mardi 7 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1903595 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ASSO - CHRESTIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistré le 24 juillet 2019 et le 3 mars 2020, la SARL Yver, représentée par Me Chrestia, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Saint-Jean-Cap-Ferrat à lui verser une somme totale de 264 802,80 euros en réparation des divers préjudices subis à la suite du non renouvellement de son bail ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Jean-Cap-Ferrat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune de Saint-Jean-Cap-Ferrat a commis une faute en consentant un bail sur le domaine public de la commune ;
- à la date de conclusions du bail, la commune était informée de ce que les parcelles en causes ne faisaient pas partie du domaine privé de la commune ;
- elle est fondée à solliciter l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis et se décomposant comme suit :
* un préjudice résultant de l'indemnité versée pour la conclusion d'un bail lui conférant la propriété commerciale sur les parcelles 207 et 208 : 50 000 euros :
* un préjudice financier résultant des honoraires versés au cabinet Carlo : 3 946,80 euros ;
* un préjudice financier correspondant à la valeur de son fonds de commerce : 173 000 euros ;
* un préjudice financier correspondant au prêt contracté auprès de la banque pour réaliser des travaux dans son magasin : 22 856 euros ;
* un préjudice moral : 15 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2020, la commune de Saint-Jean-Cap-Ferrat, représentée par Me Rouillot, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que le montant des sommes demandées soit ramené à de plus justes proportions ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge de la société requérante une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- aucune faute ne peut lui être reprochée ; le refus de renouvellement du bail commercial consenti à la SARL Yver est parfaitement justifié ; le bail consenti le 1er juillet 2009 pour une durée de 9 ans a été consenti alors que le local constitué de deux alvéoles portant les numéros 207 et 208 appartenait au domaine privé de la commune ; la commune a été contrainte de refuser le renouvellement du bail commercial, sollicité par la SARL Yver le 3 janvier 2018, en raison du changement de nature du domaine sur lequel était situé le local ; elle était contrainte de respecter les obligations de mise en concurrence en raison de l'occupation privative du domaine public ;
- la demande indemnitaire d'un montant de 264 802 euros est manifestement disproportionnée.
Par ordonnance du 2 juin 2021 la clôture d'instruction a été fixée au 24 juin 2021 à 12 heures.
Une note en délibéré a été présentée, le 13 février 2023, pour la société Yver.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code du commerce ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 février 2023 :
- le rapport de M. Pascal, président-rapporteur,
- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,
- et les observations de Me Krotova représentant la société Yver et de Me Gadd, substituant Me Rouillot, représentant la commune de Saint Jean Cap Ferrat.
Considérant ce qui suit :
1. La SALR Yver exploite un magasin de coiffure et de vente de vêtements et d'accessoires de mode sur le port de Saint-Jean-Cap-Ferrat en vertu d'un bail commercial conclu avec la commune pour une durée de neuf ans. Ce bail a pris effet le 1er juillet 2009 jusqu'au 30 juin 2018. Le 3 janvier 2018, la SARL Yver a demandé le renouvellement du bail en vertu de l'article L. 145-10 du code de commerce. Le 22 mars 2018, la commune a refusé le renouvellement du bail commercial au motif qu'il avait été consenti sur le domaine public. Par la présente requête, la SARL Yver demande à la commune de Saint-Jean-Cap-Ferrat de lui verser la somme totale de 262 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la faute de la commune :
2. En raison du caractère précaire et personnel des titres d'occupation du domaine public et des droits qui sont garanties au titulaire d'un bail commercial, un tel bail ne saurait être conclu sur le domaine public. Lorsque l'autorité gestionnaire du domaine public conclu un " bail commercial " pour l'exploitation d'un bien sur le domaine public ou laisse croire à l'exploitant de ce bien qu'il bénéficie des garanties prévues par la législation sur les baux commerciaux, elle commet une faute de nature à engager sa responsabilité. Cet exploitant peut alors prétendre, sous réserve, le cas échéant, de ses propres fautes, à être indemnisé de l'ensemble des dépenses dont il justifie qu'elles n'ont été exposées que dans la perspective d'une exploitation dans le cadre d'un bail commercial ainsi que des préjudices commerciaux et, le cas échéant, financiers qui résultent directement de la faute qu'a commise l'autorité gestionnaire du domaine public en l'induisant en erreur sur l'étendue de ses droits.
3. Il résulte de l'instruction que, par deux délibérations du 1er septembre et du 6 octobre 2005, le conseil municipal de Saint-Jean-Cap-Ferrat a décidé du déclassement du domaine public de la place du Centenaire et des parcelles concernées par le projet de réaménagement de la place en domaine privé de la commune. Puis, la commune de Saint-Jean-Cap-Ferrat a conclu, le 28 juillet 2009, avec la SARL Yver, sur le fondement des dispositions des articles L. 145-1 à L. 145-60 du code de commerce, un bail commercial pour l'occupation des locaux constitués de deux alvéoles portant les numéros 207 et 208, situés au rez-de-chaussée dépendant d'un immeuble sis place du Centenaire - Quai du Nouveau Port, à Saint-Jean-Cap-Ferrat (06230). Les locaux loués étaient destinés à un usage de coiffure, hommes et dames, esthétique, vente de tout produit lié à ces activités, vente de vêtements, d'objets de décoration et d'accessoire de mode. Ce bail, conclu pour une durée de neuf ans, a pris effet au 1er juillet 2009 pour se terminer au 30 juin 2018, moyennant un loyer annuel hors taxe et hors charges de 17 028 euros.
4. Il résulte également de l'instruction que, par un jugement du 7 juillet 2009, confirmé par la cour administrative d'appel de Marseille le 22 novembre 2011, le tribunal administratif de Nice a annulé les délibérations du 1er septembre 2005 et du 6 octobre 2005 par lesquelles le conseil municipal de Saint-Jean-Cap-Ferrat a décidé de déclasser du domaine public la place du Centenaire et les parcelles concernées par le projet de réaménagement de la place. Si la commune fait valoir que, à la date à laquelle elle a conclu le bail commercial avec la SARL Yver, les parcelles concernées appartenaient au domaine privé de la commune, il résulte de l'instruction que le jugement du tribunal administratif du 7 juillet 2009 a été notifié à la commune le 20 juillet suivant, soit antérieurement à la signature du bail. Ainsi, à la date de signature du bail le 28 juillet 2009, la commune ne pouvait ignorer que les locaux situés sur la place du Centenaire, dont le déclassement avait été annulé, relevaient de son domaine public. Eu égard au caractère précaire et révocable des titres d'occupation du domaine public et des droits qui sont garantis au titulaire d'un bail commercial, un tel bail ne pouvait pas, dès lors, être légalement conclu sur le domaine public. Dès lors, en concluant un tel bail sur son domaine public, la commune de Saint-Jean-Cap-Ferrat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
S'agissant de l'indemnisation du préjudice résultant de la perte du fonds de commerce :
5. D'une part, l'indemnité susceptible d'être allouée à la victime d'un dommage causé la faute de l'administration a pour seule vocation de replacer la victime, autant que faire se peut, dans la situation qui aurait été la sienne si le dommage ne s'était pas produit, c'est-à-dire, lorsque la faute résulte d'une décision illégale, si celle-ci n'était pas intervenue.
6. D'autre part, eu égard au caractère révocable et personnel d'une autorisation d'occupation du domaine public, celle-ci ne peut donner lieu à la constitution d'un fonds de commerce dont l'occupant serait propriétaire. Si la loi du 28 juin 2014 relative à l'artisanat, au commerce et aux très petites entreprises a introduit dans le code général de la propriété des personnes publiques un article L. 2124-32-1 aux termes duquel : " Un fonds de commerce peut être exploité sur le domaine public sous réserve de l'existence d'une clientèle propre ", ces dispositions ne sont, dès lors que la loi n'en a pas disposé autrement, applicables qu'aux fonds de commerce dont les exploitants occupent le domaine public en vertu de titres délivrés à compter de son entrée en vigueur. Par suite, l'exploitant qui occupe le domaine public ou doit être regardé comme l'occupant en vertu d'un titre délivré avant cette date, qui n'a jamais été légalement propriétaire d'un fonds de commerce, ne peut prétendre à l'indemnisation de la perte d'un tel fonds.
7. Si dans ce cadre, le caractère illégal du bail commercial conclu entre la commune de Saint-Jean-Cap-Ferrat et la SARL Yver peut conduire à l'indemnisation des frais engagés en pure perte par celle-ci à la suite de la conclusion de ce bail et à l'espérance qu'il soit renouvelé, le motif pour lequel ce contrat n'aurait pas dû être conclu et n'a pas pu être renouvelé fait obstacle à ce que, à cette date, la SARL Yver ait pu légalement constituer un fonds de commerce sur le domaine public. Par suite, la société requérante ne peut prétendre à être indemnisée du préjudice résultant de la perte de valeur du fonds de commerce créé au bénéfice d'un contrat de bail commercial illégal.
S'agissant de l'indemnisation du préjudice résultant de l'indemnité versée pour la conclusion d'un bail commercial :
8. La SARL Yver a droit à être indemnisée, ainsi qu'il été dit au point 2, de l'ensemble des dépenses dont elle justifie qu'elles n'ont été exposées que dans la perspective d'une exploitation dans le cadre d'un bail commercial ainsi que des préjudices commerciaux et, le cas échéant, financiers qui résultent directement de la faute qu'a commise l'autorité gestionnaire du domaine public en l'induisant en erreur sur l'étendue de ses droits. Il résulte de l'instruction, notamment d'un protocole transactionnel du 28 juillet 2009 que la commune de Saint-Jean-Cap-Ferrat a accepté de consentir à la SARL Yver le bénéfice de la propriété commerciale par la conclusion d'un bail commercial portant sur les cellules 207 et 208 prenant effet au 1er juillet 2009 et qu'en contrepartie de la conclusion de ce bail, la SARL Yver s'engageait à régler à la commune, à titre forfaitaire et transactionnel, une somme de 50 000 euros. Toutefois, cette somme n'a été exposée que pour la conclusion du bail commercial et non pour son exploitation. Par suite, la demande présentée à ce titre par la société requérante ne peut qu'être rejetée.
S'agissant de l'indemnisation du préjudice résultant des honoraires versés pour la conclusion du bail commercial :
9. Pour les mêmes raisons que celles énoncées au point précédent, la SALR Yver n'est pas fondée à demander l'indemnisation de ce chef de préjudice, les honoraires n'ayant été versés que dans le cadre de la conclusion du bail commercial. Par suite, la demande présentée à ce titre ne peut qu'être rejetée.
S'agissant de l'indemnisation du préjudice résultant de la souscription d'un prêt pour la réalisation de travaux :
10. La SARL Yver soutient qu'elle a contracté un prêt d'un montant de 22 856 euros pour la réalisation de travaux dans son magasin afin de revaloriser son fonds de commerce. Toutefois, s'il résulte de l'instruction que la société requérante a bien souscrit un prêt d'un montant de 22 285 euros sur une durée de 60 mois le 15 mars 2018, elle n'établit pas, toutefois, qu'elle ait effectivement réalisé des travaux dans son commerce. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la SARL Yver, par exploit d'huissier du 3 janvier 2018, a demandé le renouvellement du bail commercial octroyé par la commune de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Si la commune ne lui a indiqué que le 22 mars 2018 son intention de ne pas renouveler le bail commercial au motif qu'il avait été conclu sur le domaine public, il est constant que la SARL requérante, en souscrivant un prêt pour la réalisation de travaux dans un local dont elle n'était pas certaine que le bail soit renouvelé, a pris un risque, alors même que le bail arrivait à échéance le 30 juin 2018. Dans ces conditions, la SARL Yver n'établit avoir subi un préjudice lié à la conclusion d'un prêt pour la réalisation de travaux. Par suite, la demande indemnitaire présentée à ce titre ne peut qu'être rejetée.
S'agissant du préjudice moral :
11. Si la société Yver soutient qu'elle a subi un préjudice moral, elle n'établit pas la réalité de son préjudice, ni même que la faute qu'aurait commise la commune résulterait d'une volonté délibérée et réitérée de lui dissimuler l'appartenance du local au domaine public. Par suite, la demande présentée à ce titre doit être rejetée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la SARL Yver doivent être rejetées.
Sur les frais de procédure :
13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
14. Les dispositions précitées font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Saint-Jean-Cap-Ferrat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée à ce titre par la SARL Yver.
15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée à ce titre par la commune de Saint-Jean-Cap-Ferrat.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Yver est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Jean-Cap-Ferrat présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Yver et à la commune de Saint-Jean-Cap-Ferrat.
Délibéré après l'audience du 10 février 2023 à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, conseillère,
Mme Chevalier, conseillère,
assistés de Mme Antoine, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.
Le président-rapporteur,
signé
F. Pascal
L'assesseure la plus ancienne,
signé
G. DurouxLa greffière,
signé
P.-B. Antoine
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
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