mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1904049 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | PERREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 août 2019, la commune de Cannes demande au tribunal :
1°) de condamner la société Scop Solstice au paiement de la somme de 25 000 euros au titre des travaux de reprises des deux fresques murales réalisées sur les murs du pont Alexandre III à Cannes ;
2°) de condamner la société Scop Solstice aux entiers dépens ;
3°) de mettre à la charge de la société Scop Solstice la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la responsabilité de la société Scop Solstice est engagée au titre de la garantie biennale de bon fonctionnement prévue à l'article 1792-3 du code civil ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité contractuelle de la société Scop Soltice est engagée ;
- elle est fondée à être indemnisée à hauteur de 25 000 euros au titre des travaux de reprises des fresques murales.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 septembre 2019, le 18 septembre 2019 et le 7 juin 2021, la société Scop Solstice, représentée par Me Gharbi, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet et demande au tribunal :
- à être relevée et garantie par la SAS AS Gestion Conseil et la compagnie Generali Iard des condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre ;
- de mettre à la charge de la commune de Cannes la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la commune de Cannes n'a pas qualité à agir ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 15 novembre 2019, la SAS AS Gestion Conseil, conclut au rejet de la requête et appelle la société Leader Undewriting à la relever et la garantir des condamnations qui seraient prononcées à son encontre.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 18 décembre 2019, la société Leader Underwriting et la compagnie MIC Insurance, représentées par Me Perreau, concluent, à titre principal, à l'incompétence du juge administratif pour statuer sur les conclusions d'appel en garantie formulées par la SAS AS Gestion Conseil, à titre subsidiaire, au rejet de ces conclusions d'appel en garantie, à titre infiniment subsidiaire, à ce que la franchise contractuelle de 1 500 euros soit déduite de toute condamnation. Elles demandent également au tribunal de mettre à la charge de la SAS AS Gestion Conseil ou toute partie succombant la somme de 2 000 euros à verser à la société MIC Insurance au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire enregistré le 11 février 2020, la compagnie Generali Iard, représentée par Me Teboul, conclut, à titre principal, à l'incompétence du juge administratif pour statuer sur les conclusions d'appel en garantie formulées par la Scop Soltice dirigées à son encontre, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de tout succombant la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ordonnance du 3 juin 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 28 juin 2021.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 28 février 2018 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Nice a prescrit une expertise et désigné comme expert M. B ;
- le rapport d'expertise de M. B déposé au greffe du tribunal le 19 février 2019 ;
- l'ordonnance du 23 avril 2019 par laquelle le président du tribunal administratif de Nice a taxé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par M. B à la somme de 2 804,28 euros et les a mis à la charge de la commune de Cannes.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duroux, conseillère ;
- les conclusions de M. Soli, rapporteur public :
- les observations de Mme A, représentant la commune de Cannes, de Me Vezier, représentant la société Scop Soltice et de Me Grech, représentant la compagnie Generali Iard.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre du marché public à procédure adaptée conclu le 26 août 2016, la commune de Cannes a confié à la société Pollen Scop, la création et la réalisation de fresques murales sur le thème du 7ème art sur les murs internes et externes du pont Alexandre III à Cannes. Par un avenant signé le 23 janvier 2017, l'ensemble des droits et obligations du marché ont été transférés de la société Pollen Scop à la société Scop Solstice. La société AS Gestion Conseil, sous-traitante du titulaire du marché, était en charge de la préparation du support. Les travaux ont débuté le 13 février 2017 et ont été réceptionnés sans réserve par procès-verbal du 20 mars 2017. A compter du mois de juillet 2017, des taches d'humidité, des cloques et des décollements sont apparus sur les peintures murales. De nouveaux désordres ont affecté les fresques en décembre 2017. Par ordonnance du 28 février 2018, le juge des référés du tribunal administratif de Nice a ordonné la désignation d'un expert qui a rendu son rapport le 8 février 2018. Par la présente requête, la commune de Cannes demande au tribunal, à titre principal, d'engager la responsabilité de la société Scop Solstice sur le fondement de la garantie biennale de bon fonctionnement, et à titre subsidiaire, d'engager la responsabilité contractuelle de la société Scop Solstice.
Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions dirigées contre les assureurs :
2. Il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement de sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé et en raison du fait dommageable commis par son assuré, alors même que l'appréciation de la responsabilité de cet assuré dans la réalisation du fait dommageable relève du juge administratif. En conséquence, la juridiction administrative est incompétente pour connaître des conclusions de la SAS AS Gestion Conseil et de la Scop Soltice dirigées respectivement contre la société Leader Underwriting et la compagnie Generali Iard en leur qualité d'assureur. L'exception d'incompétence soulevée par la compagnie MIC Insurance, la société Leader Underwriting et la compagnie Generali Iard doit donc être accueillie.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 1793 du code civil : " Les autres éléments d'équipement de l'ouvrage font l'objet d'une garantie de bon fonctionnement d'une durée minimale de deux ans à compter de sa réception. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 1792 du même code : " Tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître ou l'acquéreur de l'ouvrage, des dommages, même résultant d'un vice du sol, qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui, l'affectant dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, le rendent impropre à sa destination. / Une telle responsabilité n'a point lieu si le constructeur prouve que les dommages proviennent d'une cause étrangère. ". Enfin, aux termes de l'article 1792-2 du même code : " La présomption de responsabilité établie par l'article 1792 s'étend également aux dommages qui affectent la solidité des éléments d'équipement d'un ouvrage, mais seulement lorsque ceux-ci font indissociablement corps avec les ouvrages de viabilité, de fondation, d'ossature, de clos ou de couvert. / Un élément d'équipement est considéré comme formant indissociablement corps avec l'un des ouvrages de viabilité, de fondation, d'ossature, de clos ou de couvert lorsque sa dépose, son démontage ou son remplacement ne peut s'effectuer sans détérioration ou enlèvement de matière de cet ouvrage. ".
4. Il résulte de ces dispositions que les défectuosités affectant les revêtements de peinture qui se décollent de leurs supports ne sont de nature à mettre en jeu la responsabilité biennale des constructeurs que si elles sont susceptibles de compromettre le bon fonctionnement de l'ouvrage.
5. En l'espèce, si les fresques murales litigieuses sont dissociables des murs du pont Alexandre III, elles ont été réalisées sur un ouvrage existant et présentent un caractère purement décoratif. Dès lors qu'elles ne sont pas destinées à fonctionner, ces peintures ne peuvent être regardées comme un équipement de cet ouvrage soumis à la garantie de bon fonctionnement. Dans ces conditions, la commune de Cannes n'est pas fondée à engager la responsabilité de la société Scop Solstice au titre de la garantie biennale de bon fonctionnement prévue par l'article 1792-3 du code civil.
6. En second lieu, la réception est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage avec ou sans réserve et qu'elle met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. En l'absence de stipulations particulières prévues par les documents contractuels, lorsque la réception est prononcée avec réserves, les rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs ne se poursuivent qu'au titre des travaux ou des parties de l'ouvrage ayant fait l'objet des réserves.
7. Il résulte de l'instruction que la réception des travaux concernant la réalisation des fresques murales a été prononcée le 20 mars 2017 sans réserve, mettant fin aux rapports contractuels entre la commune de Cannes et la société Scop Solstice. Dès lors, la commune de Cannes n'est pas fondée à engager la responsabilité contractuelle de la société Scop Solstice.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la société Scop Solstice, que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions d'appel en garantie :
9. En l'absence de condamnation par le tribunal de la Scop Solstice, ses conclusions d'appel en garantie formulées par à l'encontre de la SAS AS Gestion sont sans objet.
Sur les dépens :
10. En l'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les frais de l'expertise ordonnée par l'ordonnance du 28 février 2018 susvisée, liquidés et taxés à la somme de 2 804,28 euros par ordonnance du 23 avril 2019, doivent être mis à la charge définitive de la commune de Cannes.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la société Scop Solstice, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Cannes la somme que demandent la société Scop Solstice, les compagnies MIC Insurance et Generali Iard au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la SAS AS Gestion Conseil et de la Scop Soltice dirigées respectivement contre la société Leader Underwriting et la compagnie Generali Iard en leur qualité d'assureur sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : La requête de la commune de Cannes est rejetée.
Article 3 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 2 804,28 euros sont mis à la charge définitive de la commune de Cannes.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Cannes, à la société Scop Solstice, à la SAS AS Gestion Conseil, à la compagnie Generali Iard, à la société Leader Underwriting et à la compagnie MIC Insurance.
Copie en sera adressée à l'expert, M. B.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, conseillère,
Mme Gazeau, première conseillère,
assistés de Mme Ravera, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
La rapporteure,
signé
G. DUROUX
Le président,
signé
F. PASCALLa greffière,
signé
C. RAVERA
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice a ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef
Ou par délégation, le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026