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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1903531

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1903531

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1903531
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCIPRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juillet 2019 et le 21 septembre 2020, le syndicat des copropriétaires Heraclée, représenté par Me Benhamou et Me Harrar, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner solidairement Côte d'Azur Habitat et son assureur Axa à lui verser la somme de 48 400 euros correspondant au devis réalisé par l'entreprise Pescarzoli,, à titre de réparation des préjudices qu'il a subis à la suite des travaux de démolition réalisés sous maîtrise d'ouvrage de Côte d'Azur Habitat ;

2°) de condamner solidairement Côte d'Azur Habitat et son assureur Axa à lui verser la somme de 8 298,40 euros au titre des frais avancés de prise en charge de la bâche sur la façade pignon du bâtiment ;

3°) de condamner solidairement Côte d'Azur Habitat et son assureur Axa à lui verser la somme de 689,70 correspondant aux frais avancés de prise en charge des travaux mur-balcon du 4e étage ;

4°) de condamner solidairement Côte d'Azur Habitat et son assureur Axa à lui verser la somme de 50 000 euros au titre du préjudice de jouissance résultant des désordres dont Côte d'Azur Habitat est à l'origine ;

5°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement à venir ;

6°) d'homologuer le rapport d'expertise de M. I du 22 mai 2015 ;

7°) de condamner solidairement Côte d'Azur Habitat et son assureur Axa aux entiers dépens ;

8°) de mettre à la charge de Côte d'Azur Habitat et de son assureur Axa le versement de la somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité sans faute de Côte d'Azur Habitat est engagée à la suite des désordres subis par les travaux de démolition ;

- il est fondé à demander la réparation des préjudices subis à hauteur de 107 388,10 euros et qui se composent comme suit :

48 400 euros au titre des travaux de ravalement ;

8 298, 40 euros au titre de l'installation d'une bâche plastique de protection ;

689,70 euros au titre des travaux du mur-balcon du 4e étage ;

50 000 euros au titre du préjudice de jouissance.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 mai 2020, le 9 juin 2020, le 26 août 2020 et le 13 novembre 2020, Côte d'Azur Habitat, représenté par Me Barbaro, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

- à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et à celles des interventions volontaires ;

- à titre subsidiaire, au rejet de la requête et à celles des interventions volontaires ;

- à l'appel en garantie de la compagnie Axa de toute condamnation éventuelle prononcée à son encontre ;

- à l'appel en garantie de la société DSD Démolition ;

- de condamner le syndicat des copropriétaires Heraclée à lui rembourser la somme de 5 238,48 euros correspondant au montant des sondages sollicités par l'expert ;

- de mettre à la charge du syndicat des copropriétaires Heraclée et des intervenants volontaires le versement de la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le syndicat requérant et les intervenants n'ont pas présenté de demande préalable ;

- les interventions volontaires sont irrecevables du fait de l'irrecevabilité de la requête du syndicat requérant et de la prescription quadriennale à l'égard de l'intervention volontaire des époux G ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en intervention enregistrés le 14 octobre 2019, le 18 octobre 2019, le 1er juillet 2020 et le 6 octobre 2020, M. et Mme D, représentés par Me Cipre, demandent au tribunal de :

- condamner Côte d'Azur Habitat à les indemniser de leurs préjudices subis à hauteur de 41 041,50 euros : 6 699 euros au titre des travaux de réfection et 34 342,50 euros au titre du préjudice de jouissance ;

- de condamner Côte d'Azur Habitat aux entiers dépens ;

- d'ordonner l'exécution provisoire du jugement ;

- de mettre à la charge de Côte d'Azur Habitat le versement de la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires en intervention enregistrés le 18 octobre 2019, le 1er juillet 2020 et le 6 octobre 2020, Mme C G, M. E G et Mme B G, représentés par Me Cipre, demandent au tribunal :

- de condamner Côte d'Azur Habitat à indemniser Mme G de ses préjudices subis à hauteur de 21 900 euros : 20 580 euros au titre des travaux de réfection et 1 320 euros au titre du préjudice de jouissance ;

- de condamner Côte d'Azur Habitat aux entiers dépens ;

- d'ordonner l'exécution provisoire du jugement ;

- de mettre à la charge de Côte d'Azur Habitat le versement de la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 janvier 2020, la société Axa France IARD, représentée par Me Vanzo, conclut à sa mise hors de cause.

Par des mémoires en défense enregistrés le 30 septembre 2020, le 30 mars 2021 et le 7 juin 2021, la société DSD Démolition, représentée par Me Zanotti, conclut :

- à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et à celles des interventions volontaires ;

- à titre subsidiaire, au rejet de la requête et à celles des interventions volontaires ;

- à la condamnation solidaire de Côte d'Azur Habitat et son assureur Axa, de la société CEBTP Démolition, de la société Discount Bâtiment et son assureur la société MAAF Assurances, de la société CETE Apave Sud Europe et son assureur Lloyd's de France de toutes éventuelles condamnations qui seraient prononcées à son encontre ;

- à la condamnation de tous succombants aux entiers dépens ;

- et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de tous succombants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le syndicat requérant n'a pas présenté de demande préalable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 23 décembre 2020, la société MAAF Assurances, représentée par Me Troin, conclut :

- à titre principal, à l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions l'appelant en garantie ;

- à titre subsidiaire, au rejet des conclusions l'appelant en garantie ;

- à la condamnation de tous succombants aux entiers dépens ;

- et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de tous succombants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son avocat.

Par un mémoire enregistré le 15 avril 2021, la société Apave Sudeurope et son assureur Lloyd's Insurance Compagny, représentés par la SARL GVB, concluent :

- à leur mise hors de cause ;

- à l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions en appel en garantie dirigées contre Lloyd's Insurance Compagny ;

- à l'irrecevabilité de l'appel en garantie formé par la société DSD Démolition ;

- à la condamnation solidaire de Côte d'Azur Habitat et de son assureur Axa, de la société CEBTP Démolition, de la société DSD Démolition, la SAS Ginger CEBTP Demolition, M. F et son assureur la société MAAF Assurances, à les relever et les garantir de toute éventuelle condamnation ;

- à la condamnation de DSD Démolition ou tous succombants au dépens ;

- et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de DSD Démolition ou tous succombants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2021, la société Ginger Deleo, venant aux droits de la société Ginger CEBTP Demolition, représentée par Me Rogel et Me Mel, conclut :

- à titre principal, à l'irrecevabilité des conclusions de Côte d'Azur Habitat à son encontre ;

- au rejet des conclusions de Côte d'Azur Habitat, de DSD Démolition et de Apave Sudeurope à son encontre ;

- à titre subsidiaire, à la réduction à de plus justes proportions des sommes réclamées par les requérants et les intervenants ;

- à la condamnation de DSD Démolition, l'Apave Sudeurope et Côte d'Azur à la relever et la garantir de toute éventuelle condamnation ;

- à la condamnation de tous succombants au dépens ;

- et à ce que la somme de 15 000 euros soit mise à la charge de tous succombants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 7 juin 2021 la clôture d'instruction a été fixée au 9 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 septembre 2022 :

- le rapport J Duroux, conseillère ;

- les conclusions J Moutry, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Blua, substituant Me Barbaro, représentant Côte d'Azur Habitat ; de Me Vanzo, représentant Axa France IARD ; de Me Guigon-Biazzi, représentant DSD Démolition ; Me Quillet, représentant Ginger Deleo ; Me Vallet, représentant Apave Sudeurope et Lloyd's Insurance Compagny.

Considérant ce qui suit :

1. Au cours des mois de février et mars 2008, Côte d'Azur Habitat a fait procéder à la démolition des bâtiments HLM de la résidence Pasteur dont le bâtiment 3 était mitoyen de la copropriété Heraclée située au 22 voie romaine et au 14 à 18 rue Maccario à Nice. A la suite de ces travaux de démolition, effectués par la société DSD Démolition, sous le contrôle de la société CEBTP Démolition, le pignon nord de la résidence Heraclée a été mis à nu du rez-de-chaussée jusqu'au 4e étage de l'immeuble. Des travaux de protection et de ravalement ont été ensuite réalisés, conformément à l'avenant du 14 mai 2008 entre Côte d'Azur Habitat et la société DSD Démolition qui a sous-traité avec l'entreprise CEBTP Démolition. Toutefois, des désordres d'infiltrations ont été constatés dans plusieurs appartements de la résidence situés côté nord. Par la présente requête, le syndicat des copropriétaires Heraclée demande au tribunal de condamner solidairement Côte d'Azur Habitat et son assureur la société Axa à lui verser la somme de 107 3881,10 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des désordres causés par les travaux de démolition.

Sur la recevabilité des interventions :

2. Une intervention ne peut être admise que si son auteur s'associe soit aux conclusions du requérant, soit à celles du défendeur. En l'espèce, les interventions de M. et Mme D et J C G, M. E G et Mme B G qui comportent des conclusions propres, la réparation de leurs propres préjudices distincts de ceux de la copropriété, ne peuvent être regardées comme s'associant aux conclusions du demandeur. Elles ne peuvent, dès lors, être admises.

Sur l'incompétence du juge administratif pour connaître des conclusions dirigées contre les assureurs :

3. Il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement de sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé et en raison du fait dommageable commis par son assuré, alors même que l'appréciation de la responsabilité de cet assuré dans la réalisation du fait dommageable relève du juge administratif. En conséquence, la juridiction administrative est incompétente pour connaître des conclusions de la société DSD Démolition dirigées contre les compagnies MAAF et Lloyd's de France/Lloyd's Insurance Compagny, en leur qualité d'assureurs, respectivement, de Discount Bâtiment et de Cete Apave Sudeurope.

Sur la fin de non-recevoir opposée par Côte d'Azur Habitat et la société DSD Démolition :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le syndicat des copropriétaires Heraclée a régularisé sa requête en adressant, par courrier en date du 28 août 2020, reçu le 1er septembre 2020, une demande préalable indemnitaire à Côte d'Azur Habitat qui l'a rejetée par courrier en date du 15 septembre 2020. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité sans faute de Côte d'Azur Habitat :

1.

2.

3.

4.

5.

6. Même en l'absence de faute, le maître de l'ouvrage est responsables vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. La victime doit toutefois apporter la preuve de la réalité des préjudices qu'elle allègue avoir subis et de l'existence d'un lien de causalité entre l'ouvrage public et lesdits préjudices.

7. Dans le cas d'un dommage causé à un immeuble, la fragilité ou la vulnérabilité de celui-ci ne peuvent être prises en compte pour atténuer la responsabilité du maître de l'ouvrage, sauf lorsqu'elles sont elles-mêmes imputables à une faute de la victime. En dehors de cette hypothèse, de tels éléments ne peuvent être retenus que pour évaluer le montant du préjudice indemnisable.

8. En l'espèce, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du 22 mai 2015 diligenté par le juge judiciaire, qu'à la suite des travaux de démolition du bâtiment n° 3 de la résidence Pasteur, la façade nord de l'immeuble de la résidence Heraclée s'est retrouvée à l'état de maçonnerie brute sans aucune isolation thermique, occasionnant pour les appartements situés du 1er au 4e étage côté nord, de nombreux désordres d'infiltrations provoquant des décollements de tapisseries et de peintures, la présence de moisissures et un taux positif à l'humidité. Par ailleurs, selon le rapport d'expertise, aucun désordre d'infiltration n'avait été constaté avant la réalisation des travaux de démolition. Dans ces conditions, les dommages subis, lesquels présentent un caractère accidentel, apparaissent en lien direct avec les travaux publics de démolition. Dès lors, la responsabilité de Côte d'Azur Habitat se trouve engagée à l'égard du syndicat requérant qui a la qualité de tiers aux travaux publics à l'origine des désordres affectant l'immeuble de la résidence Heraclée.

9. Pour s'exonérer de sa responsabilité, Côte d'Azur Habitat se prévaut de l'absence d'isolation thermique de la résidence Heraclée dès sa construction. S'il résulte de l'instruction que la structure du pignon nord de la façade de l'immeuble Heraclée est composée uniquement d'un panel de 4,5 centimètres d'épaisseur ne permettant pas d'assurer une isolation thermique des appartements situés du 1er au 4 étage, cette vulnérabilité, qui ne provient pas d'une faute commise par le syndicat des copropriétaires, ne peut être invoquée par Côte d'Azur Habitat pour atténuer sa responsabilité au regard des conséquences des travaux publics réalisés. Par suite, Côte d'Azur Habitat doit être reconnue entièrement responsable des préjudices subis par le syndicat requérant.

En ce qui concerne les préjudices :

10. L'indemnité susceptible d'être allouée à la victime d'un dommage de travaux publics a pour vocation de replacer cette dernière, autant que faire se peut, dans la situation qui aurait été la sienne, si le dommage ne s'était pas produit. A ce titre, si elle est en droit d'obtenir l'indemnisation de l'intégralité des préjudices, qui sont en lien direct et certain avec les travaux publics incriminés, il lui appartient d'établir par tous moyens la réalité de ces derniers, tant dans leur principe que dans leur montant.

11. Il résulte de l'instruction que si la construction en planelles de 4,5 cm d'épaisseur de la partie de la façade nord de la résidence Héraclée mise à nue par les travaux de démolition a favorisé les infiltrations d'eau, les travaux de reprise de la façade, qui n'ont pas été réalisés conformément aux prescriptions de l'expert, n'ont pas permis d'assurer l'étanchéité des appartements face aux intempéries et ont également favorisé les migrations d'eau dans les appartements.

12. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que la meilleure solution pour remédier aux désordres d'infiltrations consiste à mettre en place un bardage métallique étanche ventilé non isolant fixé au niveau des planchers et des poteaux verticaux. Dans le cadre de l'expertise judiciaire, le syndicat requérant a fourni plusieurs devis dont l'un d'un montant de 48 400 euros correspondant aux travaux à réaliser sans amélioration de l'existant. Il y a donc lieu de fixer l'indemnité due au titre des travaux de réparation à la somme de 48 400 euros.

13. Le syndicat requérant se prévaut également d'un préjudice matériel d'un montant de 8 298, 40 euros au titre de l'installation d'une bâche plastique de protection sur la façade nord. Il résulte de l'instruction que cette bâche a été installée le 2 octobre 2014 et a permis d'éviter l'apparition de nouvelles infiltrations. Par ailleurs, le syndicat requérant justifie de la prise en charge financière de cette installation. Dès lors, le syndicat requérant est fondé à demander l'indemnisation de la somme de 8 298, 40 euros à ce titre.

14. Par ailleurs, le syndicat requérant se prévaut d'un préjudice à hauteur de 689,70 euros résultant des travaux du mur-béton du 4e étage. Il résulte du rapport d'expertise que lors des travaux de démolition du bâtiment, la façade nord a été endommagée notamment au niveau du balcon du 4ème étage et que si la réparation de gros œuvre a été réalisée, les travaux de finition ne l'ont pas été. Selon l'expert, le devis présenté par le syndicat requérant correspond parfaitement aux travaux à réaliser. Dès lors, le syndicat requérant est fondé à demander l'indemnisation de la somme de 689,70 euros à ce titre.

15. En revanche, si le syndicat requérant se prévaut d'un trouble de jouissance, il résulte de l'instruction que les désordres d'infiltration n'ont pas rendu l'immeuble impropre à sa destination empêchant les résidents de l'occuper. Par suite, le préjudice de jouissance allégué n'est pas justifié et ne peut être retenu.

16. Il résulte de ce qui précède que Côte d'Azur Habitat et Axa France Iard doivent être condamnés solidairement à verser au syndicat requérant la somme totale de 57 388,10 euros. Par voie de conséquence, les conclusions de Côte d'Azur Habitat aux fins de condamnation du syndicat des copropriétaires Heraclée à lui rembourser la somme de 5 238,48 euros correspondant au montant des sondages sollicités par l'expert doivent être rejetées.

Sur les conclusions de Côte d'Azur Habitat d'appel en garantie :

17. La fin des rapports contractuels entre le maître d'ouvrage et l'entrepreneur, consécutive à la réception sans réserve d'un marché de travaux publics, fait obstacle à ce que, sauf clause contractuelle contraire, l'entrepreneur soit ultérieurement appelé en garantie par le maître d'ouvrage pour des dommages dont un tiers demande réparation à ce dernier, alors même que ces dommages n'étaient ni apparents ni connus à la date de la réception. Il n'en irait autrement que dans le cas où la réception n'aurait été acquise à l'entrepreneur qu'à la suite de manœuvres frauduleuses ou dolosives de sa part.

18. Il résulte de l'instruction que si un premier procès-verbal de réception des travaux a été signé le 16 septembre 2008 avec réserve, un second procès-verbal de réception des travaux sans réserve a été signé le 28 janvier 2009 après la levée de réserves. En outre, au regard du rapport d'expertise dont il résulte que les désordres ne compromettent pas la solidité de l'ouvrage et ne le rendent pas impropre à sa destination, la responsabilité du constructeur au titre de la garantie décennale ne peut pas être engagée. Par suite, Côte d'Azur Habitat n'est pas fondée à demander à être garantie par la société DSD Démolition des sommes mises à sa charge dans la présente instance.

Sur les dépens :

19. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions formées à ce titre sont sans objet et doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions tendant à ce que soit ordonnée l'exécution provisoire du jugement :

20. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Par suite, les conclusions du syndicat requérant demandant au tribunal d'ordonner l'exécution provisoire du jugement sont sans objet et doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'homologation du rapport d'expertise :

21. Il n'appartient pas à la juridiction administrative d'homologuer un rapport d'expertise. Ces conclusions ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Côte d'Azur Habitat et Axa France Iard une somme totale de 2 000 euros à verser au syndicat des copropriétaires Heraclée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

23. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du syndicat des copropriétaires Heraclée, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, et des intervenants volontaires, la somme que Côte d'Azur Habitat demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

24. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des sociétés DSD démolition, MAAF, Apave Sudeurope, Lloyd's Insurance Compagny et Ginger Deleo présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les interventions de M. et Mme D et J C G, M. E G et Mme B G ne sont pas admises.

Article 2 : Côte d'Azur Habitat et Axa France Iard sont condamnés solidairement à verser au syndicat des copropriétaires Héraclée la somme de 57 388,10 euros.

Article 3 : Côte d'Azur Habitat et Axa France Iard versera au syndicat des copropriétaires Héraclée la somme totale de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires Héraclée, à M. et Mme D, à M. et Mme G née H, à M. G, à Mme G, à M. A, à Côte d'Azur Habitat, Axa France Iard, DSD Démolition, Ginger Deleo, MAAF assurances, Apave Sudeurope et Lloyd's Insurance Compagny.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, conseillère,

Mme Chaumont, conseillère,

assistés J Gialis, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F. PASCALLa greffière,

signé

E. GIALIS

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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