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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1904124

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1904124

mardi 27 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1904124
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL FAYOL ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 22 août 2019, le 14 octobre 2020 et le 12 mars 2021, l'université de Nice Sophia Antipolis, représentée par Me Laridan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner in solidum la société Maisondieu Ingénierie et la société Projisol, sur le fondement de la garantie décennale, au paiement de la somme de 587 694 euros TTC, en indemnisation des sommes exposées pour les travaux de réparation des désordres, au paiement de la somme de 28 399,60 euros TTC, en indemnisation des sommes exposées pour la mise en sécurité du bâtiment, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'introduction de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum la société Maisondieu Ingénierie et la société Projisol, sur le fondement de la responsabilité contractuelle, au paiement de la somme de 587 694 euros TTC, en indemnisation des sommes exposées pour les travaux de réparation des désordres, au paiement de la somme de 28 399,60 euros TTC, en indemnisation des sommes exposées pour la mise en sécurité du bâtiment, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'introduction de la requête ;

3°) d'ordonner, avant dire droit, une expertise sur le fondement de l'article R. 621-1 du code de justice administrative, afin de déterminer la nature et le coût des travaux nécessaires à la réparation des désordres affectant la toiture du bâtiment QLIO ;

4°) de condamner la société Maisondieu Ingénierie et la société Projisol aux entiers dépens, notamment au remboursement des frais d'expertise d'un montant de 24 162,93 euro TTC ;

5°) de mettre à la charge de la société Maisondieu Ingénierie et de la société Projisol une somme de 7 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la responsabilité des constructeurs est engagée sur le fondement de la garantie décennale ;

- le dommage est imputable aux travaux d'étanchéité de la toiture du bâtiment QLIO à hauteur de 90% ;

- la société Projisol n'établit pas que le dommage serait la conséquence d'un cas de force majeure ;

- elle est fondée à demander la réparation des désordres affectant la toiture du bâtiment qu'elle estime à la somme de 587 694 euros TTC ;

- elle est fondée à demander la réparation des préjudices consécutifs à l'affaissement de la toiture qu'elle évalue de la façon suivante :

* prestation d'assistance technique pour la mise en sécurité provisoire du bâtiment QLIO : 5 820 euros TTC ;

* installation et location d'échafaudage : 2 340 euros TTC ;

* location des échafaudages entre octobre 2015 et mars 2016 : 2 880 euros TTC ;

* acquisition des échafaudages : 8 379,36 euros TTC ;

* vérification technique trimestrielle des échafaudages : 8 640 euros TTC à parfaire ;

* installation de filets sur les échafaudages : 558 euros TTC ;

* constat d'huissier des désordres de la toiture : 742,24 euros TTC ;

- la responsabilité de la société Maisondieu Ingénierie est engagée sur le fondement de la responsabilité contractuelle en raison d'un manquement dans la direction et le suivi des travaux et d'un manquement à son obligation d'assistance lors du décompte général du marché de la société Projisol ;

- la responsabilité de la société Projisol est engagée sur le fondement de la responsabilité contractuelle en raison du non-respect des prescriptions techniques du marché et des règles de l'art ;

- les fautes commises par la société Maisondieu Ingénierie et la société Projisol sont assimilables à une fraude ou à un dol et permettent de rechercher leur responsabilité contractuelle malgré la réception des travaux.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 janvier 2020 et le 6 janvier 2021, la SELARL Bruno Cambon, liquidateur judiciaire de la société Projisol, représentée par Me Blanc, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce qu'il soit ordonné une expertise sur le fondement de l'article R. 621-1 du code de justice administrative pour déterminer la nature des travaux de reprise et leur coût ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, à ce qu'elle soit relevée et garantie de toute condamnation prononcée à son encontre par son assureur, la société L'Auxiliaire ;

4°) à ce qu'il soit mis à la charge de l'Université de Nice Sophia Antipolis et de la société Maisondieu Ingénierie une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- la responsabilité décennale ne peut être engagée dès lors que l'origine du dommage trouve sa cause dans un défaut d'entretien de la structure et des évacuations d'eau ainsi que dans un cas de force majeure ;

- il n'y a pas de faute contractuelle assimilable à un dol ou à une fraude ;

- la demande indemnitaire formulée par l'université de Nice Sophia Antipolis ne correspond pas à l'estimation faite par l'expert ; il existe une solution moins couteuse.

Par ordonnance du 3 juin 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 28 juin 2021 à 12 heures.

Vu :

- l'ordonnance de taxation du 1er septembre 2020 de la présidente du tribunal taxant et liquidant les frais d'expertise à la somme de 24 162,93 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 décembre 2022 :

- le rapport de Mme Chaumont, conseillère,

- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public,

- et les observations de Me Ratouit, substituant Me Laridan, représentant l'université de Nice Sophia Antipolis.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre du marché de réfection de l'étanchéité des toitures de l'IUT à Sophia Antipolis, l'université de Nice Sophia Antipolis, en qualité de maître d'ouvrage, a confié la maitrise d'œuvre de conception et de suivi de chantier à la société Maisondieu Ingénierie du Bâtiment et la réalisation des travaux à la SARL Projisol. La réception des travaux a été prononcée le 23 novembre 2010 et les réserves ont été levées le 14 décembre 2010. En septembre 2015, de fortes pluies ont gravement endommagé la toiture du bâtiment QLIO de l'IUT, le rendant inutilisable. Par la présente requête, l'université de Nice Sophia Antipolis demande au tribunal administratif de condamner la société Projisol et la société Maisondieu Ingénierie à lui verser la somme de 587 694 euros pour la réfection de la toiture du bâtiment QLIO et la somme de 28 399,60 euros en réparation des sommes exposées pour la mise en sécurité du bâtiment.

A titre principal sur la responsabilité décennale :

2. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à la rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur, dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement, ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

En ce qui concerne la nature des désordres :

3. D'une part, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que lors d'un épisode pluvieux intense exceptionnel, survenu le 13 septembre 2015, une surcharge en eau pluviale sur la toiture du bâtiment QLIO a provoqué son affaissement. Les causes de ce désordre, identifié par l'expert, sont des évacuations d'eaux pluviales présentant un diamètre de 90 mm au lieu du diamètre de 125 mm prévu, la pose de seulement six évacuations au lieu de huit évacuations pourtant facturées par l'entrepreneur et un défaut d'entretien des évacuations d'eaux pluviales dont deux étaient bouchées.

4. D'autre part, il résulte de l'instruction que la toiture du bâtiment a basculé vers l'avant, menaçant de s'effondrer, et que, tant que des travaux de confortement ne sont pas réalisés, le bâtiment doit être condamné et l'accès au public interdit.

5. Ainsi, ces désordres, qui n'étaient pas apparents lors de la réception, sont de nature à rendre impropre l'ouvrage à sa destination. Dès lors, l'université de Nice est fondée à rechercher la responsabilité de l'entreprise Projisol, entrepreneur, et de la société Maisondieu Ingénierie, maitre d'œuvre, sur le fondement de la garantie décennale.

En ce qui concerne les causes des désordres et leur imputabilité :

6. La garantie décennale est due par les constructeurs, en l'absence même de faute imputable à ces derniers, dès lors que les désordres peuvent être regardés comme leur étant imputables au titre des missions qui leur ont été confiées par le maître de l'ouvrage dans le cadre de l'exécution des travaux litigieux.

7. Il résulte de l'instruction, et en particulier de l'expertise de M. A, que le sinistre trouve son origine dans la mise en charge de la toiture suite à des intempéries exceptionnelles. En particulier, il a été mis en évidence au cours des opérations d'expertise que si les travaux de réfection de la toiture réalisés en 2010 étaient conformes aux normes actuelles sur la qualité des travaux et des produits mis en œuvre, le diamètre des évacuations des eaux pluviales qui ont été installées ont été réduits de 125 mm de diamètre à 90 mm de diamètre, c'est-à-dire une efficacité réduite et un rendement ramené à 66%. L'expert a également relevé que si huit évacuations des eaux pluviales étaient prévues sur la toiture et ont été payées par le maître d'ouvrage, seulement six ont été réalisées.

8. Ces désordres sont tout d'abord imputables à la société Projisol qui était en charge du lot n° 2 du marché de travaux dédié à l'étanchéité des toitures du bâtiment QLIO et qui a réalisé la pose de six évacuations des eaux pluviales au lieu des huit prévues par le CCTP.

9. Ces désordres sont ensuite imputables à la société Maisondieu Ingénierie, qui était en charge du marché de maitrise d'œuvre, et qui n'a pas suivi ni contrôlé les travaux réalisés et a accepté la facturation de huit évacuations d'eaux pluviales alors que seulement six avaient été réalisées.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'engager solidairement la responsabilité décennale des sociétés Projisol et Maisondieu Ingénierie.

En ce qui concerne la faute du maitre de l'ouvrage et la force majeure :

11. Les constructeurs ne peuvent s'exonérer de la responsabilité décennale, qui est présumée, qu'en prouvant que les désordres proviennent d'une cause étrangère à leur intervention ou relèvent, en tout ou partie, d'un cas de force majeure ou d'une faute du maitre de l'ouvrage.

12. Tout d'abord, il résulte de l'instruction que l'université n'a pas correctement entretenu la toiture, notamment les évacuations des eaux pluviales, dont deux étaient bouchées, et présentaient un débit d'évacuation réduit à 66%. Ce défaut d'entretien a contribué, d'après l'expert, au dommage à hauteur de 10%. Dans ces conditions, la société Projisol est fondée à soutenir qu'une faute exonératoire doit être imputée à l'université de Nice.

13. Au vu de la faute commise par l'université, résidant dans l'absence d'entretien des bouches d'évacuation des eaux pluviales, il sera fait, en l'espèce, une juste appréciation de sa part de responsabilité, en laissant à sa charge 10% du montant de son préjudice indemnisable total.

14. Ensuite, s'il est constant que le dommage subi par le bâtiment QLIO de l'IUT a eu lieu dans la nuit du 12 au 13 septembre 2015, lors d'un épisode pluvieux intense, la société Projisol ne produit aucun élément ni aucun document permettant d'établir que les pluies étaient d'une violence et d'une intensité exceptionnelle et imprévisibles. Dans ces conditions, les fortes pluies n'ont pas présenté un caractère de force majeure, quand bien même l'état de catastrophe naturelle a été reconnu.

En ce qui concerne la réparation des préjudices :

15. Le maître d'ouvrage a droit à la réparation intégrale des préjudices qu'il a subis lorsque la responsabilité décennale du constructeur est engagée, sans que l'indemnisation qui lui est allouée à ce titre puisse dépasser le montant des travaux strictement nécessaires pour rendre l'ouvrage conforme à sa destination en usant des procédés de remise en état les moins onéreux possible.

16. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que plusieurs solutions techniques étaient envisageables pour la réparation des désordres. Une première solution consistant en une réfection totale de la toiture, a été évaluée à un coût d'environ 450 000 euros. Une deuxième solution était également proposée par l'expert, consistant en une reprise de l'auvent affaissé, avec un contrôle de l'ensemble de la structure, pour un coût évalué d'environ 350 000 euros à 400 000 euros. Enfin, une troisième solution, intermédiaire, était envisageable, consistant à alléger l'auvent affaissé par la mise en place de poteaux métalliques avec poutres afin d'alléger l'auvent pour un coût estimé à environ 150 000 euros. Si ces deux dernières solutions étaient moins onéreuses que la réfection totale de la toiture, il résulte toutefois du rapport d'expertise qu'elles étaient plus difficiles à mettre en œuvre. En effet, d'une part, la deuxième solution était conditionnée au fait que le bureau d'études et de contrôle n'impose pas une réfection totale avec application des normes actuelles. D'autre part, la troisième solution entrainait une modification de façade nécessitant de déposer une demande de permis de construire modificatif, ainsi qu'une différence architecturale avec les deux autres bâtiments existants et qui nécessitait, au préalable, de recueillir l'avis de l'architecte concepteur. Par ailleurs, l'université a produit un devis établi par la société Ingénierie expertise aménagement BTP, daté du mois de mai 2020, intitulé " Etudes de la réparation de la structure métallique en toiture - bâtiment QLIO " qui fixe le montant des travaux de reprise à la somme de 587 694 euros pour une réfection totale de la toiture. Si ce devis, dont le montant n'est pas manifestement excessif par rapport aux estimations de l'expert, est contesté en défense, la société Projisol n'établit pas qu'une autre solution aurait permis de remédier aux désordres à moindre coût, alors que l'expert avait indiqué que la mise en œuvre de solutions intermédiaires nécessitaient une confirmation par des études techniques. Par conséquent, le montant total du coût de la reprise des désordres en litige s'établit à la somme de 587 694 euros TTC.

17. Compte tenu de la faute exonératoire commise par le maître d'ouvrage et mentionnée au point 12, les sociétés Projisol et Maisondieu Ingénierie doivent être condamnées solidairement à verser à l'université la somme de 528 925,14 euros TTC (587 694,60 x 0,90) au titre des sommes exposées pour les travaux de réparation des désordres.

18. En second lieu, l'université sollicite l'octroi d'une somme de 28 399,60 euros TTC au titre des frais exposés pour la mise en sécurité du bâtiment. Il résulte de l'instruction que pour la mise en sécurité du bâtiment, l'université a dû louer des échafaudages entre le 23 octobre 2015 et le 23 mars 2016 pour un montant total de 2 880 euros TTC, procéder à leur installation pour un montant de 2 340 euros TTC, puis finalement à leur acquisition pour un montant de 8 379,36 euros TTC. Elle justifie également de l'installation de filets sur les échafaudages pour un montant de 558 euros TTC. Il résulte également de l'instruction que la mise en sécurité du bâtiment a nécessité l'intervention du bureau Veritas pour une prestation d'assistance technique d'un montant de 4 850 euros HT, soit 5 820 euros TTC. En revanche, si l'université soutient que les échafaudages nécessitaient une vérification technique trimestrielle, elle ne produit aucun document permettant d'établir la réalité de cette dépense. Enfin, si l'université de Nice soutient avoir exposé des frais d'huissier pour faire constater les désordres sur la toiture pour un montant de 742,24 euros TTC, elle n'établit pas, ni même n'allègue que ces dépenses auraient été utilement exposés dans le cadre de la mise en sécurité du bâtiment, alors que ces frais correspondent à un constat des désordres de la toiture. Par suite, le montant total des frais exposés pour la mise en sécurité du bâtiment s'établit à la somme de 19 977,36 euros TTC.

19. Compte tenu de la faute exonératoire commise par le maitre d'ouvrage et mentionnée au point 12, les sociétés Projisol et Maisondieu Ingénierie doivent être condamnées solidairement à verser à l'université la somme de 17 979,62 euros TTC (19 977,36 x 0,90) au titre des sommes exposées pour les frais de mise en sécurité du bâtiment.

20. Il résulte de ce qui précède que l'université de Nice est fondée à demander que la somme de 546 904,76 euros TTC lui soit versée en réparation des préjudices.

A titre subsidiaire, sur la responsabilité contractuelle :

En ce qui concerne la société Maisondieu Ingénierie :

21. Si le maître d'ouvrage peut rechercher la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre pour les fautes commises à l'occasion d'opérations de réception ou lors de l'établissement du décompte général définitif des marchés de travaux, une telle action n'est possible que si le marché de maitrise d'œuvre n'a pas lui-même donné lieu à l'établissement par le maître d'ouvrage d'un décompte général devenu définitif, en l'absence de toute prise en compte desdites fautes.

22. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les décomptes généraux sont devenus définitifs, y compris le décompte du marché de maitrise d'œuvre. Il n'est pas établi que ce décompte prenait en compte les fautes de la maitrise d'œuvre tenant à l'abstention de signaler les désordres affectant les bouches d'évacuation des eaux pluviales au maître d'ouvrage. Dans ces conditions, le caractère définitif du décompte du marché de maitrise d'œuvre fait obstacle à ce que le maître d'ouvrage recherche la responsabilité de la société Maisondieu Ingénierie au titre d'un manquement à son devoir de conseil.

En ce qui concerne la société Projisol :

23. Après la réception définitive des travaux, la responsabilité de l'entreprise chargée de la construction de l'ouvrage, la société Projisol, ne peut plus être recherchée que dans l'hypothèse où l'entreprise aurait eu un comportement fautif qui, par sa nature et sa gravité, serait assimilable à une fraude ou à un dol.

24. Il résulte de l'instruction que le CCTP prévoyait la réalisation de huit évacuations des eaux pluviales. Si la société Projisol a facturé huit évacuations des eaux pluviales ainsi que l'indique le décompte général définitif, elle n'en a toutefois réalisé que six. Cependant, cette erreur ne peut être assimilable à une fraude ou à un dol au regard du faible écart entre le nombre d'évacuations prévues et celui réalisé, notamment en raison du coût unitaire du matériel, alors que par ailleurs, l'université de Nice ne rapporte pas la preuve que ce manquement serait intentionnel. Dans ces conditions, l'université de Nice n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la société Projisol au titre de la responsabilité contractuelle.

Sur l'appel en garantie :

25. Il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé et en raison du fait dommageable commis par son assuré, alors même que l'appréciation de la responsabilité de cet assuré dans la réalisation du fait dommageable relèverait du juge administratif. Par suite, le tribunal administratif est incompétent pour connaitre de la demande présentée par la société Projisol tendant à ce qu'elle soit garantie de toute condamnation prononcée à son encontre par son assureur, la société L'Auxilliaire.

Sur les intérêts et la capitalisation :

26. L'université de Nice a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité totale définie au point 20 du présent jugement à compter du 22 août 2019, date d'enregistrement de sa requête au greffe du tribunal.

27. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 22 août 2019. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 22 août 2020, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les dépens :

28. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

17. Il y a lieu de mettre les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme totale de 24 162,93 euros toutes taxes comprises par une ordonnance du 1er septembre 2020, à la charge définitive de la société Maisondieu Ingénierie, de la société Projisol d'une part et de l'université de Nice Sophia Antipolis, d'autre part, selon le partage de responsabilité retenu au point 12 du jugement.

Sur les frais de procédure :

29. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

30. Les dispositions précitées font obstacle à ce que la somme demandée par la société Projisol soit mise à la charge de l'université de Nice, qui n'est pas la partie perdante. Il y a lieu, en revanche de mettre à la charge solidaire de la société Projisol et de la société Maisondieu Ingénierie la somme de 1 500 euros à verser à l'université de Nice au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Les sociétés Projisol et Maisondieu Ingénierie sont solidairement condamnées à verser la somme de 546 904,76 euros TTC à l'université de Nice, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 22 août 2019 et de la capitalisation des intérêts à compter du 22 août 2020.

Article 2 : Les frais et honoraires d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 24 162,93 euros TTC sont mis à la charge solidaire de la société Projisol, de la société Maisondieu Ingénierie à hauteur de 90 % et de l'université de Nice Sophia Antipolis à hauteur de 10 %.

Article 3 : La société Projisol et la société Maisondieu Ingénierie verseront solidairement à l'université de Nice Sophia Antipolis une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'université de Nice Sophia Antipolis, à la société Maisondieu Ingénierie, à la société Projisol et à la SELARL Bruno Cambon, liquidateur judiciaire de la société Projisol.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Chaumont, conseillère,

Mme Duroux, conseillère,

assistés de Mme Gialis, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

A-C. CHAUMONT

Le président,

signé

F. PASCAL La greffière,

signé

E. GIALIS

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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