mardi 7 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1904736 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DEMES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2019, la SAS Effet Boeuf, représentée par Me Almairac, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Biot à lui verser une somme totale de 182 085 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, en réparation du préjudice commercial et du préjudice moral qu'elle a subis, sur la période allant du mois de juin 2018 au mois de juin 2019, en raison des travaux publics entrepris sur le parking des Bâchettes ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Biot une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute de la commune de Biot est engagée ;
- les travaux réalisés par la commune de Biot ont occasionné une gêne dans l'accès à son commerce ;
- son chiffre d'affaires a diminué entre la période allant du mois de juin 2018 au mois de juin 2019 ;
- elle est fondée à solliciter l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis et se décomposant comme suit :
* une perte du chiffre d'affaire : 177 085 euros ;
* un préjudice moral : 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2020, la commune de Biot, représentée par Me Jacquemin, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à réduire à de plus justes proportions les demandes indemnitaires formulées et à ce qu'il soit mis à la charge de la SAS Effet Bœuf une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la réalité du préjudice allégué et le lien de causalité avec les travaux litigieux n'est pas établi ;
- le caractère anormal et spécial du préjudice subi n'est pas démontré ;
- la société requérante ne justifie pas du préjudice commercial subi ni de l'existence d'un préjudice moral.
Par ordonnance du 9 décembre 2022, la clôture de l'instruction de la présente affaire a été fixée au 30 décembre 2022 à 12 h 00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 février 2023 :
- le rapport de M. Pascal, président-rapporteur,
- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,
- et les observations de Me Petit, substituant Me Almairac, représentant la société Effet Boeufet de Me Cerbello représentant la commune de Biot.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Effet Bœuf exerce une activité de commerce de boucherie bio avec un service traiteur le midi et un restaurant le soir au sein d'un local situé au 15 route de Valbonne à Biot. Elle soutient que son activité commerciale a été impactée par les travaux réalisés sous la maitrise d'ouvrage de la commune de Biot sur le parking des Bâchettes. Par lettre du 6 juin 2019 adressée à la commune de Biot, la SAS Effet Bœuf a sollicité l'indemnisation du préjudice commercial et du préjudice moral qu'elle estime avoir subis suite à la réalisation de ces travaux. Par courrier du 29 avril 2019, la commune de Biot a rejeté cette demande. La société Effet Bœuf demande au tribunal de condamner la commune de Biot à lui verser une somme totale de 182 085 euros au titre du préjudice commercial et du préjudice moral résultant des travaux réalisés à proximité de son commerce.
Sur la responsabilité :
2. Il appartient au riverain d'une voie publique qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics à l'égard de laquelle il a la qualité de tiers d'établir, d'une part, le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués, et, d'autre part, le caractère grave et spécial de son préjudice, les riverains des voies publiques étant tenus de supporter sans contrepartie les sujétions normales qui leur sont imposées dans un but d'intérêt général.
3. Par ailleurs, si, en principe, les modifications apportées à la circulation générale et résultant soit de changements effectués dans l'assiette, la direction ou l'aménagement des voies publiques, soit la création de voies nouvelles, ne sont pas de nature à ouvrir droit à une indemnité, il en va autrement dans le cas où ces modifications ont pour conséquence d'interdire ou de rendre excessivement difficile l'accès des riverains à la voie publique.
4. En sa qualité de tiers par rapport aux travaux de voirie effectués sur le parking des Bâchettes à Biot entre avril 2018 et juin 2019, la SAS Effet Bœuf fait valoir que ces travaux ont gêné l'accès à son commerce pendant douze mois et qu'elle a subi une perte de chiffre d'affaires et un préjudice moral.
5. D'une part, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté en défense que les travaux d'amélioration de l'accessibilité du versant des Bâchettes ont été réalisés à proximité du commerce exploité par la société requérante. Si la circulation et le stationnement ont été restreints dans ce secteur pendant environ un an, ainsi qu'il résulte des pièces produites en défense, notamment le cahier des clauses techniques particulières (CCTP) et le carnet de phasage des travaux, il n'est pas sérieusement contesté que la société Effet Bœuf a conservé un accès à son magasin et qu'elle a pu poursuivre son activité pendant les travaux. A cet égard, la commune de Biot fait valoir, sans être utilement contredite, qu'un stationnement a toujours été maintenu aux abords des commerces, l'entreprise en charge des travaux d'aménagement du parking des Bâchettes étant tenue d'offrir un stationnement durant les travaux et devant garantir en permanence les accès riverains, commerces, restaurant y compris livraisons tout au long du chantier quels que soient les types de travaux réalisés. Si la société requérante produit un procès-verbal de constat d'huissier dressé le 26 avril 2019 établissant que la partie du parking située à l'Est est en travaux et qu'il est impossible d'y accéder, il n'est pas contesté que la partie Ouest du parking, qui compte environ 96 places de stationnement, était accessible aux véhicules. Par ailleurs, il n'est pas non plus démontré que l'accès des piétons au commerce aurait été rendu très difficile en raison des travaux, alors que la commune de Biot soutient que, conformément aux prescriptions du CCTP, le titulaire du marché a prévu en permanence les circulations piétonnes sur le trottoir tout au long du chantier, quels que soient les travaux réalisés, et pour ce faire a mis en place des passerelles métalliques pour usage piétons. Enfin, il résulte de l'instruction, notamment des pièces produites par la commune de Biot, que si l'accès au parking des Bâchettes a été fermé du dimanche 26 mai à 14 heures au mercredi 29 mai à 18 heures afin de réaliser les enrobés de la calade des Bâchettes et de finaliser les places de stationnement, la commune de Biot a mis en place des navettes durant cette période afin d'assurer l'accès aux commerces de la zone.
6. D'autre part, si la société requérante soutient que son commerce a connu une perte de son chiffre d'affaires entre juin 2018 et juin 2019, elle ne l'établit pas. En effet, la seule production d'un tableau comptable des pertes établi par un expert-comptable le 25 septembre 2019, ne permet pas d'apprécier la réalité de la perte alléguée dès lors que le chiffre d'affaires analysé est celui du seul restaurant, alors que le commerce de la société requérante est, ainsi qu'elle le soutient, un concept original de boucherie et de restaurant et que les données comptables concernant le commerce de boucherie n'y figurent pas. Par ailleurs, la société requérante n'apporte aucun document comptable permettant de connaître l'évolution de son chiffre d'affaires et de ses résultats sur plusieurs exercices, ni aucune indication quant aux charges de l'entreprise. Ainsi, la société requérante n'établit pas que la perte subie serait imputable aux seuls travaux litigieux.
7. Dans ces conditions, il n'est pas établi que le préjudice d'exploitation dont se prévaut la société requérante aurait pour cause déterminante la réalisation des travaux de voirie sur la période d'avril 2018 à juin 2019.
8. Il résulte de ce qui précède que la gêne occasionnée par les travaux litigieux ne peut être regardée comme ayant excédé les sujétions normales imposées aux riverains de la voie publique dans un but d'intérêt général. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la responsabilité de la commune de Biot est engagée sur le fondement des dommages de travaux publics.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la société Effet Bœuf doivent être rejetées.
Sur les frais de procédure :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Biot, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Effet Bœuf demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la société Effet Bœuf la somme que demande la commune de Biot au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Effet Boeuf est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Biot tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Effet Bœuf et à la commune de Biot.
Délibéré après l'audience du 10 février 2023 à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, conseillère,
Mme Chevalier, conseillère,
assistés de Mme Antoine, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.
Le président-rapporteur,
signé
F. Pascal
L'assesseure la plus ancienne,
signé
G. DurouxLa greffière,
signé
P.-B. Antoine
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026