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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1901883

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1901883

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1901883
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLUSSIANA

Texte intégral

Vu :

- le règlement (UE) n° 228/2013 du Parlement européen et du Conseil du 13 mars 2013 ;

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le programme d'options spécifiques à l'éloignement et à l'insularité de la France portant mesures spécifiques en faveur de l'agriculture des régions ultrapériphériques de l'Union européenne approuvé par la Commission européenne ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- la décision du 3 juillet 1995 de la directrice par intérim de l'office de développement de l'économie agricole d'outre-mer ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cherief conseiller ;

- et les conclusions de M. Herold, rapporteur public ;

- les observations de Me Helvig de la société d'avocats Aramis représentant la société Firmenich Grasse et de Me Lussiana représentant de l'Office de développement de l'économie agricole d'outre-mer.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée Firmenich Grasse, qui a pour activité l'importation de matières premières pour la parfumerie, a présenté auprès de l'Office de développement de l'économie agricole d'outre-mer (ODEADOM) une demande d'aide, pour la campagne 2015, au titre de l'aide à la commercialisation hors région de production des productions locales prévue par le programme européen d'option spécifique à l'éloignement et à l'insularité pour 2015 (POSEI). Une aide d'un montant de 45 201,25 euros lui a été accordée au titre de la campagne 2015. A la suite d'un contrôle mené par la " Mission de contrôle dans le secteur agricole " en 2017-2018, l'ODEADOM a, par un courrier du 5 février 2019, informé la société requérante de l'émission d'un titre de recettes d'un montant de 41 683,48 euros, correspondant au montant des aides remises en cause en raison des irrégularités constatées lors du contrôle. Un titre de recettes a été émis le 13 février 2019 pour le recouvrement de cette somme. La société Firmenich Grasse demande au tribunal, à titre principal, d'annuler le titre de recette émis le 13 février 2019 et de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme mise à sa charge, à titre subsidiaire de réformer ce titre de recette et de prononcer la décharge des sommes mises à sa charge, à hauteur d'un montant de 40 610,36 euros, et, enfin, de réduire significativement le montant de la sanction administrative de 13 896,93 euros prononcée par le directeur de l'ODEADOM et de prononcer la décharge du surplus des sommes mises à sa charge.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".

3. Il résulte de l'instruction que si l'ordre de recouvrer comporte l'indication du nom et du prénom ainsi que des fonctions du directeur de l'ODEADOM, ce dernier n'est pas le signataire de l'acte, dès lors qu'il est constant que la mention " pour " figure sur ce titre. Cependant, ni la signature manuscrite ni aucune autre mention de ce document ne permet d'identifier la personne qui en est l'auteur. Par suite, la société Firmenich Grasse est fondée à demander au tribunal de prononcer l'annulation du titre exécutoire n° 0000005 émis le 5 février 2019 par le directeur de l'ODEADOM à son encontre pour un montant de 41 683,48 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge :

4. Il résulte de l'instruction que la société Firmenich Grasse a conclu avec trois sociétés réunionnaises des accords de commercialisation, au titre de la campagne 2015, concernant des baies-roses. Il est constant que la société requérante a procédé, postérieurement à la réception de ces produits au port de Fos-sur-Mer, et à leur envoi, pour partie en Allemagne où elles ont été soumises à une extraction primaire par la , et pour partie en Inde auprès de la , où elles ont été soumises à une distillation. Il ressort des termes de la décision du 5 février 2019 que pour demander à la société Firmenich Grasse de reverser les aides dont elle avait bénéficié au titre de l'aide à la commercialisation hors zone de production, le directeur de l'ODEADOM s'est notamment fondé sur la triple circonstance que certains produits ainsi transformés ont été stockés en échantillon sans être commercialisés, qu'une autre partie de ces produits a été vendue auprès d'Etats tiers à l'Union européenne et, enfin, qu'une quantité minime est demeurée non-traçable. La société requérante se prévaut, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision du 5 février 2019 par laquelle le directeur de l'ODEADOM l'a informée de l'émission d'un titre de recettes correspondant au reversement d'une partie de l'aide dont elle avait bénéficié au titre de l'aide à la commercialisation hors région de production pour la compagne 2015 et lui communique les motifs de sa décision.

5. En premier lieu, aux termes des stipulations du considérant 20 du règlement (UE) du 13 mars 2013 portant mesures spécifiques dans le domaine de l'agriculture en faveur des régions ultrapériphériques de l'Union et abrogeant le règlement (CE) no 247/2006 du Conseil : " Afin de soutenir la commercialisation des produits des régions ultrapériphériques, il convient de mettre en place une aide destinée à la commercialisation desdits produits

hors région de production, compte tenu des surcoûts élevés découlant du grand éloignement des marchés de consommation et de la nécessité du double stockage, autant de facteurs qui constituent un handicap majeur pour la compétitivité des régions ultrapériphériques, affectant leur capacité à faire concurrence sur le marché intérieur. Ces facteurs justifient la nécessité de revoir le régime POSEI dans un futur proche ". Aux termes du paragraphe 3.5.4.1 du tome 2 du programme POSEI-France dans sa version applicable à partir du 1er janvier 2015 qui institue à son paragraphe 3.5.4. une " aide à la commercialisation hors région de production " : " Cette aide a pour objectif de favoriser la commercialisation sur l'Union européenne continentale des produits de diversification végétale, dont les plantes aromatiques, à parfum et médicinales récoltés dans les DOM, et des produits transformés localement à partir de matières premières produites dans les DOM. Elle a aussi pour effet induit d'inciter les producteurs à se regrouper au sein de structures collectives pour mieux répondre à la demande des marchés extérieurs ". Aux termes du paragraphe 3.5.4.2. du même texte : " Les bénéficiaires de l'aide sont : l'acheteur qui commercialise sur les marchés de l'Union européenne continentale les produits et le producteur adhérent d'une organisation de production, d'un groupement de producteurs, d'une structure collective ou le producteur individuel avec lequel l'acheteur a conclu le contrat de commercialisation. () ". Aux termes du paragraphe 3.5.4.3 de ce texte : " Cette aide couvre l'ensemble des productions de diversification végétale, fruits, légumes, fleurs et plantes vivantes relevant des chapitres 6, 7, 8, 9 et 12 de la nomenclature combinée récoltées dans les DOM ainsi que les produits issus de leur transformation locale. () Les produits ayant bénéficié de l'aide ne peuvent être exportés vers les pays tiers. () ". Ces dispositions ont été reprises dans la décision du 3 juillet 1995 de la directrice par intérim de l'ODEADOM définissant les modalités d'application et d'exécution des mesures " POSEI en faveur des productions de diversification végétales ". Aux termes du titre I de ce texte : " année n : l'année au cours de laquelle a lieu l'action pour laquelle une aide est sollicitée, période allant du 1er janvier au 31 décembre, même si techniquement la campagne pour la culture considérée est à cheval sur deux années civiles ".

6. D'une part, si la société requérante fait valoir que les produits transformés qui sont pour partie vendus hors de l'Union européenne dans un second temps, ne sont pas des produits éligibles, il résulte des dispositions citées au point 5 du présent jugement que l'aide litigieuse ne peut être accordée que pour la commercialisation, au sein de l'Union européenne continentale, des productions de diversification végétale, fruits, légumes, fleurs et plantes vivantes relevant des chapitres 6, 7, 8, 9 et 12 de la nomenclature combinée récoltées dans les départements d'outre-mer ainsi que les produits transformés localement. A supposer même que ces dispositions doivent s'entendre comme autorisant l'acheteur à commercialiser sur les marchés de l'Union européenne continentale les produits issus d'une première transformation, y compris si cette dernière est réalisée en dehors de la région de production, il résulte des termes mêmes du paragraphe 3.5.4.3 du tome 2 du programme POSEI-France que " les produits ayant bénéficié de l'aide ne peuvent être exportés vers les pays tiers ". A cet égard, les stipulations précitées du considérant 20 du règlement (UE) du 13 mars 2013 soulignent que l'aide à la commercialisation hors région de production a pour objectif de soutenir la capacité des régions ultrapériphériques à faire concurrence sur le marché intérieur de l'Union européenne. Il n'est pas contesté par la société requérante qu'une partie des produits issus de la transformation des baies roses a été vendue en dehors de l'Union européenne. Dès lors, le moyen tiré de ce que les produits issus de la transformation de productions de diversification végétale, fruits, légumes, fleurs et plantes vivantes relevant des chapitres 6, 7, 8, 9 et 12 de la nomenclature combinée récoltées dans les départements d'outre-mer ne sont pas des produits éligibles doit être écarté.

7. D'autre part, dès lors que les dispositions précitées du paragraphe 3.5.4.2. du programme POSEI-France précisent que " les bénéficiaires de l'aide sont : l'acheteur qui commercialise sur les marchés de l'Union européenne continentale les produits () ", la société requérante ne saurait utilement faire valoir qu'on ne saurait déduire de ces dispositions une obligation de commercialiser en zone Union européenne ni que le client final pouvait être situé dans un Etats tiers à l'Union. Par suite ce moyen doit être écarté.

8. Enfin, si la société fait valoir qu'aucune disposition ne lui imposait une commercialisation immédiate et qu'il était tout à fait possible de stocker les produits, il résulte des dispositions précitées du titre I de la décision du 3 juillet 1995 définissant les modalités d'application et d'exécution des mesures " POSEI en faveur des productions de diversification végétales " que l'année au cours de laquelle a lieu l'action pour laquelle une aide est sollicitée correspond à une période s'étalant du 1er janvier au 31 décembre de l'année. Au surplus, il résulte de l'instruction, d'une part, que les formulaires de demande d'aide à la commercialisation en dehors de la région de production indique que les aides ont été sollicitées par la société requérante " au titre de la campagne 2015 " et, d'autre part, qu'aucune action de commercialisation n'a été constatée, au cours de cette période, par la " Mission de contrôle dans le secteur agricole " dans son rapport du 15 mai 2018. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En deuxième lieu, le principe de confiance légitime qui fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne, ne trouve à s'appliquer dans l'ordre juridique national que dans le cas où la situation juridique dont a à connaître le juge administratif français est régie par ce droit. Il peut être invoqué par tout opérateur économique auprès duquel une autorité nationale a fait naître des espérances fondées.

10. Il ressort des pièces du dossier que la société Firmenich Grasse ne peut se prévaloir d'aucune assurance précise, inconditionnelle et concordante émanant de l'administration qui aurait été de nature à faire naître une attente légitime de sa part selon laquelle l'ODEADOM aurait pris position sur la possibilité pour l'intéressée de bénéficier de l'aide. La seule circonstance que l'ODEADOM n'ait pas, dans un contrôle ex-post effectué le 13 mai 2015 à propos de la campagne 2013, remis en cause les aides attribuées à la société requérante pour non-respect, par cette dernière, des conditions d'octroi et d'éligibilité, n'est pas de nature à faire naître une telle attente. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de la confiance légitime doit être écarté.

11. En troisième lieu, en se bornant à se prévaloir de sa bonne foi, la société Firmenich Grasse, qui ne remet pas en cause les modalités de calcul de la sanction, n'établit pas que la sanction mise à sa charge présenterait un caractère disproportionné eu égard au montant des sommes en litige et aux manquements qui lui sont reprochés. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la société Firmenich Grasse doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ODEADOM la somme demandée par la société requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées en ce sens par la société Firmenich Grasse doivent être rejetées.

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Firmenich Grasse, la somme demandée par le directeur de l'ODEADOM. Les conclusions présentées par ce dernier sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent, par suite, également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire n° 0000005 émis le 5 février 2019 par le directeur de l'Office de développement de l'économie agricole d'outre-mer à l'encontre de la SAS Firmenich Grasse, pour un montant de 41 683, 48 euros est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Firmenich Grasse est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par le directeur de l'Office de développement de l'économie agricole d'outre-mer sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Firmenich Grasse et au directeur de l'Office de développement de l'économie agricole d'outre-mer.

- Copie en sera notifiée au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

Le rapporteur,

signé

H. CHERIEF

La présidente,

signé

J. MEAR La greffière,

signé

C. MARTIN

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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