jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1903757 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DELPUGET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er août 2019 et le 23 janvier 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Téléalarme, représentée par son gérant, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre du mois de mai 2017, en droits et pénalités, pour un montant de 34 956 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les frais d'instance en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'activité de télésurveillance qu'elle exerce permet aux personnes âgées d'être secourues ; il s'agit de l'une des activités expressément listées à l'article 86 de l'annexe III du code général des impôts ; elle doit dès lors être soumise au taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée de 5,5 % ;
- elle est fondée à obtenir la restitution de la taxe sur la valeur ajoutée dont elle s'est acquittée à tort au cours de la période allant du 1er janvier 2014 au 30 avril 2017, lorsqu'elle faisait application du taux normal ; elle n'est en effet pas soumise à l'obligation d'émettre des factures de régularisation ;
- elle n'a pas demandé de remboursement de taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'année 2013 ;
- elle ne saurait en aucun cas reverser une taxe sur la valeur ajoutée déjà acquittée ;
- l'administration fiscale a commis une erreur dans le calcul du rappel de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge ; le montant de ce rappel s'élève en réalité à 10 644 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2020, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable pour ce qui concerne une partie des chefs de redressement, s'élevant, en droits, à 4 604 euros ;
- l'activité de la société requérante ne fait pas partie des services à la personne énumérés par l'article 86 de l'annexe III du code général des impôts ; elle est soumise au taux normal de 20 % ;
- les demandes d'imputation ou de restitution doivent être faites au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle au cours de laquelle s'est produit l'évènement ouvrant droit à récupération ou en cas d'omission de taxe sur la valeur ajoutée déductible, avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission ;
- la demande de restitution de la taxe sur la valeur ajoutée collectée au cours de la période allant du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014 est tardive ;
- en tout état de cause, les factures adressées aux clients ne remplissent pas les conditions nécessaires, le montant toutes taxes comprises demeurant identique et les factures ne comportant pas la mention " annule et remplace la précédente " ; il ne pouvait donc être fait droit à la demande de restitution concernant la période allant du 1er janvier 2015 au 30 avril 2017.
- le montant à rappeler s'élève bien à 34 271 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,
- les conclusions de M. Herold, rapporteur public,
- et les observations de M. A, représentant la société Téléalarme.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Téléalarme, qui exerce une activité de téléassistance à destination de personnes âgées, a soumis, sur la période allant du 1er janvier 2013 au 30 avril 2017, son chiffre d'affaires au taux de taxe sur la valeur ajoutée de 20 %. Estimant qu'elle pouvait bénéficier du taux de 5,5 %, elle a finalement appliqué ce taux à compter du mois de mai 2017, et procédé, par le biais d'une régularisation dans sa déclaration CA3 du mois de mai 2017, à une application rétroactive de ce taux pour la période allant du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2016. A l'issue d'une vérification de comptabilité, l'administration fiscale a estimé que son activité ne relevait pas du taux réduit de 5,5 % en conséquence de quoi elle a, dans le cadre de la procédure de rectification contradictoire, mis à sa charge un rappel de taxe sur la valeur ajoutée au titre du mois de mai 2017 d'un montant total, en droits et pénalités, de 34 956 euros. La SARL Téléalarme demande la décharge de ce rappel de taxe sur la valeur ajoutée.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Si la SARL Téléalarme, comme le relève le directeur départemental des finances publiques, n'a développé, dans sa réclamation préalable puis dans sa requête introductive d'instance, aucun moyen spécifique à l'encontre de certains des chefs de redressements dont procède le rappel de taxe sur la valeur ajoutée en litige, cette circonstance demeure sans incidence sur la recevabilité des conclusions à fin de décharge dès lors que la totalité de ce rappel de taxe sur la valeur ajoutée a bien été contesté par réclamation préalable du 20 décembre 2018. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne le taux de la taxe sur la valeur ajoutée :
3. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. -Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel () ". Aux termes de l'article 278 du même code : " Le taux normal de la taxe sur la valeur ajoutée est fixé à 20 % ". Aux termes de l'article 278-0 bis de ce code : " La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 5,5 % en ce qui concerne : / () D. - Les prestations de services exclusivement liées aux gestes essentiels de la vie quotidienne des personnes handicapées et des personnes âgées dépendantes qui sont dans l'incapacité de les accomplir, fournies par des associations, des entreprises ou des organismes déclarés en application de l'article L. 7232-1-1 du code du travail, dont la liste est fixée par décret, à titre exclusif ou à titre non exclusif pour celles qui bénéficient d'une dérogation à la condition d'activité exclusive selon l'article L. 7232-1-2 du même code ; ". Aux termes de l'article 86 de l'annexe III au code général des impôts : " I. - Les activités de services à la personne soumises au taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée prévu à l'article 278-0 bis du code général des impôts en application des dispositions du D du même article sont les suivantes : / 1° Assistance aux personnes âgées ou aux personnes qui ont besoin d'une aide personnelle à leur domicile, à l'exclusion d'actes de soins relevant d'actes médicaux ; () ".
4. Il résulte des dispositions précitées, qui doivent être interprétées strictement s'agissant d'une dérogation à l'application du taux normal de taxe sur la valeur ajoutée, que le taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée de 5,5 % prévu à l'article 278 du code général des impôts s'applique, s'agissant de l'assistance aux personnes âgées ou aux personnes qui ont besoin d'une aide personnelle à leur domicile, aux prestations de services exclusivement liées aux gestes essentiels de la vie quotidienne.
5. Il résulte de l'instruction que les prestations de service de téléassistance proposées par la société requérante, qui consistent à équiper les personnes âgées ou dépendantes d'équipements permettant d'envoyer un signal aux secours en cas de chute, n'impliquent pas d'intervention à leur domicile pour les assister dans les gestes essentiels de la vie quotidienne. Dans ces conditions, la SARL Téléalarme n'est pas fondée à soutenir que le taux de 5,5 % était applicable aux prestations en cause et que c'est à tort que l'administration fiscale a fait application du taux de 20 %.
En ce qui concerne les modalités de calcul du rappel de taxe sur la valeur ajoutée :
6. Il résulte de l'instruction que la société Téléalarme a, dans sa déclaration CA3 relative au mois de mai 2017, entendu soumettre rétroactivement le chiffre d'affaires réalisé au titre de la période allant du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2016 au taux réduit de 5,5 % et qu'elle a, à cette fin, déclaré dans la ligne 3C " régularisations " un montant de 152 820 euros, qu'elle a ajouté au montant de son chiffre d'affaires réalisé au titre du mois de mai 2017 en déclarant dans la ligne 1 " ventes, prestations de services " un montant total de 204 599 euros. Il est toutefois constant que le chiffre d'affaires hors taxes réalisé par la société requérante au titre du mois de mai 2017 s'élève à 51 779 euros (204 599 - 152 820), ainsi que cela a été admis par l'administration fiscale dans sa réponse aux observations du contribuable. Ainsi, c'est à tort que l'administration a entendu imposer au taux de 20 % la totalité de la somme de 204 599 euros, le montant de 152 820 euros correspondant en réalité au chiffre d'affaires réalisé par la société antérieurement au mois de mai 2017 sur lequel la société Téléalarme s'était déjà acquittée de la taxe sur la valeur ajoutée au montant de 20 %, et la demande de crédit de taxe sur la valeur ajoutée réclamé par cette dernière, correspondant à une application rétroactive du taux réduit de 5,5 %, ayant été rejetée par l'administration fiscale.
7. Il convenait, dès lors, pour calculer le montant des droits de taxe sur la valeur ajoutée à rappeler, d'appliquer le taux de 20 % sur le chiffre d'affaires hors taxes réalisé au titre du mois de mai 2017, soit 10 356 euros (51 779*20%), et de prendre en compte le montant, non contesté, de la taxe sur la valeur ajoutée collectée et non déclarée d'un montant de 3 170 euros, et de déduire du montant ainsi obtenu, soit 13 526 euros, la taxe sur la valeur ajoutée déductible au titre du mois de mai 2017, d'un montant de 1 468 euros qui se réduit après rectification, à un montant également non contesté de 34 euros (1 468-78-1356), aboutissant ainsi à un rappel de taxe sur la valeur ajoutée dû au titre du mois de mai 2017 s'élevant à 13 492 euros. Il s'ensuit que la société Téléalarme doit être déchargée, en droits, de la somme de 20 779 euros (34 271-13 492), ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur les frais liés au litige :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions, au demeurant non chiffrées, présentées par la SARL Téléalarme, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La société Téléalarme est déchargée du rappel de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre du mois de mai 2017 à concurrence de 20 779 (vingt-mille sept-cent-soixante-dix-neuf) euros, et des pénalités y afférentes.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Téléalarme et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Mear, présidente,
Mme Kolf, conseillère,
M. Cherief, conseiller,
Assistés de Mme Martin, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.
La rapporteure,
signé
S. KOLF
La présidente,
signé
J. MEARLa greffière,
signé
C. MARTIN
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026