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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1902642

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1902642

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1902642
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantCHANON & LELEU ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et sept mémoires complémentaires, enregistrés les 3 juin 2019, 14 janvier 2020, 16 mars 2021, 15 octobre 2021, 10 novembre 2021, 27 février 2023, 26 octobre 2023 et 25 janvier 2024, ainsi qu'un mémoire récapitulatif produit le 4 mars 2024 sur l'invitation du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, la société Sovec Entreprises, représentée par Me Keller, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner solidairement ou à défaut in solidum sinon conjointement les défendeurs à lui payer la somme de 3 579 603,73 euros hors taxes soit 4 281 206,06 euros toutes taxes comprises ;

2°) de condamner solidairement ou à défaut in solidum sinon conjointement les défendeurs à l'indemniser de l'intégralité des sommes qu'elle a exposées au titre des frais d'expertise judiciaire, pour lesquelles une provision d'un montant de 18 500 euros toutes taxes comprises a déjà été versée selon ordonnance du 8 février 2019 ;

3°) de condamner solidairement ou à défaut in solidum sinon conjointement les défendeurs aux entiers dépens et frais de l'instance ;

4°) de condamner solidairement ou à défaut in solidum sinon conjointement les défendeurs à lui payer chacun une somme de 25 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) d'assortir ces sommes des intérêts au taux légal à compter de la saisine du tribunal avec capitalisation des intérêts.

Elle soutient que :

- son action n'est pas prescrite ;

- la signature d'un protocole transactionnel avec le centre hospitalier de Cannes ne la privait pas de son droit d'agir à l'encontre des autres intervenants à l'opération de travaux sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle ;

- elle est fondée à rechercher la responsabilité des autres constructeurs sur le fondement délictuel ou quasi-délictuel ;

- les sociétés appelées à la cause et mentionnées par l'expert dans son rapport détiennent, aux termes dudit rapport, une part de responsabilité dans le retard du chantier pour la période du 1er juillet 2008 au 24 avril 2012 ; les retards imputables à ces constructeurs sont établis par le rapport d'expertise ; les fautes qu'elles ont commises ont participé à l'allongement du chantier et sont à l'origine direct du préjudice qu'elle a subi ;

- elle a subi un préjudice du fait de l'allongement du chantier ;

- les défaillances des constructeurs sont identifiées dans son mémoire en réclamation ;

- le groupement Turchi-Blachere, la société Entreprise Provençale d'Isolation (EPI), la société Axima, la société Cari et la société Logik sont responsables de retards qui ont été constatés par l'expert et qui lui ont causé un préjudice ;

- le lien de causalité entre les fautes commises et le préjudice subi est évident ;

- la responsabilité des coresponsables est in solidum dès lors que leurs fautes ont contribué à occasionner un dommage unique ; à défaut leur condamnation sera prononcée conjointement chacune pour leur quote-part de responsabilité telle que définie par l'expert ;

- pour le comité consultatif interrégional de règlement amiable des litiges (CCIRA) et le maitre d'œuvre, la société Sovec Entreprises a subi un préjudice né de l'allongement du chantier sur la période d'avril 2008 à avril 2012 ;

- l'expert judiciaire désigné par le tribunal de commerce de Paris a estimé, aux termes de sa première analyse, que la société Sovec Entreprises avait subi un préjudice au titre de la prolongation du délai après le 28 avril 2008 et jusqu'au 4 avril 2012 d'un montant de 1 995 870,62 euros hors taxes

- la société Sovec Entreprises a mis en compte une somme de 3 579 603,73 euros hors taxes à l'occasion de sa réclamation s'agissant des surcoûts liés à la prolongation de l'opération du 28 novembre 2008 au 24 avril 2012 : elle a exposé un surcoût de 946 486,52 euros hors taxes au titre des pertes de productivité liées à la prolongation du chantier ; elle a exposé un surcoût de 558 621,76 euros hors taxes au titre de la perte des frais généraux sur le chiffre d'affaires de travaux de substitution ; elle a exposé un surcoût de 327 587,82 euros hors taxes au titre du maintien de l'encadrement du projet ; elle a exposé un surcoût de 267 242,14 euros hors taxes au titre des frais de déplacement du personnel ; elle a exposé un surcoût de 47 145,39 euros hors taxes au titre du maintien de la logistique ; elle a exposé un surcoût de 82 220,59 euros hors taxes au titre des frais administratifs de gestion du projet ; elle a exposé un surcoût de 19 661,97 euros hors taxes au titre des frais de stockage ; elle a exposé un surcoût de 5 234,94 euros hors taxes au titre de la prolongation de la caution bancaire ; elle a exposé un surcoût de 11 397,15 euros hors taxes au titre de l'augmentation du plafond d'assurance responsabilité décennale ; elle a exposé un surcoût de 15 870,20 euros hors taxes au titre des remises de DOE différées et non prévues initialement du fait des réceptions partielles ; elle a exposé un surcoût de 35 890 euros hors taxes au titre de la préparation du mémoire en réclamation ; elle a exposé un surcoût de 459 553,01 euros hors taxes au titre des frais généraux liés au coût de la matière et au coût de la main d'œuvre ; elle a exposé un surcoût de 67 358,49 euros hors taxes au titre de la prolongation du compte prorata ;

- dès lors qu'elle a été indemnisée pour le préjudice tiré de l'allongement de la durée du chantier par le centre hospitalier de Cannes à hauteur de 390 000 euros hors taxes et que son préjudice global à ce titre est de 3 579 603,73 euros hors taxes, elle est en droit de revendiquer auprès des autres constructeurs la somme de 3 189 603,73 euros hors taxes ;

- les sociétés défenderesses devront l'indemniser solidairement ou à défaut conjointement, de la somme de 16 228,22 euros hors taxes qu'elle a exposée au titre des frais de l'expertise ordonnée par le tribunal de commerce de Paris.

Par six mémoires, dont un mémoire en intervention forcée, enregistrés les 3 octobre 2019, 5 août 2021, 10 novembre 2021, 26 octobre 2023 et 6 février 2024 ainsi qu'un mémoire récapitulatif produit le 26 février 2024 sur l'invitation du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, la société Axima, anciennement dénommée Axima Seitha, représentée par Me Grau, conclut :

1°) au rejet des conclusions de la société Sovec Entreprises dirigées à son encontre en raison de leur irrecevabilité et au rejet des conclusions d'appel en garantie formées à son encontre ;

2°) dans le cas où il serait fait droit aux demandes pécuniaires de la société Sovec Entreprises :

- la déclarer recevable et bien-fondé en son appel en garantie dirigé à l'encontre des autres locateurs d'ouvrage intervenus à la procédure, à savoir les sociétés Brunet et Saunier, Architectes Studio, Edeis venant aux droits de la SNC Lavalin, Somerco, Logik, Les Ateliers de Reims, Montelec, Entreprise Provençale d'Isolation, Turchi devenue Prowood, SAS Prowood, Blachere et fils, F et E ;

- condamner en conséquence ces dernières in solidum à la garantir au premier euro de toute condamnation pécuniaire ;

- la déclarer recevable et bien-fondé en son appel en garantie dirigé à l'encontre du centre hospitalier de Cannes du fait de l'absence de réserve émise lors de la réception des travaux et lors de la reddition des comptes au titre du litige avec la société Sovec Entreprises ;

- condamner en conséquence le centre hospitalier de Cannes à la garantir au premier euro de toute condamnation pécuniaire ;

- condamner le centre hospitalier de Cannes à lui payer la somme de 20 000 euros à titre de dommages et intérêts pour démarche abusive et vexatoire ;

3°) de mettre à la charge de la ou des parties défaillantes la somme de 15 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les parties qui n'ont pas produit le premier mémoire récapitulatif demandé par la juridiction dans le délai d'un mois qui était imparti sont irrecevables sur l'ensemble de leurs prétentions, y compris s'agissant du deuxième mémoire récapitulatif demandé par la juridiction ;

- à titre principal, l'action de la société Sovec Entreprises est prescrite ;

- à titre subsidiaire, la responsabilité délictuelle de la société Axima ne saurait être engagée :

- aucun délai contractuel ni a fortiori de réception partielle de l'ouvrage concernant spécifiquement le bâtiment neuf n'était prévu, seule une réception unique tous corps d'état était prévue pour l'ensemble de l'opération de construction ; la période d'indemnisation demandée par la requérante n'est donc pas justifiée ;

- les évènements ayant retardé l'exécution du chantier ne relèvent pas du fait de la société Axima ; la prolongation des délais d'exécution des travaux a pour cause la modification du programme de travaux tel qu'arrêté par le maitre d'ouvrage ; l'expert a relevé dans son rapport qu'aucun jour de retard ne pouvait être opposé à la société Axima pour la période jusqu'au 30 juin 2008 ainsi que pour la période du 1er juillet 2008 au 30 juin 2010 ; si la société Axima a eu des retards dans l'exécution de ses lots au-delà du 30 juin 2010, ce retard a été régularisé par l'ordre de service du maitre d'ouvrage prévoyant un achèvement au 30 septembre 2010 pour le bâtiment neuf ; au-delà du 30 septembre 2010, les retards que l'expert a imputé à la société Axima relèvent cependant de la désorganisation du chantier laquelle lui est totalement étrangère ; le dérapage dans l'opération de construction pour la période postérieure au 1er juillet 2008 porte uniquement sur le bâtiment neuf et résulte du caractère irréaliste du planning contractuel fixé par le maitre d'ouvrage et la maitrise d'œuvre, de la modification unilatérale du phasage par le centre hospitalier, sans information des locateurs d'ouvrage et de l'absence de prise en compte des réserves formulées par Axima sur chaque planning notifié ;

- le centre hospitalier de Cannes avait parfaitement connaissance dès le début que ses plannings étaient totalement irréalistes et obsolètes ;

- pour fonder ses prétentions, la société Sovec Entreprises s'est basée sur un rapport d'expertise du 24 septembre 2012 de M. B et non sur le rapport définitif du 25 août 2015 ; la cause de retard prétendument imputée à Axima à hauteur de 35% est notoirement dépourvue de fondement ;

- en tant que de besoin si le tribunal retenait l'existence d'un retard imputable aux locateurs d'ouvrage, celui-ci serait de 10 mois pour le bâtiment neuf et non de 39 mois comme le soutient la requérante ;

- l'approche économique de la société requérante en vue de l'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi est dépourvue de fondement ; le protocole transactionnel conclu entre la requérante et le centre hospitalier, valant reddition des comptes du marché, correspond à près de 25% du montant du marché initial ; le montant dont la requérante a bénéficié au titre de la révision de son marché représente plus de 23% du montant du marché initial ;

- à titre infiniment subsidiaire :

- la requérante, étant une société commerciale, ne peut formuler que des demandes hors taxes ; l'ensemble des calculs prenant en considération un montant TTC devront être écartés ;

- la somme demandée par la requérante dans le dispositif de sa requête est incohérent avec son argumentaire développé dans ses écritures ;

- le chiffrage des préjudices par la requérante porte sur des périodes qui doivent être exclues de toute indemnisation ; ce chiffrage n'est pas justifié ; la notion de marge brute prise en compte par la requérante pour chiffrer ses préjudices est inopérante ; les préjudices tirés de la perte de chiffre d'affaires et des frais généraux ne sont pas justifiés dès lors que la requérante a bénéficié de l'encaissement d'un montant substantiel au titre des travaux supplémentaires et de la révision des prix ; les surcoûts au titre du maintien de l'encadrement du projet et de la sous-traitance ainsi que des frais de déplacement du personnel sont irréalistes et non justifiés ; les frais de maintien de la logistique et les frais administratifs liés à la gestion du projet font double emploi avec le poste frais généraux réclamé par la société Sovec Entreprises ; les autres frais allégués (frais de stockage, de prolongement de caution bancaire, de police d'assurance garantie décennale, de remise de DOE partiel) ne sont pas justifiés dans leur principe et leur quantum ;

- à titre très infiniment subsidiaire :

- dans le cas où la responsabilité quasi-délictuelle de la société Axima venait à être engagée, elle sera relevée et garantie par les autres locateurs d'ouvrage à savoir les sociétés Brunet et Saunier, Architectes Studio, Somerco, Logik, Les Atelier de Reims, Montelec, Entreprise Provençale d'Isolation, Turchi, Blachere et fils, F, E, A et I G ;

- elle est fondée à appeler en garantie le centre hospitalier de Cannes en sa qualité de maitre d'ouvrage de l'opération.

Par onze mémoires enregistrés les 28 octobre 2019, 22 juin 2020, 16 février 2021, 13 avril 2021, 14 février 2023, 10 mars 2023, 30 mars 2023, 13 juillet 2023, 20 octobre 2023, 31 janvier 2024 et 1er février 2024 ainsi qu'un mémoire récapitulatif produit le 8 février 2024 sur l'invitation du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, les sociétés Prowood (anciennement Turchi, laquelle avait absorbée F, et actuellement en liquidation judiciaire mais non représentée dans la procédure par son liquidateur judiciaire) et Menuiserie Blachere et fils, représentées par Me Pensa Bezzina, concluent :

1°) à titre principal :

- au rejet pour irrecevabilité en l'état des conclusions de la société requérante à l'encontre de la société Prowood ;

- au rejet pour irrecevabilité en l'état de la prescription de l'action des conclusions de la société requérante à l'encontre des sociétés Prowood et Menuiserie Blachere et fils ;

- au rejet au fond des conclusions de la société requérante ;

- à ce que les sociétés Prowood et Menuiserie Blachere et fils soient mises hors de cause ;

2 °) à titre subsidiaire :

- au rejet du rapport H ;

- au rejet de l'ensemble des demandes, fins et conclusions dirigées contre la société Blachere et fils ;

- à la mise hors de cause de la société Blachere et fils ;

3°) à titre infiniment subsidiaire :

- au rejet de toute demande de condamnation in solidum de la société Blachere avec les autres défendeurs ;

- dans l'hypothèse d'une condamnation de la société Blachere et fils, à ce que le centre hospitalier de Cannes soit condamné à la relever et la garantir de toute condamnation pécuniaire et à ce qu'elle soit déclarée recevable et bien-fondée en son appel en garantie à l'encontre des autres locateurs d'ouvrage attraits à la cause ;

- en conséquence, à ce que soient condamnées les sociétés Brunet et Saunier, Architectes Studio, Edeis, Somerco, Logik, Axima, Montelec, Entreprise Provençale d'Isolation, E, A, Chiri, I G et le centre hospitalier de Cannes à garantir la société Blachere et fils de toute éventuelle condamnation pécuniaire ;

4°) en tout état de cause :

- au rejet de l'exception de litispendance soulevée par le centre hospitalier de Cannes ;

- que soit mis à la charge de toute partie défaillante à l'exception de la société Les Ateliers de Reims la somme de 15 000 euros à verser à la société Prowood ainsi que la somme de 15 000 euros à verser à la société Blachere et fils au titre des frais de procédure.

Elles font valoir que :

- à titre principal, l'action de la société requérante est prescrite ;

- à titre subsidiaire :

- la société requérante ne démontre pas une quelconque faute du groupement Prowood-Blachere à son égard ;

- le rapport B ne fait pas état de fautes entre les différents locateurs d'ouvrage mais fait seulement état de non-respect des délais des locateurs vis-à-vis du maitre d'ouvrage ; le tableau de répartition sur lequel la société Sovec Entreprises se base ne peut juridiquement servir de fondement pour l'appréciation de la prétendue faute du groupement Prowood-Blachere à l'égard de la requérante ;

- ce rapport met en évidence les fautes et carences du maitre d'ouvrage ; la société Sovec Entreprises s'est elle-même privée de moyens de recours contre le centre hospitalier de Cannes en concluant avec celui-ci un protocole transactionnel ; le manquement contractuel retenu par l'expert à l'égard du centre hospitalier n'a jamais été validé dans le cadre d'une décision de justice ;

- la société Sovec Entreprises se fonde sur le rapport d'expertise de M. B dont elle a elle-même contesté les conclusions et s'est opposée à l'extension des opérations d'expertise ;

- l'exécution des propres travaux incombant au groupement Prowood-Blachere dépendait de la terminaison des autres corps d'état dès lors qu'elle intervenait en dernier lieu ;

- le groupement Prowood-Blachere n'a commis aucune faute ayant eu des conséquences préjudiciables pour la société Sovec Entreprises ;

- la requérante ne démontre pas en quoi les retards imputés au groupement ont un lien de causalité avec le préjudice qu'elle allègue et en quoi les sommes réclamées n'ont pas déjà été incluses dans sa transaction avec le centre hospitalier ;

- seule une expertise permettra de déterminer quelles ont été les répercussions des retards imputés au groupement sur les travaux de la société Sovec Entreprises ;

- aux termes du rapport d'expertise de M. B, les retards imputés au groupement n'ont pas été de nature à contrarier les travaux de Sovec Entreprises ;

- la requérante reconnait elle-même dans son mémoire en réclamation que l'origine des retards provient du caractère irréaliste d'un planning maintenu par le maitre d'ouvrage et le maitre d'œuvre au détriment des intervenants ;

- le compte rendu de réunion de l'expert H, qui n'a pas pu terminer son expertise, ne peut valoir rapport d'expertise ;

- la requérante ne justifie pas de la réalité du préjudice qu'elle allègue ;

- en concluant avec le centre hospitalier de Cannes un protocole d'accord valant décompte général définitif, la requérante a admis être remplie de ses droits et ne peut prétendre à aucune autre indemnisation auprès des autres constructeurs ; la société Sovec Entreprises par ce protocole a expressément renoncé au paiement du reste des sommes portées dans son mémoire en réclamation du 6 septembre 2012 ;

- il ne peut y avoir d'obligation in solidum des intervenants à l'acte de construire à l'égard de la société requérante dès lors que le retard dont elle se plaint n'est pas imputable dans le temps et dans ses effets à l'ensemble des entreprises ;

- la demande de remboursement des frais de l'expertise ordonnée par le juge judiciaire est injustifiée et abusive ;

- à titre plus subsidiaire :

- les difficultés rencontrées par le groupement dans l'exécution des travaux sont directement imputables au maitre d'ouvrage ;

- la période d'indemnisation demandée par la requérante portant après le 18 avril 2011 devra être exclue de la réparation ;

- en cas de condamnation in solidum du groupement Prowood-Blachere, celui-ci sera recevable à rechercher la responsabilité des autres intervenants à raison des fautes qu'ils ont commises et qui participent au dommage allégué de la requérante ; il sera relevé et garanti par les sociétés Brunet et Saunier, Architectes Studio, Edeis, Somerco, Logik, Axima, Montelec, PIC- Entreprise Provençale d'Isolation, E, A, Chiri, I G et le centre hospitalier de Cannes.

Par un mémoire enregistré le 4 septembre 2020, la société Entreprise Provençale d'Isolation (EPI), représentée par Me Cattenati, conclut :

1°) à titre principal :

- au rejet pour irrecevabilité des conclusions de la société Sovec Entreprises dirigées à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire :

- au rejet des conclusions de la société Sovec Entreprises à l'encontre des locateurs d'ouvrage et de la société EPI en ce qu'elles sont mal fondées et en ce que la société EPI n'a commis aucun agissement fautif ;

3°) à titre infiniment subsidiaire :

- dans l'hypothèse où le tribunal ferait droit en tout ou partie aux prétentions de la société requérante, à la recevabilité et au caractère bien fondé de son appel en garantie ;

- à la condamnation conjointe et solidaire et à défaut in solidum de l'ensemble des défendeurs à la garantir au premier euro de toute éventuelle condamnation pécuniaire ;

4°) en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de toute partie défaillante la somme de 10 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'action de la société requérante est prescrite ;

- sa responsabilité quasi-délictuelle ne peut être engagée dès lors qu'elle n'a commis aucun fait fautif préjudiciable à la société Sovec Entreprises ; les activités de PIC et EPI ne sont en aucun cas en lien avec l'activité de la société requérante de sorte que cette dernière ne peut pas démontrer l'impact ou l'incidence quelconque qu'auraient eu les travaux réalisés par EPI sur les retards pris dans la réalisation du chantier et notamment dans la réalisation des travaux de la requérante ;

- la société Sovec Entreprises a déjà été largement indemnisée dans le cadre d'un protocole transactionnel avec le centre hospitalier de Cannes ; le bouleversement de l'économie du contrat a donné lieu au versement au profit de la requérante d'une substantielle indemnisation ;

- aux termes du rapport d'expertise, l'origine des retards réside essentiellement dans les changements imposés par le maitre d'ouvrage ainsi que dans les difficultés nombreuses dans la direction et l'organisation des travaux ; ce rapport n'établit aucun fait fautif commis par EPI et qui auraient eu un retentissement sur l'intervention de Sovec Entreprises ; les défaillances relevées par l'expert à l'encontre des locateurs d'ouvrage sont relativement faibles et n'ont pas impacté les travaux de la requérante ;

- les pièces produites par la requérante (note de l'expert H, avis de la maitrise d'œuvre et avis du CCIRA) ne sont pas opposables ;

- les préjudices allégués ne sont pas justifiés dans leur réalité ;

- la requérante ne peut formuler que des demandes hors taxes et a ainsi commis des erreurs dans le chiffrage de son préjudice ;

- la requérante a obtenu 50% de plus que le montant de son marché initial au titre de la révision de son marché ; elle a également obtenu une indemnisation au titre du préjudice qu'elle allègue par le centre hospitalier dans le cadre du protocole transactionnel qu'elle a conclu avec ce dernier.

Par deux mémoires enregistrés les 13 avril 2021 et 3 mars 2023, la société Montelec, représentée par Me Deplano, conclut :

1°) au rejet des conclusions de la société Sovec Entreprises en raison de leur irrecevabilité ;

2°) subsidiairement, au rejet de la requête de la société Sovec Entreprises et de l'ensemble des demandes incidentes des autres sociétés requises à son encontre ;

3°) en tout état de cause, à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Sovec Entreprises au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'action de la requérante est prescrite ;

- la condamnation solidaire des différents corps d'état appelés est impossible dès lors qu'il n'existe aucune solidarité contractuelle ou légale et qu'aucune faute commune concourant à l'entier dommage n'a été révélée par l'expert ;

- la requérante ne rapporte pas la preuve d'un lien de causalité entre une prétendue faute de la société Montelec et les préjudices allégués ;

- tous les locateurs d'ouvrage ont été victimes des errances du maitre d'ouvrage et en particulier Montelec ;

- les préjudices invoqués sont fantaisistes et dépourvus de réels fondements ;

- le chiffrage du préjudice n'est pas justifié.

Par un mémoire enregistré le 28 juin 2021, et un mémoire enregistré le 7 mars 2023 non communiqué, la société Edeis, venant aux droits de la SNC Lavalin, représentée par Me Demarchi, conclut :

1°) à titre principal, au rejet pour irrecevabilité des conclusions de la requête de la société Sovec Entreprises ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet de l'ensemble des demandes, fins et conclusions de la société Sovec Entreprises dirigées à son encontre comme étant non-fondées ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, à ce qu'elle soit déclarée recevable à être relevée et garantie par les parties défenderesses ;

4°) en tout état de cause, à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Sovec Entreprises au titre des frais de procédure ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Elle fait valoir que :

- la procédure doit être jointe avec la dénonce de procédure aux sociétés Chiri, A et I G faite par le groupement Turchi-Blachere ;

- à titre principal, l'action de la société Sovec Entreprises est prescrite ;

- à titre subsidiaire :

- sa responsabilité quasi-délictuelle ne peut être engagée en l'absence de toute démonstration par la requérante de l'existence d'une faute de sa part de nature à engager sa responsabilité, d'un éventuel impact du retard retenu par l'expert sur la réalisation du marché de la requérante et de l'existence d'un préjudice subi ;

- la demande de condamnation solidaire et/ou in solidum des locateurs d'ouvrage est irrecevable et infondée ;

- à titre infiniment subsidiaire, en cas de condamnation, elle sera relevée et garantie par les parties à la présente procédure.

Par deux mémoires enregistrés les 28 juin 2021 et 15 mars 2023 ainsi qu'un mémoire enregistré le 29 janvier 2024, la société Les Ateliers de Reims, représentée par Me Engelhard, conclut :

1°) à sa mise hors de cause ;

2°) à la condamnation in solidum de toute partie sollicitant sa condamnation à lui verser la somme de 10 000 euros pour procédure abusive ;

3°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Sovec Entreprises au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- elle est totalement étrangère à l'opération de construction ; elle était anciennement dénommée Cari Menuiserie qui n'a commencé son activité de menuiserie que le 1er décembre 2012 de sorte qu'elle n'a pas pu participer à la réalisation des travaux de gros œuvre de l'opération de reconstruction de l'hôpital des Broussailles qui aurait dû être achevée au 15 février 2009 ;

- la société Cari visée dans les rapports d'expertise produits par la société Sovec Entreprises est une entité juridique distincte sans lien avec Les Ateliers de Reims qui devra en conséquence être mise hors de cause ;

- les appels en garantie formés par les parties défenderesses sont abusifs dès lors qu'elle n'est pas concernée par le présent litige.

Par cinq mémoires enregistrés les 21 octobre 2021, 28 février 2023, 17 juillet 2023, 6 novembre 2023 et 29 janvier 2024 ainsi qu'un mémoire récapitulatif produit le 7 mars 2024 sur l'invitation du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, le centre hospitalier de Cannes, représenté par Me Chanon, conclut :

1°) à sa mise hors de cause ;

2°) au rejet des demandes d'appel en garantie présentées par la société Axima en raison du protocole transactionnel conclu le 26 juillet 2017 ;

3°) au rejet des demandes d'appel en garantie présentées par les sociétés Prowood, Blachere et fils et F ainsi que de l'appel en garantie formé à son encontre par la société Somerco par l'intermédiaire de son liquidateur ;

4°) à ce que soit mise à la charge des sociétés Axima, Prowood et Somerco la somme de 15 000 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le rapport d'expertise de l'expert désigné par l'ordre judiciaire est inopposable en ce que cette procédure n'a pas été rendue contradictoire à son égard ; tout appel en garantie fondé sur ce rapport à son encontre sera donc rejeté ;

- il doit être mis hors de cause, en sa qualité de maitre de l'ouvrage, en application de la jurisprudence Région Haute-Normandie, dès lors qu'aucun des défendeurs ne démontre une quelconque faute de sa part ;

- concernant la société Axima, le centre hospitalier de Cannes a conclu une transaction avec cette société le 26 juillet 2017 mettant fin à tout litige entre eux ;

- concernant le groupement Prowood-Blachere, ce dernier ne peut former aucun appel en garantie contre le maitre d'ouvrage dès lors que par un arrêt définitif rendu le 22 mai 2023, la cour administrative d'appel de Marseille a mis fin à tout litige entre eux ;

- concernant la société Somerco, la procédure engagée par cette dernière à l'encontre du maitre d'ouvrage a été définitivement tranchée par le Conseil d'Etat ;

- les conclusions présentées par certains défendeurs aux fins de condamnation du centre hospitalier au titre d'une procédure abusive ne sont pas sérieuses dès lors que le centre a été appelé en garantie à titre subsidiaire, et sont dénuées de fondement.

Par un mémoire enregistré le 11 août 2021, la société E, représentée par Me Guillet, conclut :

1°) à titre principal :

- au rejet pour irrecevabilité de la requête de la société Sovec Entreprises ;

- au rejet des demandes de la société Sovec Entreprises dirigées contre elle en ce qu'elles sont mal fondées ;

- au rejet des demandes de toute autre partie formées contre elle ;

2°) à titre subsidiaire :

- limiter sa part de responsabilité à 2,8% des condamnations éventuellement prononcées ;

- rejeter la demande formée au titre du remboursement des frais d'expertise de M. H ;

3°) en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de la société Sovec Entreprises la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'action de la société requérante est prescrite ;

- la société requérante est parfaitement défaillante dans la démonstration des conditions d'engagement de la responsabilité quasi-délictuelle de la société E :

- elle ne démontre pas la réalité de l'existence d'un préjudice certain et distinct de celui pour lequel elle été indemnisée par le centre hospitalier de Cannes ;

- la requérante se contente de citer les conclusions de l'expert B, lequel ne précise cependant pas quel aurait été l'impact des retards de chacune des entreprises dans ses relations avec les autres intervenants à l'opération de construction ; elle ne démontre pas en quoi les retards pris par la société E auraient impacté sa propre intervention sur le chantier ;

- la requérante ne démontre pas, pour obtenir une condamnation solidaire de l'ensemble des intervenants, que ceux-ci ont tous causé le préjudice qu'elle invoque à son égard ;

- à titre subsidiaire, le quantum des demandes de la société requérante est totalement disproportionné au regard de la somme versée par le maitre d'ouvrage à la société Sovec Entreprises par l'accord transactionnel conclu entre eux et du montant du préjudice chiffré par le CCIRA ;

- la requérante ne peut demander le remboursement des frais d'expertise diligentée par le juge judiciaire dès lors qu'elle a été déboutée de cette demande d'expertise par la cour d'appel de Paris ; ces frais ne relèvent pas des dépens ;

- la juridiction devra, si elle estime devoir accueillir les prétentions de la requérante, les ramener dans de plus justes proportions.

Par deux mémoires enregistrés les 15 janvier 2024 et 19 février 2024, la société Somerco représentée par son liquidateur judiciaire M. C D, représenté par la SCP de Angelis et associés, conclut :

1°) à titre principal :

- au rejet de l'intégralité des demandes, fins et conclusions formées par la société Sovec Entreprises et par tout autre contestant à son encontre, en raison de leur irrecevabilité et en tout état de cause de leur caractère mal fondé ;

- à ce qu'elle soit mise hors de cause ;

2°) à titre subsidiaire :

- au rejet de toute demande de condamnation in solidum avec les autres défendeurs ;

- à ce que les sociétés Fayat Bâtiment et Icade Promotion soient appelées à la cause ;

- à ce qu'elle soit relevée et garantie in solidum de toute éventuelle condamnation par le centre hospitalier de Cannes, les sociétés Brunet et Saunier, Architectes Studio, Les Ateliers de Reims, Edeis, Logik, Axima, Montelec, Entreprise Provençale d'Isolation, Chiri, E, A, I G, Fayat Bâtiment, Icade Promotion ainsi que le groupement d'entreprises Turchi-Blachere-Paccino, ou par celles ou ceux contre qui l'action complétera le mieux ;

3°) en tout état de cause :

- à ce que la société Sovec Entreprises, la société Icade Promotion et le centre hospitalier de Cannes soient condamnés à lui verser la somme de 20 000 euros à titre de dommages et intérêts pour démarche abusive et vexatoire ;

- à ce que soit mise à la charge de la société Sovec Entreprises, de la société Icade Promotion et du centre hospitalier de Cannes ou de tout autre succombant la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- à ce que soient mis à la charge de la société Sovec Entreprises ou de tout autre succombant les entiers dépens de l'instance.

Elle fait valoir que :

- l'action de la société requérante à son encontre est prescrite ;

- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité sur le terrain quasi-délictuel ; aucune faute n'a été retenue à son encontre par le CCIRA et la juridiction administrative saisie de litiges en lien avec cette opération de construction ; elle a parfaitement respecté ses obligations contractuelles ;

- la note de M. H doit être écartée des débats car devant être considérée comme non-avenue ;

- le rapport B ne concerne pas le préjudice allégué par la société requérante, laquelle ne peut donc se fonder dessus pour asseoir ses prétentions indemnitaires à son égard ;

- elle ne peut en tout état de cause être concernée par la totalité de la réclamation de la requérante qui porte sur la période du 1er avril 2008 au 18 avril 2012 dès lors qu'elle n'est intervenue dans l'opération de construction que jusqu'au 16 mars 2009, date de résiliation de son contrat ;

- le préjudice allégué par la requérante n'est pas démontré par des pièces probantes de même que la demande de remboursement des frais d'expertise ;

- aucune condamnation in solidum ne peut être prononcée dès lors que le retard dont se plaint la société Sovec Entreprises n'est pas imputable dans le temps et dans ses effets à l'ensemble des entreprises ; la requérante ne rapporte pas la preuve d'une faute commune ayant entrainé la réalisation de l'entier dommage ;

- subsidiairement, en cas de condamnation, elle sera relevée et garantie par le centre hospitalier de Cannes, les sociétés Brunet et Saunier, Architectes Studio, Les Ateliers de Reims, Edeis, Logik, Axima, Montelec, EPI, Chiri, E, A, I G, Fayat, Icade Promotion et le groupement d'entreprises Turchi-Blachere-Paccino ; l'appel en garantie formé à l'encontre de la société Axima n'est pas prescrit.

Par un mémoire enregistré le 3 mai 2022, la société Logik, représentée par Me Bousquet, conclut :

1°) à titre principal :

- au rejet de la requête de la société Sovec Entreprises en raison de son irrecevabilité ;

- à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Sovec Entreprises au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- à ce que les entiers dépens de l'instance soient mis à la charge de la société Sovec Entreprises ;

2°) à titre subsidiaire :

- au rejet de l'ensemble des demandes de la société Sovec Entreprises comme étant mal fondées ;

- à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Sovec Entreprises au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- à ce que les entiers dépens de l'instance soient mis à la charge de la société Sovec Entreprises ;

3°) à titre infiniment subsidiaire :

- à ce que les prétentions indemnitaires de la société Sovec Entreprises soient réduites à plus juste proportion et à ce que la contribution de la société Logik soit limitée à hauteur de 1,038% de l'intégralité des condamnations prononcées ;

- à ce qu'il n'y ait pas lieu à une condamnation in solidum ;

- en cas de condamnation in solidum, à ce qu'elle soit relevée et garantie de toutes condamnations en principal, intérêts et frais selon la répartition suivante :

- 9,34% pour le centre hospitalier de Cannes ;

- 2,42% pour la société Brunet et Saunier ;

- 2,42% pour la société Architectes Studio ;

- 2,76% pour la société Edeis ;

- 2,42% pour la société Somerco ;

- 35% pour la société Axima ;

- 1,5% pour la société Les Ateliers de Reims ;

- 17% pour la société Montelec ;

- 1,7% pour les sociétés PIC et EPI ;

- 6% pour la société Chiri ;

- 2,8% pour la société E ;

- 3,84% pour la société A ;

- 5,75% pour la société I G ;

- 5,103% pour la société Turchi-Blachere-Paccino ;

4°) en tout état de cause, à ce que soient mis à la charge de la société Sovec Entreprises la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, l'action de la société requérante à son égard est prescrite ;

- à titre subsidiaire :

- la société Sovec Entreprises ne démontre pas l'existence d'un préjudice tant dans son principe que dans son montant ; elle ne produit aucune justification du montant de ses réclamations ; le protocole transactionnel conclu avec le centre hospitalier de Cannes a pour objet d'arrêter le décompte général et définitif de la société requérante de sorte qu'elle ne peut réclamer aucune autre indemnité que celle figurant dans ledit protocole ;

- pour se prévaloir de fautes commises par la société Logik, la requérante se limite à reprendre les conclusions du rapport B qui analyse les manquements contractuels des locateurs d'ouvrage à l'égard du seul maitre d'ouvrage et non de la requérante ; la mission de l'expert portait sur l'analyse du retard global du chantier et non sur celui du seul lot à la charge de la société Sovec Entreprises ; la requérante ne démontre pas l'existence d'une faute délictuelle de la société Logik à son encontre ; elle n'est intervenue qu'en 2009 après la résiliation du contrat de l'OPC initial Somerco ;

- la société Sovec Entreprises ne démontre pas l'existence d'un lien de causalité entre les prétendues fautes et le préjudice qu'elle invoque ;

- elle ne rapporte pas la preuve que les fautes distinctes des co-responsables seraient à l'origine d'un même préjudice et ne peut ainsi pas demander la condamnation in solidum des constructeurs ;

- à titre infiniment subsidiaire :

- si le tribunal venait à faire droit aux demandes indemnitaires de la requérante, celles-ci devraient être ramenées à plus justes proportions ; le montant demandé par la société Sovec Entreprises n'est pas justifié ; en cas de condamnation, il conviendra de réduire les prétentions et de retenir le montant arrêté dans le cadre du protocole transactionnel soit 810 000 euros ;

- la demande de remboursement des frais d'expertise de M. H est injustifiée dès lors que la cour d'appel de Paris a infirmé la décision du tribunal de commerce de Paris l'ayant désigné en qualité d'expert ; ces frais ne constituent pas des dépens ;

- en cas de condamnation, celle-ci ne pourra être prononcée in solidum ; la part de responsabilité imputable à la société Logik sera de 1,038% ainsi que l'a relevé l'expert B dans son rapport ;

- en cas de condamnation solidaire, elle sera relevée et garantie, sur la base de la répartition arrêtée par l'expert B, par le centre hospitalier de Cannes, les sociétés Brunet et Saunier, Architectes Studio, Edeis, Somerco, Axima Seitha, Les Ateliers de Reims, Montelec, PIC-EPI, Chiri, E, A, I G et le groupement Turchi-Blachere-Paccino.

Les autres parties attraites à la cause n'ont pas produit d'observations.

Par ordonnance du 19 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 1er février 2016, par laquelle le président du tribunal administratif de Nice a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. B.

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er octobre 2024 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,

- les observations de Me Keller, représentant la société Sovec Entreprises,

- les observations de Me Grau, représentant la société Axima,

- les observations de Me Demarchi, représentant la société Edeis,

- les observations de Me Petit Valérie, représentant la société Somerco et son liquidateur judiciaire M. D,

- les observations de Me Pensa Bezzina, représentant les sociétés Prowood (en liquidation judiciaire mais non représentée par son liquidateur judiciaire) et Blachere et fils,

- et les observations de Me Chanon, représentant le centre hospitalier de Cannes.

Considérant ce qui suit :

1. Le centre hospitalier de Cannes a entrepris en 2004 des travaux de reconstruction et de construction de l'hôpital des Broussailles à Cannes. Le centre hospitalier de Cannes a confié la maitrise d'œuvre à un groupement, composé notamment de la société Brunet et Saunier (maitre d'œuvre de conception), de la société Architectes Studio (maitre d'œuvre d'exécution) et de la société Edeis, venue aux droits de la société Lavalin (BET fluides), la mission d'ordonnancement, de pilotage et de coordination (OPC) ayant été confiée à la société Somerco puis, à partir de juin 2009, à la société Logik. Le lot n° 14 " gros œuvre " a été confié à la société Cari, le lot n° 21B " étanchéité, élastomère, isolation) à la société A, le lot n° 23 " menuiseries extérieures alu " à la société Chiri, le lot n° 24 " menuiseries extérieures en acier " à la société E, le lot n° 32 " menuiseries intérieures bois " au groupement composé des sociétés Prowood (anciennement Turchi), Blachere et fils et F (laquelle a été absorbée par la société Turchi), le lot n° 35R " revêtements de sols et murs rigides " à la société I G, le lot " isolation et gaines de désenfumage " au groupement composé des sociétés EPI et PIC (cette dernière ayant été liquidée judiciairement), les lots n° 41 " génie climatique " et 42 " plomberie - sanitaires - RIA " à la société Axima, les lots n° 44 " courants faibles " et 50 " SSI " à la société Montelec et le lot n° 43 " électricité : courants forts - éclairage de sécurité " à la société Sovec Entreprises. Le délai global de l'opération était de 63 mois à compter du 1er septembre 2003, date de notification de l'ordre de service de démarrage du chantier. Ce délai a cependant fait l'objet de prolongations successives et la réception unique de la totalité des lots a été prononcée sans réserve le 18 août 2014, avec effet au 18 décembre 2013.

2. Le centre hospitalier de Cannes a sollicité auprès du juge des référés du tribunal administratif de Nice une expertise portant sur les conditions de réalisation des marchés attribués à la société Axima pour la reconstruction du centre hospitalier des Broussailles à partir du 1er juillet 2008 jusqu'à la réception du bâtiment neuf et la fin de la levée des dernières réserves. M. B a été désigné en qualité d'expert par le tribunal aux fins de déterminer, notamment, l'importance et les causes des éventuels allongements de délai, d'en examiner les conséquences et de recueillir tous éléments permettant de déterminer les responsabilités et préjudices éventuellement encourus, et a déposé son rapport le 25 août 2015. La société Sovec Entreprises a par ailleurs saisi le 20 juin 2013 le comité consultatif interrégional de règlement amiable des différends relatifs aux marchés publics (CCIRA), qui, le 1er juillet 2015, a émis l'avis d'accorder à la société Sovec Entreprises une indemnité de 2 098 482 euros hors taxes. Cette société a conclu avec le centre hospitalier de Cannes un accord transactionnel le 9 décembre 2015 portant décompte général et définitif et prévoyant le versement à la société Sovec Entreprises par le centre hospitalier de la somme de 586 553,93 euros toutes taxes comprises à titre de règlement du différend les opposant, en contrepartie pour la société de sa renonciation à rechercher tout autre somme et à introduire tout recours contentieux à ce titre contre le centre hospitalier, dont la somme de 390 000 euros hors taxes à titre d'indemnisation de la totalité des surcoûts liés à la prolongation du marché jusqu'à son achèvement, pour solde de tout compte. La société Sovec Entreprises demande au tribunal à être indemnisée du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait du retard de chantier pour la période du 1er avril 2008 au 18 avril 2012, qu'elle évalue à 3 579 603,73 euros hors taxes, par treize des entreprises ayant participé à l'opération de travaux, sur le fondement de leur responsabilité quasi-délictuelle. Les sociétés défenderesses présentent, pour leur part, des appels en garantie croisés.

Sur l'étendue du litige :

3. Aux termes de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative : " Le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction peut demander à l'une des parties de reprendre, dans un mémoire récapitulatif, les conclusions et moyens précédemment présentés dans le cadre de l'instance en cours, en l'informant que, si elle donne suite à cette invitation, les conclusions et moyens non repris seront réputés abandonnés. En cause d'appel, il peut être demandé à la partie de reprendre également les conclusions et moyens présentés en première instance qu'elle entend maintenir () ".

4. D'une part, invités à produire le mémoire récapitulatif dans les conditions fixées par l'article R. 611-8-1 précité, la société Sovec Entreprises, la société Axima, le centre hospitalier de Cannes et les sociétés Prowood et Menuiserie Blachere et fils ont déféré à cette demande. Les conclusions et moyens non repris dans leur dernier mémoire récapitulatif sont donc réputés abandonnés.

5. D'autre part, la société Les Ateliers de Reims a été invitée par le tribunal, par lettre notifiée à son conseil par l'intermédiaire de l'application informatique Télérecours le 6 février 2024, à produire un mémoire récapitulatif dans un délai d'un mois, faute de quoi, elle serait réputée s'être désistée de ses conclusions incidentes. Le conseil de la société Les Ateliers de Reims a accusé réception de cette demande le 6 février 2024. Le délai d'un mois qui a été imparti à cette partie est venu à expiration sans qu'un mémoire récapitulatif ne soit produit. Dans ces conditions, la société Les Ateliers de Reims, à l'encontre de laquelle la société requérante a renoncé dans son dernier mémoire à ses prétentions, doit, en vertu des dispositions de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, être réputée s'être désistée de l'ensemble de ses conclusions incidentes.

Sur l'acquiescement aux faits :

6. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

7. Les sociétés Saunier et Brunet, Architectes Studio, Chiri, A et I G, qui n'ont pas produit d'observations en défense avant la clôture de l'instruction malgré la mise en demeure qui leur a été adressée, doivent être réputées avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête en application des dispositions citées au point 6. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par la société requérante ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit et de qualification juridique des faits que soulève l'examen de l'affaire.

Sur la responsabilité quasi-délictuelle des autres constructeurs :

8. Dans le cadre d'un litige né de l'exécution de travaux publics, le titulaire du marché peut rechercher la responsabilité quasi délictuelle des autres participants à la même opération de construction avec lesquels il n'est lié par aucun contrat, notamment s'ils ont commis des fautes qui ont contribué à l'inexécution de ses obligations contractuelles à l'égard du maître d'ouvrage, sans devoir se limiter à cet égard à la violation des règles de l'art ou à la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires.

En ce qui concerne l'exception de prescription quinquennale :

9. Les sociétés Axima, Somerco, Logik, Edeis, Montelec, EPI, E, ainsi que le groupement Prowood-Blachere et fils, font valoir que l'action de la société Sovec Entreprises était prescrite à leur égard lorsqu'elle a saisi le tribunal administratif de Nice.

10. D'une part, aux termes de l'article 2224 du code civil résultant de la loi du 17 juin 2008 portant réforme de la prescription en matière civile : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". Le recours d'un constructeur contre un autre constructeur ou son sous-traitant relève de ces dispositions et se prescrit, en conséquence, par cinq ans à compter du jour où le premier a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. Par ailleurs, il résulte de ces dispositions que la prescription qu'elles instituent court à compter de la manifestation du dommage, c'est-à-dire de la date à laquelle la victime a une connaissance suffisamment certaine de l'étendue du dommage, quand bien même le responsable de celui-ci ne serait à cette date pas encore déterminé.

11. D'autre part, aux termes de l'article 2241 du même code : " La demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription ainsi que le délai de forclusion / Il en est de même lorsqu'elle est portée devant une juridiction incompétente ou lorsque l'acte de saisine de la juridiction est annulé par l'effet d'un vice de procédure. ". Il en résulte qu'une citation en justice, au fond ou en référé, n'interrompt la prescription qu'à la double condition d'émaner de celui qui a la qualité pour exercer le droit menacé par la prescription et de viser celui-là même qui en bénéficierait.

12. En outre, aux termes de l'article 2243 de ce code : " L'interruption est non avenue si le demandeur se désiste de sa demande ou laisse périmer l'instance, ou si sa demande est définitivement rejetée ".

13. Il résulte de l'instruction que la société Sovec Entreprises a produit, le 6 septembre 2012, un mémoire en réclamation dans lequel elle a détaillé les causes du retard pris dans l'exécution du chantier pour la période du 1er avril 2008 au 24 avril 2012, les défaillances des autres constructeurs et du maitre d'œuvre, et chiffré le préjudice subi résultant des retards pris dans l'exécution du chantier pour ladite période à la somme de 3 579 603,73 euros hors taxes, soit le même montant que celui figurant dans sa requête enregistrée au greffe du tribunal le 3 juin 2019. Il résulte ainsi de l'instruction que la société Sovec Entreprises a eu une connaissance suffisamment certaine de l'étendue de ses dommages liés à l'allongement de la durée du chantier à la date à laquelle elle a produit son mémoire en réclamation du 6 septembre 2012. Il s'ensuit que c'est cette date qui doit être retenue comme point de départ du décompte de la prescription quinquennale.

14. Il résulte ainsi de l'instruction, contrairement à ce qu'elle soutient, que la société Sovec Entreprises, en ayant précisément chiffré son préjudice dans son mémoire en réclamation du 6 septembre 2012, disposait, à cette date, d'une connaissance suffisamment certaine de l'étendue de ses dommages lui permettant d'exercer un recours contre les autres constructeurs, quand bien même les responsabilités n'étaient pas encore clairement déterminées, sans avoir à attendre la première analyse de l'expert judiciaire désigné par le tribunal de commerce de Paris remise aux parties le 25 janvier 2019, ni le dépôt du rapport d'expertise définitif de M. B le 25 août 2015, ou encore le procès-verbal de réception définitive des travaux remis le 18 août 2014. En outre, si la requérante soutient que le dommage ne se serait manifesté qu'à compter de la date de conclusion de la transaction avec le centre hospitalier de Cannes, soit le 9 décembre 2015, il résulte toutefois des dispositions précitées que c'est la survenance du dommage lui-même et non la naissance d'un accord ou d'un désaccord sur son indemnisation, qui marque le point de départ de la prescription.

15. Par ailleurs, M. B a été désigné en qualité d'expert judiciaire par le juge des référés de la cour administrative d'appel de Marseille à la demande du centre hospitalier de Cannes aux fins, notamment, de déterminer l'importance et les causes des éventuels allongements de délais et d'en examiner les conséquences. Le référé expertise présenté par le centre hospitalier de Cannes, qui visait les différents constructeurs à l'opération de reconstruction du centre hospitalier des Broussailles, n'a pas pu avoir pour effet d'interrompre la prescription à l'égard des autres constructeurs et notamment à l'égard de la société Sovec Entreprises, dès lors que cette saisine n'émanait pas de cette société elle-même et alors qu'elle n'a pas demandée expressément à être associée à cette demande d'expertise. En outre, la saisine par la société requérante du comité consultatif interrégional de règlement amiable des litiges, qui ne constitue pas une demande en justice au sens de l'article 2241 du code civil précité et qui ne l'empêchait au demeurant pas d'agir au sens de cet article à l'encontre des autres constructeurs sur le fondement quasi-délictuel, n'a pu avoir pour effet d'interrompre le cours de la prescription. Si, enfin, la société requérante a saisi les 24 et 29 mars 2016 le juge des référés du tribunal de commerce de Paris d'une demande d'expertise, à laquelle ce dernier a fait droit, interrompant ainsi le délai de prescription, cette interruption est réputée non avenue, en application de l'article 2243 du code civil précité, dès lors que la demande d'expertise de la société Sovec Entreprises a été définitivement rejetée par un arrêt de la cour d'appel de Paris du 22 mars 2019. Dès lors, l'interruption du délai de prescription résultant de la saisine du juge des référés du tribunal de commerce de Paris par la société requérante est non avenue et le délai de prescription de cinq ans a donc expiré le 6 septembre 2017. Par suite, et ainsi que le font valoir les sociétés Axima, Somerco, Logik, Edeis, Montelec, EPI, E, ainsi que le groupement Prowood-Blachere et fils, l'action engagée par la société Sovec Entreprises sur le fondement quasi-délictuel à leur encontre à raison des dommages résultant de l'allongement des travaux pour la période du 1er juillet 2006 au 18 avril 2012 était prescrite lorsqu'elle a introduit le présent recours.

En ce qui concerne les fautes commises par les autres constructeurs :

16. La société Sovec Entreprises fait grief aux autres constructeurs ayant participé à l'opération de reconstruction de l'hôpital des Broussailles d'avoir commis des fautes à l'origine de l'allongement du chantier et du préjudice en découlant pour la période du 1er avril 2008 au 18 avril 2012 dont elle demande réparation.

17. Les sociétés Saunier et Brunet, Architectes Studio, Chiri, A et I G, n'ayant pas produit d'écritures devant le tribunal, n'ont pas opposé la prescription quinquennale.

18. Toutefois, par son mémoire récapitulatif produit à la demande de la juridiction en vertu de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, la société Sovec Entreprises se borne, pour soutenir que ces sociétés détiennent une part de responsabilité dans le retard du chantier, à reprendre, sans détails ni explications, le tableau établi par l'expert dans son rapport du 25 août 2015. Si dans ce tableau, l'expert recense des jours de retard par entreprises ou groupements participant à l'opération de construction pour une première période précédant le 30 septembre 2010 et une seconde période entre le 30 septembre 2010 et le 18 avril 2011, il ne se prononce pas sur les préjudices des locateurs d'ouvrage à raison de l'allongement du chantier.

19. En outre, il résulte des écritures contenues dans son mémoire récapitulatif, que la société requérante n'identifie ni ne qualifie les fautes qu'auraient commises ces sociétés. En l'absence de démonstration de l'existence de fautes de ces sociétés et que de telles fautes auraient contribuées à l'inexécution de ses propres obligations contractuelles vis-à-vis du maitre d'ouvrage et qui seraient ainsi à l'origine directe des préjudices dont elle demande réparation au titre du 1er avril 2008 au 18 avril 2012, la société requérante n'est pas fondée à rechercher la responsabilité quasi-délictuelle des sociétés en cause.

20. Au demeurant, la société requérante ne justifie pas davantage du caractère réel et certain des préjudices qu'elle allègue avoir subi du fait de l'allongement du chantier.

21. Si l'acquiescement aux faits par les sociétés Saunier et Brunet, Architectes Studio, Chiri, A et I G permet de tenir pour établies les situations de fait invoquées par la société requérante, qui ne sont pas contredites par les pièces du dossier, l'acquiescement ne saurait, au contraire, permettre d'imposer au juge la qualification juridique de ces faits opérée par la société requérante. Par suite, en l'absence tant de démonstration du lien de causalité entre les retards qu'elle impute aux autres constructeurs et le préjudice qu'elle allègue que du caractère réel et certain dudit préjudice, la société Sovec Entreprises n'est pas fondée à rechercher la responsabilité des sociétés Saunier et Brunet, Architectes Studio, Chiri, A et I G sur le fondement de la responsabilité quasi délictuelle.

22. Par suite, l'ensemble des conclusions indemnitaires dirigées contre les sociétés Saunier et Brunet, Architectes Studio, Chiri, A et I G, y compris les conclusions aux fins de remboursement des frais de l'expertise diligentée par le juge judiciaire, doit être rejeté.

23. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Sovec Entreprises doit être rejetée.

Sur les appels en garantie :

24. En l'absence de toute condamnation prononcée par le présent jugement, les conclusions aux fins d'appel en garantie présentées par les sociétés Axima, Somerco, Logik, Edeis, EPI et le groupement Prowood-Blachere et fils sont dépourvues d'objet et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les demandes aux fins de condamnation pour démarche abusive et vexatoire présentées par les sociétés Axima et Somerco :

25. La société Axima demande la condamnation du centre hospitalier de Cannes à lui verser la somme de 20 000 euros à titre de dommages et intérêts et la société Somerco sollicite, quant à elle, la condamnation de la maitrise d'ouvrage et de la société requérante à lui verser cette somme au même titre. Toutefois, d'une part, la société Somerco n'établit pas le caractère prétendument abusif et vexatoire de la procédure engagée par la société Sovec Entreprises. D'autre part, la maitrise d'ouvrage n'est pas à l'origine du présent recours et n'a formulé aucune demande à l'encontre de ces dernières de sorte qu'il ne peut être retenu à son encontre l'existence d'une démarche vexatoire et abusive. Enfin et surtout ni la société Somerco ni la société Axima ne précisent à la réparation de quels préjudices serait destinée la somme demandée. Par suite, les conclusions de la société Axima et de la société Somerco tendant à l'allocation à leur profit d'une indemnité pour procédure abusive ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais et honoraires de l'expertise :

26. Par ordonnance du 1er février 2016, les frais et honoraires de l'expertise ont été liquidés et taxés à la somme de 148 308,81 euros toutes taxes comprises et mis provisoirement à la charge du centre hospitalier de Cannes. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de les laisser à la charge définitive de ce dernier.

Sur les frais liés au litige :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés défenderesses, qui ne sont pas, dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par la société Sovec Entreprises, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

28. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Sovec Entreprises est rejetée.

Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 148 308,81 euros toutes taxes comprises, sont laissés à la charge définitive du centre hospitalier de Cannes.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Sovec Entreprises, à la société Brunet et Saunier, à la société Architectes Studio, à la société Edeis, à la société Somerco représentée par son liquidateur judiciaire M. D, à la société Logik, à la société Axima, à la société Les Ateliers de Reims, à la société Montéléc, à la société Entreprise Provençale d'Isolation, à la société Prowood, à la société menuiserie Blachere et fils, à la société E, au centre hospitalier de Cannes, à la société A, à la société I G et à la société Chiri.

Copie en sera adressée, pour information, à M. B, expert, ainsi qu'aux sociétés Icade Promotion et Fayat Bâtiment.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Soli, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

D. Gazeau

Le président,

signé

P. Soli La greffière,

signé

E. Gialis

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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