mardi 9 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1905485 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS PHILIPPE PETIT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2019, la commune de Cannes, représentée par Me Petit, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 4 janvier 2017 et du 17 septembre 2019 de la direction départementale des finances publiques (DDFIP) des Alpes-Maritimes ;
2°) d'enjoindre à la DDFIP de fixer le nouveau montant de la redevance 2018 sur la base du tarif de 20,50 euros/m² dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à la DDFIP de substituer l'indice TP07b relatif aux " travaux de génie civil, béton et acier pour ouvrages maritimes " à l'indice T02 relatif aux " travaux de génie civil et d'ouvrages d'art neufs ou rénovation " dans le mode de calcul de la redevance global tel que fixé par l'article 18 du traité de concession des plages artificielles, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre à la DDFIP de procéder au remboursement des sommes indument perçues s'agissant de la redevance 2018 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- dans le cadre d'une procédure d'attribution de concession de plage lancée par l'Etat en application des articles R.2124-21 et suivants du code général de la propriété des personnes publiques, elle s'est vue attribuer la concession des plages artificielles " Croisette, Bijou, Pointe Croisette et Casino " situées sur son territoire, pour une durée de douze ans à compter du 1er janvier 2018 ; les modalités de fixation de la redevance d'occupation du domaine public due par la ville à l'Etat ont été définies par l'article 18 du cahier des charges de la concession des plages artificielles ;
- le montant de la redevance fixe de 2018 n'étant pas encore connu à la date de la signature de la concession, il a été fait application du tarif de base retenu pour l'année 2017 pour l'évaluation de la redevance due au titre de l'année 2018, soit 20,50 euros/m² ; par une décision du 30 novembre 2017, la DDFIP a fixé la part fixe de la redevance domaniale pour 2018 à la somme de 725 823 euros; ce montant a servi de fondement à la ville pour déterminer le montant de la redevance facturée à ses sous-concessionnaires de plages ;
- l'attribution des plages artificielles à la ville a été actée par un arrêté préfectoral du 22 août 2022 ;
- par un courrier du 11 septembre 2018, la DDFIP a adressé à la commune un avis de régularisation fixant la part fixe de la redevance domaniale à la somme de 743 526 euros, soit 17 703 euros de plus que celle initialement prévue dans le cahier des charges ; cet avis précisait que la régularisation avait été faite pour tenir compte du nouveau tarif retenu pour les redevances des plages qui avait fixé, pour l'année 2018, à 21 euros/m² ;
- la ville a sollicité, par courrier du 31 octobre 2018, la suppression de l'augmentation de la part fixe de la redevance domaniale pour 2018 ; sa demande a été rejetée par courrier du 4 janvier 2019 ;
- par courrier du 22 mars 2019, la DDFIP a informé la commune du nouveau montant de la redevance pour 2019, fixé en application de la révision de la redevance globale de 2018 par application de l'indice TP02 ;
- par un courrier du 26 août 2019, la commune a alerté la DDFIP de ce que l'augmentation annoncée du taux pour le calcul de la part fixe de la redevance serait préjudiciable aux finances de la collectivité et lui a demandé de ne pas faire application de cette augmentation ; par courrier du 17 décembre 2019, la demande a été rejetée ;
- les décisions du 4 janvier 2019 et du 17 septembre 2019 sont illégales ; la majoration de la redevance due par la ville au titre des années 2018 et 2019 est contraire à l'objectif de la loi du 22 janvier 2018 de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022 ; les augmentations successives de la redevance d'occupation du domaine public maritime induisent une augmentation des dépenses de fonctionnement de la commune pour les années 2018 et 2019, nettement supérieure au taux annuel de 1,2% assigné par l'Etat aux collectivités territoriales dans le cadre du dispositif dit A ; la part fixe de la redevance a augmenté de 2,44%, soit une augmentation deux fois supérieure au taux d'évolution des dépenses réelles de fonctionnement assigné par l'Etat ; l'augmentation de la redevance ne pouvait excéder 1,2% par an ;
- c'est à tort que l'Etat a retenu l'indice TP02 pour la révision annuelle de la redevance d'occupation du domaine public maritime ; la ville a retenu l'indice TP07b relatif aux travaux de génie civil, béton et acier pour ouvrages maritimes alors que la DDFIP a retenu l'ancien indice TP02 relatif aux ouvrages d'art en site terrestre, fluvial ou maritime et fondations spéciales alors que, suite à un décret du 7 février 2014, l'ancien indice TP02 a été modifié et concerne aujourd'hui les travaux de génie civil et ouvrages d'art neufs ou rénovation ;
- l'évolution de l'indice TP07b est moins importante que celle de l'indice TP02 sur l'année 2019 ;
- elle est fondée à demander qu'il soit enjoint à la DDFIP de fixer le nouveau montant de la redevance de 2018 et 2019 sur la base du tarif de 20,50 euros/m², à ce que l'indice TP07b soit substitué à l'indice TP02 et à ce que la DDFIP procède au remboursement des sommes indûment perçues.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, la direction départementale des finances publiques (DDFIP) des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens soient mis à la charge de la commune de Cannes.
Elle fait valoir que :
- les impératifs de maitrise des dépenses de fonctionnement des collectivités territoriales portent sur les charges de fonctionnement dans leur globalité ; les textes n'imposent pas une maitrise de 1,2% sur tous les postes de dépenses des collectivités ; il appartient à la commune de Cannes d'intégrer dans son budget cette augmentation de la redevance au sein de la section de fonctionnement ;
- les modalités d'augmentation de la redevance étaient parfaitement connues de la commune de Cannes dès le lancement de la procédure d'appel d'offres pour la concession de plages ; le cahier des charges de la concession avec l'Etat a été signé en toute connaissance de cause ; l'article 18 relatif à la redevance domaniale précise bien que la redevance fixe de 2018 est une redevance fixe minimum, établie à titre provisoire, basée sur le tarif de 2017 ; il était également prévu par le cahier des charges que, pour les années ultérieures, la redevance globale (part fixe et part variable) sera indexée sur l'indice TP02 ; la commune requérante était à même d'évaluer les évolutions de l'indice TP02 ;
- la commune disposait de tous les éléments relatifs au calcul de la redevance domaniale, notamment l'utilisation de l'indice TP02 pour les réévaluations ; elle a fait le choix d'utiliser l'indice TP07b pour la réévaluation de ses propres redevances à l'égard de ses sous-concessionnaires ; elle avait la possibilité de reprendre l'indice retenu par l'Etat en vertu du principe de libre administration ;
- à l'exception des contrats de sous-concessions qui ont été librement établis par la commune, cette dernière ne fait état d'aucune condition particulière liée au domaine public maritime ou aux plages de la ville qui justifierait un traitement spécifique de redevance domaniales d'occupation du domaine public maritime.
Par ordonnance du 13 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 décembre 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 2018-32 du 22 janvier 2018 de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022 ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 décembre 2023 :
- le rapport de Mme Chaumont, conseillère,
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bigas, substituant Me Petit, représentant la commune de Cannes.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Cannes s'est vue attribuer la concession des plages artificielles " Croisette, Bijou, Pointe Croisette et Casino " situées sur son territoire, pour une durée de douze ans à compter du 1er janvier 2018. Les modalités de fixation de la redevance d'occupation du domaine public due par la ville à l'Etat ont été définies par l'article 18 du cahier des charges de la concession des plages artificielles. Le montant de la redevance fixe de 2018 n'étant pas encore connu à la date de la signature de la concession, il a été fait application du tarif de base retenu pour l'année 2017 pour l'évaluation de la redevance due au titre de l'année 2018. Par une décision du 30 novembre 2017, la DDFIP a fixé la part fixe de la redevance domaniale pour 2018 à la somme de 725 823 euros. L'attribution des plages artificielles à la ville a été actée par un arrêté préfectoral du 22 août 2018. Par un courrier du 11 septembre 2018, la DDFIP a adressé à la commune un avis de régularisation fixant la part fixe de la redevance domaniale à la somme de 743 526 euros. Par un courrier du 31 octobre 2018, la ville de Cannes a sollicité la suppression de l'augmentation de la part fixe de la redevance domaniale pour 2018. La DDFIP a été rejeté cette demande le 4 janvier 2019. Puis, par courrier du 22 mars 2019, la DDFIP a informé la commune du nouveau montant de la redevance pour 2019, fixé en application de la révision de la redevance globale de 2018 par application de l'indice TP02. Par un courrier du 26 août 2019, la commune de Cannes a demandé à la DDFIP de ne pas faire application de cette augmentation. Sa demande a été rejetée par courrier du 17 décembre 2019.
2. Par la présente requête, la commune de Cannes demande au tribunal d'annuler les décisions du 4 janvier 2019 et du 17 décembre 2019. Elle demande également à ce qu'il soit enjoint à la DDFIP de fixer le montant de la redevance de 2018 sur la base du tarif de 20,50 euros/m², de substituer l'indice TP07b à l'indice TP02 et de procéder au remboursement des sommes indûment perçues.
Sur le cadre juridique du litige :
3. Si la commune de Cannes demande l'annulation des décisions par lesquelles la DDFIP a refusé de faire droit à sa demande tendant à la non augmentation de la part fixe de la redevance domaniale, elle conteste toutefois les modalités de calcul de la redevance domaniale, modalités qui sont fixées contractuellement et dont la DDFIP a fait la stricte application. Dans ces conditions, la commune de Cannes doit être regardée comme contestant le contrat de concession des plages artificielles.
4. Indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. Dans ce cadre, le tiers agissant en qualité de concurrent évincé de la conclusion d'un contrat administratif ne peut, à l'appui d'un recours contestant la validité de ce contrat, utilement invoquer, outre les vices d'ordre public dont serait entaché le contrat, que les manquements aux règles applicables à la passation de ce contrat qui sont en rapport direct avec son éviction. Au titre de tels manquements, le concurrent évincé peut contester la décision par laquelle son offre a été écartée comme irrégulière. Un candidat dont l'offre a été à bon droit écartée comme irrégulière ou inacceptable ne saurait en revanche soulever un moyen critiquant l'appréciation des autres offres.
5. Saisi par un tiers dans les conditions définies ci-dessus, de conclusions contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses, il appartient au juge du contrat, après avoir vérifié que l'auteur du recours autre que le représentant de l'Etat dans le département ou qu'un membre de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné se prévaut d'un intérêt susceptible d'être lésé de façon suffisamment directe et certaine et que les irrégularités qu'il critique sont de celles qu'il peut utilement invoquer, lorsqu'il constate l'existence de vices entachant la validité du contrat, d'en apprécier l'importance et les conséquences. Ainsi, il lui revient, après avoir pris en considération la nature de ces vices, soit de décider que la poursuite de l'exécution du contrat est possible, soit d'inviter les parties à prendre des mesures de régularisation dans un délai qu'il fixe, sauf à résilier ou résoudre le contrat. En présence d'irrégularités qui ne peuvent être couvertes par une mesure de régularisation et qui ne permettent pas la poursuite de l'exécution du contrat, il lui revient de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, soit la résiliation du contrat, soit, si le contrat a un contenu illicite ou s'il se trouve affecté d'un vice du consentement ou de tout autre vice d'une particulière gravité que le juge doit ainsi relever d'office, l'annulation totale ou partielle de celui-ci. Il peut enfin, s'il en est saisi, faire droit, y compris lorsqu'il invite les parties à prendre des mesures de régularisation, à des conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice découlant de l'atteinte à des droits lésés.
Sur la validité du contrat en litige :
En ce qui concerne le montant de la redevance domaniale pour l'année 2018 :
6. En premier lieu, aux termes de l'article 18 relatif à la redevance domaniale du cahier des charges de la concession des plages artificielles : " La commune concessionnaire paiera à la caisse du directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes, avant le 31 mars de chaque année, la redevance domaniale due à l'Etat au titre de ladite année pour l'occupation du domaine public maritime et pour l'exploitation des bains de mer et des activités nautiques sur les plages artificielles dites Croisette, Bijou, Pointe Croisette et Casino. / Sur la base de la présente concession, à savoir pour une surface d'exploitation commerciale autorisée de 35 406 m² la redevance domaniale due au titre de l'année 2018 est égale à la somme des deux éléments suivants : / - une redevance minimum fixe établie à titre provisoire à 725 823 euros pour l'année 2018, calculée selon la superficie totale d'exploitation commerciale autorisée de 35 406 m² et le tarif retenu dans le département des Alpes-Maritimes pour les redevances de plages de catégorie 1 en 20147 (soit 20,50 euros/m²). Le tarif 2018 n'étant pas encore connu au moment de l'instruction du renouvellement de la concession, cette redevance fixe sera révisée dès que celui-ci sera connu. / - une redevance variable égale à 20% de la différence entre, la somme totale des redevances exigibles par la commune dans le cadre de cette concession auprès de l'ensemble de ses exploitants en 2018, et la redevance minimum susvisée. / La redevance exigible par l'Etat sera définitivement établie à l'issue de la procédure d'octroi des 32 lots de plage. Les sous-traités d'exploitation correspondant devront prendre effet dès le début de la concession (soit au 1er janvier 2018) et être communiqués au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes dans les 15 jours de leur conclusion. / Pour les années ultérieures, la redevance globale (part fixe et part variable) sera indexée par application de la formule suivante : Rn = R(n-1) x In/1(n-1) dans laquelle Rn = montant de la redevance exigible pour l'année considérée, / R(n-1) = montant de la redevance globale de l'année précédente, / In = indice national des travaux TP02, ouvrages d'art en site terrestre, fluvial ou maritime et fondations spéciales (publié sur le site du ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire - index TP) connu au 1er janvier de l'année considérée, / I(n-1) = le même indice connu au 1er janvier de l'année précédente. / La redevance sera en outre révisable dans les conditions prévues à l'article R 2125-3 du code général de la propriété des personnes publiques. Elle le serait, en tout état de cause, lors de l'attribution éventuelle du sous-traité d'exploitation si les 32 lots n'étaient pas attribués au 1er janvier 2018 () ".
7. Il est constant que le tarif de la redevance domaniale fixé, au titre de l'année 2018 à 20,50 euros/m² est ensuite passé à 21 euros/m². Toutefois, il ressort des dispositions de l'article 18 du cahier des charges de la concession des plages artificielles précité que la commune de Cannes a été informée que le tarif de la redevance appliquée au titre de l'année 2018 était un tarif minimum et provisoire, dans l'attente de la fixation du tarif définitif. Ainsi, la commune de Cannes pouvait légitimement s'attendre à ce que le tarif évolue en cours d'année et voir ainsi la part fixe de la redevance évoluer sur cette même période. La circonstance, dont elle se prévaut, qu'elle ait appliqué à ses sous-concessionnaires un montant de 20,50 euros/m² est sans incidence dès lors qu'il lui appartenait d'anticiper une éventuelle évolution ou de réserver dans ces sous-concessions le montant de la redevance due pour l'année 2018.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022 : " I - Des contrats conclus à l'issue d'un dialogue entre le représentant de l'Etat et les régions, la collectivité de Corse, les collectivités territoriales de Martinique et de Guyane, les départements et la métropole de Lyon ont pour objet de consolider leur capacité d'autofinancement et d'organiser leur contribution à la réduction des dépenses publiques et du déficit public. Des contrats de même nature sont conclus entre le représentant de l'Etat, les communes () dont les dépenses réelles de fonctionnement constatées dans le compte de gestion du budget principal au titre de l'année 2016 sont supérieures à 60 millions d'euros. / Les autres collectivités territoriales et établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre peuvent demander au représentant de l'Etat la conclusion d'un contrat. / A cette fin, les contrats déterminent sur le périmètre du budget principal de la collectivité ou de l'établissement : / 1° Un objectif d'évolution des dépenses réelles de fonctionnement ; () III - Les dépenses réelles de fonctionnement s'entendent comme le total des charges nettes de l'exercice entraînant des mouvements réels au sein de la section de fonctionnement des collectivités ou établissements concernés (). IV - Sur la base du taux national fixé au III de l'article 13, le contrat fixe le niveau maximal annuel des dépenses réelles de fonctionnement auquel la collectivité territoriale ou l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre s'engage chaque année () /. / () B. Le taux de croissance annuel peut être modulé à la hausse en tenant compte des trois critères suivants, dans la limite maximale de 0,15 point pour chacun des 1° à 3° du présent B, appliqué à la base 2017 : / 1° La population de la collectivité territoriale ou de l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre a connu entre le 1er janvier 2013 et le 1er janvier 2018 une évolution annuelle supérieure d'au moins 0,75 point à la moyenne nationale (). VI - Pour les collectivités territoriales et établissements de coopération intercommunale à fiscalité propre entrant dans le champ des deux premiers alinéas du I du présent article et n'ayant pas signé de contrat dans les conditions prévues au même I, le représentant de l'Etat leur notifie un niveau maximal annuel des dépenses réelles de fonctionnement qui évolue comme l'indice mentionné au III de l'article 13, après application des conditions prévues au IV du présent article () ". Et, aux termes de l'article 13 de cette même loi : " I. - Les collectivités territoriales contribuent à l'effort de réduction du déficit public et de maîtrise de la dépense publique, selon des modalités à l'élaboration desquelles elles sont associées. / II. - A l'occasion du débat sur les orientations budgétaires, chaque collectivité territoriale ou groupement de collectivités territoriales présente ses objectifs concernant : / 1° L'évolution des dépenses réelles de fonctionnement, exprimées en valeur, en comptabilité générale de la section de fonctionnement ; 2° L'évolution du besoin de financement annuel calculé comme les emprunts minorés des remboursements de dette. Ces éléments prennent en compte les budgets principaux et l'ensemble des budgets annexes. / III. - L'objectif national d'évolution des dépenses réelles de fonctionnement des collectivités territoriales et de leurs groupements à fiscalité propre correspond à un taux de croissance annuel de 1,2 % appliqué à une base de dépenses réelles de fonctionnement en 2017, en valeur et à périmètre constant () ".
9. Il ressort de ces dispositions que le taux de croissance annuel des dépenses réelles de fonctionnement fixé par le III de l'article 13 de la loi susvisée a été fixé à 1,2%. Toutefois, il ressort également de ces dispositions, en particulier du point IV, que le taux de croissance annuel peut être modulé à la hausse.
10. D'une part, la commune de Cannes soutient que le taux de croissance annuel de ses dépenses de fonctionnement a été fixé par l'Etat à 1,2%. Toutefois, elle n'établit pas avoir signé un tel contrat dit A et, à supposer que ce soit le cas, elle n'établit pas que son taux n'aurait pas fait l'objet d'une modulation.
11. D'autre part, à supposer que la commune de Cannes se soit vue appliquer un taux de 1,2%, ce taux concernait les dépenses de fonctionnement dans leur globalité et n'était pas applicable par poste de dépense. Ainsi, la commune, afin de maintenir l'objectif fixé, pouvait limiter l'augmentation d'un poste de dépenses de fonctionnement en cas d'augmentation d'un autre poste.
12. Enfin, la DDFIP n'était liée par aucun objectif en termes d'augmentation de la redevance domaniale, notamment pas par l'objectif fixé par l'article 23 de la loi de programmation des finances publiques 2018-2022.
13. Par suite, la commune n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que la DDFIP a refusé de faire droit à sa demande tendant à la suppression de l'augmentation de la part fixe de la redevance domaniale pour l'année 2018.
En ce qui concerne l'applicabilité de l'indice TP02 :
14. D'une part, les index nationaux du bâtiment, des travaux publics et index divers de la construction sont utilisés pour les actualisations et révisions des prix des marchés de construction. Toutefois, il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire que ces index, notamment l'index des travaux publics, ne pourraient pas être utilisés par une administration dans un autre cadre, notamment dans le cadre d'un contrat de concession de plages artificielles.
15. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'article 18 du cahier des charges de la concession des plages artificielles susvisé au point 3, que la commune de Cannes a été informée que la redevance exigible par l'Etat au titre de la concession, serait indexée par application d'une formule de calcul définie par ces dispositions, laquelle faisait notamment référence à l'indice national des travaux publics TP02. Si la commune soutient que la DDFIP a utilisé l'indice TP02 " ouvrages d'art en site terrestre, fluvial ou maritime et fondations spéciales " alors que, depuis un décret n° 2014-114 du 7 février 2014, la dénomination de l'indice TP02 est " Travaux de génie civil et d'ouvrages d'art neufs ou rénovation ", cela n'a aucune incidence sur l'information portant sur l'indice applicable pour la révision de la redevance dès lors qu'il s'agissait toujours de l'indice TP02. Par ailleurs, si la commune soutient qu'elle a retenu, dans les contrats de sous-concession des plages artificielles, l'indice TP07b, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'aurait pas pu utiliser l'indice TP02 retenu par la DDFIP dans la convention de concession. Si, sur ce point, la commune se prévaut de ce que l'indice TP07b dont l'intitulé est " travaux de génie civil, béton et acier pour ouvrages maritimes " est plus adapté, elle n'établit pas en quoi cet indice aurait été plus pertinent et il ne ressort pas des pièces du dossier que la DDFIP aurait commis une erreur en recourant à l'indice TP02. Egalement, si elle soutient que l'évolution de l'indice TP02 est plus importante que celle de l'indice TP07b et que cette évolution a un impact sur le calcul de la redevance, cela est sans incidence dès lors que, ainsi qu'il a été dit, la commune n'établit pas ni même n'allègue qu'elle n'aurait pas pu utiliser le même indice que la DDFIP dans ses conventions de sous-concession. Enfin, si elle soutient que l'augmentation de l'indice TP02 est supérieure à l'objectif fixé par l'Etat à la collectivité dans le cadre des contrats dits A, ainsi qu'il a été dit précédemment au point 10, la commune n'établit pas avoir signé un tel contrat, ni n'avoir eu un taux de dépenses publiques de fonctionnement de 1,2%. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le taux d'évolution de la redevance, lié à celui de l'indice retenu pour son calcul, n'aurait pas dû dépasser l'objectif fixé par le contrat dit A.
16. Par suite, la commune n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que la DDFIP a refusé de faire droit à sa demande tendant à ne pas faire application de l'indice TP02.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la commune de Cannes tendant à l'annulation du contrat par lequel l'Etat lui a concédé l'exploitation des plages artificielles " Croisette, Bijou, Pointe Croisette et Casino " situées sur son territoire, pour une durée de douze ans doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article l. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les dépens :
18. La DDFIP demande à ce que les dépens soient laissés à la charge de la commune requérante. Toutefois, il ne ressort par des pièces du dossier que des dépens aient été exposés par les parties à la présente instance. Par suite, la demande présentée à ce titre par la DDFIP doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Cannes est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Cannes et à la direction départementale des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Chaumont, conseillère,
Mme Duroux, conseillère,
assistés de Mme Gialis, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.
La rapporteure,
signé
A-C. CHAUMONT
Le président,
signé
F. PASCAL La greffière,
signé
E. GIALIS
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026