mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1905676 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BORGNAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 novembre 2019, 17 février et 8 mars 2023, M. I K, représenté par Me Borgnat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de mettre en œuvre la procédure d'inscription en faux prévue à l'article R. 633-1 du code de justice administrative s'agissant des attestations établies par M. F H datées des 19 janvier 2021 et 7 février 2023 ;
2°) de condamner la métropole Nice-Côte d'Azur à lui verser la somme totale de 112 000 euros assortie des intérêts au taux légal en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de son intervention sur les lieux de l'attentat survenu le 14 juillet 2016 à Nice ;
3°) de mettre à la charge de la métropole Nice-Côte d'Azur la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- il appartient au tribunal d'inviter la métropole Nice-Côte d'Azur à déclarer si elle entend se servir des attestations de M. F H, datées des 19 janvier 2021 et 7 février 2023, en application de l'article R. 633-1 du code de justice administrative ;
- la métropole a manqué à son obligation de sécurité et de prévention en le faisant intervenir sur une scène d'attentat sans lui avoir donné les instructions appropriées et avoir pris les mesures nécessaires pour éviter le risque d'atteinte à son intégrité psychique, en lui faisant effectuer des tâches qui ne correspondent pas à la finalité de son poste, ni aux catégories d'astreinte de sécurité qu'il peut effectuer et pour lesquelles il n'a jamais suivi de formation et ne s'était pas porté volontaire ;
- la métropole a manqué à son obligation de sécurité en ne lui offrant pas les soins et l'accompagnement nécessaires eu égard à son état de santé ;
- il est fondé à demander l'indemnisation des préjudices subis qu'il évalue à 100 000 euros s'agissant du préjudice moral et à 12 000 euros s'agissant du préjudice lié à une perte de revenus et au déficit fonctionnel permanent.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 mai 2021 et 17 février 2023, la métropole Nice-Côte d'Azur, représentée par Me Lanfranchi, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'attentat survenu le 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais relève d'un cas de force majeure auquel elle a dû faire face ;
- les tâches effectuées par le requérant correspondaient à la finalité du poste qu'il occupait ;
- le requérant a pu bénéficier d'une prise en charge médicale dès le lendemain de son intervention, ainsi que sur le long terme ;
- elle n'a pas manqué à son obligation de prévention des risques dès lors qu'elle a laissé la possibilité à ses agents, qui se sont tous portés volontaires, de refuser la mission ;
- la circonstance que la santé du requérant s'est altérée à compter du mois d'août 2017, après qu'il ait séjourné à Barcelone lors des attentats qui y ont été perpétrés, révèle que l'attentat du 14 juillet 2016 n'est pas nécessairement la seule origine de la dégradation de son état de santé ;
- l'évaluation faite par le requérant de ses préjudices n'est pas justifiée.
Par un courrier du 2 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'engagement de la responsabilité sans faute de la métropole Nice-Côte d'Azur au titre de l'accident de service du 14 juillet 2016, reconnu imputable au service.
La métropole Nice-Côte d'Azur et M. K ont produit leurs observations en réponse à ce moyen d'ordre public par des mémoires respectivement enregistrés les 5 et 6 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code du travail ;
- la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 2016-629 du 20 mai 2016 ;
- le décret n°85-603 du 10 juin 1985 ;
- le décret n° 2015-1475 du 14 novembre 2015 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 mai 2023 :
- le rapport de M. Holzer,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,
- les observations de Me Borgnat, représentant M. K,
- et les réponses de M. K qui a répondu aux questions de la formation de jugement.
Considérant ce qui suit :
1. M. K, adjoint technique territorial de 2ème classe assurant les fonctions d'agent de propreté urbaine au sein de la métropole Nice-Côte d'Azur, est intervenu sur les lieux de l'attentat survenu le 14 juillet 2016 à Nice afin de poser des blocs de béton permettant de fixer les barrières servant à cacher les corps des victimes. Par une demande préalable en date du 24 juillet 2019, il a sollicité la métropole Nice-Côte d'Azur afin de l'indemniser pour les préjudices qu'il estime avoir subis en raison de cette intervention sur les lieux de l'attentat. Cette demande ayant été implicitement rejetée, il demande au tribunal de condamner la métropole Nice-Côte d'Azur à lui verser une somme totale de 112 000 euros en réparation de ces préjudices. Par une ordonnance n°21MA02106 du 15 octobre 2021, la cour administrative d'appel de Marseille a annulé l'ordonnance n°1905677 du 10 mai 2021 par laquelle le juge des référés du tribunal avait accordé une somme provisionnelle de 10 000 euros à M. K en réparation des préjudices allégués.
Sur les conclusions tendant à l'inscription de faux :
2. Aux termes de l'article R. 633-1 du code de justice administrative : " Dans le cas d'une demande en inscription de faux contre une pièce produite, la juridiction fixe le délai dans lequel la partie qui l'a produite sera tenue de déclarer si elle entend s'en servir. / Si la partie déclare qu'elle n'entend pas se servir de la pièce, ou ne fait pas de déclaration, la pièce est rejetée. Si la partie déclare qu'elle entend se servir de la pièce, la juridiction peut soit surseoir à statuer sur l'instance principale jusqu'après le jugement du faux rendu par le tribunal compétent, soit statuer au fond, si elle reconnaît que la décision ne dépend pas de la pièce arguée de faux ".
3. En l'espèce, M. K doit être regardé comme demandant au tribunal de mettre en œuvre les dispositions précitées de l'article R. 633-1 du code de justice administrative s'agissant des attestations établies par M. F H, datées des 19 janvier 2021 et 7 février 2023.
4. S'il soutient que ces attestations constituent de " faux témoignages ", il n'apporte aucun élément sérieux de nature à établir le caractère falsifié de ces documents ou des déclarations qu'elles contiennent. En outre, s'il justifie avoir déposé plainte pour altération frauduleuse de la vérité dans un écrit, il ressort des termes mêmes de cette plainte qu'elle ne concerne que l'attestation du 19 janvier 2021 et ne concerne ainsi pas celle du 7 février 2023 par laquelle M. F H a entendu modifier certaines des déclarations exprimées dans sa première attestation du 19 janvier 2021. Dans ces conditions, en l'absence de contestation sérieuse du requérant s'agissant de ces deux attestations, il n'y a pas lieu de mettre en œuvre la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article R. 633-1 du code de justice administrative. Ces conclusions doivent ainsi être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
5. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre cette personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.
Sur la responsabilité pour faute de la métropole Nice-Côte d'Azur :
6. Aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail, relatif aux obligations générales de l'employeur en matière de santé et de sécurité au travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. / Ces mesures comprennent : / 1° Des actions de prévention des risques professionnels, y compris ceux mentionnés à l'article L. 4161-1 ; / 2° Des actions d'information et de formation ; / 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes ". L'article L. 4121-2 du même code prévoit que ces mesures doivent être mises en œuvre " sur le fondement des principes généraux suivants : / 1° Eviter les risques ; / () ". L'article L. 4121-3 dispose que : " L'employeur, compte tenu de la nature des activités de l'établissement, évalue les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs, y compris dans le choix des procédés de fabrication, des équipements de travail, des substances ou préparations chimiques, dans l'aménagement ou le réaménagement des lieux de travail ou des installations et dans la définition des postes de travail. / () ". Ces dispositions sont applicables à la fonction publique territoriale en application de l'article 108-1 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors applicable au litige, devenu depuis l'article L. 811-1 du code général de la fonction publique, et de l'article 3 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale.
7. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les autorités administratives ont ainsi l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents. Il leur appartient à ce titre, sauf à commettre une faute de service, d'assurer la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet. Il en résulte que la responsabilité de l'employeur, y compris pénale, peut être engagée en cas d'accident.
En ce qui concerne l'obligation de prévention :
8. En l'espèce, M. K soutient que la métropole Nice-Côte d'Azur a manqué à son obligation de sécurité et de prévention en le faisant, d'une part, intervenir sur une scène d'attentat sans lui avoir donné les instructions appropriées et avoir pris les mesures nécessaires pour éviter le risque d'atteinte à son intégrité psychique et, d'autre part, en lui faisant effectuer des tâches qui ne correspondent pas à la finalité de son poste, ni aux catégories d'astreinte de sécurité qu'il peut effectuer et pour lesquelles il n'a jamais suivi de formation et ne s'était pas porté volontaire.
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment des attestations de
M. F H, chef de service de M. K, que l'équipe d'intervention dont faisait partie le requérant a reçu, préalablement à son intervention sur les lieux de l'attentat, un briefing de la part de M. B, ingénieur d'astreinte, au cours duquel il a été indiqué qu'ils devaient effectuer " une mise en sécurité " des lieux avec les autres équipes d'intervention présentes sur place. La circonstance selon laquelle M. K n'était pas initialement présent avec son équipe laquelle intervenait sur un tronçonnage rue des lilas est, en l'espèce, sans incidence dès lors qu'il résulte de l'instruction que le briefing de M. B est intervenu alors que le requérant avait rejoint son équipe sur le site de " Carras ". En outre, à supposer même que les instructions émises par la métropole aient été insuffisantes, une telle circonstance ne saurait toutefois être de nature à engager sa responsabilité eu égard au fait qu'elle a été contrainte de faire face à un tel évènement en mobilisant, dans la plus extrême urgence, ces agents parmi lesquels les agents de la voirie urbaine et en coordonnant leurs actions respectives.
10. En deuxième lieu, la métropole allègue avoir expressément indiqué au requérant, comme à tous les autres agents de la force rapide action propreté (FRAP), de la possibilité de refuser d'intervenir sur les lieux de l'attentat. Si elle ne verse au dossier aucun élément de nature à démontrer qu'une telle information aurait bien été communiquée à ces agents, M. H indique dans son attestation du 19 janvier 2021 que le choix a été laissé à chaque agent de pouvoir quitter, à tout moment, les lieux de l'intervention, déclaration que l'intéressé a réitéré et confirmé dans son attestation du 7 février 2023. En outre, il ressort du certificat médical initial de retentissement psychologique du 4 juillet 2018 du docteur D, que M. K lui a déclaré, lors de son examen clinique, s'être porté volontaire pour " mettre des barrières afin de cacher les corps " et n'a donc manifesté aucune volonté de quitter les lieux au cours de cette opération alors même qu'il avait, à ce stade de l'intervention, pleinement conscience de la gravité de la situation. Enfin, le requérant a confirmé, au cours de l'audience publique à laquelle la métropole Nice-Côte d'Azur n'était ni présente ni représentée, le caractère volontaire de son intervention qu'il décrit comme un acte de civisme guidé par " son devoir de citoyen ".
11. En troisième lieu, si le requérant soutient que les tâches qui lui ont été confiées lors de cette opération ne correspondent pas à la finalité de son poste, ni aux catégories d'astreinte de sécurité qu'il peut effectuer, il ressort toutefois de la fiche de poste relative à l'emploi d'agent de propreté urbaine que figure parmi les missions qui peuvent être confiées à ces agents celle qui consiste à assurer " les astreintes sécurité sur la commune de Nice " comprenant notamment la " mise en place d'un balisage adapté " et " la mise en sécurité lors de périls ". Il ressort également de cette fiche de poste que les agents de propreté urbaine sont amenés à intervenir sur des scènes d'accidents au cours de ces astreintes. La circonstance selon laquelle l'intervention s'est déroulée sur un lieu où étaient encore présentes des victimes, blessées ou décédées, bien qu'elle ne constitue pas le cadre normal d'intervention des agents de la FRAP, n'est pas suffisante pour regarder l'intervention du 14 juillet 2016 comme n'entrant pas le champ d'application des missions qui peuvent être confiées à ces agents alors, qu'en tout état de cause, par une attestation du 19 décembre 2021, M. G E, responsable du pôle propreté de la métropole, indique que la FRAP est déjà intervenue sur des lieux d'accident ou d'incendie alors que des victimes étaient encore présentes.
12. Enfin, si la métropole ne conteste pas ne pas avoir organisé de formation spécifique relative aux interventions sur une scène d'attentat, une telle circonstance ne peut être regardée comme suffisante pour justifier, à elle seule, la reconnaissance d'un manquement fautif de la métropole de nature à engager sa responsabilité, alors qu'elle n'avait jamais été confrontée, jusqu'à ces évènements du 14 juillet 2016, à une attaque d'une telle ampleur et intensité sur son territoire.
En ce qui concerne l'obligation de soins et d'accompagnement :
13. M. K soutient que la métropole a manqué à son obligation de sécurité en ne lui offrant pas les soins et l'accompagnement nécessaires eu égard à son état de santé à la suite de sa participation aux opérations décrites au point 1.
14. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, dès le lendemain des évènements du 14 juillet 2016, la métropole Nice-Côte d'Azur a mis en place une cellule d'écoute psychologique d'urgence pour l'ensemble des agents municipaux et métropolitains. Il ressort de l'attestation de M. J, directeur général adjoint des ressources humaines, que
M. K a alors bénéficié, le 19 juillet 2016, d'un entretien psychologique post traumatique. En outre, si le requérant soutient qu'aucun soin de nature à traiter le stress post-traumatique n'a été mis en œuvre, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait formulé une demande en ce sens à son employeur avant le 16 avril 2018, date à laquelle il a sollicité la responsable du pôle action sociale du personnel en vue de solliciter un rendez-vous à la polyclinique Pasteur A à Nice. Il résulte de l'instruction du dossier que cette dernière lui a obtenu un rendez-vous le 4 juillet 2018 pour une consultation après un premier rendez-vous qu'elle avait obtenu avec le docteur C le 24 mai 2018 auquel le requérant ne s'est toutefois pas présenté.
15. En second lieu, alors que M. K a exprimé sa volonté de bénéficier d'une reconversion professionnelle compte tenu de sa fragilité psychologique, il ressort de l'entretien de mobilité du 13 juillet 2018 que la métropole a procédé à différentes tentatives de reclassement de l'intéressé notamment pour des emplois de chauffeur de bus et de médiateur, sans qu'elles n'aient toutefois pu aboutir compte tenu de l'opposition exprimée par le requérant à chacune de ces propositions, sans que cela ne soit d'ailleurs contredit par ce dernier.
16. Dans ces conditions et alors que la métropole Nice-Côte d'Azur a été contrainte de faire face dans la plus extrême urgence à cet évènement du 14 juillet 2016, M. K dont le syndrome de stress post-traumatique a été reconnu comme étant imputable au service n'est pas fondé à soutenir que cette dernière aurait méconnu son obligation de sécurité en matière de protection de la santé et de la sécurité de ses agents et, dès lors, qu'elle aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
Sur la responsabilité sans faute :
17. L'accident dont a été victime M. K le 14 juillet 2016 a été reconnu comme étant imputable au service. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que la responsabilité de la métropole Nice-Côte d'Azur est engagée même en l'absence de faute.
18. Pour s'exonérer de sa responsabilité, la métropole soutient, d'une part, que l'accident dont M. K a été victime présente les caractéristiques d'un cas de force majeure. Toutefois, malgré le caractère exceptionnel de l'attentat du 14 juillet 2016, un tel évènement n'était pas imprévisible dès lors, qu'à cette date, l'état d'urgence avait été déclaré, en application de la loi du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence, sur l'ensemble du territoire métropolitain par le décret du 14 novembre 2015 portant application de la loi du 3 avril 1955 et prorogé constamment jusqu'au 1er novembre 2017. A cet effet, il ressort de l'exposé des motifs de la loi du 20 mai 2016 prorogeant l'application de la loi du 3 avril 1955 précitée que la prolongation d'un tel régime était nécessaire eu égard à " la persistance de la menace [terroriste] à un niveau inédit sur le territoire national ". En outre, à cette même date, la force militaire était engagée aux côtés des forces de sécurité intérieure dans le cadre de l'opération militaire de lutte contre le terrorisme dite opération " Sentinelle ". Dans ces conditions, la métropole Nice-Côte d'Azur n'est pas fondée à soutenir que l'évènement du 14 juillet 2016 revêtait un caractère imprévisible propre à un cas de force majeure.
19. D'autre part, si la métropole Nice-Côte d'Azur soutient que la santé du requérant s'est altérée à compter du mois d'août 2017, après qu'il ait séjourné à Barcelone lors des attentats qui y ont été perpétrés, une telle circonstance, qui n'est au demeurant établie par aucune pièce médicale versée au dossier, ne permet pas de rompre le lien de causalité établi entre l'évènement du 14 juillet 2016 et l'état de santé du requérant.
20. Dans ces conditions, M. K peut prétendre, en application de ce qui a été dit au point 5, à la réparation, d'une part, des préjudices patrimoniaux autres que la perte de revenus et l'incidence professionnelle et, d'autre part, des préjudices personnels qu'il a subis du fait de cet accident de service.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel permanent :
21. Si M. K sollicite une indemnisation au titre d'un déficit fonctionnel permanent, il résulte toutefois de l'instruction que son état de santé n'est pas consolidé. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à demander réparation d'un tel préjudice.
En ce qui concerne le préjudice moral :
22. Il résulte de l'instruction que M. K souffre d'un état de stress post-traumatique depuis les évènements du 14 juillet 2016 de nature à engendrer un trouble dans ses conditions d'existence. Dès lors, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par le requérant en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.
Sur les intérêts :
23. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
24. En l'espèce, M. K a droit aux intérêts de la somme de 2 000 euros à compter de la date d'enregistrement de sa requête au greffe du tribunal, soit le 25 novembre 2019.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que la métropole Nice-Côte d'Azur demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
26. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la métropole Nice-Côte d'Azur une somme de 1 500 euros à verser au requérant au titre de ces mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La métropole Nice-Côte d'Azur est condamnée à verser à M. K la somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice moral, avec intérêts au taux légal à compter du 25 novembre 2019.
Article 2 : La métropole Nice-Côte d'Azur versera à M. K la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. I K et à la métropole Nice-Côte d'Azur.
Délibéré après l'audience 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bonhomme, président,
Mme Soler, conseillère,
M. Holzer, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.
Le rapporteur,
Signé
M. HOLZER
Le président,
Signé
T. BONHOMMELa greffière,
Signé
O. MOULOUD
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
N°1905676
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026