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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1904732

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1904732

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1904732
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP KLEIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 octobre 2019, le 7 février 2020 et le 26 mai 2021, la société civile professionnelle BTSG2, prise en la personne de Me Gasnier, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société à responsabilité limitée VS Gestion hôtelière, et représentée par Me Ciussi, avocate, demande au tribunal de prononcer le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont elle estime disposer au titre de la période de novembre 2017 à décembre 2018, d'un montant de 174 825 euros.

Elle soutient que :

- le refus d'accorder le remboursement demandé est contraire à la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, qui a jugé dans un arrêt C-32/03 du 3 mars 2015 Fini H qu'un opérateur économique qui a cessé son activité soumise à la taxe sur la valeur ajoutée mais qui continue de supporter des charges liées à son ancienne activité doit toujours être regardé comme y étant assujetti ; contrairement à ce que soutient l'administration fiscale en défense, dans une interprétation incompatible avec le droit de l'Union, le droit à déduction peut donc subsister même si l'assujetti ne réalise plus d'opérations en aval ; en l'espèce, sa demande de remboursement litigieuse ne constitue ni un abus ni une fraude aux normes françaises et communautaire ;

- elle peut se prévaloir du § 130 de la doctrine administrative référencée BOI-TVA-DED-50-20-20-20150506.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 octobre 2019, 14 février 2020 et 6 avril 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 16 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,

- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ciussi, représentant la SCP BTSG2.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) VS Gestion hôtelière, qui exploitait un établissement hôtelier à Roquebrune-Cap-Martin, a fait l'objet d'une procédure de redressement judiciaire et a été contrainte de céder son activité à un repreneur par un jugement en date du 5 novembre 2014, avant d'être placée en liquidation judiciaire le 25 mai 2015. Son liquidateur judiciaire, la société civile professionnelle (SCP) BTSG2, prise en la personne de Me Gasnier, a procédé, entre les mois de novembre 2017 et décembre 2018, au règlement de diverses factures. Par une demande du 31 juillet 2019, la société BTSG2 a sollicité, en qualité de liquidateur judiciaire de la SARL VS Gestion hôtelière, le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée au titre du mois de juillet 2019 d'un montant de 174 825 euros au titre de la période de novembre 2017 à décembre 2018, correspondant à la taxe sur la valeur ajoutée acquittée sur lesdites factures. Cette demande a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 30 août 2019. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal de prononcer le remboursement de ce crédit de taxe sur la valeur ajoutée.

2. Aux termes de l'article 256 A du code général des impôts : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. / () Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services () ". Aux termes de l'article 271 du même code : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / () IV. La taxe déductible dont l'imputation n'a pu être opérée peut faire l'objet d'un remboursement dans les conditions, selon les modalités et dans les limites fixées par décret en Conseil d'Etat ". La taxe sur la valeur ajoutée grevant les charges liées à l'activité taxable mais supportées postérieurement à la cessation de cette activité peut, sauf fraude ou abus, être récupérée par l'assujetti s'il existe un lien direct et immédiat entre ces charges et l'activité qui était exercée.

3. D'une part, la SCP BTSG2 fait valoir, sans être contredite sur ce point par l'administration, avoir acquitté au cours de la période allant de novembre 2017 à décembre 2018, soit postérieurement à liquidation judiciaire de la SARL VS Gestion hôtelière, la taxe sur la valeur ajoutée grevant les frais ayant trait à cette procédure collective, notamment les émoluments versés à l'administrateur judiciaire et au mandataire judiciaire. Ces charges, relatives à la réalisation de la cession de l'activité de la SARL VS Gestion Hôtelière, présentent un lien direct et immédiat à l'activité économique de gestion hôtelière auparavant exercée par cette dernière. Les éléments que la société requérante produit au soutien de ses allégations permettent d'établir qu'elle a acquitté la taxe sur la valeur ajoutée pour un montant de 115 461,22 euros sur les émoluments de l'administrateur judiciaire, pour un montant de 10 000 euros sur les émoluments du mandataire judiciaire ainsi que pour un montant de 150 euros pour des frais d'avocat relatifs à un contentieux relatif à l'extension de la mission du mandataire ad hoc. Il n'est par ailleurs par allégué que la société requérante aurait eu une intention frauduleuse ou abusive ou qu'elle n'aurait pas satisfait aux autres conditions de déduction de la taxe sur la valeur ajoutée en litige. A cet égard, l'administration ne saurait, s'agissant de frais acquittés postérieurement à la cessation de l'activité de la SARL VS Gestion hôtelière, utilement se prévaloir du délai de réclamation posé par les dispositions de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que cette taxe doit être déduite en application des dispositions précitées de l'article 171 du code général des impôts. Enfin, le reste des pièces produites par la société requérante, à savoir des notes d'honoraires d'avocat peu précises quant à leur objet (factures n° 3 à 20, telles que numérotées par la société requérante dans sa pièce jointe n° 3) ou des factures ayant trait à des frais de commissaire aux comptes ou de mandataire judiciaire relatifs à la société View Star Roquebrune (factures n° 44, 95 et 99), ne permet pas d'établir que les prestations des cabinets d'avocat, du commissaire aux comptes ou du mandataire judiciaire auraient eu pour objet la procédure collective en cours ou la préparation de l'accord transactionnel en date du 30 novembre 2018, et, par suite, qu'elles auraient eu un lien direct et immédiat avec l'activité auparavant exercée par la SARL VS Gestion hôtelière.

4. D'autre part, la SCP BTSG2 soutient également, sans non plus être contredite sur ce point, avoir acquitté, au cours de la période allant de novembre 2017 à décembre 2018 , la taxe sur la valeur ajoutée grevant les honoraires d'avocat engagés pour la défense de la SARL VS Gestion Hôtelière dans le cadre des procédures prud'homales engagées contre elle par ses anciens salariés avant l'ouverture de la procédure collective et concernant des réclamations nées antérieurement à la cession de son activité. Ces charges, eu égard à leur nature, doivent être regardées comme se rattachant par un lien direct et immédiat à l'activité économique exercée auparavant par la SARL VS Gestion hôtelière. Par les notes d'honoraires qu'elle produit, la société requérante établit avoir acquitté la taxe sur la valeur ajoutée pour un montant total de 9 300 euros sur les frais d'avocats engagés dans le cadre des contentieux prud'homaux. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas allégué que la société aurait eu une intention frauduleuse ou abusive ou qu'elle n'aurait pas satisfait aux autres conditions de déduction de la taxe sur la valeur ajoutée en litige et que l'administration ne saurait utilement opposer le délai de réclamation posé par les dispositions de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, la SCP BTSG2 est fondée à soutenir que cette taxe doit être déduite en application des dispositions précitées de l'article 171 du code général des impôts. Toutefois, d'une part, les factures et notes d'honoraires n° 53 à 56, 59 à 64, 66, 68 à 78, 80 à 82 et 84, 85 et 86 ne sauraient être admises dès lors qu'elles sont datées de l'année 2015 ou antérieures à la période de novembre 2017 et qu'il n'est pas établi qu'elles auraient été acquittées au cours de la période au titre de laquelle le remboursement de taxe sur la valeur ajoutée est demandé, et, d'autre part, les factures et notes d'honoraires n° 45, 47, 65, qui visent dans leur objet la SAS View Star, ainsi que la facture n° 94 libellée au nom de la SAS View Star, ne sauraient être admises dès lors qu'elle ne permettent pas d'établir de lien direct et immédiat entre les prestations rendues et l'activité précédemment exercée par la SARL VS Gestion hôtelière.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés au soutien de la requête, que la SCP BTSG2, prise en la personne de Me Gasnier, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la SARL VS Gestion hôtelière, est fondée à demander le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant total de 134 911 euros au titre de la période de novembre 2017 à décembre 2018.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat remboursera à la SCP BTSG2, prise en la personne de Me Gasnier, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société à responsabilité limitée VS Gestion Hôtelière, un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 134 911 (cent-trente-quatre- neuf cent onze euros au titre de la période de novembre 2017 à décembre 2018.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile professionnelle BTSG2, prise en la personne de Me Gasnier, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société à responsabilité limitée VS Gestion Hôtelière, et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

Assistés de Mme Sussen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

signé

S. KOLF

La présidente,

signé

J. MEAR

La greffière,

signé

C. SUSSEN

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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