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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1905899

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1905899

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1905899
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP LIZEE-PETIT-TARLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 décembre 2019, le 28 mai 2020 et le 19 août 2020, Mme B A, représentée par Me Tarlet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le département des Alpes-Maritimes à lui verser la somme de 110 000 euros en réparation du préjudice subi suite à sa chute sur le trottoir de la RD 35 le 15 juin 2018 ;

2°) de désigner un expert afin de déterminer l'importance de son préjudice ;

3°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ; les décisions de rejet du 4 décembre 2018 et du 12 août 2019 n'émanaient pas de la requérante, seule titulaire du droit de former une demande préalable de nature à lier le contentieux ;

- une demande préalable a été formée le 6 décembre 2019 ;

- elle a été victime d'une chute sur le trottoir de la voie départementale RD 85 à Antibes le 15 juin 2018 ;

- la responsabilité du département est engagée pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ; le trottoir présentait à l'endroit de l'accident un trou de plusieurs centimètres ;

- elle n'a commis aucune faute de nature à exonérer le département de sa responsabilité ;

- elle est fondée à demander l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis et qu'elle évalue à la somme de 110 000 euros, se décomposant comme suit :

* au titre de ses préjudices patrimoniaux : 60 000 euros ;

* au titre de ses préjudices extrapatrimoniaux : 50 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2020, la caisse primaire d'assurance maladie du Var, intervenant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, représentée par Me Vergeloni, demande à ce que ses droits soient réservés dans l'attente du chiffrage définitif de ses débours.

Elle indique que le montant des débours provisoires s'élève à la somme de 9 739,83 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2020, le département des Alpes-Maritimes, représenté par son président en exercice, conclut :

1°) à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête ;

3°) de condamner la commune d'Antibes à le relever et à le garantir de toutes condamnations qui seraient prononcées à son encontre.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable ; la demande préalable de prise en charge du sinistre a fait l'objet de deux décisions de rejet en date du 4 décembre 2018, notifiée le 10 décembre suivant et du 12 août 2019, notifiée le 14 août suivant ; ces décisions n'ont fait l'objet d'aucun recours et sont donc devenues définitives ; par ailleurs, aucune demande préalable tendant au paiement d'une somme de 110 000 euros n'a été faite auprès du département, préalablement à la saisine de la juridiction administrative ;

- la responsabilité du département pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage ne saurait être engagée ; la grille litigieuse sur laquelle la requérante a chuté n'est pas située sur l'emprise du domaine public routier ;

- la grille litigieuse se situe sur le domaine privé de la commune d'Antibes, sur les parcelles cadastrées n° 147 et n° 205 ;

- la victime a commis une faute de nature à exonérer le département de sa responsabilité ; la requérante a marché sur la grille dans toute sa longueur alors qu'elle aurait dû circuler devant l'accès longeant la grille ou emprunter le trottoir d'en face ;

- la requérante ne justifie pas des préjudices dont elle se prévaut ;

- la mesure d'expertise sollicitée par la requérante n'est pas justifiée dès lors qu'elle avait la possibilité d'obtenir de la part de son assureur la désignation d'un médecin agréé afin de déterminer l'étendue de son préjudice ;

- la demande de provision n'est pas justifiée.

Par un mémoire enregistré le 23 juin 2020, la commune d'Antibes, représentée par Me Jacquemin, conclut :

1°) à titre principal, à ce qu'elle soit mise hors de cause ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, à ramener à de plus justes proportions les condamnations susceptibles d'être mises à sa charge ;

4°) à ce qu'il soit mis à la charge de toute partie succombante la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable ; aucune demande indemnitaire préalable n'a été adressée à la commune d'Antibes ;

- la responsabilité de la commune ne peut être recherchée ; l'accident a eu lieu sur l'emprise de la route départementale de la RD 35 ; seule la responsabilité du département peut être recherchée ;

- la requérante n'établit pas la réalité et l'imputabilité des faits ;

- l'identification des raisons du défaut d'entretien de l'ouvrage n'est pas clairement établie ;

- la victime a commis une faute de nature à exonérer la personne publique de sa responsabilité ; son comportement a concouru à la survenance de l'accident ;

- le quantum des demandes n'est pas justifié.

Par une ordonnance du 3 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 janvier 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 février 2023 :

- le rapport de M. Pascal, président-rapporteur,

- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,

- et les observations de Mme C, représentant le département des Alpes-Maritimes et Me Cerbello représentant la commune d'Antibes.

1. Le 15 juin 2018, Mme B A soutient avoir chuté alors qu'elle marchait sur le trottoir au niveau du rond-point de la route départementale 85 à Antibes, en raison de la présence d'une grille d'évacuation des eaux pluviales présentant un enfoncement. Son assureur, la MAIF, par courrier du 17 octobre 2018, a formé une demande indemnitaire auprès de la commune d'Antibes afin d'obtenir réparation du préjudice subi par l'intéressée. La commune d'Antibes, estimant que la grille litigieuse relevait du domaine public départemental, a renvoyé l'intéressée vers les services du département des Alpes-Maritimes. Par courrier du 4 décembre 2018, le département des Alpes-Maritimes a informé la MAIF qu'il ne pouvait faire droit à cette demande indemnitaire au motif que la grille litigieuse se trouvait hors de l'emprise de la route départementale 85. Par courrier du 26 juillet 2019, la MAIF formait une nouvelle demande indemnitaire auprès du département des Alpes-Maritimes. Par un courrier du 12 août 2019, le département rejetait à nouveau cette demande. Par un courrier du 6 décembre 2019, Mme A a formé une demande indemnitaire préalable auprès du département des Alpes-Maritimes. Mme A demande au tribunal de condamner le département à lui verser la somme de 110 000 euros en réparation des préjudices subis à la suite de sa chute survenue le 15 juin 2018.

Sur la recevabilité de la requête :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 127-1 du code des assurances : " Est une opération d'assurance de protection juridique toute opération consistant, moyennant le paiement d'une prime ou d'une cotisation préalablement convenue, à prendre en charge des frais de procédure et à fournir des services découlant de la couverture d'assurance, en cas de différend ou de litige opposant l'assuré à un tiers, en vue notamment de défendre ou représenter en demande l'assuré dans une procédure civile, pénale ou administrative ou autre ou contre une réclamation dont il est l'objet ou d'obtenir réparation à l'amiable du préjudice subi ".

3. Eu égard aux termes de l'article L. 127-1 du code des assurances précité, il résulte de l'instruction, notamment des stipulations du contrat d'assurance Praxis Solutions, souscrit par Mme A auprès de la MAIF, qui comporte une garantie " recours protection juridique " prévoyant que " la société s'engage [vis-à-vis de l'assurée] à exercer toute intervention amiable ou toute action judiciaire en vue d'obtenir la réparation de tous les préjudices résultant de l'évènement dont elle a été victime " et, d'autre part, de la déclaration de sinistre adressée par Mme A à son assureur, lequel fait mention, notamment, de son numéro de contrat, que celle-ci avait donné à la MAIF mandat pour former, en son nom, une demande préalable auprès de l'auteur de la personne publique responsable du dommage. Ainsi, le rejet explicite par le département des Alpes-Maritimes le 4 décembre 2018 de la demande d'indemnisation présentée, le 22 octobre 2018, par la MAIF, au nom de son assurée, a lié le contentieux.

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Et aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies et délais de recours, dans la notification de la décision ".

5. Il résulte de l'instruction que la MAIF a saisi le département des Alpes-Maritimes d'une demande indemnitaire préalable, ainsi qu'il a été dit au point 3, pour le compte de Mme A, par courrier du 22 octobre 2018. Par un courrier du 4 décembre 2018, réceptionné par la MAIF le 10 décembre suivant, mentionnant les voies et délais de recours, le département des Alpes-Maritimes a rejeté la demande préalable indemnitaire. A compter de cette date, Mme A disposait d'un délai de deux mois pour contester cette décision, soit jusqu'au 12 février 2019. S'il résulte de l'instruction que Mme A a, par l'intermédiaire de son conseil, saisi le département des Alpes-Maritimes d'une nouvelle demande indemnitaire le 6 décembre 2019, la décision implicite née en cours d'instance en l'absence de réponse à cette demande, est purement confirmative et n'a pas eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux qui avait expiré. Dans ces conditions, la requête de Mme A tendant à la condamnation du département des Alpes-Maritimes, enregistrée le 9 décembre 2019, après l'expiration du délai de recours contentieux, est manifestement tardive et, par suite, irrecevable, comme le relève à bon droit le département des Alpes-Maritimes en défense.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A ne peut qu'être rejetée. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à la désignation d'un expert et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'appel en garantie formé par le département des Alpes-Maritimes à l'encontre de la commune d'Antibes :

7. Compte tenu de l'irrecevabilité de la requête, il n'y a pas lieu de statuer sur l'appel en garantie formé par le département des Alpes-Maritimes.

Sur les frais de procédure :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

9. Il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée à ce titre par Mme A à l'encontre du département des Alpes-Maritimes qui n'est pas la partie perdante à la présente instance.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée au titre des dispositions précitées par la commune d'Antibes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au département des Alpes-Maritimes, à la commune d'Antibes et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.

Délibéré après l'audience du 10 février 2023 à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, conseillère,

Mme Chevalier, conseillère,

assistés de Mme Antoine, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

Le président-rapporteur,

signé

F. Pascal

L'assesseure la plus ancienne,

signé

G. DurouxLa greffière,

signé

P.-B. Antoine

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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