jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1901859 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CONCAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 avril 2019, la société Libre A Pasteur, représentée par son gérant en exercice, ayant pour avocat Me Concas, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2018 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge une somme de 17 850 euros au titre de la contribution spéciale et de 2 124 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine, ainsi que la décision du 20 février 2019 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'annuler le titre de perception n° 006 009 001 075 250509 2018 0008205 émis le 13 décembre 2018 pour le recouvrement de la contribution spéciale ainsi que la décision du 21 février 2019 rejetant sa réclamation préalable formée contre ce titre ;
3°) de moduler le montant de la contribution spéciale mise à sa charge et la fixer à la somme de 3 750 euros ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions de rejet de son recours gracieux et de sa réclamation sont entachées d'une erreur de droit, dès lors qu'elle remplit tous les critères posés par l'article R. 8253-2 du code du travail pour bénéficier d'une modulation du quantum de la sanction puisqu'elle s'est acquittée des salaires et indemnités dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7 du code du travail et que le procès-verbal de l'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger ; elle peut légitimement prétendre à une diminution par cinq du montant mis à sa charge au titre de la contribution spéciale en la faisant passer de 17 850 euros à 3 570 euros ;
- il s'agit du seul et unique manquement à ses obligations.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2019, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 15 octobre 2021 à 12 h 00 par une ordonnance du 15 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cherief, conseiller ;
- les conclusions de M. Herold, rapporteur public,
- et les observations de Me De Premare substituant à Me Concas, représentant la société Libre A Pasteur.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un procès-verbal établi le 30 mai 2018 par les services de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de Provence Alpes Côte-d'Azur, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a adressé le 11 octobre 2018 à la société Libre A Pasteur un courrier l'invitant à présenter ses observations éventuelles avant que lui soit notifiée une décision mettant en œuvre les dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail, du fait de l'emploi d'un travailleur étranger démuni d'un titre l'autorisant à exercer une activité salariée, et des dispositions de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du fait de l'emploi d'un salarié démuni de titre l'autorisant à séjourner sur le territoire national. Par une décision du 6 décembre 2018, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a appliqué à la société requérante, d'une part, la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 17 850 euros et, d'autre part, la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour un montant de 2 124 euros. Par un titre de perception émis le 13 décembre 2018, l'Etat a mis à la charge de la société Libre A Pasteur le paiement d'une somme de 17 850 euros correspondant la contribution spéciale prévue par les dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail. Le recours administratif préalable obligatoire formé par la société requérante contre la décision du 6 décembre 2018 et le titre de perception du 13 décembre 2018 a été rejeté par deux décisions, respectivement des 20 et 21 février 2019. Par la présente requête, la société Libre A Pasteur doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 6 décembre 2018 rejetant son recours gracieux, le titre de perception du 13 décembre 2018 relatif à la contribution spéciale et la décision du 21 février 2019 rejetant sa réclamation préalable dirigée contre ce titre.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. / L'Etat est ordonnateur de la contribution spéciale. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. / Le comptable public compétent assure le recouvrement de cette contribution comme en matière de créances étrangères à l'impôt et aux domaines. ". Aux termes de l'article R. 8253-2 du même code : " I. - Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II. - Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / () ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III. - Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8252-2 du même code : " Le salarié étranger a droit au titre de la période d'emploi illicite : / 1° Au paiement du salaire et des accessoires de celui-ci, conformément aux dispositions légales, conventionnelles et aux stipulations contractuelles applicables à son emploi, déduction faite des sommes antérieurement perçues au titre de la période considérée. A défaut de preuve contraire, les sommes dues au salarié correspondent à une relation de travail présumée d'une durée de trois mois. Le salarié peut apporter par tous moyens la preuve du travail effectué ; / 2° En cas de rupture de la relation de travail, à une indemnité forfaitaire égale à trois mois de salaire, à moins que l'application des règles figurant aux articles L. 1234-5, L. 1234-9, L. 1243-4 et L. 1243-8 ou des stipulations contractuelles correspondantes ne conduise à une solution plus favorable. / 3° Le cas échéant, à la prise en charge par l'employeur de tous les frais d'envoi des rémunérations impayées vers le pays dans lequel il est parti volontairement ou a été reconduit. / Lorsque l'étranger non autorisé à travailler a été employé dans le cadre d'un travail dissimulé, il bénéficie soit des dispositions de l'article L. 8223-1, soit des dispositions du présent chapitre si celles-ci lui sont plus favorables. () ". Aux termes de l'article L. 8252-4 du code du travail : " Les sommes dues à l'étranger non autorisé à travailler, dans les cas prévus aux 1° à 3° de l'article L. 8252-2, lui sont versées par l'employeur dans un délai de trente jours à compter de la constatation de l'infraction. Lorsque l'étranger est placé en rétention administrative en application des articles L. 740-1 ou L. 751-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou assigné à résidence en application des articles L. 731-1 ou L. 751-2 du même code ou lorsqu'il n'est plus sur le territoire national, ces sommes sont déposées sous le même délai auprès d'un organisme désigné à cet effet, puis reversées à l'étranger. / Lorsque l'employeur ne s'acquitte pas des obligations mentionnées au premier alinéa, l'organisme recouvre les sommes dues pour le compte de l'étranger. () " Aux termes de l'article R. 8252-6 du même code : " L'employeur d'un étranger non autorisé à travailler s'acquitte par tout moyen, dans le délai mentionné à l'article L. 8252-4, des salaires et indemnités déterminés à l'article L. 8252-2. / Il remet au salarié étranger sans titre les bulletins de paie correspondants, un certificat de travail ainsi que le solde de tout compte. Il justifie, auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, par tout moyen, de l'accomplissement de ses obligations légales ".
3. S'il ne saurait interdire de fixer des règles assurant une répression effective des infractions, le principe de nécessité des peines découlant de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 implique qu'une sanction administrative ayant le caractère d'une punition ne puisse être appliquée que si l'autorité compétente la prononce expressément en tenant compte des circonstances propres à chaque espèce. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions citées au point 2, ou en décharger l'employeur.
4. En premier lieu, la société requérante fait valoir qu'elle s'est acquittée de l'ensemble des sommes dues au ressortissant étranger employé sans autorisation de travail, conformément aux dispositions précitées du 2° du II de l'article R. 8253-2 du code du travail. Elle produit notamment, à l'appui de sa requête, un certificat de travail employeur aux termes duquel ce ressortissant aurait travaillé pour elle du 16 mai au 31 mai 2018, un reçu pour solde de tout compte couvrant cette période ainsi qu'un bulletin de salaire et une attestation pôle emploi à remettre au salarié qui mentionne la même durée de travail. Toutefois, ni le certificat de travail ni l'attestation pôle emploi produits par la société, tous deux non datés et non signés par le ressortissant étranger, ne permettent, à elles seules, à la société Libre A Pasteur d'établir que la durée de la relation de travail s'est établie à deux semaines, sur une période allant du 16 au 31 mai 2018. Par conséquent, en application des dispositions du 1° de l'article L. 8252-2 du code du travail, à défaut de preuve contraire, les sommes dues au salarié correspondent à une relation de travail présumée d'une durée de trois mois. Ainsi, et sans qu'elle puisse utilement se prévaloir de la circonstance qu'elle aurait tout tenté pour remettre les documents concernés, en se bornant à produire un solde de tout compte et un bulletin de salaire, desquels il ressort qu'une somme de 224,70 euros aurait été versée par chèque, pour la période du 16 au 31 mai 2018, au ressortissant étranger employé sans titre, la société requérante n'établit pas, à supposer même que le chèque ait été effectivement remis, s'être acquittée de l'ensemble des sommes dues pour la période de trois mois précitée dans le délai de trente jours prévu par les dispositions de l'article L. 8252-4 du code du travail. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle pouvait bénéficier d'une réduction du montant de la contribution spéciale mise à sa charge sur le fondement du III de l'article R. 8253-2 du code du travail. Par suite, ce moyen doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la circonstance, à la supposer établie, qu'il s'agisse de la seule et unique fois ou elle a manqué à ses obligations est sans incidence sur la matérialité des faits reprochés à la société Libre A Pasteur qui ont fondé la sanction litigieuse et ne constitue pas une circonstance propre à l'espèce d'une particularité telle qu'elle nécessiterait que la société requérante soit, à titre exceptionnel, dispensée de la contribution spéciale.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de décharge présentées par la société Libre Pasteur A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées sur ce fondement par la société requérante doivent par conséquent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Libre A Pasteur est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Libre A Pasteur et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Mear, présidente,
Mme Kolf, conseillère,
M. Cherief, conseiller,
assistés de Mme Sussen, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le rapporteur
signé
H. CheriefLa présidente,
signé
J. Mear
La greffière,
signé
C. Sussen
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026