mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1906230 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D AVOCATS PLENOT-SUARES-ORLANDINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires complémentaires, enregistrés les 28 décembre 2019, 23 juillet 2021, 10 septembre 2021 et 12 octobre 2021, ainsi qu'un mémoire récapitulatif sur l'invitation du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative le 13 octobre 2021, Mme B C, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision rejetant implicitement sa demande préalable du 27 août 2019 ;
2°) d'annuler les décisions par lesquelles le service départemental d'incendie et de secours des Alpes-Maritimes a rejeté ses demandes de protection fonctionnelle et d'indemnisation du préjudice subi ;
3°) de condamner le service départemental d'incendie et de secours des Alpes-Maritimes à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation des préjudices moral et matériel subis du fait de l'erreur manifeste d'appréciation commise ;
4°) de condamner le service départemental d'incendie et de secours des Alpes-Maritimes à lui verser la somme de 111 700 euros en réparation du préjudice subi résultant des agissements de harcèlement moral ;
5°) d'assortir ces sommes des intérêts de droit à compter de la date de la première demande d'indemnisation formée le 28 août 2019, avec capitalisation des intérêts échus ;
6°) d'ordonner la mise en œuvre de poursuites disciplinaires, de la responsabilité du service départemental d'incendie et de secours des Alpes-Maritimes en sa qualité d'employeur pour complicité de harcèlement moral et de manquement à l'obligation de sécurité de résultat du fait de la santé et de la sécurité et la prise en charge de toutes les procédures engagées contre les auteurs des agissements de harcèlement moral ;
7°) de mettre à la charge du service départemental d'incendie et de secours des Alpes-Maritimes la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le refus d'octroi de la protection fonctionnelle est contraire à l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 ;
- elle a subi un préjudice moral et matériel en raison de la dévalorisation de sa réputation et de ses fonctions et du retard pris dans la régularisation de son régime indemnitaire à compter du 1er janvier 2017 ;
- elle a été victime d'agissements de harcèlement moral en 2002 et 2003 se traduisant par une dégradation de ses conditions de travail, une mise au placard, une dévalorisation et un rapport diffamatoire de son supérieur ;
- elle a été victime d'agissements de harcèlement moral depuis 2017 se traduisant par une dévalorisation liée à un régime indemnitaire défavorable, qui n'évolue pas et qui est le plus faible de tous les attachés de l'établissement, et par un chantage conduisant à son absence de promotion au grade d'attaché principal alors qu'elle était inscrite en position plus favorable sur les tableaux annuels d'avancement établis en 2018, 2019 et 2021 que certains attachés qui ont pourtant été promus ;
- ces agissements de harcèlement moral sont à l'origine d'un préjudice de carrière, d'un préjudice de perte de revenus, d'un préjudice de perte de droits à pension et d'un préjudice moral dont elle a droit à réparation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 25 et 31 août 2021, le service départemental d'incendie et de secours des Alpes-Maritimes, représenté par Me Plénot, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des frais de procédure.
Il fait valoir que :
A titre principal :
- la créance dont la requérante se prévaut à hauteur de 17 874 euros pour des faits remontant aux années 2002 et 2003 est prescrite ;
- la demande indemnitaire de 2 000 euros en réparation des préjudices matériel et moral se heurte à l'autorité de chose jugée ;
A titre subsidiaire :
- le préjudice matériel et moral résultant de la dévalorisation de sa réputation n'est pas établi ;
- elle ne justifie d'aucun fait constitutif de harcèlement moral ;
- elle n'établit pas l'existence des préjudices qu'elle invoque ni leur quantum ;
- elle n'établit pas le lien de causalité avec les préjudices invoqués.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office, tirés de :
- l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des décisions du service départemental d'incendie et de secours des Alpes-Maritimes rejetant la demande indemnitaire préalable de Mme C ;
- l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de mettre en œuvre des poursuites disciplinaires et de mettre en œuvre la responsabilité du service départemental d'incendie et de secours des Alpes-Maritimes en sa qualité d'employeur, qui ne relèvent pas de l'office du juge administratif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 janvier 2023 :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gadd, représentant le service départemental d'incendie et de secours des Alpes-Maritimes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, attachée territoriale depuis 2004, occupe au sein du service départemental d'incendie et de secours des Alpes-Maritimes (SDIS des Alpes-Maritimes) un emploi de gestionnaire administrative et financière au service de santé et de secours médical. Sur saisine de Mme C, le tribunal administratif de Nice, par jugement n° 1704331 du 16 octobre 2019, a annulé la décision du SDIS des Alpes-Maritimes du 7 mars 2017 fixant le montant de son indemnité de fonctions à la somme de 9 300 euros et enjoint au SDIS des Alpes-Maritimes de statuer à nouveau sur le montant annuel de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) qui lui a été attribué. En exécution de ce jugement, le SDIS des Alpes-Maritimes a procédé, par une décision datée du 21 novembre 2019, à la révision de la cotation de l'IFSE en la passant du groupe G4 au groupe G3S de manière rétroactive au 1er janvier 2017. Par courrier du 27 août 2019, Mme C a demandé au SDIS des Alpes-Maritimes de l'indemniser de la somme de 2 000 euros en réparation des préjudices matériel et moral résultant de la dévalorisation de sa réputation. Par demande du 23 octobre 2019, Mme C a sollicité l'octroi de la protection fonctionnelle ainsi que le versement d'une somme de 20 000 euros en réparation du préjudice subi résultant de faits de harcèlement moral. A la suite du silence gardé sur ces deux demandes, des décisions implicites de rejet sont nées. Mme C demande au tribunal d'annuler ces deux décisions implicites de rejet et que le SDIS des Alpes-Maritimes soit condamné à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation des préjudices matériel et moral subis ainsi que la somme de 111 700 euros en réparation du préjudice subi résultant des agissements de harcèlement moral.
Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions rejetant implicitement la demande préalable indemnitaire :
2. Les décisions implicites de rejet nées sur la demande indemnitaire formée le 27 août 2019 aux fins de réparation du préjudice matériel et moral ainsi que sur celle formée le 23 octobre 2019 en tant qu'elle concerne l'indemnisation du préjudice subi résultant de faits de harcèlement moral ont eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de ces demandes présentées par Mme C, qui, en formulant des conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir des sommes qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions précitées doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision rejetant implicitement sa demande de protection fonctionnelle :
3. Mme C, qui se borne à faire état des dispositions de l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, relatives à l'octroi de la protection fonctionnelle au profit des fonctionnaires, et d'une décision du défenseur des droits, n'assortit son moyen d'aucune précision suffisante permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Un tel moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.
4. Il s'ensuit que les conclusions d'annulation dirigées contre la décision qui a implicitement rejeté sa demande d'octroi de la protection fonctionnelle doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'indemnisation du préjudice matériel et moral subi en raison de la dévalorisation de sa réputation et de ses fonctions :
S'agissant de l'exception tirée de l'autorité de la chose jugée opposée en défense :
5. Le jugement du tribunal n° 1704331 du 16 octobre 2019 est dépourvu d'autorité de chose jugée au fond s'agissant des conclusions indemnitaires dès lors que lesdites conclusions formées dans cette instance par Mme C aux fins de réparation du préjudice moral et matériel subi du fait de l'atteinte portée à sa réputation, ont été rejetées au motif de leur irrecevabilité. Par suite, à défaut d'identité de cause avec le présent litige, le SDIS des Alpes-Maritimes n'est pas fondé à opposer l'autorité de chose jugée attachée au jugement précité s'agissant des conclusions indemnitaires.
S'agissant de la responsabilité du SDIS des Alpes-Maritimes en raison des préjudices subis résultant de l'atteinte portée à sa réputation et à sa dignité et du retard dans le versement de l'indemnité due depuis le 1er janvier 2017 :
6. Mme C demande l'indemnisation du préjudice moral résultant de la dévalorisation de sa réputation et de ses fonctions en raison de son positionnement dans le dernier groupe de catégorie A pour le bénéfice de l'IFSE lors de la mise en place du RIFSEEP et du préjudice matériel résultant du paiement avec retard de la somme qu'elle aurait dû percevoir si elle avait été classée dans le bon groupe dès le 1er janvier 2017.
7. Ainsi qu'il a été dit au point 1, par jugement n° 1704331 du 16 octobre 2019, le tribunal administratif de Nice a annulé la décision du SDIS des Alpes-Maritimes du 7 mars 2017 fixant le montant de son indemnité de fonctions à la somme de 9 300 euros et enjoint au SDIS des Alpes-Maritimes de statuer à nouveau dans un délai de deux mois suivant la notification dudit jugement sur le montant annuel de l'IFSE qui lui a été attribué. En exécution de ce jugement, le SDIS des Alpes-Maritimes a procédé, par une décision datée du 21 novembre 2019, à la révision de la cotation de l'IFSE en la passant du groupe G4 au groupe G3S de manière rétroactive au 1er janvier 2017. Le SDIS des Alpes-Maritimes a ainsi statué de nouveau sur la situation de Mme C dans le délai imparti par le jugement précité. Il s'ensuit qu'aucun retard dans l'exécution du jugement et dans la régularisation de sa situation indemnitaire ne peut être imputé au SDIS des Alpes-Maritimes. La demande d'indemnisation du préjudice financier allégué à ce titre ne peut donc qu'être rejetée.
8. En outre, ainsi qu'il a été dit, par acte du 21 novembre 2019, le SDIS des Alpes-Maritimes a replacé rétroactivement la requérante dans une situation indemnitaire plus favorable. Dans ces conditions, la requérante ne peut légitimement demander la réparation d'un préjudice moral qui résulterait du discrédit porté sur ses compétences et de l'atteinte portée à sa dignité et sa réputation, dont elle n'établit au demeurant pas l'existence. Les conclusions indemnitaires présentées sur à ce titre doivent dès lors être également rejetées.
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'indemnisation du préjudice subi résultant des agissements de harcèlement moral :
S'agissant de l'exception de prescription quadriennale opposée en défense :
9. Aux termes de l'article 1err de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites au profit de l'État, des départements et des communes, sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. Sont prescrites dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". L'article 2 de la même loi précise que : " La prescription est interrompue par : () / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; () / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ". L'article 3 dispose que : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ".
10. Lorsque la responsabilité de l'administration est recherchée, pour un préjudice qui revêt un caractère continu et évolutif, la créance indemnitaire doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ce préjudice a été subi. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à une année court, sous réserve des cas visés à l'article 3 cité au point 2, à compter du 1er janvier de l'année suivante, à la condition qu'à cette date il soit entièrement connu dans son existence et dans son étendue. Il en va ainsi lorsque la responsabilité de l'administration est recherchée à raison d'actes de harcèlement moral.
11. En l'espèce, Mme C a déposé, auprès du SDIS des Alpes-Maritimes, une demande préalable d'indemnisation le 23 octobre 2019 puis le 23 juillet 2021, à la suite d'actes de harcèlement moral dont elle estime avoir fait l'objet en 2002 et 2003. Toutefois, par application des principes rappelés au point précédent, et quand bien même la requérante avait exercé en 2003 un recours aux fins notamment de condamnation du SDIS des Alpes-Maritimes en réparation du préjudice subi pour de tels faits duquel elle s'est désistée et dont il a été donné acte du désistement par ordonnance du 10 mai 2005, le SDIS des Alpes-Maritimes est fondé à opposer la prescription quadriennale aux conclusions indemnitaires relatives aux faits ayant eu lieu avant le 1er janvier 2015.
S'agissant de la responsabilité du SDIS des Alpes-Maritimes pour les faits de harcèlement moral depuis 2017 :
12. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ".
13. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
14. Mme C soutient qu'elle a fait l'objet d'agissements de harcèlement moral à l'origine d'un préjudice de carrière, d'un préjudice de perte de revenus, d'un préjudice de perte de droits à pension et d'un préjudice moral.
15. En premier lieu, la requérante soutient que lors de l'instauration du RIFSEEP en janvier 2017, elle a subi une baisse de cotation de son poste au titre de l'IFSE, se trouvant ainsi seule dans le dernier groupe de la catégorie A et moins bien cotée que les fonctionnaires stagiaires, et qu'elle n'a bénéficié d'aucune évolution pendant 3 ans.
16. Ainsi qu'il a été dit au point 1, par jugement n° 1704331 du 16 octobre 2019, le tribunal administratif de Nice a annulé la décision du SDIS des Alpes-Maritimes du 7 mars 2017 fixant le montant de son indemnité de fonctions à la somme de 9 300 euros et enjoint au SDIS des Alpes-Maritimes de statuer à nouveau dans un délai de deux mois suivant la notification dudit jugement sur le montant annuel de l'IFSE qui lui a été attribué. Si le SDIS des Alpes-Maritimes a modifié la part IFSE du régime indemnitaire de la requérante en cotant son poste dans le groupe G3S soit deux groupes au-dessus du groupe G4 qui lui avait été initialement attribué, c'est en exécution du jugement précité. Toutefois, la seule faute commise par le SDIS dans la cotation initiale de son poste ne peut être regardée dans les circonstances de l'espèce comme constitutive d'un fait de harcèlement moral. En outre, ainsi que le précise le SDIS des Alpes-Maritimes, dès lors que Mme C, qui occupe un emploi de chef de bureau dépourvu de fonctions d'encadrement, n'a pas changé de poste depuis le 1er janvier 2017, sa cotation de poste au titre de l'IFSE ne pouvait être modifiée favorablement après le réexamen prescrit par le juge administratif. Le SDIS des Alpes-Maritimes indique également que si des fonctionnaires stagiaires ont bénéficié d'une meilleure cotation de poste au titre de l'IFSE que la requérante c'est au regard des missions d'encadrement exercées. Par ailleurs, la circonstance qu'elle se trouve être la seule attachée du SDIS des Alpes-Maritimes dans le groupe G3S et avec la moins bonne cotation d'IFSE, n'est pas de nature à démontrer un agissement de harcèlement moral de la part du service, la requérante occupant, ainsi qu'il a été dit, un emploi de chef de bureau sans encadrement et n'ayant pas évolué dans ses fonctions depuis la date de mise en œuvre du RIFSEEP au sein du SDIS. Enfin, si ses collègues attachés ont obtenu une revalorisation de leur groupe indemnitaire au titre de l'IFSE depuis le 1er janvier 2017, il résulte de l'instruction que ces derniers ont changé de fonctions, à l'inverse de la requérante, qui ne démontre d'ailleurs pas avoir fait des démarches en ce sens qui seraient restées infructueuses. Il suit de là que les agissements dont se prévaut la requérante au titre de son régime indemnitaire ne sont pas constitutifs de faits de harcèlement moral.
17. En deuxième lieu, la requérante soutient qu'elle a subi des pressions pour sa promotion. Elle fait valoir qu'elle n'a pas été nommée au grade d'attaché principal alors qu'elle était seule inscrite sur le tableau d'avancement au titre de l'année 2018 au motif qu'elle n'occupait pas un emploi en adéquation avec le grade et qu'elle ne s'était pas engagée à prendre sa retraite, lesquels constituent des motifs étrangers à une promotion au grade supérieur. Elle fait également valoir qu'elle n'a pas été davantage nommée en 2019 et 2021 alors qu'elle était respectivement inscrite en première position et en troisième position et que des agents moins bien classés sur le tableau ont bénéficié de cette promotion.
18. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue de l'établissement du tableau annuel d'avancement pour une nomination au 1er janvier 2018, le SDIS des Alpes-Maritimes n'a procédé à aucune nomination dans le grade d'attaché principal. S'il résulte de l'instruction que le SDIS a motivé ce choix par le fait que l'intéressée n'occupe pas un emploi en adéquation avec le grade de promotion et n'a pas entendu s'engager à un départ en retraite au titre de la promotion sociale, en tout état de cause, le SDIS n'était pas tenu de la promouvoir, la promotion à un grade supérieur ne constituant pas un droit pour les fonctionnaires qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que Mme C occupe un poste de chef de bureau sans encadrement depuis plusieurs années, ne correspondant pas aux missions dévolues à un attaché principal, à l'inverse des attachés inscrits sur un rang inférieur au sien au titre des années 2019 et 2021. En tout état de cause, quand bien même de tels motifs ne justifieraient pas le non-respect par l'autorité gestionnaire de l'ordre du tableau établi en 2019 et 2021 par la commission administrative paritaire, cette illégalité fautive ne permet pas de faire présumer à elle seule l'existence d'agissements de harcèlement moral à l'encontre de Mme C.
19. Compte tenu de ce qui précède, les faits invoqués par Mme C, pris dans leur ensemble, ne peuvent être regardés comme des agissements constitutifs de harcèlement moral au sens des dispositions citées au point 12. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à demander la condamnation du SDIS des Alpes-Maritimes à l'indemniser à ce titre.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme C doivent être rejetées.
Sur les conclusions d'injonction :
21. Il n'appartient pas au juge administratif d'ordonner à l'administration ni de mettre en œuvre des poursuites disciplinaires et la responsabilité du SDIS des Alpes-Maritimes en sa qualité d'employeur ni enfin de mettre à la charge du SDIS toutes les procédures engagées contre les auteurs des agissements de harcèlement moral, ainsi que le demande la requérante. Les conclusions en ce sens de la requête sont ainsi irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du SDIS des Alpes-Maritimes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante au titre des frais liés au litige.
23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme de 1 000 euros à verser au SDIS des Alpes-Maritimes en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Mme C versera la somme de 1 000 euros au SDIS des Alpes-Maritimes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au service départemental d'incendie et de secours des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
La rapporteure,
signé
D. A
La présidente,
signé
V. Chevalier-Aubert La greffière,
signé
C. Ravera
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026