mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1904892 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme KOLF |
| Avocat requérant | DESFARGES PIERRE-HENRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 octobre 2019, Mme D A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de recettes émis le 21 juin 2017 par le département des Alpes-Maritimes pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active socle d'un montant de 6 937,29 euros sur la période allant du 1er janvier 2014 au 30 novembre 2014 et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;
2°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes une somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- le titre de recettes est irrégulier et méconnaît les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, en l'absence de production du bordereau dûment signé ;
- il n'est pas motivé en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ; il n'indique pas les bases de liquidation ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le principe du contradictoire, garanti par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, a été méconnu ;
- la dette alléguée est inexistante.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2021, le département des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 19 septembre 2019.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Kolf, conseillère, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 novembre 2022 :
- le rapport de Mme Kolf, magistrate désignée,
- et les observations de M. B, représentant le département des Alpes-Maritimes, qui entend insister sur le caractère non fondé du moyen tiré du défaut de motivation du titre de recettes.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A a bénéficié du revenu de solidarité active " socle " depuis 2009. A la suite d'un contrôle diligenté par la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes pour le compte du département des Alpes-Maritimes, il a été constaté que Mme A exerçait une activité salariée au sein de deux sociétés, dont l'une exploitait un restaurant. La régularisation de sa situation a entraîné un indu de revenu de solidarité active " socle " d'un montant de 6 937,29 euros sur la période allant du 1er janvier 2014 au 30 novembre 2014. Un titre de recettes a été émis le 21 juin 2017 par le département des Alpes-Maritimes afin de recouvrer cet indu. Par la présente requête, Mme A conteste ce titre de recettes.
Sur les conclusions tendant à l'annulation du titre de recette émis le 21 juin 2017 :
2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : " () 4° Une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable sous pli simple. Lorsque le redevable n'a pas effectué le versement qui lui était demandé à la date limite de paiement, le comptable public compétent lui adresse une mise en demeure de payer avant la notification du premier acte d'exécution forcée devant donner lieu à des frais. En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation () ". Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures d'où les deux derniers alinéas sont issus, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les noms, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 2, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
4. Il résulte de l'instruction que l'ampliation du titre exécutoire en litige mentionne que son émetteur est M. Eric Ciotti, président du conseil départemental des Alpes-Maritimes. Si la version dématérialisée du bordereau de titre de recettes produit par le département des Alpes-Maritimes en défense comporte la signature électronique de Mme E C, attachée territoriale, responsable de la section financière santé-social-insertion, qui bénéficiait, par un arrêté du 6 janvier 2017, d'une délégation de signature du président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, les noms, prénoms et qualité de cette personne ne figurent pas sur le titre exécutoire litigieux adressé à Mme A. Ainsi, les prescriptions des dispositions des articles L. 1617-5 du code général des collectivité territoriales et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ont été méconnues ainsi que le soutient la requérante.
5. En outre, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 : " Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. Les recettes sont liquidées pour leur montant intégral, sans contraction avec les dépenses. Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
6. Le titre de recettes d'un montant de 6 937,29 euros indique seulement " INDUS RSA SOCLE MARS 2017 du 1/01/2014 AU 30/11/2014 - " et ne fait référence à aucun autre document. Le département des Alpes-Maritimes fait valoir que ce titre fait suite à une décision de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes du 12 juin 2015 et à une décision du département des Alpes-Maritimes du 29 décembre 2019 prise sur recours préalable. Il résulte de l'instruction que si Mme A s'est vu notifier, par une décision datée du 12 juin 2015 de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, un indu de revenu de solidarité active, d'une part, le montant mentionné dans cette décision, de 6 950, 25 euros, diffère de la somme réclamée par le titre de recettes et, d'autre part, ladite décision ne mentionne pas les éléments ayant conduit au calcul de l'indu en litige, et auquel le titre fait implicitement mais nécessairement référence. Par suite, Mme A est donc également fondée à soutenir que le titre litigieux est insuffisamment motivé au regard des exigences de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à soutenir que le titre exécutoire attaqué est irrégulier en sa forme et à demander, pour ce motif, son annulation.
Sur les conclusions à fin de décharge :
8. Le présent jugement annule le titre émis par le département des Alpes-Maritimes pour des motifs tirés de leur régularité formelle. Dans ces conditions, il n'y a lieu de décharger Mme A de l'obligation de payer les sommes en litige que dans l'hypothèse où le département des Alpes-Maritimes n'émettrait pas de nouveau titre de recettes régulièrement signé et motivé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, si aucune règle de prescription n'y fait obstacle et s'il s'y croit fondé.
Sur les frais liés au litige :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme A sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre de recettes émis le 21 juin 2017 par le département des Alpes-Maritimes est annulé.
Article 2 : Mme A sera déchargée de l'obligation de payer l'indu en litige dans l'hypothèse où le département des Alpes-Maritimes n'émettrait pas de nouveau titre de recettes dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Desfarges et au département des Alpes-Maritimes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
La magistrate désignée,
signé
S. KOLFLa greffière,
signé
V. SUNER
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026