. 199 du livre des procédures fiscales, un tel litige ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative. Par suite, les conclusions présentées par M. A doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur les conclusions tendant à la décharge des amendes fiscales :

4. Aux termes des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ".

5. Si M. A demande la décharge des amendes fiscales prises sur le fondement du IV de l'article 1736 du code général des impôts pour non déclaration de comptes étrangers, il ne soulève aucun moyen à l'appui de telles conclusions et se borne à développer des moyens au soutien des conclusions tendant à la décharge des droits de mutation à titre gratuit mis à sa charge. Par suite, les conclusions tendant à la décharge des amendes fiscales sont irrecevables et doivent être rejetées.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions tendant à la décharge des droits de mutation à titre gratuit mis à la charge de M. A sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

La rapporteure,

signé

S. KOLF

La présidente,

signé

J. MEARLa greffière,

signé

C. MARTIN

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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