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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1905129

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1905129

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1905129
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDELPLANCKE-POZZO DI BORGO-ROMETTI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2019, la société Qalif Solutions LC, représentée par la SCP Delplancke, Pozzo di Bordo, Rometti et associés, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la somme de 528 280 euros mise à sa charge à raison de la restitution du crédit impôt recherche dont elle a bénéficié au titre de l'année 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le crédit d'impôt est resté sa propriété, dès lors qu'il a été nanti aux intérêts de l'établissement bancaire CIC Lyonnaise de Banque et ne lui a donc pas été cédé ;

- l'administration fiscale reconnaît explicitement que la créance a fait l'objet d'un nantissement et non pas d'une cession de créance ;

- l'administration fiscale méconnaît les dispositions de l'article 199 ter B du code général des impôts ainsi que de la doctrine administrative BOI-BIC-RICI-10-10-50 § 290.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2020, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code monétaire et financier ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cherief conseiller ;

- et les conclusions de M. Herold, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Highlands Technologies Solutions a demandé, le 9 novembre 2017, le remboursement d'un crédit d'impôt recherche portant sur des dépenses engagées au titre de l'année 2016 pour un montant de 528 280 euros. Par une décision du 9 mars 2018, l'administration fiscale a prononcé le remboursement de ce crédit impôt recherche. Par une lettre du 18 janvier 2019, le service des impôts des entreprises de Valbonne a informé la société Highlands Technologies Solutions, devenue la société Qalif Solutions LC, de l'ouverture à son encontre d'une procédure en restitution des sommes indument versées par l'Etat en application des dispositions de l'article L. 256 du livre des procédures fiscales et a émis à son encontre, le 12 février 2019, un avis de mise en recouvrement pour un montant de 528 280 euros. Par une réclamation préalable notifiée à l'administration fiscale le 3 avril 2019, la société Qalif Solutions a contesté cet avis de mise en recouvrement. Suite au silence gardé par l'administration fiscale pendant six mois, la société requérante demande au tribunal de prononcer la décharge de la somme mise à sa charge par l'avis de mise en recouvrement du 12 février 2019.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 256 du livre des procédures fiscales : " () / Un avis de mise en recouvrement est également adressé par le comptable public pour la restitution des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature mentionnés au premier alinéa et indûment versés par l'Etat. / L'avis de mise en recouvrement est individuel. Il est signé et rendu exécutoire par l'autorité administrative désignée par décret. Les pouvoirs de l'autorité administrative susmentionnée sont également exercés par le comptable public. () ". Aux termes de l'article R. 256-1 du même code : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. / L'avis de mise en recouvrement mentionne également que d'autres intérêts de retard pourront être liquidés après le paiement intégral des droits. () ".

3. Aux termes de l'article R. 313-23 du code monétaire et financier : " Tout crédit qu'un établissement de crédit, () ou qu'une société de financement consent à une personne morale de droit privé ou de droit public, ou à une personne physique dans l'exercice par celle-ci de son activité professionnelle, peut donner lieu au profit de cet établissement, () ou de cette société, par la seule remise d'un bordereau, à la cession ou au nantissement par le bénéficiaire du crédit, de toute créance que celui-ci peut détenir sur un tiers, personne morale de droit public ou de droit privé ou personne physique dans l'exercice par celle-ci de son activité professionnelle. / Peuvent être cédées ou données en nantissement les créances liquides et exigibles, même à terme. Peuvent également être cédées ou données en nantissement les créances résultant d'un acte déjà intervenu ou à intervenir mais dont le montant et l'exigibilité ne sont pas encore déterminés. / Le bordereau doit comporter les énonciations suivantes : 1. La dénomination, selon le cas, " acte de cession de créances professionnelles " ou " acte de nantissement de créances professionnelles " ; / 2. La mention que l'acte est soumis aux dispositions des articles L. 313-23 à L. 313-34 ; / 3. Le nom ou la dénomination sociale de l'établissement de crédit, (), ou de la société de financement bénéficiaire ; / 4. La désignation ou l'individualisation des créances cédées ou données en nantissement ou des éléments susceptibles d'effectuer cette désignation ou cette individualisation, notamment par l'indication du débiteur, du lieu de paiement, du montant des créances ou de leur évaluation et, s'il y a lieu, de leur échéance. () ". Aux termes de l'article L. 313-24 du même code : " Même lorsqu'elle est effectuée à titre de garantie et sans stipulation d'un prix, la cession de créance transfère au cessionnaire la propriété de la créance cédée. / Sauf convention contraire, le signataire de l'acte de cession ou de nantissement est garant solidaire du paiement des créances cédées ou données en nantissement ". Aux termes de l'article L. 313-27 du même code : " La cession ou le nantissement prend effet entre les parties et devient opposable aux tiers à la date apposée sur le bordereau lors de sa remise, quelle que soit la date de naissance, d'échéance ou d'exigibilité des créances, sans qu'il soit besoin d'autre formalité, et ce quelle que soit la loi applicable aux créances et la loi du pays de résidence des débiteurs. () ". Aux termes de l'article L. 313-28 de ce code : " L'établissement de crédit ou la société de financement ou le FIA mentionné à l'article L. 313-23 peut, à tout moment, interdire au débiteur de la créance cédée ou nantie de payer entre les mains du signataire du bordereau. A compter de cette notification, dont les formes sont fixées par le décret en Conseil d'Etat prévu à l'article L. 313-35, le débiteur ne se libère valablement qu'auprès de l'établissement de crédit ou de la société de financement ou du FIA mentionné à l'article L. 313-23 ".

4. Pour contester le caractère indu du crédit d'impôt recherche qui lui a été remboursé le 9 mars 2018 par le service aux impôts de Valbonne, la société Qalif Solutions fait valoir que l'acte de cession du 21 février 2017 qu'elle a conclu avec l'établissement bancaire CIC Lyonnaise de Banque s'analyse en réalité en un nantissement de créance professionnelle et qu'elle a, par conséquent, conservé la propriété de la créance qu'elle détenait sur l'Etat par le biais du crédit impôt recherche litigieux.

5. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment des mentions claires et précises figurant sur le bordereau produit par la société Qalif Solutions à l'appui de sa requête, que celle-ci a conclu avec l'établissement cessionnaire CIC Lyonnaise de Banque un " acte de cession de créances à titre professionnel ", et non un " acte de nantissement de créances à titre professionnel ", et que cette cession, conclue en application des dispositions des articles L. 313-23 à L. 313-34 du code monétaire et financier, a été conclue " à titre de garantie ". Il ressort en outre, des termes du courrier envoyé le 30 juillet 2018 au mandataire judiciaire désigné dans le cadre de la procédure de liquidation judiciaire concernant la société requérante, que l'établissement bancaire CIC Lyonnaise de Banque mentionne la " cession de la créance détenue à l'encontre de l'administration fiscale par la société Qalif Solutions " effectuée à son profit. Dès lors, l'acte conclu entre la société requérante et l'établissement CIC Lyonnaise de Banque avait bien le caractère d'une cession de créance ayant eu pour effet, à la date du 21 février 2017 figurant sur le bordereau, de transférer à l'établissement cessionnaire la propriété du crédit impôt recherche litigieux, sans que la société Qalif Solutions puisse utilement faire valoir que l'administration fiscale avait qualifié cet acte de " nantissement " dans la lettre du 18 janvier 2019. Par suite, à la date à laquelle le service des impôts aux entreprises de Valbonne a procédé au remboursement à la société Qalif Solutions du crédit impôt recherche, cette dernière n'était plus propriétaire de cette créance détenue sur l'Etat par l'établissement CIC Lyonnaise de Banque. En outre, cet établissement ayant notifié à l'administration fiscale par un courrier du 14 mars 2017, notifié le 17 mars 2017, la cession de créance, le service ne pouvait plus se libérer valablement auprès de la société requérante, mais uniquement auprès de l'établissement bancaire cessionnaire, en application des dispositions précitées de l'article L. 313-28 du code monétaire et financier. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la société Qalif Solutions était propriétaire du crédit impôt recherche litigieux en raison du nantissement de créance qu'elle avait conclu doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes du II de l'article 199 ter B du code général des impôts : " La créance mentionnée au premier alinéa du I est immédiatement remboursable lorsqu'elle est constatée par l'une des entreprises suivantes : () 2° Les entreprises ayant fait l'objet d'une procédure de sauvegarde, d'un redressement ou d'une liquidation judiciaires. Ces entreprises peuvent demander le remboursement de leur créance non utilisée à compter de la date du jugement qui a ouvert ces procédures ; () ".

7. D'une part, dès lors qu'elle n'était plus, à la date de la mise en recouvrement du crédit d'impôt recherche litigieux, titulaire de cette créance sur l'Etat, la société Qalif Solutions ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées du II de l'article 199 ter B du code général des impôts. D'autre part, la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir des énonciations de la doctrine administrative publiée au BOI-BIC-RICI-10-10-50 § 290 qui ne comporte pas d'interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application. Par suite le moyen tiré de ce que l'administration fiscale a méconnu les dispositions du II de l'article 199 ter B du code général des impôts et de la doctrine BOI-BIC-RICI-10-10-50 § 290 doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin de décharge présentées par la société Qalif Solutions doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par la société requérante doivent, par suite, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Qalif Solutions LC est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Qalif Solutions LC, ainsi qu'au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

assistés de Mme Albu, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

H. CHERIEF

La présidente,

signé

J. MEAR

La greffière,

signé

C. ALBU

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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