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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1904737

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1904737

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1904737
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET SZEPETOWSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er octobre 2019 et le 30 septembre 2021, M. C A et le syndicat des copropriétaires " 93 Rue Alphonse Toreille ", représentés par Me Romeo, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2019 du maire de la commune de Vence constatant un péril grave et imminent, ensemble la décision du 30 juillet 2019 rejetant le recours gracieux formé par M. A ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2019 modifiant l'arrêté du 24 mai 2019 constatant un péril grave et imminent ;

3°) d'ordonner la main levée de l'arrêté du 24 mai 2019 modifié le 30 juillet 2019 ;

4°) de condamner la commune de Vence à prendre à sa charge la reconstruction du mur de soutènement appartenant au syndicat des copropriétaires " 93 Rue Alphonse Toreille " ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Vence la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles sont entachées d'un vice de forme dès lors que les signatures sont illisibles ;

- le rapport de visite n'a pas été établi au contradictoire du syndicat des copropriétaires " 93 Rue Alphonse Toreille " ;

- la notification de l'arrêté du 24 mai 2019 est irrégulière dès lors qu'il a été notifié au fils de M. A ;

- l'arrêté du 24 mai 2019 ne pouvait pas prescrire des travaux à la charge de M. A, dès lors qu'ils portent sur les parties communes ;

- le mur de soutènement qui doit faire l'objet de travaux de confortement se situe sur la propriété de la commune de Vence.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 janvier 2020, la commune de Vence, représentée par Me Romeo, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet, et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge respectivement de M. A et du syndicat des copropriétaires " 93 Rue Alphonse Toreille ".

Il fait valoir que :

- le syndicat des copropriétaires " 93 Rue Alphonse Toreille " n'a pas d'intérêt à agir et sa requête est tardive ;

- les autres moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier en date du 13 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à condamner la commune de Vence à prendre à sa charge la reconstruction du mur de soutènement, dès lors qu'elles tendent à d'autres fins qu'une annulation ou une condamnation à verser une somme d'argent.

Par ordonnance du 25 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 novembre 2022.

L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 22 mai 2019 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Nice a ordonné un constat et désigné comme expert M. D ;

- le rapport de M. D déposé au greffe du tribunal le 24 mai 2019 ;

- l'ordonnance du 27 mai 2019 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Nice a taxé les frais et honoraires des opérations de constat réalisées par M. D à la somme de 1 090,37 euros et les a mis à la charge de la commune de Vence.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 janvier 2023 :

- le rapport de Mme Duroux, conseillère ;

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 24 mai 2019, le maire de la commune de Vence a constaté l'existence d'un péril grave et imminent lié au glissement d'un mur de soutènement situé sur la parcelle cadastrée AC n°125 en face du n° 129 avenue du Général Leclerc. Par ce même arrêté, M. A, ainsi que les deux autres copropriétaires de la parcelle cadastrée AC n°125, ont été mis en demeure d'effectuer les travaux nécessaires pour faire cesser le péril imminent. Par un courrier du 18 juillet 2019, reçu le 22 juillet 2019, M. A a formé un recours gracieux qui a été rejeté par une décision du 30 juillet 2019. Le même jour, le maire de Vence a pris un arrêté modifiant celui du 24 mai 2019 afin d'y ajouter la notification au syndicat des copropriétaires " 93 Rue Alphonse Toreille ". Par la présente requête, M. A et le syndicat des copropriétaires " 93 Rue Alphonse Toreille " demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 mai 2019, ensemble la décision du 30 juillet 2019 rejetant le recours gracieux formé par M. A, ainsi que l'arrêté modificatif du 30 juillet 2019.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Vence :

2. D'une part, aux termes de l'article 14 de la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis : " La collectivité des copropriétaires est constituée en un syndicat qui a la personnalité civile. / Le syndicat peut revêtir la forme d'un syndicat coopératif régi par les dispositions de la présente loi. / Il établit, s'il y a lieu, et modifie le règlement de copropriété. / Il a pour objet la conservation et l'amélioration de l'immeuble ainsi que l'administration des parties communes. / Le syndicat est responsable des dommages causés aux copropriétaires ou aux tiers ayant leur origine dans les parties communes, sans préjudice de toutes actions récursoires. ".

3. Il résulte de l'instruction que l'arrêté du 24 mai 2019 modifié par l'arrêté du 30 juillet 2019 prescrit la réalisation de travaux sur les parties communes de la copropriété cadastrée AC n°125, lequel présente donc un intérêt à agir.

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée.

5. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que la requête introduite par le syndicat des copropriétaires " 93 Rue Alphonse Toreille " soit tardive dès lors que la commune de Vence n'établit pas avoir notifié les arrêtés en litige à ce syndicat.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les fins de non-recevoir tirées du défaut d'intérêt à agir du syndicat des copropriétaires " 93 Rue Alphonse Toreille " et de la tardiveté de sa requête, opposées par la commune de Vence, doivent être rejetées.

Sur l'irrecevabilité des conclusions tendant à condamner la commune de Vence à prendre à sa charge la reconstruction du mur de soutènement :

7. Il n'appartient pas au juge administratif d'accueillir des conclusions tendant à d'autres fins qu'une annulation ou une condamnation à verser une somme d'argent. Par suite, les conclusions présentées par les requérants tendant condamner la commune de Vence à prendre à sa charge la reconstruction du mur de soutènement sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

8. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices et monuments funéraires menaçant ruine, l'interdiction de rien exposer aux fenêtres ou autres parties des édifices qui puisse nuire par sa chute ou celle de rien jeter qui puisse endommager les passants ou causer des exhalaisons nuisibles ainsi que le soin de réprimer les dépôts, déversements, déjections, projections de toute matière ou objet de nature à nuire, en quelque manière que ce soit, à la sûreté ou à la commodité du passage ou à la propreté des voies susmentionnées ; / () ". Aux termes de l'article L. 2212-4 du même code : " En cas de danger grave ou imminent, tel que les accidents naturels prévus au 5° de l'article L. 2212-2, le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances. () ".

9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version applicable au litige : " Le maire peut prescrire la réparation ou la démolition des murs, bâtiments ou édifices quelconques lorsqu'ils menacent ruine et qu'ils pourraient, par leur effondrement, compromettre la sécurité ou lorsque, d'une façon générale, ils n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité publique, dans les conditions prévues à l'article L. 511-2. Toutefois, si leur état fait courir un péril imminent, le maire ordonne préalablement les mesures provisoires indispensables pour écarter ce péril, dans les conditions prévues à l'article L. 511-3. / Il peut faire procéder à toutes visites qui lui paraîtront utiles à l'effet de vérifier l'état de solidité de tout mur, bâtiment et édifice. / Toute personne ayant connaissance de faits révélant l'insécurité d'un immeuble est tenue de signaler ces faits au maire, qui peut recourir à la procédure des articles ci-après. ". Aux termes de l'article L. 511-3 du même code, dans sa version applicable au présent litige : " En cas de péril imminent, le maire, après avertissement adressé au propriétaire, demande à la juridiction administrative compétente la nomination d'un expert qui, dans les vingt-quatre heures qui suivent sa nomination, examine les bâtiments, dresse constat de l'état des bâtiments mitoyens et propose des mesures de nature à mettre fin à l'imminence du péril s'il la constate. / Si le rapport de l'expert conclut à l'existence d'un péril grave et imminent, le maire ordonne les mesures provisoires nécessaires pour garantir la sécurité, notamment, l'évacuation de l'immeuble. / Dans le cas où ces mesures n'auraient pas été exécutées dans le délai imparti, le maire les fait exécuter d'office. En ce cas, le maire agit en lieu et place des propriétaires, pour leur compte et à leurs frais. ".

10. Les pouvoirs de police administrative générale reconnus au maire par les dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales sont distincts de ceux qui lui sont conférés dans le cadre des procédures de péril régies par les articles L. 511-1 à L. 511-4 du code de la construction et de l'habitation alors en vigueur. Ils ne relèvent pas des mêmes procédures et n'ont pas la même portée. Un arrêté qui ne peut être légalement pris sur le fondement des dispositions des articles L. 511-1 et L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation ne peut dès lors trouver son fondement par substitution de base légale dans les dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales.

11. En l'espèce, les arrêtés attaqués du 24 mai 2019 et du 30 juillet 2019 ont été signés par Mme Josiane Gattaciecca, conseillère municipale, qui bénéficie, par arrêté du 17 juillet 2017, inscrit au registre des arrêtés municipaux, d'une délégation de signature du maire de Vence " dans le cadre des arrêtés municipaux pris en matière de police administrative générale, conformément à l'article L. 2212-1 du CGCT. ". Toutefois, les arrêtés litigieux ont été pris dans le cadre de la procédure de péril imminent régie par les dispositions de l'article L. 511-3 du code de la construction et de l'habitation et non sur le fondement des pouvoirs de police administrative générale du maire. Or, il ne résulte pas de l'instruction que Mme B E bénéficie d'une délégation de signature dans le cadre des pouvoirs de police administrative spéciale du maire. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que les arrêtés litigieux sont entachés d'un vice d'incompétence.

12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 24 mai 2019 du maire de la commune de Vence constatant un péril grave et imminent, ensemble la décision du 30 juillet 2019, ainsi que l'arrêté du 30 juillet 2019, doivent être annulés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'ordonner la main levée de l'arrêté du 24 mai 2019 modifié le 30 juillet 2019 doivent être rejetées.

Sur les dépens :

14. En l'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les frais des opérations de constat ordonnées par l'ordonnance du 22 mai 2019 susvisée, liquidés et taxés à la somme de 1 090,37 euros par l'ordonnance du 27 mai 2019, doivent être mis à la charge définitive de la commune de Vence.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Vence la somme totale de 1 000 euros à verser aux requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 24 mai 2019 du maire de la commune de Vence constatant un péril grave et imminent, ensemble la décision du 30 juillet 2019 rejetant le recours gracieux formé par M. A, est annulé.

Article 2 : L'arrêté du maire de la commune de Vence du 30 juillet 2019 modifiant l'arrêté du 24 mai 2019 est annulé.

Article 3 : Les frais des opérations de constat, taxés et liquidés à la somme de 1 090,37 euros sont mis à la charge définitive de la commune de Vence.

Article 4 : La commune de Vence versera à M. A et au syndicat des copropriétaires " 93 Rue Alphonse Toreille ", une somme totale de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties sont rejetés.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au syndicat des copropriétaires " 93 Rue Alphonse Toreille " et à la commune de Vence.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

assistés de Mme Gialis, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F. PASCALLa greffière,

signé

E. GIALIS

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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